VIE DU CAIU)I.NAL DE IIEIUJI.LE
SO
rieur général choisira ceux qu'il jugera les plus propres h régir les maisons ; les autres flilinises pour se fitrnier pcmlntit uti «eriain tem|)s h la vie eeriésia^liipie, ol enlrer «laris l'esprit (lu snecrdoi e par j'exeiiiph! de ceux qui y seront plus spécinlenieril «'oiisacrés. Ainsi l'institulion des prtilres et des |iersonnes aspirantes h la [ir^^lrise sera la lorK;lion principale de cette co- grégalinn ; et celle '0(i('té ne iinllera point par la s(;ience, mais par l'usage de la science (|ue l'école pt les livres n'apprennent [)as, et que Jésus- Christ ^eul peut enseigner.
« Si ce projet est agréable h Dieu, il so ré{)andra hietitol une innnne du. ciel dans tous les diocèses; et les lions désirs de plusieurs qui se fierdent faute de secours, seront utilement rtcueillispour fructilier dans leur saison.
" Afin que ( elle institution soit uniforme en la diversité des lieux, il sera nécessaire (|ue son règlement et sa conduite dépendent d'un supérieur, qui dépendra lui-mènie des évéqucs dans l'exercice des fonctions ecclésiasii(|ucs. »
On voit ici une différence entre cet établissement et celui de saint Philippe de Néri. Les maisons de l'Oratoire en Italie sont isolées, et entièrement indépendantes les unes des autres; au lieu qu'en France elles sont toutes unies sous un môme chef, et ont une communication réciproque, ce qui s'appelle con'régation.
V'oici le f)lan de l'Oratoire tel quo M. de Bérulle lui-môme l'a conçu, et le discours qu'il adressai ses disciples.
Discours de M. de Bérulle aux PP. de la congrégation. — «Le même Dieu qui a rétabli dans [)lusieurs ordres l'esprit et la ferveur de la première institution, semble vouloir aussi procurer la même g.râce aux ecclésiastiques, et renouveler la perfection qui leur convient, et c'est pour recueillir celle grâce du ciel, pour vivre et opérer sous la conduite de Jésus-Christ même, que nous sommes ici assemblés.
a L'état de sacerdoce exige deux qualités principales : premièrement, une très-grande
Eerfection, comme étant divin dans son étalissement et dans son usage; secondement, une union particulière à Jésus-Christ, auquel nous sommes liés par ce saint ministère d'une manière toute spéciale, et par un pouvoir si élevé, qu'il ne convient pas même aux anges dans leur étal de gloire. Nous devons donc reconnaître que le soin particuculier d'aimer et d'honorer inliniment Jésus- Christ doit être la première règle de celle congrégation, et qu'entre toutes les sainies communautés qui édifient l'Eglise, elle doit se rendre éminente en ce genre. Ainsi, nous porterons tous, par le devoir et l'esprit de cette institution, un honneur et un amour spécial à Jésus-Christ, comme des hoslies immolées à son service, ainsi qu'il a daigné être pour nous la victime de propitiation ; nous nous remettrons entièrement entre ses mains, comme organes de son esprit et instruments de sa grûce ; nous lâcherons d'ex-
primer parfaitement sa vie, ses mœurs, et de coopérer, autant cpi'il sera possible, h ses (L'uvres el à ses desseins, considérant qui* l'ordre de la rialuro peut bien se conserver sans l'homme el sans >on travail, mais non Tordre de la grâce, rpji nous est en quehpje sorte cotumis; nous aurons un respect infini pour l'Kglise, épouse; de Jé>us-Christ, et un soin de la propagation de son état; en un mol, nous travaillerons h être remplis de Jésus-Christ, à ne regarder et ne rechercher (jue lui, à être tout en lui par la grâce, comme il sera un jour tout en nous par si gloire.
« Nous considérerons que l'un des officef de Jésus-Christ Noire-Seigneur est d'être éternellement prêtre, el que nu! autre que lui ne pouvait l'être : ainsi nous recoimaissons Jésus-Christ pour notre premier instituteur el patron princijtal ; nous nous obligeons à ne jamais reconnaître un autre chef. Nous aurons soin de lui rapporter tout le bien que nous pourrons faire, comme dérivant essentiellement de celte source féconde et sacrée. »
Si ces |)aroles ne sulfisenl pas encore pour faire connaître l'esprit de M. de Bérulle et de sa congrégation, il faut lire son huitième discours sur les grandeurs de Jésus-Chrisi. C'est là que cet homme vraiment évangélique se (lépouille en quelque sorle de ^.i pro|ire existence, [>our ne vivre qu'en Jésu?-- Christ, el ne parler que par son impressior. Après avoir fait l'oblation de sa société au Verbe éternel en l'honneur des deux sociétés ineffables, l'une avec les personnes divines, et l'autre avec l'homme par son Incarnation, il représente l'esprit primitif el fondamental de l'Oratoire de Jésus.
Prière de M. de Bérulle à Jésus-Christ. — « O Jésus, » s'écrie-t-il , « faites que ceiie société naissante soit de plus en plus établie, fondée et enracinée en vous; qu'elle tire toute son influence el toute sa conduite de vous; qu'elle n'ait de senliraent, de force el de mouvement que pour vous ; qu'elle vous rende un hommage spécial et continuel ; qu'elle porte la marque, l'impression el le caradère de votre servitude; qu'elle suive vos lois; qu'elle s'attache à vos inlérêts; qu'elle accomplisse vos désirs; qu'elle soit I esclave de vos volontés, l'admiratrice perpétuelle de votre puissance el de vos grandeurs; qu'elle vive de votre amour, de votre esprit, de votre croix ; qu'elle soit un des instruments de votre grâce toute-puissante; qu'elle honore vos mystères; qu'elle annonce vos conseils; qu'elle dépende uniquement el singulièrement de votre sacré mystère de l'incarnation, oij votre divinité humanisée el votre humanité déifiée ont 0[)éré notre salut d'une manière ineffable ; qu'enfin parmi tous les ordres dont les uns ont choisi la pénitence, les autres la solitude, ceux-ci la psalmodie, ceux-là le travail des mains, nous soyons celui qui ait pour marque distinctive une dévotion particulière envers Jésus-Christ. »
Tel est l'Oratoire, dont chaque maison es
VIE DU CAUDINAL DE BÎ'RULLE.
dédiée à un mystère de Notre-Soignour, et où tous les exercices et toutes les prières ont Jésus-Clirist ( oiir objet. Ses grandeurs, ou |)lulôt sa divinité, son humanité, ses œuvres, en un mot tout lui-même, sont la fête (!e cette congrégation. Elle invoque particulièrement tous les saints qui ont eu des rapports plus intimes avec le Verbe éternel ; et le vingl-cinquièiue jour de chaque mois elle fait une mémoire particulière do sa Nativité dans un office dont les paroles et le chant pénètrent et ravissent.
Eloge de l'Oratoire par saint François de Sales. — Si l'on ajoute à ces traits les témoignages rendus en faveur de cette congrégation, on ne peut qu'enconcevoir la plus haute L idée. L'évêque de Genève, ce saint prélat 5 dont les reliques sont aujourd'hui sur les autels, et qui disait « que s'il'pouvait choisir d'êlre quelqu'un, il voudrait être M. de Bérulle, » assurait « qu'il eût volontiers quitté son état pour vivre sous la conduite de ce grand homme, et qu'il n'y avait rien de plus saint et de plus utile à l'Eglise de Dieu, que sa congrégation. » Aussi n'appe- Jait-il jamais les |)rètres de l'Oratoire que nos Pères, et demanda-t-il au Pape la permission de venir contribuer à son établissement.
Sentiments du P. Cnlton et des Carmélites sur l Oratoire. — Le P. Cotton lui-même disait que l'Oratoire était nécessaire à l'Eglise, et « qu'il regardait cet institut comme une nouvelle création qui manquait à la perfection de ce second et divin univers. » Ces ex|iressions se trouvent dans une lettre qu'il écrivit de Lyon à M. de Bérulle en date du 8 août 1686.
Plusieurs Carmélites éminentes en jiiéié, ot qui par leurs prières et |)ar leurs soins délorminèrent le serviteur de Dieu à établir l'Oratoire, et à se charger de sa conduite, font un éloge de cette congrégation qui ne laisse rien à désirer. Mais le témoignage le plus célèbre est celui du grand Bossuef. Il parle ainsi de l'Oratoire et de son instituteur, dans l'oraison funèbre du P. Bourgoin, qu'il prononça le 4 décembre 1662 :
« En ce temps-là,» dit-il, «PierredeBérulIe, homme vraiment illustre et recommandable, à la dignité duquel j'ose dire que même la pourpre romaine n'a rien ajouté, tant il était déjà relevé par le mérite de sa vertu et de sa science, commençait à faire luire à toute l'Eglise gallicane les lumières les plus pures du sacerdoce chrétien et de la vie ecclésiastique. Son amour immense pour l'Eglise lui inspira le dessein de former une compagnie a laquelle il n'a point voulu donner d'autre esprit que l'esprit même de l'Eglise, ni d'autres règles que ses canons, ni d'autres supérieurs que ses évêques, ni d'autres liens que sa chanté, ni d'autres vœux solennels que ceux du ba|)têmeet du sacerdoce.
« Là une sainte liberté fait un saint engagement, on obéit sans dépendre, on gouverne sans commander : toute l'autorité est dans ia douceur, et le respect s'entretient sans le
secours de la crainte. La charité qui bandit la crainte opère un si grand miracle ; et sans autre joug quelle-môme, elle sait non-seulement captivermais encore anéantir la volonté l)ropre.
« Là, pour former de vrais prêtres, on les mène à la source de la vérité : ils ont toujours en main les livres saints pour en rechercher sans relâche la lettre par l'étude, l'esprit par l'oraison, la profondeur par la retraite, l'efficace par la pratique, la tin par la charité à laquelle tout se termine, et qui est l'unique trésor du chrélien. »
Eloge de madame de Gourgues. — M. de Bérulle contemplait en Dieu les progrès de la société naissante , lorsque madame de Gourgues, sa cousine, qu'il dirigeait, mourut entre ses bras. Elle était vraiment la femme forte dont parle l'Ecriture, toujours supérieure au monde et à elle-même, visitant les prisons, se plaisant dans les hôpitaux, aimant non-seulement les pauvres, mais la pauvreté, faisant ses délices des souffrances et de la prière ; elle obtenait continuellement du ciel des grâces extraordinaires. Son mari, [)remier président au |)arlement de Bordeaux, l'admirait et l'imitait : elle ne connaissait de parure que la vertu , de science que la religion, de grandeur que l'humilité, de bonheur que la vie future.
Sa mort. — Consumée d'austérités, quoi- (]u'à la Heur de .son âge, elle tomba malade dans un voyage qu'elle fit à Paris. Une joid intérieure se lisait sur son visage plutôt qii« la douleur; la grâce [)araissait visiblemei.t triompher de la nature; elle n'avait que le chagrinde ne pas mourir Carmélite. L'heure de son sacrifice arriva, et M. de Bérulle, toujours présent à toutes les bonnes œuvres, recueillit son dernier soupir. Elle dit en expirant qu'elle n'avait jamais été si contente, parce qu'elle se voyait proche du souverain bien. On eût dit que son âme l'avait quittée {•lusieurs jours avant sa mort, tant elle était a[)pliquée à Dieu, et absorbée dans la méditation (lèses grandeurs et de ses jugements. Evlle [)erdit la vue, et elle s'écriait : « Heureuse perte, qui me donne l'espérance de voir bientôt la lumière du ciel I » On avait proposé de lui ouvrir le côté, et elle priait Dieu que les médecins fussent de cet avis pour avoir plus de conformité avec Jésus-t^hrist dont elle embrassa toujours la croix. C'est ainsi que mourut cette femme que M. de Bérulle avait élevée dans la vertu.
Al. de Bérulle convertit une âme désespérée. — Il fut prié vers ce temps-là de remettre dans les voies du salut une dame de condition, qui s'en élait tellement écartée que tous les directeurs ne pouvaient rien obtenir. La vue d'un crucitix l'etl'rayait à un tel point, qu'elle ne voulait entendre parler ni de |)énitence ni de sacrements : le désespoir s'était emparé de son âme, et il n'y eut que l'onction de M. de Bérulle et son assiduité pendant plusieurs jours et plusieurs nuits qui touchèrent celte infortunée. Le nuage se dissipa, lamour succéda à la crainte; et celte femme, qui élait [ rôte à périr victime de sa
v:r ni; t\iu»i.N\i. dk iikumif.
Irflvctii, termina sn ranièie en cliri^lienne, t ou (ilutôl en î>ninle. Ix* scrvileur <Jo Dieu vooJiitMju'un seigneur (]tii l'nvail si'uJiiite, el dont elle «îlait devenue l'enneniie irréconciliable, vint l.'i visiter : il |»arntùce S|)eetaelo, el, no vovant [tins (ju'nne ombre d'exislence et (iu"une pAleur ( .Mjavéreiise dans celle qu'il avait tant idol/llrée, il rentra >érieu.sciiienl en lui-même, el choisit M. de Hérulbî pour s(ni directeur.
Le serviteur de Dieu no Unissait pas une bonne œuvre sans en commencer une autre. Tous les inslanis de sa vie ne se succédaient nue pour servir IKjijiise et honorer Jésus- Lhrist.
// fait un voyage à Bordeaux, et y voit Mme de Faur. — Il partit pour Bordeaux en 1G13, el il alla visiter les Carmélites. Il passa I>ar la Hochelle où il avait déjà une maison de rOraloirc, el où son zèle lit les exhortations les plus sublimes el les plus palhéliques. 1! élail dans une telle plénitude de Noire-Seigneur, que partout il répandait des flammes du divin amour (]ui le ronsu[ua;l. Il vint à Saintes, et le moment qu'il accorda aui religieuses de l'abbaye leur donna la rplus haute idée de ses vertus. Il trouva à Bordeaux Mme de Faur, prieure delà même abbaye, el qui depuis bien des années désirait le bonheur de pouvoir lui parler.
« J'étais alors, » dil-elle, « dans quelque peine d'es[)rit, el il me senjblail que je ne pouvais énoncer assez clairement tout ce qui concernail mon état ; mais Dieu me fit voir que son serviteur connaissait mieux que moi mes projires pensées. 11 me tit aper-
(cevoir |)lusieurs fautes que j'avais commises par une trop grande précipitation d'esprit dans les œuvres de Dieu, et m'ap[)rit com- ^ ment je devais vivre par la suite {)Our me désunir des propriétés dans lesquelles j'avais nourri mon ûme. Il me prédit plusieurs choses qui concernaient mon monastère , et dont j'ai vu l'exécution. Si, dans mon indignité, ajoule-t-elle, j'ai du respect et de l'amour pour notre ordre de Saii.l-Bcnoîl, je le dois aux in^tructions el aux prières de ce grand personnage, qui participait à l'esprit de tous les ordres el de tous les saints. »
11 commença la visite chez les religieuses Carmélites de Bordeaux j)ar ce discours qu'on trouve dans ses œuvres :
« Jésus est raccoiiqilissement de notre être, qui ne subsiste qu'en lui, et n'a sa perfection qu'en lui , plus véritableiuent que le corps n'a sa vie el son mouvement qu'en l'âme. Nous faisons donc en quelque sorte partie de Jésus, et il est notre tout, comme noire bien consiste à ne vivre et à n'agir que par lui.
