LETTRE PREMIERE
AT X RELIGIEUSES DE l'oRDRE DE >OTRE-DAME DU MONT-CARMEL, ÉRIGÉ EN FRANCE SELON l A PREMIÈRE OBSERVANCE.
V MY jpg «lisposer à la Tcvérence el assi,!iii;p quVllos
doivent rendre au chœur et à rOlïice , Ipur exposer les peiisé«s el exenices qu'elles y iloivenl avoir, et autoriser le loinniliiire qu'elles doivent suivre.
î. IF, \\\, IV. etc. Sainteté et suavité du chœur: ses proprie'tr's et ses pritife'grs. —
LE I TUFS.— I. — Al X RELIGIiaSKS CARMKf.ITES.
VII. Combien trft chose (jrnnde de célébrer les lounvf/cs de Dieu, et (lurlles sont les disposilions dans lrs(fitellis il faut accomplir ce devoir. \ III. ('hanter les louani/es de Dieu est l'office du temps et de l'éternité, et l'cjercice des saints au ciel et en la terre. Les personnes reli</icuses doivent louer pour toutes les créatures. l\'ous sommes situés entre le ciel et l'enfer, et quels sentiments nous doit donner cette pensé'-. — IX. Nous sommes associés ù Jésus dans la célébration des louanf/es de Dieu. — X,
XI. l-cs louanges qui se chantent éi Dieu en cliccur, rendent par ce te manière un hommage spécial ù l'unité et société que nous adorons en Dieu et en Jésus-Christ. — "
XII. Itaisons qui obliqent éi l'uniformité des Offtces divins. Les Offices divins doivent être accomplis dans une disposition sainte.
L.1 giAco flo Jcsus-Clirisl Notre-Soip;neur, cl la liénédidion do la lrès.-sninle Vierge soieiil sur vous jiour jnmais.
I. Le soin que nous (Jevoiis avoir de votre avancomenl dans les voies de Dieu et de voire conduilc en raccomplissemeiil do vos dttvoirs, nous oblige à voilier .sur vos Aines, è considérer les obiigaiions tie la vie que vous professez, et h jeter souvent les yeut sur tous les endroits de vos maisons, ronirne autant de lieux saints et qui doivent ôtre saintement habités, et autant de marques et de caractères qui nous représentent vos fonctions et devoirs en un chacun d'iceux.
II. Le chœur est la pailie ()rinciiialo '-t la plus digne de vos monastères ; c'est votre séjour le plus fréquent. Et ce que vous avez à faire en icelui est le [)rincipal de vos devoirs, est la plus ordinaire de vos fonctions, est la jtlus éininenle de vos actions, est la plus délicieuse de vos occupations. La nii- .sère de la condition humaine ne vous permet pas d'être toujours en ce lieu; mais votre piété vous oblige à y être Irès-sou vent, et lors (joe vous en êtes séparées, c'est le centre oiî vous tendez, c'est le lieu otj vous aspirez. Là est le trésor que vous cherciiez, et c'est aussi le lieu que vous devez regarder de Ions les endroits de votre maison, comme Daniel regardait le temple de sa cellule de Babylone. \'ous êtes obligées à ce regard soigneux cl vigilant, beaucoup plus que n'était Daniel; car la gloire de celte luaison est plus grande et de beaucoup plus grande que celle de l'autre, que ce propliète conlemplait de si loin, j>uis(|ue Jésus est et habile en celle-ci, puisipie Jésus y est enl'Iosavec vous et veut v(jus y enclore avec lui. Ailleurs vous habitez par nécessité, mais ici par volonté; ailleurs (;'est par l'abaissement de la nature humaine, mais ici c'est par relèvement île la grâce chrétienne. lis autres demeures les anges n'y sont pas, ou n'y sont que pour vous ; mais ici ils y sont sans vous, ils y sont pour Dieu et pour cuî-mêmes, et ils vous y préparent et attirent avec eux. Uegai-dez donc, aimez et recherchez ce lieu où Dieu est avec ses anges, où Dieu vous attire et vous etlend, où
Dieu veut être avec vous cl vous avec lui, et demeurez en ce lieu (lar amour et par révérence, y déployant les désirs, les langueurs ci les sentiments que vous devez avoir on un lieu si saint et en la [trésencc d'une majesté si grande. Que ce soit votro plus douce retraite, que ce soit voire séjour plus ordinaire, que ce soit la plus assidue, la plus désirée, la plus délicieuse de Toa actions.
