MOURIR SANS CESSE AVEC JÉSUS-CHRIST
A rentrée d'une visite de religieuses.
1. Vous êies assemblées en un môme lieu et dans une même forme et manière de vie, pour vivre et pour. mourir toutes ensemble,
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œUVIlKS DK IMKTK. — CI.XX. COMMKNT ON DOIT ACCEPTER LA MORT.
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•'l pour vivro en inoiirnnt <'l inonrir en vivjinl, r'osl-A-«l<re (lour exercer uiio ni."uiit''re (l(; vie qui est vraiment mort, ol fiorlor Titie mntiièro do mon (Hii est vraiment vie. 'rrlleineiil (|uo vivre (;t mourir <I(jiI être votre devise, votre |ten'^éo et votre dessein priiK i|».'d et plus imporl'uit en la terre , et la «•ondnite de vos esprits doit coiujtrendre lous les deux, et votre examen doits ('tendre sur l'nn el sur l'autre , et nous dev(»ns reconnaître (juelles vous 6l(.'S en l'un el Tau- Ire, quel est voire es|>ril et votre degré, votre pro{j;rès , votre jn-rfei lion , el en celle vie el en cetlt; mort.
2. Le premier conseil de Dieu sur rions était de nous conduire <i la vie par la vie, el en son paradis par un paradis ; mais ce conseil avant éié interrompu par le pé( hé, il a voulu nous conduire h la vie par la morl, et ou paradis par la croix , et nous devons rechercher la vie dedans la mort, el le |>aradis dans la croix; c'est pourquoi le paradis de la terre est fermé, et l'ange en empoche l'entrée, parce (ju'il n'est plus le chemin de la vie et du paradis.
3. Morlui estis, et vila vestra abscondita ttt, elc. [Col, III, 3.) .Mort el vie jointes ensemhle, mon et vie , mais vie cachée en la profonditô de notre néant, en l'immensilé de Dieu, en l'intimité de son essence, el dans les épines de la croix de Jésus. Trois secrets ou cabinets, où l'Ame et la vraie vie est cachée.
k. En Jésus il } a vie et mort jointes ensemble, el sa vie est une iiiori, et sa morl est vie; car la vraie vie, qui est la Divinité, est unie à sa mort. 1° Jésus est vivant pour mourir, car sa vie est destinée à la mort, et il prend la nature huinaine pour pouvoir pâlir et mourir en icelle. Il avait une nature capable de vie el (jui n'csl que vie, mais il avait besoin d'une nature capable de mort. 2* Il commence sa mort au premier instant de sa vie, par oblation et acceptation du conseil de morl de Dieu son Père sur lui. S'il commence dès lors à l'exécuter en se rendant passible par dépouillement de gloire au corps, par privation d'effet de gloire en l'âme, el par soutlVance intérieure expérimentée en son âme, au môme instant el à même mesure de son amour vers le Père et les créatures. Si Jésus est vivant cl mourant tout ensemble, voire en vous , pouvez-vous vivre sans sa mort, ou mourir sans sa vie ?
CLXIX. NOS DEVOIRS ENVERS JÉSUS, COMME FILS DE DIKU , COMME FILS DE l'uOMME , COMME VICTIME DE DIEl .
1* Dépendance et adoration au fond de l'être el en l'tisage de l'être. 2° Relation à Jésus de tout ce que nous sommes. 3° Que Jésus et tout ce qui est en Jésus vive et règne en nous, ses vertus comme son humilité, sa bénignité, etc., ses mystères cl ses intentions. Jésus est Fils de Dieu, Dieu Fils de l'homme. Dieu victime de Dieu. Comme Fils de Dieu, il est dans toutes les excellences de Dieu, sa sainteté, sa |»uissance, sa charité. Par son adoption, il nous veut tirer
hors la satisfaction de nos s«.'ns, el nous devons être dans la satisfar lion de Dieu ; hors de noire volonté , dans celh; de Dieu ; hors de notre jiropre amour, dans (elui de Dieu; hors de nos desseins , dans ceux de Dieu, ('e sont \h les obligations do la liliat:on de Jésus en nous el (je notre adoption en lui. (.omne Fils de l'Iiomnie, ils est dans tous les devoirs îles hommes, et nous y devons entrer avec lui, dirigés de lui, foiiifiés [»ar lui. Le péché nous en avait ôtéla puissance, el !a volonté du Fils de Dieu nous y remet, et il y entre avec nous et y est notre force. (!omme victime de Dieu , il est dans les rigueurs de Dieu qui sont doubles: les unes (ie sa sainlelé, par laciuelle Dieu traite sa créature selon la pureté de son être , les aulies <le sa justice , par laquelle il se rend à lui-même la réparation qui lui est duo des péchés de lous les hommes. Chacun de nous doit entrer pour sa portion dans les rigueurs de Dieu par esprit de pénitence etd'humililé, el mépris de soi-même jusqu'au néant.
