‹ Œuvres complètesChapitre 297 sur 540 · LETTRE GÉNÉRALE AUX RELIGIEUSES CARMÉLITES · texte numérisé non relu

LETTRE GÉNÉRALE AUX RELIGIEUSES CARMÉLITES

Aux religieuses de Notre-Dame du mont Carmel.

Jl s'excuse de ce que ses inprmites et ses affaires r empêchent de (es aller voir ; et après leur avoir représenté leurs devoirs envers Dieu, et les siens envers elles , il leur expor.r amplement une pensée importante de la présence de Dieu et de Jésus-Christ en la terre, et l'usage qu elles en doivent faire.

i' Le soin que je dois avoir de vos mai-

qui rendent les absents présents, pour vous exposer une pensée que Dieu m'a donnée sur vous, laquelle si vous suivez fidèlement satisfera à la plupart de vos besoins, et fera effet de renouvellement en vos âmes.

k. Vous ne devez, mes sœurs, être jamais seules, et si vous faites j)rofession de solitude, vous devez toujours être en compagnie, mais en la compagnie de celui qui nous dit en se séparant de nous : Je suis avec vous jusqu'à la consommation dumonde[Matth, xxviii, 20). Vous avez son corps, son esprit et sa divinité en son autel et en son sacrement; mais outre cette présence sacrée et attachée à ce mystère et à ce sanctuaire qui contient le trésor de la terre et du ciel, vos esprits doivent êiFe toujours et i)artoutavec l'Esprit de Dieu, c'est l'EsfJrit de vos esprits. Et comme avant la création de tous les esprits en la terre, cet Esprit se reposait sur les eaux, il veut prendre maintenant son repos dans vos esprits, et il veut y former ses merveilles. Cet Esprit vous est présent en tous lieux, il remplit le ciel et la terre, il veut agir et opérer en vos esprits qui doivent être toujours soumis à la conduite, aux effets et aux intentions de cet esprit sur

LETTRES» - i- AUX UEMGIELîiES CAUMELITES.

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vou-; ils doivent <^lre louch(''s et roni|tlis de la révéïedce duo à la rii.jjosté de (et Ivsprit; car let K.s|iril est soiivernm, il a fait le cicd et la terre, il les conserve et maintient en leur ôire, il régit tout et tire fdul esprit h soi, el aussi tout esprit créé par préeipul doit le louer el adorer pour soi, el niùnie pour toul ce qui c>l sans esprit, mais non sans ôtre el sans dépendance altsolun de Dicn : (Jinnisspiritits laudct Dominum. [Psal. CL, ti.)

5. Cette sainte révérence duo h l'Kspril de Dieu présent partout, celte sainte présence de l'Kspril d(! Dieu répandu partout, failque tout le monde nuus devrait ôlre un temple consacré h Dieu |iar son iumiensité propre, c'esl-.'i-dire par lui-mômc, par son essence qui est la sainteté môme, par sa présence (jui voit tout, par sa puissance de (pii toul dépend el à qui tout est soumis. A plus forle raison votre mona>lùre vous doit être un kMupie auquel vous ad(»rez Dieu paitout, el partout vous contemplez celui qui vous conkMuple el vous veul sanctifier partout. Celle pré>ence auguste vous doit mettre en une sainlo révérence, si imprimée dans vos cœurs el dans vos sens, (jue quiconque vous regarde doit voir en votre contenance el modestie l'ell'"! et rim[)ression de cet élat, el vous reconnaître et considérer comme hosties de louanges consacrées à la majesté de Dieu pré>enl.

6. Celte humble et sainte révérence c<\ la disposition la plus constante et la plus universelle qui doit être en vos âmes, et elle vous met en compagnie dans la solitude, en société dans la retraite, el en occupation sainte, intérieure et spirituelle dans le repos et oisiveté a|)parenle.