« Mais pour vivre en Jésus-Christ, il faut que nous mourions en nous, et que nous soyons dans cet esprit de mort à l'égard de nous-mêmes et du siècle présent. Nous devons ce sacrifice à la justice de Dieu qui • nous a tous condamnés à la mort.
• L'esprit de la grâ. e nous oblige à nous contenir dans les bornes de noire condit on,
el à ne point sorlir <le l'étal de mort volontaire , mort (jui nous fera vivre lorsque nous mourrons ^nr une défaillance de la nature. Si Dieu diir»'Te à délruiie nos corps el h exé* uler la sentence, nous devons tenir sa place, el agir en quehpie sorte comme il agira, en nous détachant de tfaji cequiadecte mainienant nos sens. Il faut nous girder de nous-mèijies comme de l'entioiiii le plusdangereux, et êlre fiilèlcs à maintenir le-, droits de Jésus-Christ contre notre faiblesse el notre dissipation. »
Me et mari du confrère Odef. — Son éloqe par M. de Uerulle. — L'Oraloire croiss.-iii de plus en (dus en ferveur el en sujets. lorSoue le (Oidrère Odel fit paraître ui;o piété dont on voit peu d'exemples. « Ce bon confrère est un géant dans les voies du ciel, disait souvent M. de Bérulle, el nous ne sommes rpie des nains auprès de lui. » Il élail ni veu de M. Péri.ard, *«H>bevêque d'Avranches, qui l'avait envoyé étudier dans l'université de Paris ; all.iiit un jour f)ar curiosité, ou par ennui, à la manièie des gens du monde, voir un de ses cousins qui était dans l'Oratoire, il eu revint si pénétré, qu'il se jeta quelque temps après entre les bras du saint fondateur. Il retourna seulement dans le monde pour y payer ses dettes, et il prit une chambre en Sorbonne, que Je fameux de Condren, pour lors bachelier, lui prêta. M. de Bérulle, qui voyait les desseins de Dieu sur cette âme, acquitta de ses [»rol»res deniers une partie des dettes qui reie.iiaient le nouveau postulant. Ce jeune homme, plein de zèle, commença à embrasser les exercices avec une ferveur incroyable. Continuellement en oraison, il passait une partie des nuits au pied des autels, dont il fallait l'arracher. Le jeûne, le silence, la mortification devenaient ses délices. « Les voies les plus saintes et les plus élevées, » disait le P. de Bérulle à ses enfants, « dont je me sens obligé, selon Dieu, défaire ouverture à notre confrère Odel, lui sont si faciles et si aplanies, qu'elles lui semblent un chemin tout frayé et tout battu. »
Enfin, il marcha si vite da/is les sentiers de la grâce, (ju'il se trouva presque aussitôt dans le séjour de la gloire. Il ne resta que dix-huit mois dans la congrégation, el il termina sa carrière à l'âge ae vingt-trois ans. 11 fut le premier de l'Oratoire qui mourut, c'est-à-dire les prémices que Dieu se choisit comme un sacrifice agréable. Son plus grand éloge est la manière dont M. de Bérulle annonça celle mort, o Je vous écris, » dit-il, « [tourvousapprendre qu'il aplu àDieu d'a|>peler à soi notre très-cher confrère Odet, lequel est décédé le 7 août, à midi. Le Seigneur la disposait à ce passage par la ferveur qu'il lui insjtira depuis le premier jour de sa retraite parmi nous jusqu'au dernier. Si cet accident ne nous était adouci par la puissance el par la suavité de la Providence divine, il nous causerait beaucoup de regret; mais celui qui nous avait donné un sujet du si grande espérance saura bien ré|)ârer celte {;erte. »
VIE DU CARDINAL DE BERULl.E.
Les Pères de l'Oratoire s'e'tablissenl dans la rue Sainl-Honoré. — La congrégation de l'Oratoire ne {)ouvant se soutenir dans une maison d'emprunt, son pieux insliluteur acheta Thôtel du Bouchage, et travailla luimême de ses propres mains à la réparation de cet éditice. C'était sans doute un spectacle édifiant de le voir aider les manœuvres et les servir. Etant obligé, par la suite, d'achelersix autres maisons de différentes personnes, il essuya à ce sujet raille difficultés. On avait navé les maisons et posé les fondement* de l'église, lorsqu'il s'éleva un orage suscité par de mauvais esprits, et qui fut prêt à tout renverser.
L'affaire fut portée au conseil de Louis XIII, de la reine-mère et du chancelier Sillerv ; et il fut décidé qu'au lieu d'empêcher l'exécution de ce dessein, \a nouvelle église ser.iit achetée , et réputée la chapeK.e du roi. Miracle opéré par M. de Bérullc. — Le ciel voulut encore honorer l'œuvre de M. de liérulle par un bienfait plus signalé. Le Frère Edmond de Messa , dont le serviteur de Dieu avait absolument besoin pour une affaire relative au nouvel édifice, tomba malade d'une dyssenterie, accompagnée d'une lièvre violente, qui ne lui permettait ni de sortir de sa chambre, ni de se soutenir. M. de Bérulle ne fit que lui dire ces paroles : « Allez au nom de Noire-Seigneur, et il sera voire force, » et aussitôt le frère marcha, et courut d'un bout de la ville à l'autre, sans la moindre incommodité.
Les services quil rend à l'Etat. — Le serviteur de Dieu, quoique toujours occupé des besoins de l'Eglise, ne perdait point de vue ceux de l'Elat. Le despotisme du maréchal d'Ancre, pendant la minorité de Louis XIII, ayant soulevé contre lui presque tous les grands, dont plusieurs s'armèrent pour se défendre eux-mêmes, M. de Bérulle fut chargé de les portera la paix , et à la soumission qu'ils devaient à leur souverain. 11 réunit aussi le duc de Nevers, après l'avoir engagé à poser les armes, et à revenir à la cour.
// réconcilie le roi avec la reine-mère. — La reine-mère ayant été exilée vers le même tempsàBlois, èl s'élant ensuite retirée à Angoulôme, oii elle avait un parti puissant, capable de brouiller tout le royaume, ce fui encore entre les mains de M. de Bérulle que Louis XIII remit ses propres intérêts, ainsi que ceux de sa mère, et il le chargea de les réconcilier. Ceux qui sont au fait de celle partie du règne de Louis XIII savent quels soins ce zélé serviteur de son roi, et ce tendre ami de la patrie fut obligé de prendre pour terminer cette réconciliation. Il ne servit pas avec moins d'ardeur et de succès le prince de Condé qu'on avait emprisonné, et le duc d'Epernon qui avait suivi le parti de la reine.
Toutes ces prérogatives ne l'éblouirent jamais un instant. En même temps qu'il brillait par ses lumières et par sa rare i)rudence, soit dans le conseil de la reine-mère, dont il fut établi chef, soit dans les diverses
négociations auxquelles il fut employé, il se croyait le citoyen le plus inutile et le serviteur le [dus abject.
Persécutions suscitées à M. de Bérulle. — Cependant il manquerait quelque chose à sa sainteté, s'il n'avait point eu de persécuteurs. L'envie souilla son poison; et des prières en l'honneur de Jésus et de Marie , qui devaient lui mériter les plus grands éloges, devinrent l'occasion des satires et des humiliations. Il travaillait à la paix du royaume, quand on lâcha de lui faire un crime de sa piété même : on poussa les excès à un tel ()oint, qu'on voulut le lapider, et (|u'on Ova l'ai-cuser d'hérésie. 11 éiaitbien singulier de voir celui qui rendait l'honneur dû à Jésus-Christ et à la sainte Vierge, traité comme sM eût introduit de faux dieux et une nouvelle religion.
Patience du serviteur de Dieu. — L'orage commença à Bordeaux. On y assembla |)lusieurs docteurs, et l'on eut bien soin de cacher aux juges l'auteur des prières en question. La vérité triompha. Toutes les f)roposilions furent approuvées par écrit, et avec éloge. Quatre prélats célèbres se joignirent aux approbateurs. La rage des ennemis ne fit que s'enllammer davantage : ils inondèrent tous les pays de libelles diffamatoires. M. de Bérulle, loin de s'en plaindre au roi qui vint à Pojliers, et qui allait à Bordeaux, n'en dit pas un seul mot, et se contenta de remettre son honneur entre les mains de Dieu. 11 pensa qu'en vrai chrétien il devait marcher par la gloire et par la honte, au m. lieu des calomnies comme au milieu des éloges.
Ce[)endant il crut devoir retournera Bordeaux, et il parut que c'était la volonté de Dieu, car sa présence dissipa ses ennemis. Cela n'empêcha pas révô(]ue de Lisieux de prendre la plume pour justifier M. de Bérulle. Il écrivit une lettre latine , en ibru:e d'apologie, au célèbre cardinal BentivDgIio, l'ami particulier du serviteur de Dieu.
Les honneurs quon lui rend. — Notre saint prêtre, ayant quitté Bordeaux pour aller à Toulouse, reçut dans ce voyage beaucoui) d'honneur». * Les Pères Jésuites lui donnèrent j)artout des marques U'e.-time et d'affection, jusqu'au point de lui présenter leurs novices, afin qu'il les bénît. Il est vrai qu'ils lui avaient des obligations essentielles, et qu'en bien des circonslances crili-, ques il les servit elficacenicnt. Lorsqu'il A passa par Castel-Sarrazin , des ecclésiastiques d Agen vinrent le supplier il'exorciser une fille qu'on croyait (lossédée, tant était grande la réputation de l'homme de Dieu. 11 se contenta d'offrir le sacrifice de la messe;^ et cette Ame, cruellement tourmentée , re- 1 couvra son ancien calme. ,, *
' Propa(jalion de l'Oratoire. — Il n'y avait pas huit ans que la congrégation avait commencé, et l'on écrivait de toutes les [)rovinces au P. de Bérulle , [lour avoir de ses disciples. Lesévêques les demandaient pour la conduite des séminaires, et pourdes missions ; les magistrats pour des collèges, les collaleurs de bénéfices PO"'' '^ur donner
VIE DU CARDINAL DF nKRLI.LE.
de^i cures ; ik» sorlo que chacun ro^nnlnii comme iiiH^ l>c'[)éilicli()ii ahuiidniiti* la |irésencc cl le travail He ces ouvriers évangéliques. Mgr rév<^»|ije de Paris voulut (iiie son sérjinaire leur lût lontiù ; et il leur (il »ioniier à ce dessein une abi)aye d(î Dénédiclins, connue sous le nom de Saiiit-M.ij^loire, école d'où sont .sortis des ecclésiastic^ues et des [irélals ;j'iin mérite »'Miiinent.
TouUjiise. KiiiKi^es, la Uoclielle , Niort, Nantes, Saiimur, Tduis , Orlé.ins , Houcn , Dieppe , l'olij^nv, Lanj^rcs, liuurges lurent les prennères villes (jiii reriirenl les prêtres do l'Oialoire, et «jui {foulèrent les fruits de leur zèle et de leurs insliin Ikjiis.
Les Pères de l'Oruluire de Provence se mettent sous la direction de M. de licrulle. — Toutes les maisons de Provence (}im reconnaissaient Philippe de N( ri pour leur fondaleur, se donnèrent j»ar la suite à M. de Bérulle, et ne voulurent plus avoir d'antre chef. Il y eut un href d'union ; et voici la lettre (ju'il écrivit à ce sujet :
« J'ai reçu, mes Pères, la lettre et le bref qu'il vous a plu de m'envoyer. Je loue Dieu de ce qu'il a bien voulu nous unir tous ensemble , non-seulement par nos volontés propres et |)articulières, tnais encore par l'aulorilé la plus grande qui soit sur terre.
« Puisque c'est par un lien si puissant, si sacré, si divin, que nous sommes liés ensemble , nous sommes obligés à une plus grande correspondance et charité. J'otfre celte union, et la consacre à l'union éternelle du Père éternel avec son Fils , et à celle du Fils avec notre humanité.
« Je vous prie de m'envoyer les noms de tous ceux qui sont compris dans le bref de Sa Sainteté, avec une note de leurs capacités, dispositions et fonctions, afin que celle connaissance me mette en élat de les diriger dans les voies de Dieu, et dans les etl'els de son service. »
La congrégation se peuple d'excellents sujets. — Plusieurs grands hommes entrèrent avec empressement dans l'Oratoire. Tel fut Charles de Condren, docteur de Sorbonne, et .«tuccesseur de M. de Bérulle, dont la vie, la mort et les ouvrages serviront éternellement d'exemple aux prèlres les plus parfaits ; tels furent Gibienf, célèbre par son excellent livre Des grandeurs de la Vierge; le Jeune, missionnaire, uni(jue par son zèle apostolitiue el par l'onction ue ses sermons; Bourgoing , que ses travaux et ses écrits élevèrent à la dignilé de général ; tels furent Eu>tache et Jean-Baptiste (iault, tous deux évoque^ de Marseille, et tous deux morts en odeur de sainteté.
Nouveau genre de persécution. — La ricrséi?ulion qui s'était ralentie pour quelque temps, recommença avec plus de fureur, quoique dans un autre genre. On accusa M. de Bérulle de s'être introduit chez les Carmélites sans y être appelé, mais par un pur esprit d'orgueil et d'ambition. Cependant, Clément VIII lavait nommé à cet emploi, et le roi l'en avait spécialement chargé. Le P. Cottou parle de cet événement comme
d'un outrage fait à l'Eglise entière. Il en écrivit ainsi de Poitiers au serviteur de Dieu :» Votre lelirc, «lui dit-il, « ne ma rien afipris touchant voirc [KTséculion : je l'ai (onsi.Jérée avec étonnement; el de là j'.ii conjecturé avec (luclle facilité lAnteclii i.sl paiiagerait un jour, et dissiperait l'héritage du Fils de Dieu. »
Justice rendue d M. de Br'rulle par le P. Cotton. — \\ dit aussi à Mme du Faur qu'il révérait M. de Bérulle comme un saint; (pi'il était très-marri que plusieurs serviteurs de Dieu ne sussent [las honorer ce grand homme, qui est, ajoute-t il, une lumièie extraordinaire dans notre siècU», el un cxcMi'pIc de (idélilé envers Dieu, en toute> choses.
Ouelques couvents de Carmélites, excités par les mauvais esprits, se soulevèrent contre leur légitime dire» leur; (jualie monastères se choisirent d'autres suj)érieurs, el le piemior fut celui de Bourges.
Lettre de M. de Bérulle au P. Cotton. — La lettre (jue M. de Bérulle écrivit à ce sujet au P. Cotton mérite d'être rapportée. Après l'avoir remercié de la peine qu'il a prise pour l'établissement de l'Oratoire h Limoges, il l'aveitil (pie |)endant qu'il travaille à maintenir la | aix, il y en a d'autres qui s'elforccnt d'exciter la division : « Je vous supplie très-huml.lenient, » ajoute-l-il, « dechoisirquehpi'un de vosPèresaïKjuel je puisse adresser les Carmélites nouvellemerii réunies; car ceux qui les ont séparées continueront à les solliciter et à les inquiéter. Je ne doute nullement de voire sincérité; mais votre bonté me permettra de vous supplier, sans vous otTenser, de faire ce choix avec plus de considération que de facilité, par l'expérience d'une semblable prière faite au P. de Sculfran, qui, \>ar la suite, adressa celle qui est maintenant supérieure
à Bourges au P , pi)ur f)rendre entière
confiance en lui ; el elle trouva qu'il était un des [)lus violents dans celte affaire, comme il l'est encore à présenU Je prie Dieu do vous continuer ses saintes grâces et bénédictions, et de me rendre digne de vous servir, comme je le dois, comme vous le méritez, et comme vous continuez à m'y obliger. »
Malgré trois brefs qui confirmaient M. de Béiulle dans sa jilace de supérieur de tout l'ordre des Carmélites en France, malgré le témoignage éclatant que Grégoire XV rendit à sa vertu, et tous les pouvoirs qu'il lui conféra, malgré les plaintes du saint évêque de (ienève, qui blâma hautement lobsiination des monastères que l'esprit de parti avait soulevés; malgré les puissantes démarches du prince de Condé, gouverneur du Berri, qui s employa pour faire rentrer les religieuses de Bourges dans leur devoir, l'uiage augmentait toujours au lieu de s'apaiser.