CLXX. OBLIGATION A LA MORT PAR HOMMAGZ A LA JUSTICE DE DIEU ET A LA MORT DE SOH FILS.
Nous devons mourir [>ar hommage à la justice de Dieu el [lar hommage à la mort de Jésus-Christ, auquel nous devons être faits conformes, en mourant el [lâtissanl, si nousr voulons lui être faits conformes en vivai;l et jouissant : Si commortui sumus , et convivemus , si sustiuebimus , et conregnabimus. [II Tim. Il, 12.) Sur cette vérité londamentale en la doctrine de bien mourir, il nous faut adorer l'être sufirême de Dieu éternel et immuable, en la vue de notre néant el de la jietitesse (Je notre être niuable à tous moments, el ex[)Osé à tant d'accidents inévitables, qu'il n'y a partie en nous (lui ne soit capable de faire un coup mortel, et tout ce, rjui nous environne peut causer notre ruine, jiisiiu'à l'air même (jue nous respirons.
Il nous faut adorer la [luissance suprême de Dieu sur nous, soit vivant, soil mourant, car il a droit el souveraineté sur la vie et sur la mort, et notre bien consiste, non à être, mais à être à Isi ce que la vie ne nous peut donner, mais sa miséricorde, et ce que la mort ne nous peut ôter; car : Sive morimur, sive vivimus , Domini sumus. {Rom.
iiv, 8.)
Il nous faut conformer à I ordonnance de Dieu, qui veut que le pécheur meure, non alin (ju'll meure, mais qu'il vive en lui et par lui. Car si bien nous mourons comme enfants d'Adam, nous serons viviliés et ressuscites comme enfants de Jésus-Christ ; tellement que ce qui est d'Adam meurt en nous, afin que ce qui est de Jésus-Christy soit substitué ; que nous ayons en lui et par lui une nouvelle vie, et ainsi nous trouvions la vie en la mort, el Jésus-Chrisi pour Père au lieu d'Adam et pour principe oe notre vie. Ainsi Dieu mêle en sa justice la misériconJe, nous donnant vie en son Fiis, lorsfpie nous avons la mort en Adam ; ei 'heure de la mort est une heure de vie ♦ ei oartact
01 LYRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
nous devons adorer et aimer cette ordonnance de Dieu ; car ordonnant la mort, il ordonne la vie , et le même pas qui nous conduit à la mort nous conduit à la vie, si nous appartenons à Jésus-Christ et sommes de ceux : Qui diligunt advenlum ejus. {II Tint. IV, 8.) C'est ainsi que l'Apôtre appelle la mort , pour nous faire comprendre que l'heure de notre mort est l'heure de Vavénement du Fils de Dieu , qui nous visite en sa miséricorde pou-r nous conduire en la vie.
Pour pratique de ces vérités, il est bon de communier une fuis par hommage et adoration de l'être infini de Dieu , de sa puissance su[irême sur la vie et sur la mort, et de sa justice envers les pécheurs, acceptant sa sainte ordonnance, par laquelle il veut que le [)écheur meure, et que mourant il vive en Jésus-Christ son Fils.
Le deuiième point qui regarde l'hommage à la mort de Jésus-Christ suppose une pensée et adoration profonde du conseil secret de Dieu, qui veut que son Fils meure pour faire mourir le péché de l'homme, et que le juste soit livré à la mort pour le coupable. Conseil qui ne peut être assez considéré et adoré, et qui nous oblige à mourir volontiers pour honorer et accompagner la mort de Jésus-Christ mourant pour nous donner la vie, et c'est ainsi que la Vierge, exempte du péché originel et de l'empire de la mort, a porté la mort même par l'empire de la mort de Jésus-Christ, qui a droit sur la vie et sur la mort des hommes.
Adorons cet empire de la mort de Jésus- Christ et le conseil du Père éternel qui le livre à la mort, et communiant une fois pour honorer chose si grande et étrange, désirons que cette mort sacrée et puissante nons fasse mourir au monde et à nos sens, vivre en celui qui est la vie et duquel la mort est notre vie.