CLXXI. DE LA MORT DE l'aME ET DU CORPS
Le Créateur du ciel et de la terre a créé l'homme pour la terre et |)Our le ciel ; il l'a composé de deux parties, l'une céleste et l'autre terrestre ; il lui a donné deux sortes de vie, l'une qui regarde purement la terre, l'autre qui regarde purement le ciel ; l'une qui est fondée en la nature, l'autre qui est fondée en la grâce ; l'une qui prend son origine de l'âme qui vivifie le corps , l'autre qui prend son origine de Dieu, qui vivifie, qui sanctifie et l'âme et le corps, et les destine tous deux à la gloire. En l'une l'homme est vivant à soi, en l'autre il est vivant à Dieu qui a fait l'homme, et qui veut aussi élever et favoriser l'homme, son image et semblance , et reposer en lui comme au chef-d'œuvre de ses mains et mettre en lui sa grâce et sa gloire. 11 y veut reposercomme en son temple, et temple vivant du Dieu vivant.
C'est le dessein de vie , de grâce et de gloire que Dieu avait sur nous ; mais le premier d'entre les hommes a rompu ce dessein, a perdu sa postérité, et nous a tous engagés au péché , à la mort, et à la mort élerneile. 11 semble aue nous n'ayons la vie
que pour mourir, puisque la vie a si peu ce (luiée, au lieu que la«mort qui la suitdureia une éternité. Cette sorte de vie n'est pas vie, mais est mort, car en vivant et en naissant nous mourons , et notre premier pas à la vie est le premier pas à la mort, puisque celte vie est un flux perpétuel qui va, qui tend , oui conduit à la mort et y arrive. Hélas 1 Jrlen promptement et infailliblement I Cela est bien dû à la misère et condition de cette vie, qui prend son origine dans le péché ; car nous naissons en pécïhé et nous sommes conçus en péché ; nous sommes enfants d'ire avant qu'on nous ])uisse nom-mer enfants de l'homme ; nous portons les ténèbres du |)éché avant que de voir la lumière de la vie ; nous sommes engagés par le titre de notre naissance à une double mort, à cette mort présente et à une mort éternelle. Et même cette sor-te de vie n'est pas vie, mais est mort; car lors même que nous vivons , nous mourons , et lorsque la mort nous saisit , notre vie finit , et notre irort ne finit pas, ains elle dure éternellement, et dans cette mort éternelle il n'y a vie et sentiment que pour la porter et la ressentir. Vie déplorable, vie non vie, mais vie semblable à sa source 1 Car notre vie tire son origine, non de la vie, mais de la mort, puisqu'elle vient du péché, qui est la mort de l'âme et du corps, et iussi notre vie porte dès sa naissance ce caractère de mort empreint , et durant le cours de la vi»? nous portons, nous sentons plus d'effets de mort que de vie. C'est pourquoi les plus beaux et plus divins esprits se sont plaints de celte vie , et l'ont appelée mort : Mors fitalis elvita mortalis. Cette vie n'a rien de vie que pour nous porter à la mort et nous engager de plus en plus à la mort éternelle. Le péché dans lequel nous naissons nous incline au péché dans lequel nous vivons et nous mourons, et dans les ressorts de notre nature, nous n'avons aucune voie et puissance de nous préserver ni de la mort ni du péché, c'est-à-dire, ni de la mort du corps, ni de la mort de l'âme, ni de la mort éternelle qui suit cet état misérable et l'accomj)agne pour jamais.
CLXXll. DE LA CHUTE DE LUCIFER, StR CES
PAROLES : Videbatn Salanam sicut fulgur de cœlo cadentem.
Une des paroles du Verbe incarné, et des institutions du Fils de Dieu fait Fils de l'homme, qu'il a voulu donnera ses enfants, à sa famille, à ses discijiles, est rapportée par saint Luc (x, 18) en ces paroles: Ftrfeoam Satanam sicut fulgur de cœlo cadentem. C'est lui-même qui parle, et non aucun de sa part, et il nous parle de lui-même, et d'une vue admirable qu'il a eue autrefois. Il nous rapporte l'une de ses pensées, pensée toute divine, lui qui est la pensée et la parole du Père ; et il nous apprend enterre ce qui s'est passé au ciel, lui qui est du ciel, et qui vient du ciel en terre. Adorons, écoulons, admirons le Filsde Dieu daignant parler aux hommes, et parlant à sesapôiresde»
OECVIIHS l)V. IMF.TE. - CLXXIII. AVIS l'Otrt UNK SOUDE CONVERSION.
alldirps (lu ciel. I.e S4ij(.'t dont il parU; ost iHH' allViiro gtvindc cl iiniiorlaiilc, une nllViiro (l'I'lt.it el <le l'l';t/il(Ni cie!, qiiireyarde nifttne ria.-il (le Ih terre, ca-r celui dont il parle est on la terre et aux eid'ers, et s'appidle le prince <iu monde. Il a été autrefois au ciel cl en est tornhé : il n'en est pas descendu comme par un mouvement voNuilaire, il en e>l tondjé, et tombé comme un foudre : sicut fuh/ur.