Résignation de M. de Bérulle. — \^ résignalitui du s-erviteur de Dieu fut telle, que plusieurs prélats respectables disaient qu'il n'y avait dajis le mofide que M. de Bérulle qui pût iup[)Orler une [mreille tempête Ou
VIE DU.CARDINAL DE liERLLLE.
ne [)arlail que de lui dans les compagnies; l'on attaquait jusqu'à sa vie, qui était la plus pure et Ja plus sainte : et il louait Dieu de ravoir couvert d'ignominie. 11 pria Jésus- Christ, et le fit prier [)ar de saintes âmes, de le tenir jusqu'à la fin de ses jours dans cet état d'humiliation. Quand on lui rapportait quelque chose des atfreux libelles qu'on avait imprimés contre lui, et qu'on répandit en France, en Italie et en Flandre, il s'élevait à Dieu pour le remercier, écoutant les satires avec la même joie que les gens du monde entendent leur éloge. 11 se glorifiait de participer aux op[)robres de Jésus-Christ, qu'on osa traiter de séducteur et de possédé du démon.
Sa constance à supporter les outrages. — Kien ne marquait mieux son innocence et son humilité que le refus qu'il faisait de se justifier. Un de ses amis lui ayant écrit de Kome pour le presser de se défendre, et de ne pas laisser davantage sa réputation en proie à l'injustice et à la calomnie, il ne lui répondit que ces paroles : Jésus aulem tacebat {Maith. %xM, 63), Jésus-Christ se taisait pendaiit toute sa passion.
11 reçut dans sa congrégation un jeune homme'qui vint lui déclarer tout le mal qu'il avait entendu dire de lui et des siens, et lui faire l'aveu de toutes les préventions qu'on lui avait inspirées contre lui et qui subsistaient encore. M. de Béruile, en le recevant, présuma sans doute que la meilleure ré[)onse à toutes les impostuies était de se faire voir de près, ainsi que sa congrégation.
11 écrivit à Mme la marquise de Maignelay que, jiuisqu'il plaisait à Dieu de le faire participer à sa croix dans la persécution qu'il souffrait, il le suppliait de lui donner part à res[)rit de celte divine croix, et de le faire entrer dans l'ordre saint des âmes crucifiées en lui, avec lui, et par lui
La lettre qu'il adressa aux Carmélites de Bordeaux est bien capable d'inspirer l'amour des souffrances et de la résignation. Voici comment il les consolait :
« Je reçois avec douleur les nouvelles que j'apprends de la continuation de vos persécutions. Elles me sont d'autant plus sensibles , que je n'y puis prendre part comme je voudrais, en vous visitant moimême, et vous consolant. Je le devrais, et le ferais très-voluntiers si Dieu m'en donnait la liberté : mais il veut que vous souffriez, et sans autre aide que de sa [lart, et que vous portiez toutes seules cette croix qui vous est imposée par l'obéissance due au souverain pasteur. Nous y participons spirituellement et intérieurement, mais vous n'en recevez aucun secours. Jésus-Christ est en ceux qui le servent, sanctifiant et régissant leurs es[)riis, les élevant au ciel, et les fortifiant contre les temi)êies ; il gémit en leurs gémi.ssements, il est captif en leur captivité, il pâtit en leurs souffrances
est leur constance et leur force ; c'est
vous -fait porter celle croix par sa giâ,
qui vous l'a lui-même imposée. La croii doit être familière à ceux qui servent ur Dieu crucifié: la croix ne doit pas être étran gère à récole de Jésus-Christ. Vous souffrez pour l'exercice de vos âmes, pour l'épreuve de votre ordre, pour l'humiliation de ses serviteurs et de ses servantes, en l'honneur des humiliations du Fils de Dieu.
« Béni soit Jésus-Christ Noire-Seigneur de vous avoir voulu donner celte croix, et de vous avoir trouvées fidèles. Cette force est de lui, et non jias de vous. »
Ce ne fut qu'après dix ans que M. de Béruile répondit, da'ns un petit ouvrage qui est à la tête de ses discours sur lesgrandeursde Jésus, et c'est ainsi qu'il s'exprime:
« .^[jrès dix ans de j)atien(e et de silence, après trois ans de t^mi êtes et d'orages suscités en Halle et en France, par des esprits nés à cet exercice, après plusieurs calomnies et six libelles injurieux et diffamatoires, soigneusement répandus, je produis ce discours en évidence, et le produis, non pas pour parler de leurs personnes, de leurs desseins et de leur conduite, mais pour \'Rv- 1er de Jésus-Christ. » 11 ne répondit donc point à leurs écrits, mais il en prit occasion de composer sur l'élat et les grandeurs de Jésus.
Consolations de M. de Béruile à roccasion des reformes qui se font dans les ordres de Saint-Benoît et de Saint- Augustin. — Les saints ont des consolations que le monde n'imagine pas, et c'en fut une très-grande pour M. de Béruile au milieu de ses tribulations, de voir les pieuses réformes qui se firent en 1621 et 1622. Comme son trésor était en Jésus-Christ, et sa paix dans la joie de l'Eglise, il ne pouvait apercevoir d'un œii indifférent le bien qui s'y opérait. Dom Didier de la Cour répandit un esprit de vie dans une portion de l'ordre de Sain'-Benoît, ïju'on appelle aujourd'hui congrégation de Saint-JSIaur, et qui devint une école de science et de [)iélé. Les grands hommes s'y multiplièrent d'une manière surprenante, et y entretinrent cet amour pour l'étude et pour la régularité, celte assiduité à l'office divin, et cette exactitude à le faire aveo toute la dignité dont nous sommes continuellement édifiés.
La congrégation des chanoines réguliers qui se raniiua presqu'en même temps par les soins du P. Faure, ne fut j)as un objet moins consolant. On vit i-evivre la règle de Saint-Augustin, l'Eglise s'enrichir des biens qui en résultèrent, et l'Oratoire enirer par la suite en union de prières avec ces deux célèbres congiégaiions.
Respect de M. de Béruile pour les ordres religieux. — M, de Béruile, toujours plein d'csiime pour les ordres religieux, ne cessa d'inspirer à ses disciples les mêmes sentiments. Ayant un jour appris qu'on disait que les prêtres de l'Oraloire n'étaient pas obligés à vivre si parfaitement que les reli- , il onlr-a dans une sainte indignation, rononça ces paroles:
uoi 1 serait-il possible que Notrc-Sei-
VIK [)U CARDINAL DE UERILLE
gn«urd<5sirfll uno si grande porfedion finns toutes les (M)iiimiui.uii6s,cl qu'il no l'exigoAi poijjl (ie son ordre, (|(ii cstceliii dos prôlres, car c'e>l récllomenl l'^rdri; (ju'il n insliliK^ lui-inônie en |»orsr(niic, l'ordro, en un mol, de ses flndia.ssfldcurs, (jui parlenl en .son nom, qui agissLMil onr sa jjuissaiirc, (pii dis|)»'ns('nl ses iii}slcri's, (jni donnent son cor|is,(]ui coniniuni(jnent son esprit, (pii lient et délient les Ames, (|ui ouvrent et ferment le rnvaume des cieux ; et au liuu (jue les reli|.;ieui sont consacrés par des v(L'UX Irés-loualiles et Irùs-sflints, les prôlres sont consacri's nar l'opération niôine de Jé^us- Clirisl, opération (|ui ronununifjuc i'iîsprit- Saint, suivant (es paroles : Recevez le Saint- Esprit, u {Joan. XX, 22.)
(ie l'ut jiour donner h ses disciples les moyens de puiser dans la plénitude de Jésus- Clirist, ipi'il posa pour hase île sa congrégation cette appartenance spéciale h Nolre- Seij^neur, à ses étals, h ses mystères, 5 sa sainte Mère, h ses saints, et à tout ce qui se rap|iorte 5 lui. Il jnj'eail bien que celte intime union h Jésus-Christ était l'uniipjo voie pour ac(piérir celte sainteté pai faite, et pour entrer non-seulement dans ses vertus, mais dans sa vie, dans son esprit, pour être en un mol tellement transformés en lui, qu'on |)ût dire que de môme (jue le Père éternel demeure en Jésus-Christ et y fait toutes ses œuvres, Jésus-Christ demeurant entre eux filt ie véritable auteur de leurs actions.
Toutes les lettres du P. de Hérulle n'enseignent que celte divine doctrine.
Lettres aux PP. de l'Oratoire. — a Jo vous &u,')plie, » écrivit-il à un supérieur de l'Oratoire, « d'avoir égaru à vos besoins, et de vous souvenir que vous n'êtes plus à vous, mais à Jésus et à Marie, et qu'ainsi vous n'avez aucun pouvoir de disposer de vous. C'est à eux qu'il a|i[>artient de vous employer de la raanière qu'il leur plaira. Je vous prie de vousdémeilre entièrement de votre volonté.»
Dans une autre lettre il s'exprime de la sorte :
« Le bien des ma'sons n'est pointa nous: il ap[)artient à l'Eglise, et nous n'en avons que l'usufruit. >ous ne sommes que tuteurs et administrateurs des choses qu'il plaît à Dieu par sa bonté d'affecter à la congrégation. Elle est tout entière à lui, et non pas à nous. Nous devons conserver le peu de bien dont nous jouissons, comme le bien propre de Jésus, qui n'ayant rien voulu avoir en terre, veut, étant au ciel, avoir des choses en propre, pour l'cnlrelien de ses serviteurs.
« Je sais que vous êtes dans un lieu où il faut beaucoup travailler; mais je vous prie de supporter ces labeurs en l'honneur de ceux de Jésus-Christ. Nous devons incessamment unir notre vie à sa vie, avoir notre pensée si remplie de lui et de ses œuvres, que nous n'ayons point de temps ni d'esprit pour penser à nous-mêmes et à nos peines.»
Voici encore une lettre écrite à un confrère :
« La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ OEiviiKs roMPL. r>E Behii.ie
soit avec vous pour jamais, j'ai reçu la vôtre, et loue Dieu de M disoosition qu'il vous donne h son servii'C. Je cnoi.->is pour vous le mystère de la naissance et enfance divine de Jésus: je vous olfre et dédie, autant nuo jo le puis, h cetie naissance et à la trèssainte N'ierge, qui accomplit sa qualité de Mère envers le Fils unicpie d(! Dieu ; je vous pri(! de vous y olfrii pour toulo votre vie, et do demander h Jésus-Christ qu'il daigne jiroduire dans votre «Ime les ellets et qualités irilérieiires et sjiiiituelles qui conviennent h ce mystère. Olfrez «i l'enlanl Jésus le temps et l apjilication que vous voudriez donner 5 l'étude ; privez-vous de votre consolation |)ropre, afin d'étudier pour son honneur et amour, et que votre intention, en étudiant, soit purement de le servir, atin d'être plus pronre h suivre sa volonté sur la terre, et à rimprimer dans les autres. Jo sujiplie Jé.^us-Chrisl d'être votre guide en vos actions et dans vos études. »
Son zèle et sa sa(jesse dans le (jouvtrnetnent de la congrégation. — La congrégation de l'Oratoire ne paraissait s'étendre que jiour faire briller davantage les vertus et les t;dents de son instituteur. Uien no fut [ilus édifiant et plus admirable que sa manière de gouverner. Animé de l'esprit des patriarches, il engendra continuellement à la grâce des âmes qu'il détacha du monde et de ses vanités. S'abstenant de toutes les paroles qui auraient semblé dures ou impérieuses, il savait plutôt prier que commander; no I)renant jamais, dans ses lettres, ni le litre de général, ni la qualité de supérieur, il signait tout simiUnient prêtre de l'Oratoire de Jésus. Les grandes attaires ne l'empêchèrent ni d'enlrer dans les détails, ni de pourvoir aux besoins des particuliers. Tout à Jésus-Christ et à ses confrères, il méditait et il instruisait, il priait et il agissait. « 11 n'y a rien de léger, disait-il, dans les œuvres de Dieu: si la Providence embrasse tout ce qui compose cet univers, jusqu'aux feuilles, jusqu'aux grains de sable, jusqu'aux ailes des moucherons, nous devons avoir une application particulière à tout, et ne rien négliger. »
11 voulait qu'on usât d'une grande douceur, lorsqu'il s'agissait de reprendre et de corriger. « C'est la grâce, » écrivail-il à un supérieur, « et non la nature, qui doit opérer quand on rei)rend ; et ce doit plutôt être un effet de charité, que d'aulorilé : il faut en conséquence prier avant que de donner des avis. » 11 disait que le temps de prescrire des lois par la voix des tonnerres était jiassé.
5a douceur. — Sa | atience et son in«iulgence à supporter les défauts d'aulrui étonnèrent quelquefois ceux qui l'honoraient le plus ; mais il ré{>ondait « que celui qui s'est mis en croi-x pour notre salut, méritait bior qu'en suivant ses traces on endurât quelque chose du prochain; que ce doux Sauveur avait souffert bien des personnes peu capables de ses bontés; qu'entre tant de pécheurs et d'imparfaits qui l'ont accomi agr.é.
?3£ DU CARDINAL DE BERULLE
on ne voit point qu'il en ait rejeté aiirnn, et qu'il donna le baiser de paix à un d'eux au moment de la i lus affreuse trahison.
« Nous devons, disait-il, assujellir sans fiucune peine nos dévotions particulières à la charité du prochain, et nous conformer à Jésus-Christ qui a daigné assujettir l'état de gloire qui lui est naturel, à son amour envers les siens. » Ce[icndant, il savait être ferme lorsque le devoir l'exigeait.
Son amour pour la retraite. — Les communications au dehors ne lui paraissaient utiles que lorsqu'il s'agissait d'instruire ou d'édifier; aussi recoumiandait-il expressément de ne se montrer , autant qu'il était ])0ssil)le, que dans les fonctions du ministère. Il aurait souhaité que les [)rêtres n'eussent paru ('lU'en chaire et à l'autel. « Nous devons faire les affaires du monde, disait-il souvent, comme le monde fait les affaires de Dieu. Le monde fait les affaires de Dieu sans penser à Dieu , et nous devons l^iire les affaires du monde sans [tenser au monde. »
Ses avis aux prédicateurs. — Cej)endant il voulait que ses disciples se partageassent entre la vie de Marthe et de Marie ; qu'ils fussent des hommes d'oraison, et des ministres de la {)arole; et cette parole coml)rend les sermons, les exhortations, les conlérences, les catéchismes, les instructions, les consolations de vive voix et par é-rit. 11 recoauuande beaucoup l'élude, mais une étude accom[)agnée de la prière et de l'humilité : aussi dédia-t-il tous les collèges de rOraloire à Jésus enseignant au milieu des docteurs.
