‹ Œuvres complètesChapitre 280 sur 540 · CXCVII. DISPOSITIONS POUR BIEN RECEVOIR LA VISITE DES SUPÉRIEURS · texte numérisé non relu

CXCVII. DISPOSITIONS POUR BIEN RECEVOIR LA VISITE DES SUPÉRIEURS

Mes sœurs en Jésus-Christ Notre-Seigneur et sa très-sainte Mère, vous savez toutes la charge de visiteur que nous avons et que voici le temps de la visite, laquelle vous «levez grandement recommander à Dieu.

L'un des moyens que Notre-Seigneur a lais- .sés établis dans son Eglise, c'est la prière, et un des moyens pour être exaucé, c'est d'avoir recours à la très-sainte Vierge, en i'howneurde laquelle je désire que vous offriez entièrement cette action, et que vous visitiez tous les jours, jusqu'à la fin de la visite, un de ses ermitages , demandant qu'elle nous fasse connaître ce qu'elle veut «lue nous lui rendions de plus |)articulier, et que nous établissions dans l'ordre pour son hoimeur.

Pendant ce temps, chacune de vous se doit (juitter soi-même, ses besoins et ses dévotions, pour s"ap|)liquer toute à cette action. Il me semble que je dois vous dire que vous ne regardiez nullement la personne qui vous visite, mais bien l'autorité divine <lu Fils de Dieu en la personne qui vous visite, car Dieu a deux Eglises : l'une au ciel et l'autre en la terre. Celle du ciel, il la

(li8) Ayaiii ainsi conclu de ne point embrasser Uj vie religieuse cl d'alleudrc «juc Dieu lui niaiii-

régit par amour, et tout ce qui se fait dans le ciel, se fait par amour. Celle de la terre, de laquelle vous faites une petite |)ortion, car la plus exquise partie de l'Eglise, c'est l'état religieux qui se régit tout par autorité divine ; et comme les itienlieureux sont soumis entièrement à Dieu en son amour, vous le devez être entièrement sur la terre en amour à son autorité.

Soyez donc bien aises d'être visitées de cette autorité du Fils de Dieu, et vous y soumettez toutes par amour. Et que chacune de vous remarque les manquements intérieurs et extérieurs tant en général qu'en particulier ; car nous sommes tous sujets à déchoir de la perfection et à nous relâcher, ayant une nature qui tend toujours à cela.

Or la visite est donnée pour y remédier; c'est au ciel oii rien ne dépérit et où il ne faut plus travailler; mais en la terre il faut toujours opérer et se garder. Cela n'est pas sans exemple dans l'Ecriture sainte, car vous voyez en la Genèse que Dieu avait créé un }>aradis sur la terre et qu'il y avait mis un homme; et pourquoi? L'Ecriture nous l'apprend : Ut operaretur, et cuslodirelur in iUum{Gen. ii, 15), pour y travailler et le garder. Mais pourquoi travailler, c'est un paradis ? 11 est vrai, mais il est sur la terre, et pour ce, il y fout travailler et n'attendre autre chose. Donc, bien que nous soyons en la religion, qui est un paradis, il y faut travailler, ut operaretur, et non-seulement cela, le garder, et eus t adiré tur in illum.

Il ne suffit [)as à l'homme qui est dans le paradis de se garder soi-même, mais encore il faut qu'il garde le paradis, et ce, parce qu'il est sur la terre, car tout ce qui est en notre terre peutsouffrir diminution et même aussi démolition. Vous le voyez dans ce paradis où l'homme ne travailla ni ne se garda pas. Aussi n'a-t-il pas seulement reçu diminution, mais totale destruction, en sorte qu'il ne reste f)lus aucune marque ni vestige de ce qu'il a été. Le paradis de la religion est sujet au même inconvénient, parce que de même il est situé sur la terre. (Ve^t donc à vous à y travailler, à vous garder et à garder le paradis, ayant toutes grand zèle de la perfection et régularité. Sur cette comparaison de la religion au iiaradis terrestre, souvenez-vous qu'il est dit au même chapitre de la Genèsequ'tin ce paradis était un jardin où il n'y avait si petit arbrisseau que Dieu n'eût planté de sa main. De même en la religion, il n'y a si petite coutume, si [letite chose de la lègle, que Dieu n'ait plantée et ordonnée par son esprit qu'il a donné à ses fidèles serviteurs étant sur la terre. Ne mé()risez et ne négligez donc rien quelque petit qu'il vous semble, car tout est bien grand devant Dieu. Pour cette cause, pratiquez tout , honorez tout, et Notre-Seigneur et sa sainte Mère vous honoreront.

Page 1