Que, quelque rang que nous tenions
(Ui) < Dai bur.afioo bonis, quia bonus est : dai mab nisiis, quia jusius est. > (S. Àic.)
ŒUVRES COMPLETES DU CAKDINAL DE BERULLE
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dedans le monde,* si nous voulons avoir part avec Dieu après l'.ivoir offensé, nous ne tenons devant lui autre qualité que de pénitents; la pénitence étant l'unique voie pour retourner à Dieu après le péché, tellement que si vous n'avez l'habit et la contenance extérieure de pénitent, si devez-vous en avoir au moins le cœur et les œuvres, même la voix et les larmes en secret, et dire avec David d'uri cœur contrit et humilié chaque jour de votie vie : Miserere mei, Deus. {Psal. l, 1.) Que cette première parole, étant de la part d'un prophète, a un sens très-véritable; et delà [)artd'un roi, au plus haut de sa grandeur, est très-remarquable , en ce qu'elle nous ap|)rend que le péché est une telle misère, que, même au milieu des plaisirs, des honneurs et des contentements de cette vie, elle rend la personne très-misérable, puisqu'un grand prince, élevé en un si haut degré d'honneur et de gloire, jouissant de tous ses souhaits, confit en délices et environné de tous les contentements dont un homme mortel est capable, atteint de deux péchés seulement, se sent et se publie en la face de tout le monde jiour très-misérable , et dit à Dieu d'une voix lamentable: Miserere mei, Deus.
3. Que si vous ne pouvez vous exempter de cette misère d'avoir offensé Dieu, exemptez-vous au moins delà [iL-rsévérance et de Ja continuation en icelle, et considérez le })éché comme une maladie dont vous devez craindre la rechute, comme un accident qui vous fait perdre ce que tout le monde ensemble ne vous peut rendre, et comme un pesant faix qui vous accable et fait tomber en un si protond abime, que nul au monde ne vous en peut retirer, hormis celui-là seul que vous irritez contre vous, et que vous rendez votre ennemi mortel. Que si vous appréhendez moins celle chute, d'autant que Dieu, par sa bonté, vous en a plusieurs fois retiré, souvenez-vous que c'est ce qui vous doit donner {)lus jusie sujet de crainte, et non de liberté à retourner à vos olfenses. Car ce grand Dieu, qui pose des limites à toutes choses, et qui fait tout avec poids et mesure, donnera aussi quelque fin aux bons mouvements dont il vous louche, et bornera la grâce par laquelle il vous rappelle à votre devoir, tellement que jieut-être le mouvement que vous avez nouvellement reçu, et qui vous a fait rentrer en vousmême, est le dernier qu'il a délibéréde vous donner ; et en cas que vous l'offensiez ci-après, il vous laissera périr en ce mauvais état, ainsi qu'il y a laissé plusieurs autres qui ne l'ont pas tant méconnu que vous. Ne vous exposez donc pas à ce hasard de vivreetrentreren un élatauquel vous ne voudriez mourir, et qu'il n'est pas en votre pouvoir de quitter quand vous le voudrez. Ne rendez [)as un si mauvais retour à la -onté de Dieu, que, pour en avoir reçu pardon plusieurs fois, vous retourniez plus librement à l'olfenser. Mais, rec innaissant mieux le poids et le nombre de vos péchés, délestez-les et ne les accroissez plus; et jugez