7. Cet Espril-Sainl se rend présent d'une façon singulière dans les lieux de communauté, il y préside invisihlement, il voit vos cœurs et liic vos esprits, il les remplit de ses opérations saintes, il bénit les actions laites en unité d'es|)ril el en société sainte en l'honneur de l'unité divine, de son essence et de la société sacrée de ses personnes. Celle unité et société divine qui est le plus haut mystère de notre religion, le centre et la circonférence de tous les autres mystères, el la source vive de notre béatitude, est singulièrement rp[)résentée el adorée dans les communautés religieuses, et chacune doit être bien aise de faire partie de celle sainte conuuunauté et de cette ro- )»résentation mystique et sacrée de l'être de Dieu, qui est un être d'unité et de société tout ensemble, et vous avez l'honneur d'être comme un trait et linéament de cet Etre suprême, lorsque vous allez à la communauté qui l'adore et le représente en vous ; el de participer à la bénédiction que Dieu y communique en l'honneur de son Etre

sacré sainlenient ligure el représenté par ic.elle. Car comme Dieu en sf)i-môme est unité el société parfaite, il vent être aussi hors de lui-môme servi el adoré en unité el société sainte, el il a établi le salut et 1/»

|terfeclion celle des gieuses.

en la société de l'Eglise el en communautés saintes, el reli-

LETTUE XIV

AUX nF.Li(;iEi;sES carmélites.

Adressée à tout Vordre comme son dernier trslnment et trouvée dans ses papiers aprèt sa précieuse mort (l'»9).

Le soin que je dois avoir de vos maisons et de vos âmes m'occupe souvent en des pensées qui concernenl vos devoirs et les miens, el ne me permettent pas d'être sans sollicitude. Puis(|uc c'est le partage que saint Paul nous a.>signe : Qui prœest in sollicitudine. {Rom. xii, 8.)

Je dois donc veiller quand vous dormez, et travailler quand vous êtes en repos. Malheur à moi si je ne le fais 1 car celui qui combat Israël ne dort jamais, et celui qui garde Israël se veut servir de ses anges et de ses serviteurs pour cette ganlc. C'est pourquoi le nom d'anges est donné aux prêtres et aux supérieurs, car leur office est angéliquc : et si cela est vrai pour ceux qui ont charge dans l'Eglise, il est plus considérable }»our ceux qui ont soin de la partie la plus élevée de cotte Eglise, qui est la troupe des vierges, et des vierges réunies ensemble {)Our louer Dieu comme des anges sur la terre, et ne penser qu'à Dieu. Ils doivent être purs comme des anges pour garder les anges ; el ils doivent être vigilants comme de bons anges pour garantir des mauvais anges qui environnent jour et nuit ceux etcellesqui servent un Dieu vivant.

Je n'ai jamais atlecté ni recherché le pouvoir sur vos maisons et sur vos âmes ; et plusieurs d'entre vous le savent, il m'est venu d'ailleurs; et lorsque j'ai eu plus de santé et de liberté, je n'ai i»as épargné plusieurs voyages pour vous voir toutes, vous entendre moi-même en vos besoins et vous ouvrir mes pensées dans les vois de Dieu sur vous. Maintenant qu il n'est pas en mon pouvoir de le faire aussi souvent que je l'ai fait autrefois, ni même au j)oint el au moment que je le voudrais, partie par mes infirmités, partie par les atl'aires dont il plaît à Dieu que je sois maintenant occupé, j'ai recours au [tapier et aux autres voies qui rendenl.les absents présents, désirant traiter avec vous toutes par cette lettre générale que je vous adresse.