11 i)rescrit expressément que dès le grand matin on donnera son cœur à Dieu, et qu'on se remplira l'esprit de celui de Jésus-Christ, afin de le communiquer aux autres. 11 veut que les prédicateurs puisent leurs pensées fct leurs expressions dans l'Ecriture sainte et dans l'oraison, sans mêler le faste des lettres profanes avec la simplicité de l'Evangile, qui n'a pas besoin d'ornements étrangers. 11 avertit de ne point monter en thaire sans se mortifier soi-njème, et sans [)rali(]uer les vérités qu'on doit annoncer.
Son union intime avec Jésus-Christ. — Sa dévotion fut tellement enracinée en Jésus- Christ, qu'il paraissait continuellement absorbé dans la méditation de ses mystères. 11 se retirait tous les ans le jour de la Trinité en quelque endroit solitaire, pour honorer dans un silence profond le repos éternel des trois Personnes sacrées. Ses paroles, ses lettres, ses actions, ses ouvrages n'ont ])Our objet que l'Incarnation. 11 recevait les humiliations et les croix comme une contijiuation des soutl'rances de Jésus-Christ. Ce (ju'il estimait dans les vœux, qu'il eut toujours en grande vénération, était l'union qu'ils donnent avec Jésus-Christ; et ce qu'il irtiuvail de i)lus précieux dans les indulgences, était l'honneur de participer à ses satisfactions.
il ne marcha jamais sans avoir un Nouveau Testament, comme il ne passa aucun jour sans en lire un cha[iilre à genoux; les
temples et les autels lui causaient une saint© joie accompagnée d'une sainte frayeur. La sacristie même lui paraissait un lieu plus respectable que tous les palais de l'univers- Toutes les fois qu'il sortait ou qu'il rentrait, il venait rendi-e hommage à Jésus-Christ dans l'eucharistie, et se prosterner humblement h ses pieds.
5a dévotion envers la sainte Vierge. — Personne n'ignore sa dévotion envers la trèssainte Vierge. Il voulut que sa congrégation l'honorât chaque joiir d'une manière particulière par des hymnes, pardos litanies; il institua la fête de ses giandeurs qui se célèbre le 17 septembre, et il ne fonda l'Oratoire que sous les noms de Jésus et de Marie; mais il va nous dire lui-même comme il était uni à la Mère de Dieu.
« En partant de Marie on parle de Jésus- Christ; en parlant de ses grandeurs, on parle de celles de Dieu même. C'est iiour Jésus-Christ qu'elle reçut une grâce et une j)ureté vraiment incomparables : elle est le trône où le Sauveur a voulu habiter, et sa sainteté est la sainteté dans laquelle il a été conçu. Après Dieu rien n'est plus grand que Marie sur la terre et dans le ciel. »
Personne, dit un auteur célèbre, n'a jamais parlé de la sainte \ ierge d'une manière plus sublime, plus magnifique, plus affective, et en môme temps |)lus solide, que M. de Bérulle. 11 suflTit délire sa prière pour les grandeurs de Marie, où aj)rès avoir exalté sa maternité, sa souveraineté, sa sainteté, il réclame sa puissante jtrotection : prière digne de la piété du serviteur de Dieu ; [)rière qu'il a laissée à ses enfants, héritiers de son amour et de sa dévotion envers la Mère de Dieu; et ce fut cependant cette dévotion qui lui suscita les étranges persécutions dont on a j)arlé.
Sa dévotion aux saints anges et aux saints. — 11 se recommandait particulièrement aux saints anges, et il n'arrivait jamais dans uno ville sans les invoquer comme les patrons tntélaires des différents pays. Les saints de l'Ancien Testament qui figurèrent Jésus- Christ d'une manière [)lus ex|)resse, ceux du Nouveau qui eurent des liaisons avec ce divin Sauveur, lui étaient toujours présents. Il eut dès son enfance une piété singulière envers sainte Catherine de Sienne, [larce qu'elle ne se nourrit en quelque sorte que de la divine eucharistie. Il lisait è genoux les ouvrages de sainte Théièse, comme des effusions où l'esprit humain a beaucoup moins de part que res|)rit de Dieu. C'était là qu'il puisait la sagesse nécessaire pour gouverner dignement la famille de cette grande sainte, dont la Providence l'avait chargé. La pénitence de saintErançois d'Assise, l'humilité de saint Erancois de Paule le pénétraient d'adm. ration. Il les invoquait souvent pour obtenir les mêmes vertus.
Ses actes d'humilité. — M. de Bérulle n'avait que l'amour-propre à redouter au milieu de tant de grâces dont le ciel le comblait : mais écoulant les pensées de ses
MF, M' CAUniN.M. DE BEfll LLK,
ropres disriiiles avec lo niôinc res|»ei:t (|ue .0 sorvitoiir éi oulo le iii.'illre, se délinril conlimiellemciit (le ses |)ropres lumières, priant jiis(|irniix frères de vouloir hieii l'Avcrlir de sus (K-laiils, il vécut dnns la plus profonde huuiiiité. Il ne voulut jninnis uiont(>r en rlinire. (|uoique ses pnr(des fussent remplies d'oiirlioM et de feu, ,Mais, eliose irn roval)le, on le vil souvent, dans les premières années de rétal)lissem<Mil de l'Oratoire, arcompapru'r les i>rédl(ateurs aux églises, poiter sous son ItraN leursurfilis et leur honnel, cl Se tenir en sik-nit' et en respect derrière la chaire, | endanl (pi'ils annonraient des vérités (ju'ils ii'avaienl apprises (pie de lui. Il faisait plus; (piand les missionnaires revenaient de la cauipaj^ne , où ils avaient été instruire et calédiiser, il s'aUaissail jusqu'à les déltoller, se rappidanl ces paroles do i'Kcriture : (Juam speciosi sunt pedes evan- (jfliznntium! [Hom. x, 15.)
Il lui arriva hiondes fois de se confondre nvec les frères servants, de se tenir luodeslemenl au niilieii d'eux, devant les personnes qui ne le eonnaissaiiMit | oint. Il servait à taltle, il balayait, se faisait gloire de remplir les fonctions les plus viles en Apparence, et le tout en es|)ril d'union avec Jésus-Christ qui a daigné s'anéantir jusqu'à prendre la forme d'esclave. Ses disciples «vaut prié Mgr l'évoque de Paris de l'engager à prendre ses repas avec plus d'assiduité, il ol)éit sans répliquer, et il chargea même le plus jeune confrère de la maison de l'en avertir.
Agrandissement de l'Oratoire. — Les villes se disputaient toujours à l'envi le honiieurde posséiler les enfants d'un si saint instituteur, et il n'v a |)oint d'année que l'Oratoire n'ac(juil [ifusicurs maisons; mais le serviteur de Dieu n'en était que plus hun-.ble et plus recueilli. Souvent ces établissements devenaient à charge, ou |)arce que les revenus ne sullisaient pas, ou |)arce qn'il n'y avait pas assez d'ouvriers évangéliques ;" n'im[)orle, la foi de M. de Bérulle suppléait à tout; il priait, il espérait et la Providence ne lui mamiuait jamais.
Lettres aux PP. de COratoire. — « Dieu veut,» écrivait-il à un supérieur, « que vous supportiez vos besoins avec patience et humilité. Il bénira votre petit nombre, comme il bénit les cin(j pains. Adressez-vous donc à Jésus-Christ. Kn attendant, emftruntez, jiatientez, et soyez content d'être [)auvre. Ne ditférez point , sous prétexte d'être mieux; vous voulez être trop bien, Notre- Seigneur n'a pas attendu que l'étable où il est né fût préparée pour y entrer, Jésus- Christ a eu bien d'autres incoramoilitéi, soit en Egy|)te, soit en Judée, et lorstpie ses apôtres égrenaient les épis pour subsister. Je ne dis point ceci [lour vous blâmer, ou vous accuser, mais pour vous engager à faire ce qu'd plaira à Dieu de vous faire connaître. »
Il écrit à un autre su|)érieur :
« Dieu bénira et multipliera la congrégation ; mais il nous faut humilité et longanimité pour recevoir celle bénédiction. Ne
.soyez point si exact dans les petites choses. Il vaut mieux que la maison soit plus pauvre, et ipie la chanté envers les nôtres soit plus nbfMidante, Honorez la patiem-e de Jé^us- Christ, fjui atiendit l'espace de trente ans que son heure fût venue. S'il s'est rendu sujet aux temps et aux moments, lui qui avait le temps dans son (louvoir, que devonsnous faire, nous (jui ne sommes rien, et ne pouvons rien? «
M. <lr Ih'rulle n agissait que par l'rsprit de Jésns-Christ. — .M. de Hérulle avaii un don pailiiiilier iiour necommenrer les ouvrages de piété qii au temps mar(pié [uir la Providence, pour les préserver des accidents qui les ruinent ou les retardent, et pour ne les entreprendre qu'avec la grâce de Jésus- Christ. Au lieu que les sages du monde disent, lorsqu'il s'aj^it d'alfaire, il faut j penser, il disait toujours il iaut prier. L'oraison était son conseil, et il faisait taire sa raison jusqu'à ce qu'il eût entendu Jésus- Christ. Celte déjiendance universelle à l'égard de Dieu fut toujours si grande qu'il restait quelquefois plus d<^ six mois sans répondre. Il attendait les lumières du ciel : « Si nous agissons par raison, disait-il, nous ferons ce que les hommes nous conseillent; mais si nous agissons par res[)rit de Jésus-Christ, nous ferons ce qu'il nous insjiire. »
5a charité. — Celle parfaite union avec notre divin Sauveur lui faisait aimer tendrement tous les hommes. Il n'y avait |>oint de particulier dans sa congrégaiion qu'il ne portât dans son cœur, et qu'il n'assistât, soit par ses visites, soit par ses conseils. Aimant l)eau("Oup mieux manquer à lui-même qu'aux autres, il devenait rinfirmicr et le dr)Miesti(|ue de tous ceux qui étaient malades; il les consolait, il les soulageait, et ne les abandonnait ni jour ni nuit. (Juels soins ne [irit-il pas du P. Le Jeune, lorsque le pourpre le réduisit h rextrémitéî II lui rendit les services les [ilus humiliants, comme à un sujet que l'Eglise avait intérêt de conserver. (Juand il revenait de la ville, que'que las et fatigué qu'il pût être, il courait chez les infirmes et les exhortait à la patience et à la résignation. Il leur administrait les sacrements, sans en exemi'ler lo dernier de la maison, les regardant lous cemme un précieux déjfôt qui lui était confié. On l'a vu faire jusqu'à cent lieues, passer il'une province à l'autre avec une ra[>idité étonnante, et n'épargner ni ses sueurs ni son temps lorsqu'il s'agissait de secourir le prochain. Les Carmélites savent toutes les peines qu'il prit, et lous les mouvements qu'il se donna pour leur rendre des services spirituels et temporels, et combien son zclu était pur et désintéressé.
Il dit dans une lettre à un P. de l'Oratoire : « Ayez une grande charité jiour les Carmélites. Prêchez-les volontiers. Comme Dieu leur doine estime, charité et liaison envers la congrégaiion , nous devons en agir de même envers elles, et coojjéror à la giâce de Dieu qui veut rc{»andre quelque béué-
VIE DU CARDINAL DE BERILLE
diction sur elles et sur nous \ous voyez
lies dillicullés : je les vois aussi et prévois ; mais vous ne vovez pas les grâces. 11 y a (les âmes cachées dans les voies intérieures qui rendent peut-être plus d'honneur à Dieu qu'une viile et qu'une [)rovince entières. »
Il recommande la reconnaissance. — Il dit ailleurs : « Je vous prie de continuer l'exercice de votre charité envers les Carmélites, lorsqu'elles le désireront de vous. Tâchez, je vous prie, d'avoir un peu plus de facilité et d'ap[)lication à parler aux âmes vertueuses et solides qui vous communiqueront leurs besoins; de même qu'il faut doucement et prudemment éviter et diminuer la superftuiiéde la conversation, il faut aussi condescendre humbleuient et charitablement aux nécessités du prochain, et y satisfaire en l'honneur de l'abaissement de Jésus-Christ, et de sa lx>nlé à se communiquer aux peuples et à ses apôtres.
« J'honore beaucoup la personne dont vous m'écrivez : tant s'en faut que je croie l'obliger en ce qu'elle désire, qu'au contraire c'est moi qui lui suis obligé. Je souhaite beaucoup que la vertu de reconnaissance et de gratitude soit signalée en notre petite congrégation. Je loue Dieu de la force qu'il vous donne à votre âge, dans les travaux que vous entreprenez pour l'amour de lui. ISous devons l'honorer en terre dans les labeurs, et au ciel daos le repos et dans la gloire. »
On trouvera dans la lettre suivante de nouveaux traits de sa charité. Elle est adressée à un supérieur de la congrégation.
t J'ai reçu la lettre par laquelle vous me
donnez avis des déportements de M J'en
suis étonné, d'autant plus qu'il a quelque obligation à l'Oratoire qui l'a reçu et entretenu sain et malade. Je vous recommande qu'on ait soin de prier pour lui, et de ne se plaindre de lui, ni au dedans, ni au dehors de la communauté. Puisque nous n'avons plus à rendre compte de lui, ni de ses actions, laissons aux autres à en juger. Qu'on ne le traverse aucunement : au contraire, si on peut le servir en quelque cho^e selon Dieu, il le faut faire. S'il a de l'animosité, nous ne devons pas en avoir; s'il médit de nous, il ne faut j>as médire de lui. Je supplie encore qu'on ne lui fasse aucun déplaisir, et (ju'il ne nous écha[)pe aucune parole qui puisse tant soit |)eu le blesser. »
// recommande l'amour des souffrances. — C'est ainsi que par des lettres pleines de l'esprit de Dieu, il manifestait son immense charité.Ses conseils étaient toujours lumineux, applicables selon les occasions, et eflicaces I our soutenir et perfectionner l'Oratoire qu'il voyait déjà répandu dans toute la l'iance. 11 disait quelquefois que la congrégation était un peu |)aiissaMle ; mais il i)renaii occasion d'en bénir Dieu, charmé de ce (jue lui et les siens |iartici[)aient aux souffrances de Jésus-Christ. Cela paraît par la lettre suivante écrite au supérieur d'une maison nouvellement établie.
« Honorez tous ceux qui vous traversent
sous main. Le tentateur a désiré de nous cribler, il lui faut résister avec humilité, patience, en recourant à Jésus-Christ. Si l'on vous ôte la charge qu'on vous a confiée, soyez facile et prompt à la délaisser, ne vous a|)pliquant aux œuvres qu'autant qu'elles sont commandées, et ^ans engagement. Nous avons tous un grand ouvrage à faire, de travailler à nous-mêmes, quand les autres emi>lois nous sont ôtés. Croissez eu vertus intérieures et extérieures, spécialement en humilité, douceur, retenue et charité.
