‹ Œuvres complètesChapitre 291 sur 540 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

AUX IIELIGIEISKS DE LOKUUK UE NOTHE-DAME Dt MONT CARMKL, Éllir.É A BOl RGES.

Pour les disposer à ralienie de celle qu'elles avaient choisie pour leur prieure . et an bon us gi: de celte qui les doit rc^ir en allendaiil.

1. La grûre de Jésus-Clirisl Nolre-Sei.;nour soit avec vous pour jamais. Si j'avais autant de puissance de satisfaire à vos besoins, (•X)ninie j'en ai de connaissance, il y a longleni|is que j'y aurais pourvu. Mais il semble que c'est Dieu même (pii y met retardement, et nous n'avons autre fiouvoir (jue de céder <i son ordonnance. Notre devoir e>t de nous accommoder h son vouloir, de n'avoir autre conduite que la sienne, et trouver notre conduite en sa conduite, et non pas dans la nôtre. Vous voulez la mère prieure de M., et nous le voulons bien aussi, mais nos vouloirs sont inutiles, si Dieu ne s'y accorde, ei il semble qu'il ne le veut pas encore. Il est notre Souverain el le vôtre, et il nous faut faire un usage saint et salutaire de son autorité sur nous, en plusieurs occasions, et ceile-ci en est une.

2. En voulant celle bonne Mère, ce n'est pas elle je m'assure que vous voulez, mais c'est Dieu en elle; autrement, votie vouloir serait imparfait et îuême dommageable. Il faut donc que ce soit lui-même qui vous la donne, et qui vienne avec elle pour vous régir en elle el par elle , car si cela n'était ainsi, en avant cette bonne Mère, vous D'auriez rien Toute créature n'est qu'un néant, vous auriez la créature et non le Créateur, la nature el non la grâce, vous auriez le corps et non l'esprit, c'est-à-dire le vrai Esprit, et l'Esprit des Ks|irits (pii nous doit tous régir et animer. Ce n'est pas ce que vous thercliez, et ce n'est pas au^si ce que nous devons et voulons vous donner. Je ne vous dis pas ces choses par aucun changement de dessein sur le gouvernement de Votre maison, nous persévérons en la pensée que nous avons de vous la donner, puisque vous persévérez au désir

UFitYRES COUPI.. DE DE BÉRULLE.

de l'avoir. Mais il faut attendre les moments ordonnés de Dieu, et en attendant; il faut penser à Dieu el non h elle, il faut Âlredéi-'agécs d'i'lles el dépendantes de Dieu, il faut suivre l'ordre présent de Dieu sur vous, et tandis (jue vous ne pouvez avoir celle (jue vous désirez, il faut remanier celle que vous avez comme donnée de- Dieu, durant cet intervalle, el rendre honneur et obéissan<(! ,*i Dieu en elle, el il ne f.iul pas, sous prétexte de celle que vous attendez et {\\ui vous n'avez jias, ne vous pas servir de celle (pie vous avez, et vous priver de la (Muduile fjue Dieu vous \eut donner par elle, car nous devons suivre Dieu, et Dieu nous doit sudire en l'ordre (ju'il lui [)laU nieilre aux choses. Ce point est très-digne J'ôlre considéré. Je vous prie d'y penser, et ne pas vous laisser emporter à votre pro- [)re sens, mais êire en un doux acquiescement à la conduite et volonté de Dieu. Si vous faites autrement, ce n'est pas suivre la conduil<i de Dieu sur vous, ce n'est [las être dans l'ordre de sa sainte providence, mais c'esl suivre le désordre el la tentation de celui qui a accoutumé de nous mettre des objets éloignés en considération, pour nous ôter l'usage de ceux qui nous sont j'résenls.

3. Quand Dieu vous donnera la Mère M., vous la devez recevoir parce que Dieu la vous donne, et non pour ce quelle est en elle-même, et quand il vous l'ôlera, vous la lui devez rendre comuie chose qui n'est point vôtre et que vous n'avez f»lus à regarder; car vous devez regarder Dieu en la créature et même ne regarder que Dieu en sa créature. Sa grandeur et son intinilé vous y oblig' ni, si vous voulez honorer Dieu elle louer selon l'avis du Pro[»hète : Sccundum multitudinem magniludinis suœ. {Psal. cl, 2.) Dieu est immense et infini en son être et en sa f)uissance; Dieu est tout, et en lui-môme et dans sa créature, et la créature hors de Dieu n'est rien. Celle pensée nous lie à Dieu et nous délie des choses créées, nous ôte le désir des choses absentes et le gotlt des choses présentes et sensibles. Si vous êtes en ce dégagement d'esprit, vous trouverez suffisance dans l'indigence, el abondance dedans le manquement de la créature, car Dieu sera avec vous, qui est la plénitude de toutes choses. Celle vérité est très-haute et très-solide, c'esl une vérité de pratique et non de spéculation ; c'est une vérité qui regarde la présence, la puissance el la conduite de Dieu en ses créatures el par ses créatures; c'est une vérité qui doit régler le cours de voire vie en la diversité des supérieures que vous pouvez avoir, et c'est le fondement de la perfection que Dieu demande de vous en semblables rencoa- Ires.

i. Vous faites profession de vie parfaite, et j'ai droit et même obligation d'exiger de vous cette [lerfection. Et si vous savez bien vous rendre à Dieu dedans cette pratique, il saura bien vous donner la grâce de sa conduite. Il voos régira lui-raôme; il sup-

i)léera les défauts d'aulrui, et vous donnera la plénitude de son esprit, et en lui-même et en celles qu'il vous ordonne. En attendant celle que vous désirez, regardez l'autre comme établie de Dieu sur vous ; durant cet intervalle, honorez-la en cette qualité, regardez Dieu en elle et vous Vy trouverez. Si j'avais autant de liberté que j'ai désir de vous voir et vous parler, je vous dirais bien plus volontiers ces choses que de les vous écrire, et peut-être que ce serait avec un peu plus de clarté et de profit. Mais il faut que vous et moi délaissions nos vouloirs en la conduite de Dieu, et que nous soyons en cela et en toute autre chose dépendants de sa sainte ordonnance. Je supplie INotre-Seigneur Jésus et sa très-sainte Mère, de vous bénir toutes et de nous rendre dignes de le servir en la perfection qu'ils daignent désirer de nous. Je suis en eux,

Votre plus humble et affectionné à vous servir selon Dieu,

PlERRK DE BÉRCLLE,

Prêtre de l'Oratoire de Jésus.

De Paris, ce 9 janvier 1619.

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