\ ous ne devez, mes sœurs, être jamais seules : et si vous faites profession de soli-

(1-19) Quoiijue t'Mto leilresoit en partie la répétition de la Xlll' d'abord , et de la 1" ensuite a-lressées anx Carmélites , nou*» ne croyons pas devoir la siipprinier, à cause des variantes in>portantes qu'elle renfe. me , ei parce qu'en grando

partie elle est 'médite. Nous l'extrayons du Trésor du Carmel, DÙ on la donne comme une pièce nouvelle et nnu comprise dans les œuvres du cardi-

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

lude, vous devez toujours 6tre en compagnie de gelui qui nous dit en se séparant de nous : Je suis avec vous jusquà la consommation du monde. [Matth. xxviii, 20 ) Vous avez son corps, son esf)rit, sa divinité dans son sacrement, mais outre celte [«résence sacrée et attachée à ce mystère et à ce sanctuaire qui contient le trésor de la terre et du ciel, vos esprits doivent être partout et toujours avec res|)rit de Dieu. C'est l'esprit de vos esprits, et comme avant la création du monde, cet esprit se reposait sur les eaux, il veut maintenant prendre son repos dans vos esprits et y former ses merveilles.

Cet esprit vous est présent en tous lieux, il remplit le ciel et la terre ; il veut agir et opérer dans vos esprits, qui doivent être toujours soumis à sa conduite, à ses effets et intentions sur vous. Ils doivent être touchés et remplis de la révéïence due à sa majesté, car cet esprit e^t souverain, il a fait le ciel et la terre; il les conserve et maintient dsns leur être, il régit et attire tout esjjrit à soi ; et aussi tout esprit créé doit le louer et adorer pour soi et pour tuut être qui est dans la dépendance absolue de Dieu: Omnis spiritus laudec Dominum. [Psal. cl, 6.)

Celte sainte révérence due à l'esprit de Dieu réfiandu partout, fait que tout le monde nous devrait être un temple consacré à Dieu par son immensité propre, c'est-à-dire [)ar lui-même, par son essence qui est la sainteté même, par sa présence qui voit tout, par sa puissance de qui tout déj)end et à qui tout est soumis: à [)lus forte raison, votre monastère vous doit être un temple où vous adorez Dieu |)artout, et jiartout vous contemplez celui qui vous contemple et veut vous sanctifier partout. Celte présence auguste doit vous mettre dans une sainte révérence, si imprmiée dans vos cœurs et dans vos sens, que quiconque vous regarde doit voir en voire contenance et par votre modestie, Telfet et Timpression de cet état, et vous reconnaître et considérer comme hosties de louanges consacrées à la majesté du Dieu présent. Cette humble et sainte révérence est la dis[)osilion la plus constante et la plus universelle qui doit être en vos âmes ; elle vous met en com[)agnie dans la solitude, en société dans la retraite, en occupation sainte et intérieure dans le repos et oisiveté apparente.

Cet esprit saint se rend présent d'une façon particulière dans les lieux de communauté : il y préside invisiblement, il voit vos cœurs et attire vos es[)rits, il les remplit de ses opérations saintes, il b,énit les actions faites en unité d'esprit et 'société sainte en l'honneur de l'unité divine, de son essence et de la société sacrée de ses personnes.

Celte unité et société divine qui est le plus haut mystère de notre religion, le centre et la circonférence de tous les autres mystères et la source vive de notre béatitude, est singulièrement représentée et adorée dans les communautés religieuses, et

chacune doit être bien aise de faire partie de celle communauté et de celle représentation mystique de l'être de Dieu, qui est un être d'unité et de société tout enseml)le ; vous avez l'honneur d'être conmie un trait et linéament de cet être suprême, lorsque vous allez à la communauté qui l'adore elle représente en vous; vous participez à la bénédiction que Dieu y comnnjr.ique en l'honneur de son être sacré saintement figuré et représenté par elle; car comme Dieu en soi-même est en unité et société jiarfaiie, il veut être aussi hors de lui-même servi et adoré en unité sainte, et il a établi le salut et la perfection dans la société de l'Eglise et dans celle des communautés saintes et religieuses. C'est une [)ensée à mou avis digne de loucher vos esprits ; elle est haute et solide, elle est tirée de l'être de Dieu même, que vous adorez en tout temps et en tout lieux ; elle vous doit être familière et sensible, et en cette pensée chaque religieuse doit avec joie et promptitude se rendre aux lieux et aux actions de la communaulé, ne doit pas souffrir d'en être séfiarée sans peine et sans un sujet bien légitime ; étant ailleurs par nécessité, par charité, par obéissance, elle doit être ici par esprit et par volonté, elle y doit retourner le plus tôt (lu'il lui sera possible. C'est la disposition générale que doivent avoir les sœurs h l'égard de tous les lieux et de toutes les actions de la communauté.