« Apprenez à souffrir. Quelque grandes que soient vos peines, il s'en faut bien qu'elles approchent de la passion du Fils de Dieu. »
Le roi le choisit pour aller à Rome. — M. de Bérulle, ainsi occupé des besoins de sa congrégation, ne pensait qu'à la gouverner, lorsque le roi le choisit pour aller à Rome. 11 s'agissait d'obtenir du Pape une dispense qui permit à madame Henriette- Mario de France d'épouser le prince de Galles, et de négocier la paix de la Valteline. 11 y avait près d'un siècle que l'Angleterre persécutait les vrais fidèles; que la religion avait perdu dans ces contrées non-seulement la couronne, mais la liberté; qu'enfin les catholiques y versaient du sang ou des larmes, lorsque la Providence, par un mariage, remit la religion sur le trône. '. Son départ et son voyage. — INI. de Bérulle, en conséquence, partit pour Rome au mois d'août 162i, accom|)agné du P. Guy de Faur, et de tous les vœux de l'Oratoire et des Carmélites. 11 arriva le 27 à Turin, et ne voulant point loger au palais de Son Altesse qui l'eu pria, il descendit chez M. de Marigny, pour lors ambassadeur de France, 11 s'embarqua sur le Pô, dans une barque que le prince lit lui-même préparer et rem- ])lir de provisions. Le serviteur de Dieu s'arrêta à Bologne, pour avoir la consolation d'y visiter le tombeau de saint Dominique, et d'y voir le corps de sainte Catherine, qi'oîi dit être encore intact. 11 sentit une joie indicible lorscju'on lui montra la salle où le concile général s'assembla avant que d'aller à Trente.
Ses effusions de cœur à Lorette. — Mais quelque grande que fût cette satisfaction, elle n'approcha point de celle qu'il éjjrouva à la vue de Lorette. Il était trop rempli de Jésus-Christ pour ne pas épancher toute son âme dans ce sanctuaire consacré au mystère ineffable de l'Incarnation, sanctifié \)ar toutes les prières des fidèles et par les offrandes de tous les souverains. 11 arrosa le pavé de ses larmes, et lorsqu'il célébra la messe, il parut être avec Jésus-Christ sur le Thabor. Là, dans toute l'effusion de son cœur, il recommanda à Dieu et à la sainte Vierge ses cliers disci{)les qu'il n'oubliait point, et il se renouvela plus que jamais dans l'amour divin.
Tout excitait dans son voyage des pensées et des sentiments de (.iété. Une fontaine, une Heur, un insecte rélevaient au Créateur, et
le |iéii6tniient (l'ntliriirnlion. Ami ii«; la |»6ni- Ifiii 0 el (Je Ifl |»auvii-lé, Il désirail les |iliis mauvaises liôlelleries , el il étail soiiviiil csaucé. Aprùs s'cHrc occujié loul le jour à prier el à e<)iileiu|iler Dieu dans ses ouvrages, il passait sa soirée h écrire aux l'I'. do l'Oratoire el aui Cariiiéliles loul i e (|u'il croyait |iro| rc à K'S soutenir el h les éclairer. S(t manii'rr dr livre pi ndmil son srjour d Borne. — SiliM (lu'il apcrrut Uouu', ses larmes coulèrent, el son Ame sentit une im- |ir<;s>i(>n toute divine. Il voulait l'aire sa
tiremiére visin.' au templti dits saints apôtres •ierre et l'an), mais il fut obligé de sc rendre chez lu comte de nélliune, aiiil>assadeur, qui lui erivoNa son carrosse. HientOl les églises devinrent son habitation : on l'y trouvait continuelle hciil prosterné. Il n'y cul fioint de sanrtuaire, ni de lieu de dévotion où il n'alIiU s'ollrir h Jésus-Christ, et olFrir sa congrégation. Il se retirait aussi dans les cimetières, recueillant, pour ainsi dire, l'esprit des saints (juon y avail inhumés, et s'en faisait un rempail contre les vanités du monde.
// a audience du Pape. — Son intcUiijence dans les a/J'aires. — La première audience (juil eut de Sa Sainteté ranima loul son respet i et loul son attachement pour l'Eglise et pour son chef. On ne [»eut rien voir de plus énergique el de plus éloquent que le discours qu il fit dans celte circonstance. Il expose la nécessité d'accorder la dispense que Louis XIII désirait, et il peint les malheurs de l'Angleterre d'une manière qui excita l'élonnement d'Urbain VIII. Ce Pape en conçut que M. de Bérulle était l'hoiinne le plus propre à négocier: (^u'il saisissait les atfaires dans leur vrai point de vue, qu'il en considérait l'ensemble, qu'il en prévoyait toutes les suites, et que son amour pour la religion avail peu «i'exemftles. Ce n'est pas une chose indillérente que de savoir les ali'aires au point de mériter l'admiration des Uomains.
Motifs de son voyage. — Le mariage du prince de dalles avec Madame, sœur de ]^:>uis XIII, soiilfrit néanmoins de grandes diiricuUés, el il fallut tout le zèle et toute la cajiacité de M. do Bérulle pour en obtenir la dispense.
Quant à la paix de la Valteline, il n'y eut pas moyen de la terminer. Le Pape, maître des forts de ce pays, dont le dépôt lui avait été coiilié, ne voulait ni les faire démolir, ni les remettre aux Grisons, ainsi (}ue la France le désirait, mais les rendre aux Espagnols. Il voulait outre cela que le Saint- Siège fût remboursé de l'argent dépensé pour l'entretien des garnisons.
Tout le monde sait que la Valteline est un pays appartenant aux (irisons; que vingt lieues de longueur sur une de largeur forment toute son étendue; mais qu'elle est un vallon fertile, de grande importance, et sériant de passage pour faire entrer des troupes d'Allemagne en Italie. Il est vrai que si
VIE DU CARDI.NAL bi: DKUL'LLK.
sa
M. de Hérulle ne put consommer celle paix, (pii lui roôla beauioiip de peines, et qui le mit souvent aux prises avec le cardinal do Un helieu, au moins se donna-l-il les mouvements les plus propres à la faire réu»'Sir.
Témoitjnafje rendu à la sainteté de AI. de Bérulle par le l'npr tui-ntémc. — 1^ Pape disait souvent au P. Berlin de l'Oratoire, qui résid.iii h Home depuis du tecnps : « I^ P. de Bi'ruile n'est (las un homme, mais uti ange, u On sait que les Italiens ont comnninément l'art de discerner \>s esprits, et (ju'ils sont excellents juges dans la manière ne définir les | ersonnes. Sa Sainteté prouva qu'elle élail intimement convaincue de ce qu'elle avait dit, car elle lui communirpia ses propres intjirôls, comme elle eût [tu faire à l'égard de son nonce, le chargeant des plus inii ortantes affaires avec la cour de France, et s'en remettant entièrement à ses lumières et à sa sagesse.
Désintéressement de M. de Bérulle. — M. de Bérulle ne sollicita pour sa congrégation ni grâces ni privilèges, quoiau'il fut à la source ; el il arriva qu'un père qui avail tant d'aU'ection pour ses Cfifants ne prit point d'autres moyens pour les agrandir (jue de les recomuiander à la Providence. Il ne parlait de sa congrégation qu'5 Dieu seul, plus jaloux des dons célestes que de toutes les richesses et de tous les honneurs.
// entend une voix miraculeuse. — Comme il faisait un jour sa prière dans l'église de Saint-Pierre in Montorio, il entendit une voix qui lui dit : Je veux que tu sois de mon Eglise. Ces paroles le troublèrent, lui firent naître mille ditférenles idées, el il n'en cora[)rit le sens que l'ar la suite. Après avoir séjourné pendant quatre mois à Kome, où il vit souvent les discinles de saint Philippe de Néri , il en partit le 10 janvier 1625, ravi, disait-il, d'avoir rendu ses hommages au vicaire de Jésus-Christ, et d'avoir habité la ville sainie où se trouve la chaire de vérité el le centre de l'unité.
Son retour en France. — On lui annonce le cardinalat. — Ayant rendu compte au roi, à la reine mère et au cardinal de Richelieu, il reçut les éloges que méritaient sa prudence et sa fidélité. On était convaincu de sa rare probité, de l'étendue de ses lumières, de sa profonde intelligence dans les affaires, de son zèle aussi ardent qu'infatigable pour son souverain et pour l'Etat. H écrivit une lettre au prince de Galles (qui devint roi jieu de temps après), où, sans paraître lui donner des avis, il l'instruisit de tous ses devoirs. Peu de temps après, il reçut un petit billet qui lui expliqua l'énigme lie ce qu'il avait entendu dons l'église <le Saint-Pierre in Montorio. Ce fut une âme sainie qui, sans savoir ce qui s'était [lassé en Italie, lui écrivit ces mots : « Dieu veut que vous soyez cardinal, n'y résistez point. »
Il ne faut pas douter de la tendresse avec laquelle M. de Bérulle revit ses confrères et les embrassa. Il trouva tous les évêcjues édifiés de leurs travaux, et il fut contraint
VIE DU CARDIDAL DE BEHUIXE.
d'accepter encore ae nouveaux établissements.
Conférences de M. de Bertille à ses disciciples. — Plus Dieu bénissait son ouvrage, et plus il se croyait obligé de ranimer continuellement le "zèle et la piété. Ses conférences à ce sujet sont admirables, et c'est avec un vrai regret que je me borne à n'en rapporter que ce qni suit, qui est tiré d'un discours adressé à tous les Pères de la congréjiation.
« Puisque Dieu daigne du plus haut de ses grandeurs regarder notre néant, élevons-nous à ce même Dieu du plus profond de nos misères; et puisqu'il nous choisit ]iour |);irliciper à ses œuvres, ne méconnaissons pas notre vocation, ne résistons j)as à sa grâce, ne nous attachons pas à nous-uiômes, ne nous rendons pas indignes (le ses miséricordes, ne faisons pas, en un mot, des actions [)érissables, mais des actions immortelles. Tout ce que nous faisons pour la terre passera comme la terre, ce que nous faisons pour Dieu durera autant que Dieu môme. Si c'est donc pour Dieu que nous travaillons, que nous ouvrons nos livres, c'est une œuvre éternelle; mais si c'est pour nous procurer du repos et de l'honneur, c'est une œuvre temporelle qui sera consumée par le feu. Considérons nos voies selon l'avis du Pro|)hèle, pour les connaître et pour les diriger.
« ^"oubIions pas que Jésus, qui est notre père et principe, nous engendre et nous produit, nous forme et nous établit en luimême par une grâce toute divine. 11 est notre monde, et nous vivons en lui. Il est le monde qui nous soutient par sa puissance, nous éclaire par sa lumière, nous échautle par son amour, nous arrose par ses influences, nous V vifie par son esprit, nous nourrit par son corps; monde admirable, monde nouveau où nous sommes établis par la génération, et qui est aussi saint que le monde profane est dangereux et corrompu. Elevons nùjs donc au-dessus de nous-mêmes, et considérons notre seconde origine toute spirituelle et toute divine. La fin de Dieu, en nous régénérant, c'est lui-même; car Dieu ne j)eut rien faire que pour lui. Ces réflexions nous obligent à ne rien recevoir que pour lui, et à n'avoir ni vie ni être qu'on lui.
a Notre ministère a l'objet le plus excellent, la puissance la plus céleste, l'effet le plus divin. Il faut que le Saint-Esprit luimême i^oit le docteur de notre science, le directeur de notre ouvrage. L'art de conduiie les âmes est une science plus d'intelligence que de mémoire, plus d'oraison que d'étuiie, plus de pratique que de discours; science qui a pour sa lumière, non la lumière de la nature, mais celle de vie; lumière qui n'est promise qu'à ceux qui suivent Jésus-Christ, qui adhèrent à lui; •science qui s'apprend, non dans les académies, mais (Jans les saintes J'xrilures et au p;ed de la croix.
" Apurons donc à celte scionco sainte.
divine et salutaire; apprenons dans les cieux, dans les anges, dans Dieu lui-même la sainteté de notre ministère et l'excellence de son opération. Rendons-nous dignes de l'état auquel nous sommes ap()elés; consumons-nous en patience, en travaux et surtout en charité, et que nos sollicitudes ne s'interrompent ni jour ni nuit. »
Conférences aux Carmélites. — Ses conférences aux Carmélites n'étaient ni moins sublimes ni moins onctueuses. 11 suffit d'en donner une idée.
« Le soin que nous devons avoir de votre avancement dans les voies de Dieu nous oblige à veiller sur vos âmes, à considérer les obligations de la vie que vous professez, et à jeter souvent les yeux sur vos différentes maisons, comme autant de lieux saints qui doivent être saintement habités.
« La fonction de chanter le-^ louanges divines, qui vous occupe une partie du jour et de la nuit, est une chose si relevée qu'elle ne peut être assez dignement remplie. Considérez que cette action de bénir Dieu est l'usage de la vie céleste et l'emploi contitinuel de l'éternité : c'est l'olTice des anges etde tous les esprits bienheureux, celui des évêques, des prêtres, des moines, des fidèles, en un mot de toute l'Eglise Souvenez-vous que vous ne louez Dieu dignement que par Jésus-Christ qui, toujours en qualité d'hostie et de victime, ne cesse d'intercéder pour nous. Ainsi vous n'êtes ni solitaires ni isolées, lorsque vous priez au nom de l'Eglise, mais en société avec Jésus- Christ même. Que Jésus soit donc éternellement avec vous, qu'il anime vos esprits, qu'il touche vos cœurs, qu'il ouvre vos lèvres, qu'il vous rende dignes de célébrer saintement ses louanges et ses œuvres. 11 est le seul saint, saint en son essence, en sa personne, en sa puissance, en sa miséricorde, en sa justice, en terre, au ciel, en vos âmes. En un mot, faites si saintement l'oirice divin, que vous méritiez de le faire encore [ilus saintement au séjour de l'éternelle félicité. »
// accompagne la princesse de Galles en Angleterre. — iM. de Bérulle fut encore obligé de se séparer de ses chers disciples pour passer en Angleterre où Dieu l'appelait. Chargé par le Pape lui-même de la conscience de la nouvelle reine, et de la foi, pourainsi dire, de tout ce royaume, il partit de France avec la princesse, au mois de juin 1625. Le roi, plein de confiance en ses lumières, se consola du départ de son auguste sœur. Le trajet fut heureux. Madame arriva au milieu des acclamations de tout un {)euple, qui fit paraître autant d'amour que de joie. Le serviteur Ue Dieu ne cessait d'exhorter la princesse à proléger fortement les catholicjues et à ne [)as pei-mettre que, par sa négligence ou par sa faiblesse, la vraie religion retombât dans une honteuse servitude. Sur la foi qui permeitail la liberté de conscience, il avait emmené avec lui douze prêtres de sa
vu: DL cAUDi.NAi. m m iii m.r.
con^rt'gnlior) (|iii (l'jvnieiit if^tcr à Londres.
S>n zfle pour la rdii/ion et pour soittniir les intérêts de la noiirrllr rrinr. — Oiiniid il jel.'iil les voiix sur ce le ville infortunée, il Si' reg/irdail comine l"!/éi liid nu milieu d'un rli.nn,! eouverl tro.s»>tMnenl>«iri(le.s,el il priait Dieu îivec tonte l'ardeur possilde, de soufn -r et de ri^|>nnilro son esprit de vie. Il sollicita vivement la punition d'un portier, (|ui avait osé liatlre une Française |iaree (ju'cdio était venue entendre la messe, et le portier fut chassé ( online il le méritait.
Ce ne lut jias la seule occasion où le scrvileur de Dieu montra du (•ouia;.^o. Ardent h remplir toute justice, il soutint les droits qu'on avait stipulés pour la princesse dans le contrat (le mariage ; il la délendit généreusement contre ceux (jui lui étaient opposés, et contre le roi môme soi mari, (jui était la victime des préventions qu'on lui donnait ; et il la soutint au milieu de ses dis^M'Aces [lar ses cxhoilalious et par ses (Onseils.