Heprésentons-nous le Fils de Dieu aux campagnes de Galilée, au milieu des siens, le.« reij'ardant et élevant en ses pensées, les retirant (l'une vaine joie (ju'il.s avaient de riieureui su(M;ès de leur mission; et les attirant et plon;;eant dans la vue et dans la crainte de l'Iiorrihle accident arrivé au diable. Adhérons h Jésus pronon(;anl ces [>aroles, car cp .sont ses paroles, ce sont ()aroles sortiesdela bnuclie (le celui (jui est la [larole éternelle du Père, ce sont paroles du celui qui est lumi(>reel vie, et ce sont aussi paroles de luinic^'re et de vie, bien (lu'elles parlent de ténèbres et de mort, et de mort éternelle. Car celui dont il [larle est ange de ténèbres, et tout immortel qu'il est par sa condition naturelle, il est condamné à la moi t éternelle, et n'est plus immortel que pour mourir, c'est-à-dire que pour jiorleret •soulFrir la mort étemel lement.
Ces |)aroles sont yamies, et nous annoncent choses grandes et bien étranges, et demandent de nous des etfels et des dispositions bien particulières. Quoi ! cet ange qui est en terre et aux enfers, a été au ciel autrefois ; a été élevé au plus haut du nionde ; a été ange entre les anges et le j)remierdes anges ; et il est maintenant le |)remier des diables, c'est-à-dire le plus perdu, le plus damné, le plus misérable de toutes les créatures, et au |)lus bas lieu de la terre ? Qui a lait ce grand changement et si dé[)iorable, qui l'a fait si tôt et en un moment, qui l'a )iréci|)ilé et si violemment, le faisant tomber comme un foudre, non ties nues, mais du ciel en terre? Quel est cet etfort puissant, sur la preniière et la plus puissante de toutes les créatures ? Dieu, (jui est bon, donne ses glaces par miséricorde et parce qu'il lui plaît ; mais parce qu'il est juste, il ne les ôte pas parce qu'il lui plaît, mais il les ôte par justice (lilj. Qui a donc réduit cet ange à êlie l'objet de la jusiice de Dieu ? C'est un péché, et un péché de pensée; et aussitôt cet ange s'est trouvé dénué de grâce et de beauté, aussitôt le ciel s'est ouvert, ne pouvant porter une créature rebelle à son Créateur ; et s'élant séjiaré de Dieu qui était son a[(pui et sa subsistence, il n'a pu subsister et comparaître devant sa face ; sa sainteté ne le contenant [)lus dedans son ordre, sa justice le précipite dans le sien, et le met aux enfers préparés aux diables et à ses anges. C'est le premier accident arrivé à la créature, c'est !a première chute arrivée à l'ange, qui sera bientôt suivie de la chutede l'homme: l'une au ciel, l'autre au paradis de
la terre. L'un et l'autre nous af»[)rcrid le néant et la misère d<; la ciéaluic, h; besoin (}u'elle a de Dieu (jui e^i son tout, la crainte que nous devons avoir du péché et sesetTeis malheureux, et enlin le so"i que nous devons avoir de le fuir et de if détester par-dessus tous les autres maux.
CLXXIII. AVIS A UN GRAND POtR SE CONVER- TIH Sl:i«lj:rSKMKNT Al SKRVICK I)K DIKl', ET l)K CK yi'll. DOIT 1 AIRKKT CONSIDÉRER POUR
pi;rsévkri;r kn sa crainte.
1. Kn celte recherche de votre vie, agissant avec Dieu comme avec votre juge et souverain Seigneur; il est bien raisonnable que vous tiriez de cet objet et apportiez à cet exercice des pensées et des dispositions convenables à cette qualité et autorité de Dieu sur vous. Pensez donc, mais d'une [lensée profonde, car le sujet le mérite, et a une profondeur (jui ne (leut être atteinte d'aiicun esfirit humain. Pensez, dis-je, qu'un jour vicnilra auquel se fera un jugement de tous nos jours, et une revue de toutes nos œuvres; et que celui qui exercera ce jugement, est un Dieu juste et clairvoyant, étant le témoin et le vengeur de nos iniquités, d'autant rpie nous les accomplissons toutes en sa présence, et au préjudice de sa gloire de laquelle il est tant jaloux ; que sa rigueur n'a point épargné les anges au ciel, le premier homme au paradis, le monde nu déluge, son propre Fils en la croix. Ce qu'élaniainsi, une abjecte créature ne feia-telle pas joug à cette justice, et ne la redoutera-t-elle pas en la terre! Ayant donc lame abaissée et confuse en la pensée de ce grand Dieu, juge et témoin de nos œuvres, jugezvous vous-mêmes pour prévenir son jugement, et remarquez qu'après beaucoup de faveurs reçues de Dieu, vous n'avez autre compte à lui rendre que de beaucoup d'offenses commises contre lui, mépris à sa grandeur, méconnaissance h :>es bienfaits, lâcheté à son service, rébeili n à ses mouvements, résistance à ses commainJenients. Que de tous ceux à qui vous vous pouvez estimer retlevable, celui que vous avez le plus offensé est celui à qui vous devez le plus, qui doit avoir le plus de pouvoir sur vous, et de qui vous dépendez le plu^ absolument; que vous avez oifen.-é un Dieu dont la grandeur, la bonté, la majesté est infinie; dont les bénédictions et miséricordes sur nous sont sans nombre et mesure ; que vous l'avez offensé pour des sujets de peu, jiour un point d'honneur, pour un plaisir sensuel, pour une crainte passagère ; et encore plusieurs fois sans aucun tel sujet de gaieté decœur, et par un seul mépris de Dieu; que vous l'avez otfensé avec aussi peu de crainte et de retenue, et avec autant de facilitéet de hardiesse, autant de liberté et de contentement, comme si vous n'offensiez qu'un Dieu de paille, élan Seignenrsans connaissance, sans sentiment et sans puissance.