Mais elles doivent avoir une disposition I)articulière à l'égard du chœur et du service divin : l'importance des actions que vous avez à y faire, la nécessité des bonnes dispositions que vous devez y avoir, l'obligation que vous avez d'y servir Dieu en perfection, d'assister l'Eglise en ses besoins, et la fa(;i!ité de manquer à tous ces points, conversant et allant à ce saint lieu plus par habitude et nécessité que par un esprit de piété et dévotion, m'a fait adresser une lettre générale à l'ordre pour l'exciter à ses devoirs, que je désire être lue trois fois l'année en communauté. L'assistance au chœur doit être fort douce aux sœurs; leur premier devoir et leur plus importante action en la maison est de rendre ses louanges h Dieu, et de se rendre présente à Jésus-Christ Notre- Seigneur, qui lait un mystère en son Eglise exprès pour être présent à nos âmes, et nous tenir lidèlc compagnie jour et nuit : mystère grand et j)erpéluel qui semble faire effort à l'éiat de sa gloire ; et nous ne voulons pas faire effort à nos indévolions, à nos moindres occupations, pour nous rendre en sa [)résence et célébrer ses louanges. La Mère prieure en doit dispenser très-rarement; il faut que ce soit par maladie ou pour circonstance si rare, si im[)orlanle qu'elle ne[)uisse tomber sans aucune prévoyance ou règlement. Pour ce sujet, les atfaires de la maison seront prévues pour n'interrompre aucune sœur durant les heures du chœur et de l'oraison; quant aux infirmes qu'on appelle ordinaires et qui ont la liberté d'aJler par la maison, elles assisteront aux actes de la

LETTKES. — 1— AUX KKLIGIELSES CAflMKLITES.

rommunaulô que la condition de leiir ninl k'iir |»('rinclln«, cl les lifurei où l'Ilos ne peuvent assister, ell'.'S garderont^ lo .silence et «lioisiront (juehpie nmiiiùre d'occu|)niion qui soit nioi'iis diverli^s.inle des clvoses .saintes (]ui se l'ont dans In maison, et (ju'elles .soieiu préseiiles par esprit et iisa^e do |)iéié et de vertu, où elles ne peuvent ôlre de corps, selon la perfection due h une majesté si grande cl si présente en tous lieux et en toiil lenips.

Les sœurs ne parleront j.miais dans le cliœur, il serait môme bon <\\n^ la Mère prieure sortit quelquefuis quand elle anra nesoin d'v parler, si sa santé le lui [lermet, et cela tant par révérence au saint Sacrement, que pour diminuer la facilité des sœurs, qui souvent la ret lierelienl avec peu de sujet. Pour la sousquieuie, excepté [lour ceaiielU; aura l)esoin de dire pour le chœur, je 1 assujettis à sortir; ce (jue toutes les sœurs ne feront point pour causes légères. On récitera l'ollii c plus lévéïemnient et dévoten;ent ; et celles qui sont négligentes auront soin d'amender leurs défauts qui ne sont pas petits devant Dieu, spécialement en celles dont il reclierclie les larmes et les prières |)Our avoir sujet défaire miséiicorde a son peuple : Malcihctus homo qui fncit npus Dei neijliijenler. [Jcr. xLvni. 10.) Mlles tombent en cette sorte de malédiction et se rendent d'autant plus coupables que, |)ar leur étal et condition, elles sont du nombre tie celles dont, comme nous avons dit, les prières devraient servir à de grandes choses.