que celte âme engagée en tant de péchés, a bien assez coûté à'jésus sans lui vouloir coûter davantage, et que vous avez assez épaniJu de son sang, sans en tirer encore parde nouvelles fautes. Si vous aviez autant offensé un prince comme vous avez otfensé Dieu, y aurait-il accord ou composition possible ?'Et si ce prince, ayant tout sujet et moyen de se venger de vous, venait par sa bonté à vous rechercher lui-même et à se réconcilier avec vous, à condition seulement que vous auriez regret de l'avoir ainsi offensé et que vous n'y retourneriez plus, seriez-vous bien si lâche et si faible, et si peu soucieux de voire devoir, et si peu jaloux de votre honneur, que de retourner aisément à l'offenser ? Ne soyez donc pas tel envers Dieu, à qui vous devez beaucoup plus de fidélité et de service, et ne violez pas l'accord qu'il a fait lui-même avec vous et signé de son sang, bien qu'il eût toute autorité pour se venger de vous ; mais aimezle comme il vous aime et comme il veut être aimé, vous qui savez que c'est de la faveur d'un prince, combien elle élève une personne, combien elle lui apfiorte de commodités et d'avantages, et qui l'avez si soigneusement conservée. Jugez que c'est de la faveur de Dieu, combien il la faut estimer, et comme à plus forte raison vous devez avoir crainte de la perdre. Autant certes qu'il y a de dislance de l'homme à Dieu, de la créature au Créateur, de ce qui n'est [)oint à celui seul qui esl, auiaiit y a t-il de distance entre la faveur d'un prince et celle de Dieu. Et toutefois Dieu se contentera, si vous vous rendez autant soigneux de vous conserver en sa grâce, que vous l'avez été autrefois, pour ne perdre celle d'un prince qui vous a élevé. Que si vous faites moins d'état de Dieu que de sa créature, et tenez moins de compte de sa grâce que de celle d'un roi, craignez que, puisque vous n'agissez avec Dieu comme avec votre Créateur, que lui aussi ne traite point avec vous comme avec sa créature.
k. Enfin jetez l'œil sur vous-même, et voyant que vous êtes grand, vous conversez avec les grands, et vous obligez beaucoup de particuliers à vous servir; servez-vous de cette grandeur, comme d'un moyen pour connaître en vous-même ce qui est dû à ce grand Dieu. Donnez-vous garde de ne lui manquer en rien de ce que vous attendez de ceux qui vous sont inférieurs, et faites qu'il trouve en vous la fidélité que vous désirez en ceux qui vous sont obligés; el, en tous les moments de voire vie, souvenez-vous que vous êtes vassal d'un Dieu plein d'autorité sur vous, et de bonté envers vous, et, si vous êtes indigne de ces deux qualités, plein de justice et de rigueur contre vous ; à ce que adorant celte autorité, aimant celte bonté, redoutant cette justice, vous lui soyez fidèle en terre, et entriez en sa gloire au ciel. Ayant donc une vraie intention devons conserver en la grâce de Dieu, puisque vous usez de tant de prudence et de conduite en toutes vos actions, ne soyez pas inconsidéré
«IL VUES Di: riKTi:. — clxxv, avis a une personne convertie.
<,'n celle (lui vous irnporto le plus ; iiwiis forliliez votru ospril, el riinue/. des nensécs ci-ilessus (Jt'flnrùes et autres seumUihles. Helirez-vous (les occasions de p6cli(''. i'';iil(,'s tous les ninliris une prii're anlf.'tile ;i Dieu. Heliouvelez un le^^ret d'avoir tant (•ll'ens('; i)ieu, et dites tous lesjours par l'espace de six ans : Misrrcre. Deinainlez <'i Dieu Ininiblenienl «ju'il lui plaise vous prtiservcr de |i(jcli(', coiunje de la chose (pie vous abhorrez le plus. Héf(îrez vos aventures et vos honnes (cuvres h cette inôino intention. Hecourcz à Dieu avec conliance, h ce (^u'il vous assiste à vaincre le mal. lU'ilérez souvent cette prij'^re : Et ne nos itiducns in trntationnn. {Mntth. VI, \'^.) Duce me farere voluntalem /u(im, (fuia Deus meus es tu.{I*s(il. cxLii, 10.) Armez-vous de la passion de notre Sauveur. Frécjuente/. les sacrements, et au moins un an durant allez à la confession une fois le mois. Uecourez aux priè'rcs d'autrui, el sii ans durant faites célt^'hrer six annuels en chaque année, en satisfaction des fautes passées, et en intention d'obtenir la persévérance.