// revient en France. — // rend compte au roi et à la reine de sa néijociation. — // écrit à la reine d'Anyleterre. — il n'est i>ns douteux qu'une pareille fermeté dut lui attirer beaucoup de persécutions ; mais elles ne nnient jamais l'ébranler. L'Angleterre, malgré ses |)réjugés, ne cessa d'admirer les vertus, les talents el le courage de l'homme de Dieu. Lors(|u'il vit qu'il n'y avait rien à craindre pour la l'iété de la reine, et fort peu à espérer pour les autres, il revint en France où ses devoirs et ses occupations l'appelaient ; il montra aux Pères (|u'il laissa en sa place la conduite (ju'ils devaient observer pour entretenir la reine dansses ))ieux sentiments. Ce fut au mois de septembre qu'il partit de Lon Ires au grand regret de tous les catholiques, dont il avait été le soutien et l'édilication. Il craignait, pendant une tempête qu'il essuva sur mer, de ne pas aborder à temps pour célébrer les saints mystères, mais il eut cette divine consolation. Il se rendit h Fontainebleau avant les courriers auglais, et il eut tout le tera[)s de faire connaître à Leurs .Majestés le juste étal des affaires d'Angleterre. Le roi fut ravi d'apprendre que sa sœur soutenait la religion avec un courage digne de la foi des Bourbons.
.M. de Bérulle suppléa jtar ses lettres au défaut de sa personne el ne manqua point de faire passer au delà des mers les lumières et les grâces qui lui venaient du ciel, comme il paraît par celte lettre qu'il écrivit à la reine d'Angleterre et que la religion même a dictée :
Madame,
• Le plus beau nom de la terre est celui <le roi et de reine, el le plus bel éiat est celui de régner ; c'est le pointde la plus haute ambition : mais notre condition flétrit la beauté de cet état et le rend périssable. L'homme étant composé d'éléments, doit nécessairement finir. Celui qui est aujourd'hui
sur le trône sera demain au tond»eau : sa jiompe et sa gloire seront réduites en poussière, et il n'aura d'autre suite que ia société des vers ; lin déplorable de la félicité humaine...
o L'hérésie est rHéro<lc de nos jours : (die semble chercher Jésus-Christ f>our l'adorer, et elle ne pense (\uh b- détruire dans le c(LMir des fidèles. Prenez tous les moyens, hors ceux do la persécution, pour la dérai iner.
« Les rois sonl esclaves de la mort et du [léché, et Jésus-Christ est le seul roi qui peut les en délivrer. Hechenhoz donc continuellement, et aimez sans mesure ce divin Sauveur; le ciel el la terre ftlieront bientôl sous l'étendard de sa croix. Son enqdre est un empire de luuiière. N oubliez jamais ces vérités, La plus grande et la plus heureuse (jualité()ue vous aurezjamais, c'est d'être unie à Jésus el de vous déclarer |iar clfels el par paroles son humble servante, <le vivre sur terre en cette (pialilé, de protéger sa loi et ses serviteurs. IVjur une (Ouronne frôle, petite et do peu de durée, il vousfera porter une couronne solide et éternelle. »
La lettre suivante n'est pas moins intéressante; elle mérite d'ôtre lue avec attention.
« 11 n'y a aucun royaume qui n'ait erabras.-é la religion que vous professez. Vous voyez encore les croix, les églises, les autel.', dans toute l'Angleterre, autant de pierres qui parlent et qui défendent la religion que vous croyez et qu'on veut ruiner ; religion professée par tous les rois vos prédécesseurs, excepté deux ou trois, et (}ui durera jusqu'à la fin des siècles.
« Souvenez-vous que vous êtes fille et sœur (ic roi, et que parmi tant de monarques dont vous descendez, aucun n'est morUlans l'iiérésie qui vousenvironne. Celui-là même qui est aujourd'hui hérétiqueen Angleterre, ne peut reuionter jusqu'à sa grand'mère, qu'il^ ne la voie au pied d'un crucifix, et recevant la divine eucharistie que l'erreur abjure [)résentenient.
('. Cherchez el adorez Jésus-Christ en es- ]irit elen vérité. Soyez à lui, il sera à vous ; placez-le dans votre cœur, et il vous placera au sein de son Père ; honorez-le en terre et il vous honorera dans le ciel ; faites-le régner en cette lie, el il vous fera régner avec lui dans son paradis, où se trouvent la vraie grandeur, la vraie royauté, la vraie félicité.
Lettre au P. de Snncy, en Angleterre. — « J'estime qu'il est à pro|>os que vous fa.ssiez tous \e^ quinze jours une exhortation aux domestiques de la reine, soit qu'elle y assiste ou non; car nous devons travailler à leur salut. Je vous prie d'avoir un grand soin que no.s Pères répandent une grande odeur d'édification el de les exhorter souvent à honorer le Fils de Dieu dans leur maintien, à honorer sa croix par leur patience el charité, et à servir aux âmes qui souffrent depuis si longtemps persécution. Je vous exhorte à l'observance des n\x\Q~
VIE DU CARDINAL DE BERULLE
Hients intërieur.'*, à la rccolleotion de l'espiit, ^ la modestie et à la modération qui Cl nvieiit au \'ays où vous êtes.
0 Je vous reconjmande beaucoup de faire loul ce qui vous sera possible pour bien vivre avec messieurs les ecclésiastiques de la cour. Il faut leur déférer, obéir à ce qui est commandé, et ne pas donner prétexte à la division qu'on voudrait introduire, Notre nrati(]ue est la croix et le travail. Laissons les autres chercher autre chose. Il est nécessaire d'exhorter la famille de la reine à la piété, et à la communion tous les dimanches de ce carômo. Conservez le fière... tant qu'il vous sera possible. Il faut pâtir, supporter ceux qu'on a, et ne pas renvoyer les personnes aussitôt qu'elles sont pénibles.
« Je crois que vous ferez bien d'être moins assidu à la cour, et de vaquer aux besoins de nos Pères.
« Est-il possible que nous ayons Jésus - Christ si souvent à nos mains, en nos bouches, en nos cœurs, et que la mort d'un Dieu nous fasse si peu mourir à nous-mêmes? »
7/ Iraiaille à la ruine de Vhérésie. — Pendant que M. de Bérulle écrivait ainsi en Angleterre pour y faire triompher la vraie religion, il travaillait en France à ruiner entièrement l'hérésie. Son zèle ne se ralentissait point à ce sujet. Il savait qu'une erreur qui excitait des révoltes dans l'Etal, ne pouvait Unir que par un coup d'Etat. Louis XIII, en conséiiuence, fit marcher des armées contre les rebelles, et reprit le Béarn. Il ne fut pas moins heureux dans la Guyenne et dans le Languedoc; et pendant ces opérations, Bérulle en prièresobtenait lessocoursduciel. Personne n'ignore que le saint homme eut beaucoup de part dans tous les conseils de cette guerre, tt qu'il fut la cause que les armes de Sa Majesté, qu'on voulait porter en Italie, se tournèrent vers le Languedoc.
Il prédit la prise de la Rochelle et il en conseille le siège. — Cependant, afirès tant de conquêtes signalées, il en restait une importante, sans laquelle les autres n'étaient rien : c'était la prise de la Rochelle; et ce furent les seuls avis de M. de Bérulle, quoique op- Iiosés à ceux du cardinal de Richelieu, qui firent entreprendrece siège. Le serviteur de Dieu avait eu une inspiration quelques années auparavant, que celte ville rebelle se rendrait un jour à son devoir, et il n'hésita point à en assurer la certitude. Le succès suivit l'entreprise, et toute la France dut à ses conseils celte importante victoire. Il annonça aussi, contre toute vraisemblance, que les Anglais, réfugiésdansl'iledeRé, n'y tiendraient pas, qu'ils en sortiraient le jour de la Madeleine, et la chose arriva.
Les saints ont des lumières que la politique ne coimaît point, et ils lisent souvent dans l'avenir. Ne semble-l-il pas, par exemple, que M. de Bérulle, qui s'oi>i)Osa toujours fortement au dessein formé d'abaisser la maison d'Autriche, entrevoyait alors l'heureuse alliance dont nous goûtons aujourd'hui les iruits, et qu'il resiieclait d'avance cette grande (,1) L'iiDpcratricc reine ilc lloiigno.
l)r incesse (2) dont les vertus édifient loul© l'Eglise?
Mort de la mère de M. de Bérulle. — L'heure arriva oii la mère du serviteur de Dieu alla jouir de la récompense promise aux élus. Après avoir ()assé vingt et un ans chez les Carmélites, dans l'exercice de la plus rigoureuse pénitence, elle tomba dangereusement malade : la fièvre qui la dévorait la consuma dans cinq jours. Elle avait toujours désiré que son fils l'assistât 5 sa mort, et Dieu exauça ses désirs. 11 lui administra les derniers sacrements d'une manière si touchante, qu'on ne put discerner qui des deux avait plusde résignation et plus de foi. Ce fut sans doute un spectacle bien édifiant de voir la mère el le fils se séparer avec courage au milieu des plus tendres embrassemenis,run pour continuer l'œuvre de Jésus-Christ sur terre, l'aulro f)Our aller au ciel contempler ses grandeurs. La reine mère et plusieurs princesses honorèrent ses obsèijues de leur [)réscnce, et s'unirent aux religieuses pour faire son éloge.
H réconcilie Monsieur avec le roi son frère. — M. de Bérulle fut alors chargé de travailler à la réconciliation de Monsieur avec le roi, el de réunir les deux frères dans toute la sincérité. On lui confiait tout ce qu'il y avait de plus difficile el de plus épineux, parce qu'on était presque assuré du succès : mais tous ces avantages n'empêchaient point l'homme de Dieu de paraître à la cour toujours modeste, toujours humble, toujojrs désintéressé. Il cachait ses opérations le plus qu'il pouvait, dans la crainte de s'attirer des applaudissements, et de donner entrée à l'amour-propre.
Sa modestie. — Il eût d'ailleurs appréhendé qu'on le soupçonnât de servir l'Etat pour élever ou pour enrichir sa congrégation. La Providence et l'amuur de la pauvreté lui paraissaient préférables à tous les honneurs et à tous les trésors. Le su|-érieur de Nancy lui ayant écrit que la maison se trouvait chargée de dettes, il répondit tout simplement qu'il fallait désormais acquitter cette maison de cent pisloles par année. On ne savait comment interpréter celte réponse, qui ne donnait ni espérance, ni argent ; mais on en comprit le sens lorsque la Providence» quelques temps après, tit naître des ressources extraordinaires.
Son attention pour le désintéressement. — Rien ne déj)laisait plus au f)ieux instiluteup que de se servir de radministration des biens temporels pour s'enrichir. Il défendit à ses enfants de rien demander, même aux fondateurs, et il a si bien réussi, que cet es[)rit de désintéressement est devenu le caractère propre de sa congrégation, comme on voit par le portrait qu'en fait, plus de soixante ans après la mort de M. de Bérulle, un auteur célèbre, dans un livre intitulé Entretiens 5Mr/e5sciences. Après avoirdésigné l'Oratoira sous le nom d'une communauté de urètres, il continue ainsi :
K Lcurpolilique, dit-il, est de n'en avoir
VIK DU CAnD.NAL DE UtllLLIJi.
poiiK; «lil n'y « lii'n il»; ylus 6\in-^né\U' Ifur es| fil «|ii«» <ies"éU«lilii»'l Ho s'rtircrmir \>nr des lijovi'tis luiniaids. Us ru* brilU'iil ni |i«r <les bfllimeiits >orii|iliien\, ni pnr l'or, fii par lo fréilil ; ils (nil lii-nin oiip tïv recnritinissaiice ilii liiru (jnOii leur tflit,in«is ils ne le recherilu'nl |i<)iril, et ils iie.ssvciil ce<iiie c'oil que (le ti-iiir tegislre du mal, ou d'avoir des idées de vengeance. ()'e>l un rriine [lariui eux de s'in.^erer dans les famillirs, d(î su mêler île mariages et de |»r(K;(''>. Ils ne renoncent point h leur patrimoine ; mais rha- Cim se serldeson bien ( onimcd'uicaumôno.
« Il n'y a pas de ( otnpiignitMjui étudie [dus r«spril (Je l'Kglise.el (|ui suive avec plus de li lélité ses inaiimes. Iji saint homme qui a jet«i les fondements de celte compagnie, rî:duil tous les enseignements à n'agir que par l'es[iril de Jésus-Clirist. Aussi la leclur(; de l'Kvangile leur e.-.l-elle fort recommander^. Ils ne font point de vumix, mais ils lâclient de les observer. On leur donne [)Our cloître l'amour de la solilde : on leur laisse les attraits particuliers pour certaines études; mais la grande étude est la discipline de l'Kgli>e, l'Kcriture, les conciles et les Pères.
a. Ils n'ont point de (-onstilulions secrètes dont ils fassent mystère; leurs règlements sont simples, et ils ne sont faits que pour entretenir lunifurmité. On ne commandejaniais parmi eux , mais on y fait faire ; et ceux qui S(jnt les maîtres y sont les jiremiers serviteurs. Ils ne font point consister la piété dans une eiactitude de quelques observances minutieuses; ils entretiennent parmi eux une sainte joie qui paraît jusque sur leurs visages, et ils vivent dans une cordialité qui ravit. Ils traitent quelques f)oints de doctrine dans leurs conversations; ils connaissent les excellents livres et s'en entretiennent, de sorte qu'en conversant on y devient pieux et savant; ils ne renoncent [)oint aux bénélices, et ceux qui en ont accepté d'une manière canonique sont toujours considérés comme éiant du corps. Ils ont des collèges, et ils enseignent la jeunesse.
« Leur vue est de- servir l'Eglise sans avoir pour leur communauté cesatlections basses et charnelles qu'on a pour ses familles, el qui font (ju'on e>t toujours p-rêt à sacrifier l'honneur de l'Eglise pour conserver sa maison. Ils ne s'unissent donc point ensemble pour faire un corps qui éclate el qui se fasse distinguerdesautresordres; ils joignent seulement leurs forces, leurs études et leurs prières; ainsi il leur importe neu (jue leur société subsiale, pourvu que I Eglise irioujphe ; et si en combattant pour elle ils étaient tous défaits sans (ju'il en restât un seul, leurs souhaits seraient parfaitement accomplis. »
Combien M. de Bérulle était éclairé. — Il était naturel qu'une congrégation formée par le grand Bérulle, cet homme si éclairé et si rempli de l'esprit de Jésus-Chrisl, eill îles maximes aussi sages et aussi pures; quel éclat sa science ne rëpandil-elie [<as de toutes [)arts 1 Philoso[)he, théologien, orateur, il pensait et parlait comme les Pères de l'Eiilise. Toutes ses conuaiisances n'avaient
pr)ii;i d'autre objet que Jésus-Chrisl. « Hélas! disail-il, qu'esl-co (^ue la nature et toutes SCS découvertes, en (omparaison delà grâce el de ses lumières? D" quoi servent à Arislote et il Platon tant de pensées rares, qui ont rempli le monde d'admiration? J'estime ii.linimenl plus le nioindre degré de grâce (pie tous les dons naturels ; et s'il y a quel- (jU(î ( apacilé dans l'houmie qui ini'rile ({u'oa en lasse ( a^, ( esi qu'il est capable de connaître el d'aimer Jésus-t^lirist. »
Le cardinal du Perron disait souvent : a Si V(jus voub.'Z convaincre des héréli(iues, envoyez les-uioi ; si vous voulez les convertir, envoyez-les à Mgr de (ienève; mais si vous désirez les (;onvaincre et les convertir tout enseudjh!, adressez-les à M. de Bérulle. » Le P.Sutfren, célèbre prédicateur, ajoutait à ce témoignajfc.a (jue depuis les apôires- personne n'avait mieux (Onnu Jésus-Christ et se> mystères, et n'en avait narlé d'une manière" plus sublime que le serviteur de L)ieu.)»