Comme les confessions du malin |)Ourraienl détourner les sœurs des ollices du chœur, nous recommandons que les sœurs laies, les intirmes, les novices et au besoin oflicières du dehors s'v rendent pendant les heures de communauté ; chacune s'y rendra au son de la cloche, avec recueillement et on silence.

Un des [)lus grands dons du Fils de Dieu sur la terre est celui de la sainte Eucharistie, et c'est aussi un des usages sur lesquels nous devons le plus veiller. C'est un donqui en contient [)lusieurs; c'est la semence la plusdivine que la terrede notre cœur puisse recevoir, et qui doit le plus fructilier en nous et c'est comme un talent que nous devons faire valoir inlmiment.

L'usage dune chose si rare, si précieuse, nous sera très-sévèrement redemandé ; et nous qui veillons sur vos Ames, nous devons vous rendre vigilantes sur ce sujet. En ce siècle, nous avons anlant à vous exciter à la révérence qu'à la fréiiuentalion de ce très-saint Sacrement, et à un giantl usage d'une chose sainte, si grande et si libéralement communiquée. Nous devrions être tout célestes, tout divins en la participation d'une chose si céleste et si divine : c'est le pain du ciel, le [tain des anges; il le tant recevoir avec une pureté angélique. C'est le [)ain de notre nécessité, de noire siiflisance, selon la version syriaque et hébraïque ; il le faut

prendre par nécessité, par piélé, et non par facilité ni par contuitie, c'est pourquoi nous Atons les licences générales do «ommunier. Peu seront en liberté de le faire outre le jeuili cl le samedi (L'iO), si ce n'e>«l pas pour des besoins ou des raisons paiticiilières, et si cela ib^il durer un temps notable: l'avi-S du supérieur y sera néces-aire. Il y a trop peu de soin en la plupflit de rcnotuer h cll(!s-iii6mes et vaincre leurs impeifecliotis, et trop d'empressement à (ominunier. C'est faire tort à <elle viande célesle de la dispenser h des Ames terrestres; i;et aliment de vie [tarfaite, de vie crucitiée, de vie morte 5 soimême, et vie h Dieu, doit ôlre réservé pour des Ames de perfection, de croix cl d'abnégation delles-mômes.

Les novices un peu jeunes et moins capables de la vertu solide, ou pour la laiblesse de leur Age, ou (uir moindre usage degiAce, ne communieront fias si souvent: la mère prii'ure les retiendra aux dimanches et jeudis.

Le parloir est un des lieux de la maison filns à considérer et moins ?« fréquenter. 11 n'y faut demeurer que q-ar charilé, et en sortir le plus tôt que l'on peut ; une demiheure sufTit. En ce peu ii v faut répandre l'oilcur de la vertu religieuse. C'est le lieu où il faut servir Dieu dans les Ames plus par exemple que par [taroles, plus par vérités solides que par étendue de discours ; c'est le lieu où il faut détourner prudemment les propos communs, où il faut se conlre-garder soi-même et la maison ; il y faut oublier et ensevelir ce que l'on a dit et entendu; il ne faut pas redire, ni même nous ressouvenir de ce que le monde nous a appris.

La révérence due aux temps saints et ordonnés de Dieu [lOur vaquer aux choses divines, requiert qu'on ne parle point au dehors les dimanches et fêtes, lorsque le saint Sacrement est exjtosé, durant l'A vent, le Carême, et aussi les heures de communauté, si ce n'est pour les affaires de la maison, ou un sujet rare et extraordinaire.

L'on ne parlera point sans tierce 5 qui que ce soit, hors p.our la direction, encore cjue la Mère prieure en ait connaissance, et I on ne témoignera pas de répugnance aux tierces que Ion donne, demandant celles que l'on désire. Nous entendons que celles qui auront été jirieures soient comprises en celte loi. L'on observera ce que dit la constitution de n'ouvrir la grille qu'aux pères, mères, frères et sœurs, ainsi qu'à messieurs les évôipies.