III. C'est la filus sainte et la ftlus grande de vos occu[ialions. Ici vous êtes séparées du monde, et vous travaillez à vous mettre en l'jjubli de vous-mêmes ; ici vous êtes tirées h Dieu, élevées h lui, unies à lui, heureiisemenl perdues et absorbées dans l'abîme de ses grandeurs et perfections divines. Ce lieu est saint, et est consacré h la sainteté de Dieu, h la sanctification de vos .•^mes et h colle encore do vos prochains. C'est le lieu où vous êtes en commerce et en Iraité avec Dieu ; il pense h vous et vous ))ensez à lui ; il vous ((répare h le connaître et h vous connaître ; il oublie vos misères et vous y reméujorez ses miséricordes, et tout ce qui est en vous plie sons son autorité su[)rême. Même vous entrez en conversation, en privante et en familiarité avec Dieu; ici Dieu veut parler avec vous cl vous avez à parler avec Dieu ; ici Dieu vous fait digne de ses lumières et vous découvre les grandeurs de son être infini et incréé. Ici vous lui rendez vos vœux et ses louanges; ici vous le priez pour les nécessités |)ubliques et particulières. Ici vous attirez sa grâce et sur vous et sur son peu|)le; ici vous vous donnez à Dieu et Dieu se donne à vous. Il est à vous et vous êtes à lui, et vous n'êtes qu'h lui. Vous ne pensez qu'à lui, vous ne voulez que lui, vous n'êtes occupées que de lui, cl vous portez ses opérations saintes ; et se vérifie celte grande parole de Jésus : Pater meus vsque modo operatur, et eyo operor. {Joun. V, 17.) En cet heureux commerce et communication avec- Dieu, vous êtes entre ses mains, ouvertes à sa puissance, exposées à son opération, mises en l'état que le grand saint Denis a|)pelle , pati divina, ei il vous tire, il vous élève, il vous ravit, il s'a|)|)lique à vous et vous transforme en lui, et il vous tient incessamment unies à lui dans l'unité de son esprit, qui esl l'unité personnelle et du Père et du Fils.
IV. Je ne dois pas m'étendre en ce discours, le sujet vous en est assez connu par ex[iérience ; il me suffit de vous dire que les fonctions de la vie de l'esprit sont diverses. Les. unes regardent Dieu, et les autres nous-mêmes; les unes sont délicieuses, et les autres laborieuses. Mais elles sont toutes , et éminenles, cl importantes, et assidues, et elles s*accom[)lissent toutes en ce lieu. Ici vous vous abaissez et vous vous élevez. Ici vous vivez et vous mourez. Ici vous sentez les douceurs et portez les *:gueurs de Dieu. Ici vous travaillez à v»".KiS séparer de l'être présent et sensible , pourvous rendre à la vérité et sainteté de l'ôtre de Dieu. Ici vous corUeaiplez Jésus eu sa»
CEL'VKES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
croix, et vous portez sa croix après lui et avec lui. En ce continuel exercice de croix, d'amour et d'abiiégation , Jésus veut être j)(ésent cl ses âmes, et c'est ici où Jésus est et liab'te avec vous, et vous avec lui. C'esi ici son trône et sa demeure , et vous n'avez puint à lui demander, comme l'épouse : Die mifii ubi pascas, ubi cubes in meridie. {Cant. 1, 6.) Vous en savez plus de nouvelles qu'elle, t-lle le cherche, et vous l'avez trouvé. Vous savez le lieu de son repos , et vous y êtes encloses avec lui. Vous traitez avec lui , et Jui traite avec vous de bouche à bouche, comme Moïse sur la montagne; et ce qui passe Moïse, vous traitez avec lui cœur à cœur, esprit à esprit, par la réception de son corps précieux et par l'infusion de son esprit divin. Jacob disait d'un lieu beaucoup inférieur à celui-ci : Terribilis est locus iste, vere Deus est in loco isto, et ego nesciebain. (Gen. X.XV11I, 17.) Vous êtes eu un meilleur état que lui, et vous parlez d'une autre sorte. Ce lieu vous est doux, et non terrible. Dieu vraiment est en ce lieu-ci, et il y est beaucoup plus dignement, plus saintement, plus efficacement qu'en celui de Jacob; celui-là n'avait que l'ombre, et celui-ci contient la vérité. Et vous ne pouvez pas dire comme Jacob : Et erjo nesciebani ; car vous savez que Dieu est ici. Vous le savez, uis-je, vous le trouvez, vous le possédez, vous le savourez, et vous conviez les autres a le savouier avec vous, leur disant ces paroles de David : Gnstate et videte (luonium suavis est Dominus. [Psal. x,xxin, 9.)