Son altachetiunl à saint Augustin. — 5a manière d'employer te temps. — Saint Augustin lui fut toujours présent comme le docteur et le défenseur de la grâce, comme celui qui soutint les intérêts de Dieu contre l'homme, el qui sut (iarfaiteraent élever la gloire du Créateur sur les ruines de la créature, sans donner atteinte au libre arbitre. Il eût désiré n'avoir point d'autre occupation que de se nourrir continuellement des ouvrages de (e grand évêque, et à celle occasion il se. [ilaignail de la rapidité du temps, quoiqu'il n'en laissât pas écouler une minute sans le mettre à prolit. Toujours actif, toujours spéculatif, il disait que le tenq:>s était le fruit de la rédemption de Jésus- Christ, el (pi'on ne pouvait le perdre sans outrager le Rédempteur. Lorsqu'il allait voir quelque personne, et qu'il était obligé d'attendre, il prenait son Nouveau Testament qu'il portail toujours avec lui, et il en lisait quelques versets. Il ramenait insensiblement les paroles inutiles des autres à quelipie enîreiien pieux el intéressant, et il ne parlait jamais lui-môme sans instruire el sans édifier.
S'il était obligé de donner quelques heures aux atfaires du monde, on l'entendait le soir qui s'écriait : 0 inutilité ! el après s'être plaint de lui-même el des autres, il disait avec David : a Enfants des hommes^ jusqu'à quand aimercz-vous le mensonge et la vanité. (Psal. IV, 3.) Cependant il rejetait lesalfaires. qui n'avaient point de rapport à son état ; et il ne vit jamais les grands pour les flatter. Dieu, el toujours Dieu, fut l'objet [>rincipal de toutes ses démarches el de toutes ses pensées. On vint un jour l'avertir qu'ua prince le demandait, il partit à l'instant pour l'aller recevoir; mais se souvenant qu'il n'avait point olfert ni recommandé à Dieu celle visite, il oublia le prince pendant quelque temps {lour s'entretenir avec Dieu.
On le nomme cardinal. — Ces vertus étaient trop éclatantes pour n'être pas honorées comme elles le méritaicui. il y avait
VIE DU CARDINAL DE BERLLLE
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longtemps que le roi avait formé le dessein de le fairccarilinal, quoique le serviteur de Dieu s.uppli^t iuslammciit Sa Majesté de n'y point peiK^er. Il alléguait pour raison un vœu qu'il avait fait de ne jamais accepter aucune dignité; mais le Souverain Pontife, qui connaissait tout le mérite de M. de Bérulle, rompit ces liens, et lui envoya la dispense, en lui apprenant sa promotion. 11 se vit donc forcé, malgré son humilité, àse revêtir de la pourpre romaine. Ce fut le 10 septembre 1627 qu'il en reçut la nouvelle. Aussitôt il se mit à genoux , s'abaissant devant Dieu à proportion qu'il l'élevail. Le notice vint le voir sur le mitJi; et les PP. île l'Oratoire n'apprirent ce qui se passait que par le bruit commun.
Il tremble à l'occasion de sa nouvelle digniié. — Peu de temps après, la reine mèie envoya visiter le nouveau cardinal par M.tle Brèves, son grand écuyer, qui vint le chercher dans un carro>se à six chevaux pour le conduiie à la cour. « Hélas! Seigneur, disait-il à Dieu, quel est votre dessein sur moi, et que voulez-vous que je fasse ? M'avez-vous donné cette dignité pour me distraire et pour me séparer de vous? Oh I que je serais bien plus content et bien plus honoré si j'étais dans un petit coin de la terre, où je puisse écrire sur vos mystères et les adorer en secret, [ilutôt que de me trouver ainsi dans le monde, où il n'y a que des (•hoses vaines, et où la moindre perte qu'on fait est celle du temps qui est si firécieux ! Hélas! ajoutait-il, qui sait si ce que les gens du monde regardent comme une faveur n'est point un jugement de rigueur sur moi? Qui sait si sa divine majesté ne m'a jioint voulu donner cette récompense en cette vie pour me réserver la punition de mes f;iutes en l'autre, et si je ne suis point destiné à accroître le nombre de tant de malheureux hommes, qui se fussent sauvés dans une condition basse ou médiocre, et qui se sont perdus dans les honneurs et cJans les dignité- ? »
Sa lettre au Pape. — 11 écrivit au Pape en ces termes, (|ui marquent bien l'excès de son humilité :
« Par ordre de Votre SaintetiS je me vois dans une condition qui m'accable et m'abîme, et me met dans des Ilots plus grands et plus péiilleux (juc ceux dont la main du Fils de Dieu re;ira saint Pierre; et si je ne voyais et révérais le même Sauveur en la personne de Votre Sainteté, qui me commande de recevoir cette dignité, je croirais plutôt devoir m'en tenir à la crainte, et ue point acce|)tor cette charge, car elle est environnée d'autant de | érils que de grandeurs ; mais Votre Sainteté annonce les oracles de Jésus-Christ en terre, et je dois révérer en la personne d'Urbain VUl celui-là même qui all'ermit saint Pierre au milieu des taux; et en écoutant la voix de Votre Sainteté, j'écoute la voix de celui qui a dit tiue ses biebis l'éeoutaient.
« Puisque cnlin vous me commandez d'obéir, je reçois cette di^^nilé comme une
liaison nouvelle à l'Eglise de Dieu, à Jésus- Christ, qui en est le chef, et à Votre Sainteté, qui en tient lieu sur terre, et comme une obligation, en servant Jésus-Chri^t et l'Eglise, (le dépendre de vous, de qui Dieu veut qu"on dépende en la chose du monde la plus sainte, la pliis auguste et la plus importante, qui est le salut. »
Sa Sainteté fut extrêmement satisfaite de ces [lieuses dispositions, et elle se féliciia d'avoir illu-tré le sacré collège par la promotion d'un hoiume si suiiérieur au reste des hommes.
Sa lettre au roi. — La lettre de M. de Bérulle au roi n'est pas moins humble et touchante; elle se trouve au commencement de la Vie de Jésus-Christ , qu'il présenta à Sa iMajesté , et elle commence ainsi :
Sire,
« Votre Majesté a voulu prendre une résolution si éloignée de mes désirs, de mes jiensées, et si fort au-dessus de ma faiblesse, que j'en ignore la raison. Je sais n'avoir mérité cette dignité, ni de la majesté suprême que j'adore, ni de la vôtre, qui relève de l;i sienne, et que je dois révérer en terre. C'est un conseil qui m'est caché et inconnu; mais il m'est loisible de craindre révi'nement. Le livre dévie (jue nous avons devant les yeux nous oblige à craindre, et non à désirer; à fuir, et nor. à respirer l'air des grandeurs passagères. 11 nous enseigne que les grands seront terriblement tourmenté^ [Sap. VI, 7), et c'est un grand, un sage et un roi qui prononce ces vérités, et qui les prononce au nom de Dieu, qui l'a fait grand, sage et roi. »
H dit un jour à un Père de sa congrégation, qui lui témoignait de la joie de sa nouvelle élévation, que les grandes charges, quoique non recherchées, étaient toujours très-dangereuses, et que les dignités, même ecclésiasti(}ues, ont quelque chose de vain et de ma If lisant, et qu'il faut s'en garder comme des ennemis.
Cesi ainsi qu'il |)arla, et c'est ainsi qu'il écrivit à tous ceux qui lui fircni des visites ou des compliments. 1! ajoutait que, lorsque Dieu appelle quelqu'un à une dignité, cest afin qu'en même temps qu'il le met au-dessus des autres par sa condition, il se mette luimême au-dessous de tous par une humbl'e dis|)Osilion de cœur et d'esprit.
Sa réponse à la reine mère. — Nouvelles marquis de son hiimiliié. — Loiscjuil reçut la barette des mains de la reine mère, il lui ilit qu'il la recevait avec une vraie conlusion ; qu'elle le revêtait d'une grande dignité ; « mais qu'elle ne pouvait lui donner la grAie pour en remplir les devoirs, et qu'il fallait qu'il s'adressât à Jésus-Christ. » H se rendit de la cour à l'église de Notre- Dame, cl, déposant là toute sa grandeur au pied des autels, il demanda instamment à la très sainte Vierge qu'elle lui oljiiînt quelques degrés de son humilité. Il servit le soir môme au réfectoire, comme il avait fait le jour cju'il reçut la nouvelle de sa itromolion.
VIK DU CAUDINAI. DK V.V/iWUJ..
Toutes les fuis rju'il se revôlnii do In pourl'FO, il K'^aidnil «L'Ile couleur eoiiuiie uti sit;i)c ijiii lui nmioiM.MJl de se lenir toiijf)iiis I)r6i h ré, niidre son .-ntii; pour Jésus-('lM isl, I»iu d'dulilicr ses enr.ml'i lors(|u'il < linii-
Sjen de ion lilion, il prirt Sn S.Mulelé de voiioir lui < OMscivcr la qualilé de l'èie et do supérieur, cl il eul deux brefs h ce sujel : l'un (jui lui perinellail île gouverner l'Or.»toiie, cl l'aiilre de diriger Ic^ ('nrn\élili'-> ; ce fureiil lo seuls lien^ ipii rcuipéclièrenl d'aller à Uouie, coinnie il l'eûl désiré.
Il vouliilipie ses disiipli's trnilavsenl avec lui connue auparavant, et il leur défi'udil de faire aiu une dillicullé do se couvrir et «le s'asseoir en sa prôsense. Il chargea niôine le supérieur de la maison de Paris de faire savoir h tous les autres que ce changeujenl de condition n'en apportait aucun envers la congrégation; ipi'il avait autant de soin et d'auiour pour elle ipie jamais; qu'il désirait qu'on lui érrivii avec la luéino conlianfe et la niôuie liheiié, et qu'on ne lui donriAt point dans les lettres d'autre titre que celui de l'ère, l'n piètre de la congrégation l'avant appelé. l/o«5f'yne«r, au coiunienceuienld une lettre, il s'en fâcha, el dit à celui qui la lui avait remise : « A-l-on donc oublié la manière avec la(|uelle on traite avec moi ? je ne suis que votre Père, et ne mérite seulement pas de l'être. »
Sa simplicité dans ses meubles et dans ses habits. — Il observa la n)ême frugalité, la luôiue moitilicalion, la même pauvreté. Ses habits furent toujours de serge, sa chambre sans aucun oiiiemeiil ; et s'il |!ermit qu'on y placûl un dais, ce fut pour y mettre un crucilix. Jamais il ne consentit qu'on fît son |ioi trait : « Je ne veux point, disait-il, être gravé sur la terre ni dans le temps, mais au ciel el dans l'éierniié. » Il n'eût jamais envoyé î-es armes à Komo, si un ne l'y eût forcé; et il eût voulu n'avoir d'autres chiffres que les noms de Jésus et de Marie, qui forment la devise et le sceau de sa congrégation. On ne le vit assister ni aux assemblées, ni aux mariages de sa famille, (luoi(|u'il aimât ses parents bien sincèrement. Il répondait à ceux (|ui lui eu parlaient, que n'ayant jamais été du mon le, il ne voulait pas commencer à y entrer si tard. Il traita toujours ses domestiques plutôt en père qu'en maître ; mais il eul soin que leur moileslie réi)ondît à la simplicité de leurs habits.
Comme il aima les pauvres. — Son amour l'our les (tauvres ne connaissait point de bornes, il all-:iii souvent lui-même à la porte leur di>ti il)uer le pain et les consoler. Ceux «pii étaient couvpiis d'ulcères avaient plus «le |)arl à ses enlretii'n^ el à ses bontés. Quelques années a\ant l'établissement de fOraloire, ayant rencontré, |>rès des Chartreux, un malheuieux couvert de plaies, il descendit de cheval, le confessa, et lui lit apporter à manger. Il en usa de môme à l'égard d'une fenime allligée de la peste.
Ses wortificutions.—Le détail de ses morlilicittioii^ iurmerait un volume. Jeûnes,
veilles, retraites, pèlerinages, «:ilices, lout fut employé (i«)ur morlilier ses sens, et pour participer aux souirranii's de Jésus-(^hrisl. Ouoique Irès-sensibleau froid et nu chaud, il so plaisait h en supporliT les rigueurs. (Juehpiefois il faisait une partie de ses voyages h pied, (»nr esprit d«î mortification, lui Un mot, il exécuta ce qu'il avait promis à Dieu, dans -.a retraite h Nerdun, de ne laisser passer aucun jour sans faire quelque pén tence intriieure cl extéi ieure.
I/i dignité de «vudinal ne lui parut qu'une nouvelle obligation do travailler, de soulfrir el do s'hiiiiiiiier encore plus «pi'il ii'avait fait jusipi'alors : aussi ne «Jédaigna-l-il pas d<! descendre aux [dus basses fomtions. H ne I erdait pas de vue l'anéanlisseun-nt de Jé>us-(:hrist, el c'était pour s'y «onformer qu'il ne cessait lui-même de s'anéantir. Les remerclmcnls lui étaient aussi insup- |)Orlables que les «'loges. Il ne voulut pas voir une dame qui venait lui ren«lre grâces de ce qu'il avait éié le ministre de sa conversion, sccontenlant le dire à celui qui le [>r(;s>ail de lui donner audience : « KHe doit tout à la mi>éri«-orde de Nolre-Scigneur , et pour moi je suis assuré que je n'y ai point de part. »
L'Oratoire devient le (jerme de plusieurs sociétés ecclésiastiffues , telles que Saint-Lazare, Saint-Sulpice, etc. — 11 écrivit, dans une lettre qu on voudrait pouvoir insérer ici , que la pourfire dont il était revêtu lui rappelait continuellement celle dont les Juifs couvrirent Jésus -Christ ; et qu'il désirait, à l'exemplf! de ce divin .Maître, consommer sa vie dans le s in des humiliations et des douleurs. C'est par des sentiments si . Ifectueux, si sublimes et si divins, qu'il |>erfeclioniiail sa congrégation, el que l'Oraloire lit iiaîlre l'idée à plusieurs hommes célèbres delormer de saints établissements. Tels furent les Missionnaires, fondés par saint N incenl de Paul ; tels furent Messieursde Samt- Sul[)ice, in>titués par M. Ullier el le P. de Cou Jren : deux corps ecclésiastiques dont la régularité sert d'exf^mple au clergé. Le séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnel fut aussi formé sur le même modèle.