On se renouvellera dans l'observance du silence, on ne |>arlera que pour des choses très-nécessaires; car la constitution n'a entendu donner liberté d'une demande ou réponse que pour ùter la gêne de quelques esprits plus attachés à la ri^^ueur qu'à l'esprit du silence ; mais c'est un grand abusdo son intention sainte, de la douceur et direction prudente de son esprit, de vouloir ti-

(150) Depuis .Mgr de Bënillc, le nombre des communions a été aogracnlé par l'autorité des supérieurs.

rer de là une licence de parler hors les heures de rérréation.

Nous ùions toutes les licences générales de parler concédées tant aux professes q,u'aux novices, et nous exhortons la Mère prieure d'être très-difficile à en donner. C'est assez de le faire dans des besoins jiressants et pour peu de temps, atln qu'on n'excède pas dans l'usage de ces licences, que l'obéissance et soumission d'esprit soient plus souvent exercées ; et que les désordres que le teirif)S y glisse soient plus tôt aperçus et remédiés. Et d'autant qu'ils prennent souvent le prétexte de la charité, il la faut tellement exercer, que sous un voile si saint, le dérèglement ne puisse être couvert et autorisé.

C'est pourquoi l'infirmerie, qui est comme le lieu principal de la maison oi^ la charité est employée, on aura soin d'y converser si prudemment et si vertueusement, que la charité n'y manque jmint sous le prétexte de l'exaciitiide, et la licence n'y entre [)oint sous le [)rétexte de la cliariié ; à cet etfet, l'ange qui descend en ce lieu y sera révéré. Celles (jui y sont connue infirmières ou comme malades s'y considéreront comme religieuses dans leur mal et dans le service qu'elles rendent aux malades ; et si la nature et le mal font leurs elfets ordinaires, la grâce et la condition religieuse y doivent a voir leur part, leur conduite et leur efficace ;c'est pourquoi l'on y gardera le grand silence, à moins (]u'il ne soit nécessaire de le rompre par une charitable assistance, qui n'a point d'autre règle qiie le besoin de la maladie, ce qui doit s'observer encore pendant les heures d'offices et d"oraison.

Les sœurs qui iront voir les malades n'y seront pas plus d'une demi-heure |)Our l'ordinaire, si elles ne sont nécessaires à quelques services vers les malades, ou requises par les infirmières. Elles ne s'assembleront pas plusieurs en môme temi)s, car cela fait plus de désordre que d'assistance aux infirmes (151). Celles qui viendront les dernières à visiter trouvant la place i)rise se retireront humblement, remettant cet acte de charité en un autre temps oij il sera plus nécessaire, etles visites se feront plus par chai'ilé(pie |)ar décharge de leurs humeurs et imperfections, connue si elles cherchaient un lieu et un prétexte pour s'exempter de l'observ.ince religieuse.

On ne ijiangera en ce lieu que par nécessité, et avec le regret d'être privée de la bénédiction de la communauté; et lorsque, par quelque besoin notable jugé tel par la Mère prieure, l'on sera contraint d'y manger, l'on y gardera le silence. Ce lieu s'appelle infirmerie, et le mot vous avertit que ce qui s'y passe est pour la nécessité des corps infirmes, et non pour la relâche des âmes faibles ; l'âme ne doit donc pas y être, mais à la communauté par intention et par désirs dans les saints exercices de la maison. Elle doit être

en Dieu, qui est le lieu d'oij el.e ne doit jamais sortir.

La Mère prieure doit voir toutes les lettres, et les sœurs doivent être dans la dépendance qu'elles doivent à leur prieure, sans prendre garde si elle les voit ou n? les voit pas.

Je désire qu'on lise tous les mois au chapitre les points ci-dessus que nous avons ordonnés ; et ce, afin que l'observance en soit mieux renouvelée et qu'ils soient mieux imprimés dans les esprits des sœurs.

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