V. Aimez ce lieu le plus sauit, le plus doux et le plus auguste de votre maison, et «n reconnaissez les propriétés et les priviieges. C'est le jiarterre de vos délices, c'est le séjour de Dieu entre les hommes : Tabernacuium Dei cum hominibus. [Apoc. xxi, 3 ) C'est le lieu de la conversation des hommes avec Dieu. C'est le paradis de la terre et le jardin planté de la main de Dieu même, jardin auquel Dieu vous a transférées, jardin parsemé de Ueurs du ciel, et où se trouve la fleur de >azarelh en laquelle vous vous reposez, c'est-à-dire Jésus-Chrisl Notre- Seigneur, et ses mystères; et si je considère votre ouvrage et labeur en ce lii.-u, je dirai que ce lieu est la ruche où de ses llcurs cél'csles comme abeilles saintes vous travaillez a composer le miel de piété et dévotion qui vous doit servir d'aliment , et aux tendres âmes que Dieu vous adresse [lour les former à son service, et à ceux encore qui vous t.onversent. Parlons d'un lieu si uigne en un langage plus élevé. Le chœur où vous allez tant de fois le jour et la nuit, le chœur où vous [lassez la [-lus grande [)art des heures de votre vie, le chœur où vous [iriez, vous adorez, vous aimez le Dieu ue la terre et du ciel , est le ciel et la lerre ; car aussi la terre qui est au ciel, c'est-à-dire l'humanité sacrée de Jésus, repose en ce lieu aussi bien qu'au ciel. Elle y repose en la même vérité ei réalité sans intérêt de sa majesté, sans diminution de sa gloire. On le voit à oécouveri au ciel, et on le iiossède en la
terre, mais couvert et voilé de ses espèces. 11 y a cette dilîVrence que là on voit ses grandeurs, et ici on contemple ses abais-emenls. Là on jouit de sa gloire, et ici on a part à ses soull'rances. lui l'un et en l'autre état les âmes divines sor.t vivantes en lui et de lui, soit au ciel des cieux, soit au ciel de la terre, qui est le chœur et l'autel , auquel et Jésus se donne à vous par son Eucharistie, et vous vous donnez à lui comme hosties vouées à sa grandeur, abandonnées à sa croix, destinées à sa gloire, occupées à son service et employées à sa louange. C'est vraiment ici quf vous prenez retraite et re- {)0S : ]n foraminibus petrœ , in cavcrna maceriœ [Cant. ii, li), comme faisait l'épouse des cantiques , et comme colombes mystérieuses vous vivez dans les plaies de Jésus, qui est la pierr? solide et angulaire de son Eglise. Vous tirez vie de sa mort, douceur de sa croix, délices de ses douleurs , force de ses langueurs, joie de ses angoisses, gloire de ses opprobres, assistance de son délaissement, subsistence de son affaiblissement, et jouissance de sa souffrance. Là vous vivez en Jésus et de Jésus, et Jésus vit en vous ; vous vivez ne vivant jilns, et Jésus mort est vivant en vous. Et ces échanges de mort et vie, de vie en la mort et de mort en la vie, et ces communications secrètes et ineffables entre Jésus et vous, s'accomplissent en ce lieu honoré des anges et habité de vous, et consacré par la puis-' sance admirable de Jésus en son auguste sacrement.
VI. Ces choses se passent en ce lieu et en vous, mais à la vue de Dieu et de ses anges seulement. Il s'en passe une autre en ce même lieu à la vue des anges et à la vue des hommes, car elle est et s|)irituelle et corjjorelle, elle est et intérieure et extérieure tout ensemble. C'est la célébration de l'oflice divin, qui vous est approprié comme à un peuple saint et sacré à Dieu par vos vœux et comme à des hosties vivantes et hosties de louange jiar votre vie vraiment propre à rendre louange à Dieu. V'ous êtes la jiartie j)rincipale du peuple de Dieu, la fleur de son Eglise et les délices de son cœur, et vous contribuez aussi au service principal et })ublic que sa majesté suprême veut lui être rendu en la terre et en l'Eglise, et vous êtes appelées et employées à célébrer ses mystères et ses grandeurs. C'est l'occupation ordinaire de votre vie : vie heureuse do jirier, tandis qu'en l'Egypte on travaille à ramasser les pailles ; vie heureuse d'être éclairée de la colonne de feu, tandis ipie les ténèbres sont épaisses en Egypte ; vie heureuse d'être tranquilles en la présence de Jésus, tandis que les mondains sont dans l'orage et la tempête de leurs soins déréglés ou de leurs passions illicites. Leur étal est différent du vôtre , et votre fonction est différente de la leur. Votre vie est céleste , et votre fonction est céleste aussi. Vous laites en terre ce que les anges font au ciel , et tous êtes aussi couime les anges de la terre, vivautes en pureté, en sainteté et en ap|)li-