M. de Bérulle est nommé abbé de Marmoutier. — .S'a manière de penser sur les revenus ecclésiastif[ucs.—LL' ro\, toujours attentif à donner des [ireuves de iun estime au cardinal de B«^rulle, le nomma abbé de Marmoutier; mais outre que la mort, survenue six mois après, l'cmp.êcha d'en jouir, il se disposait à en abandonner le revenu aux pauvres. C'est ce qu'il dit à une [tersonne qui es|iérait qu'un tel bénéti.'O servirait aux besoins de l'Oratoire, a Le bien des abbayes, répliqua-l-il , doit être employé à secourir le> malheureux des endroits oij" elles sont situées : il ne faut point frauder l'inlenlion des fondateurs ; et ce n'est pas le mo.ven que Dieu u choisi pour soulager la congrégation. »
Belles réflexions du serviteur de Dieu. — Il avait toujours des réponses qui annonçaient son indiiïéreiice pour les biens du mon le, cl son attachcmenl continuel à Je-
VIE DU CARDINAL DE BERULLE
sus-Christ. Un enclésiaslique se plaignant devant lui d'une surdité, il lui répondit : M Pourvu que vous entendiez bien les inspirations de Dieu, c'est assez. Je voudrais ^tre sourd à cette condition. » Voyant un jour des ouvriers qui travaillaient avec ardeur, il fit cette réllexion : « Ces pauvres gens nous condamneront au dernier jugeuient. Que ne font-ils pas pour gagner leur vie, qui n'est pourtant que la vie du corps , tandis que nous sommes si timides et si peu emi-ressés à acquérir Jésus-Christ, la vie éternelle? »
Comment ses paroles et ses écrits imprimaient la sainteté. — Ses paroles, ses regards, sa rencontre , imprimaient je ne sais quoi dans les esprits, qui inspirait un goût singulier pour la vertu. « J'ai reçu plusieurs de ses lettres, » disait un Père de sa congrégation, «et souvent il ne m'écrivait rien que ce que plusieuis eussent pu m'écrire , mais elles pénétraient tellement mon âme, qu'elles y demeuraient gravées des années entières. » Un autre Père dit, qu'ayant reçu la bénédiction de M. de Bérulle, il se sentit tellement rempli de Notre-Seigneur, que pendant plus de six mois il se croyait dans un nouveau monde.
// tombe malade en 1628. — Son ardeur à continuer ses travaux. — Notre [)ieux cardinal continuait, selon sa coutume, h partager son zèle et son temps entre l'Oratoire et les Carmélites, lorsqu'au mois d'avril 1628 il tomba dans une espèce de langueur. Son visage devint livide, son haleine entrecoupée, son dégoût universel. 11 ne demandait cependant la santé qu'aux conditions de pouvoir travailler avec filus d'ardeur. La vie lui paraissait insupportable , dès qu'elle était imiiile au [)rochain. Aussi ne gardat-il jamais le lit, pas même le jour de sa mort. S'il alla [)rendre les eaux dans une maison voisine, au faubourg de Saint-Jacques, il ne discontinua, malgré le mal et les remèdes, aucun de ses exercices. Toujours il dit la njesse avec un zèle qui se ranimait à mesure que les forces lui manquaient; et, en qualité de chef du conseil de la reine mère, il n'interrompit point le cours des affaires publiques. Ce fut même dans ce tempslà qu'il composa le livre de la Vie de Jésus- Christ. Il est vrai que ce grand objet relevait au-dessus de lui-môme, et qu'il lui semblait n'avoir plus de corps, lorsqu'il s'appliquait h la contemplation des mystères. On eût cependant assuré que ses travaux et ses infirmités devaient lui causer une mort [)rochaine ; mais, i)ar un miracle de la sainte Vierge, comme il le dit lui -môme, sa santé revint tout à coup.
// recouvre la santé. — Son esprit prophétique. — Cette guérison, ou plutôt cette résurrection, devint la cause d'une nouvelle ferveur. Non content de se confesser tous les jours, il voulut faire une confession générale au P. de Condren. Il se considérait comme un homme qui n'a plus d'heure, et qui a toujours son âme entre ses mains pour la remellrc à Dieu. En un mot, il vivait dans
un désir continuel du ciel, ne soupirant qu'après les biens éternels.
Les prêtres de l'Oratoire, attentifs h observer toutes les saintes ilémarches de leur pieux instituteur, admiraient et tâchaient d'imiter ses vertus. Distribués dans [ilus de soixante-dix maisons, qui subsistent encore aujourd'hui, et que M. de Bérulle acquit pai son désintére^seme^l et j)ar sa piété, ila connurent tous l'esprit prophétique de co saint cardinal, et son emj)ire sur les cœurs. 11 y en a plusieurs exemples ; mais il faut se borner à rap|)ortcr les |)lus frappants. Le serviteur de Dieu découvrit au P. Guy do Faur, économe de la maison de Paris, tout ce qu'il avait pensé [tendant plusieurs mois, et il le reprit de n'avoir pas assez d'indulgence pour les frères servants. « Vous avez lait en trois jours, » lui dit-il en souriant, « ce que tout autre aurait pu faire dans un an.» 11 prédit que le P. Bourgoing , qui était dangereusement malade à Toulouse, n'en mourrait pas , et que Dieu voulait le conserver comme une [tersonne chère à la congrégation. 11 en a été le troisième général. 11 dit au P. Prépavin, Comtois, d'aller célébrer la messe à l'intention des PP. de Polignyj qui venaient d'essuyer un grand danger, et on sut que le tonnerre, à la même heure, tomba sur cette maison. 11 eut un pressentiment de la persécution qui s'éleva en Angleterre contre les catholiques , et longtemps auparavant il l'annonça. 11 aperçut de loin les orages qui s'élevèrent contre l'Oratoiie et contre les Carmélites, et il s'y prépara. 11 dit que le baron de Sancy, jiour lors ambassadeur à Constantinopie , entrerait dans l'Eglise et la servirait, et il devint par la suite évoque de Saint-Malo. N'ayant pu , par les voies humbles et respectueuses, engager un prélat à prendre le bon parti dans une affaire qui causait beaucoup de troubles et de scandale, il lui écrivit « que Dieu était sévère en sa justice, et qu'il savait abréger nos jours en sa rigueur, » et l'évêque mourut quelque temps après d'une mon inopinée.
11 lui est arrivé d'envoyer à plus de soixante lieues pour consoler des personnes afiligées, et dont il n'avait pu apprendre les l»eines intérieures que par révélation. Il lisait quelquefois au fond des cœurs, et roii en a les preuves les plus certaines. 1! refusa d'admettre dans sa congrégation un ecclésiastique qui passait pou.'- très-vertueux, et qui, par la suite, finit misérablement ses jours. Quant aux malades, il ne se troujpait presque jamais sur leur situation, et souvent il prévoyait le moment oii ils devaient expirer. Enfin, il pressentit lui-même sa mort, et il en indiqua le temps.
// retombe malade. — 11 est vrai que son mal n'était que suspendu , et que la mort travaillait sourdement dans son sein. On en vil la preuve le 27 de septembre 1629, jour oiî le saint cardinal revint de Fontainebleau avec une fièvre accompagnée d'une grande dilfi' ulié de respirer. C'était une défaillance entière , et les médecins le reconnurent après avoir traité sa maladie de réplétion.
VIF. DU CARDINAL DE IIKUI LLK.
Iji naliiro, aiïnissiie sous une nuiliiludo de Iraviiux PU loiil Kcnrc , .succfxiilnil , ol r)e pouvnil plus se r«i|i.ir<M'. (Ioiiuih' on proposait d'cnvovcr clicn Iht un tiiéd('<ifi (('•lèhrc, pour lois alisent (il) rnris, le sninl lioinino rëpoudil (pie ^n vii; n'étsil point h lui, ninis n\i\ VV. de rOr.iloire , et «ux Onriuélites , t'I (ju't'iiii^i il r.diail prendre lournvis.
Son cmpresi,vminl à cvlchrrr In iditilr iiiesur;.
— Son ardeur à s'unir à Jrgns-Chrisl. — Il dit la messe le pretnierjour d'o( lobre, .-nec une peine incroyable, qui l'eill réell-'uu'nt altéré sans les elHuls do l'amour divin , d(jnt il était pénétré. Il eut sur 1»; soir une conversation avec le cardinal de la NaJelltî , qui le vint visiter, et aussil<M après il tenta inulileuient de réciter son (jilice. La res(>iralion s'en)barrassa, et il fallait prier menlalemonl. Mois comment ne s'en acuuiila-l-il pas 1 Toulcsonâmo, appliijuée a Jésus-Christ, s*exlialait en élancements et en sou|iirs , au point (jue, lo jour môme de sa mort, il fit le.s plus grands elforts pour célébrer les saints nj^sleres. Quoique iJaus une espèce d'agonie, il monta h I autel, à deux reprises ditférentes, cl il choisit la messe de l'Incarnation. Il était naturel (juo ce grand objet qui avait toujours rempli M. de IJérulle, le ranimât au dernier moment de sa vie, et fût le dernier acte de son amour. On lui ôta les habits sacerdotaux, et ensuite il les reprit, regardant l'autel comme un Calvaire où il devait consommer son sacritice avec le Sauveur des homiues. Ses désirs s'accomplirent. Prêt à prendre l'hostie, et déjà prononçant les [ aroles qui précèdent la consécration [Hanc igitur oblationem), il fut la victime immolée à la place de celle qu'il allait offrir.
Jl reçoit les derniers sacrements. — Alors on retendit sur un lit qu'on fit dresser dans la chapelle môme, et ses sens ne se réveillèrent que lorsque le P. Gibieuf, supérieur, lui apporta le saint viatique. Aussitôt il s'écria, dans un transport de joie: « Où est-il mon Seigneur et mon Dieu ? que je le voie , que je I adore, que je le reçoive. »
Il prie Jésus-Christ de bénir sa congrégation.
— Sa mort , en 1629. — Après qu'il l'eut reçu avec la piété la plus vive et la plus tendre, le supérieur le pria de bénir la congrégation, et de donner à ses enfants celte trisle et dernière marque de son amour : « Ce ne sera [tas moi qui vous bénirai, répondit-il, mais le Fils de Dieu, comme principe dans la Trinité, et comme Père dans l'incarnation. » On profila de quelquesinlervalles de connaissance pour lui administrer l'extrême-onction.ll s'unit de cœur et d'esprit à toutes les prières; et après avoir invoqué le nom de Jésus-Christ sur l'Oratoire, comme sur une œuvre qui lui était particulièrement dédiée, après l'avoir recommandé à la protection de la très-sainte Vierge, il expira âgé de 5i ans, 7 mois et 28 jours.
Ainsi mourut en Jésus-Christ celui qui ne vécut que pour Jésus-Christ. Ce fut le 2 octobre 1629 que s'éteignit cette grande lumière de l'Eglise, et que Home et la France perdirent le modèle des prêtres et des cardinaux. Plusieurs personnes érainentcs par
leur rang vX [mr leur piélé souhnitèrent avoir son porlrail : le meilleur qu'on put tirer se trouve dans la maison même où il ex[iira ( < ln'Z Ihs pp. df l'Oraloire , rue S<iinl-ll<piioré), cl Icn voit fpie .M. de Hé nille élait d'une taille médirxro , nyant le coifis replet, le visage rond, les yeux vifs, et une physionomie pleine rie df>;neur.
I.e lemlemain de sa mort, il fut «juverl en présence d'un méde<;in, du premier chirurgien du roi et de celui d<' la reine mère, et l'on observa (jue les iTilrailles étaient toutes gangrenées, et qu'enfin, hors le cerveau, il y avail une corruption universelle dans tout son corps.
Le duc d'Orléans ftarle ainsi de ce triste événement, dans une lettre h Louis XIII son fière : « Kn me réconciliant avec la reine iMadame ma mère, mon cousin le cardinal de Bérulle me reiuiil un fort bon riffii-e, mais il lui fut funeste, [)uis(pie sa mort le suivit de si près. »
Ses obsrf/ues. — On célébra ses obsè(|ues avec le moins d'éclat et de cérémonie qu'il fut possible. Les regrets du roi et de la reine, les larmes des évoques, la consternation de ses di>ciples furent sa plus belle oraison funèbre. On envoya son cœur chez les Carmélites de la rue Saint -Jacques, comme il l'avait désiré, et son corps, excep'é un bras qu'on conserve à l'institution, repose dans l'église de Saini-Honoré. 11 e^t couvert d'un mausolée où le pieux cardinal j)araît res[)irer, et où on lit une é[jitaphe dictée par la douleur et [lar la vérité.
Plusieurs maisons de l'Oraloire se disimtèrent l'avantage d'avoir quelques livres ou quelques vêlements du serviteur de Dieu. La maison de Marseille eut son rochet ; et c'est dans dans ce rochet même que voulut mourir Jean-Baptiste Cault, ce saint prôlre de l'Oratoire, ce vénérable évoque, dont le clergé de France demanda la béatiiication au Pape en 1645. Ainsi saint .Antoine se revêtit du manteau de saint Alhanase, lorsqu'il fut sur le point d'expirer.
Ses miracles. — Le cardinal de Bérulle n'était pas encore inhumé, oue sa sainteté se luanifesta par des miracles. Un de ses domestiques, tourmenté d'une grosse r>èvre, s'étant fait mettre sur la paillasse du bienheureux, fut guéri sur-le-champ. Un Jésuite, ayant révélation de la mort du serviteur de Dieu au même instant qu'elle arrivait, dit à six jeunes gens qu'il conduisait à la Flèche, que l'Eglise venait de perdre un de ses plus saints docteurs, et qu'il fallait célébrer une messe d'actions de grâces, pour remercier Dieu des grandes miséricordes qu'il lui avait faites. Plusieurs Carmélites eurent des avertissements, que la critique la plus clairvoyante ne peut sou[>çonner d'illusions.
On a recueilli quarante -cina miracles opérés par les prières, ou par l'attouchement des reliques du serviteur de Dieu. Il sullit de dire à ceux qui sont convaincus de la puissance divine dans les saints , qu'une Carmélite, au couvent de Morlaix, ne recouvra la vue que par l'application d'une
VIE DU CAUDINAL DE DERULLE.
loltre de M. de Bérnlle sur sos yeux ; qu un enfant âgé de huit ans , perclus de tous ses moitdires, eut à peine touché les reliques <iu bienheureux, qu'il jouit tout à coup de la plus parfaite santé, et que ce miracle, opéré à Caen au mois de mai 1630, fut revêtu de toutes les formalités. Nous avons encore les vers latins (ju'un oilicial de Saini- Malo , ajtpelé Berlaud, composa en l'honneur du serviteur de Dieu , pour avoir obtcim par son intercession la guérison subite d'un domchlique qu'une chute avait entièrement moulu, et réduit à la dernière cxtrénnlé.
Le P. de Condren miccèdc à M. de Bc'rulle.
— La congrégation de lOratoire, toute reml)lie de l'esj'rit de xM. de Kérulle, ne |)erdit que la présence du saint cardinal ; et le P. de Condien, qui lui succéda, continua son œuvre, ou piutùt celle de Jésus-Chriat, avec un succès étonnant. On vit l'Oratoire abomicr en sujets cpii répandirent de toutes parl> l'éclat de la science et de la vertu, de sorte que, selon l'expression d'un évêque, « Il est étonnant comment, d'une aussi petite poignée d hommes, il a })u en st)rtir une multitude de savants. » Ce sentiment n'était [)oint particulier à ce prélat. Tous les évè(jues conviennent unanimement que la congrégation de l'Oratoire a produit une multitude de célèbres écrivains et d'excellents prédicateurs , qu'elle est un des plus beaux établis^emenlsqui soient dans l'Eglise, et (jue son fondateur fut vraiment un homme suscité de Dieu, [lour faire connaître Jésus- Christ, et ranimer l'esprit sacerdotal.
Idée des ouvrages du cardinal de Bérulle.
— Quoique le style de M. de Bérulle ail vieilli, et qu'il soit souvent trop dllfus, on ne peut disconvenir qu'il est un écrivitin nerveux, rempli de sublimes images, et que .son élocpience est celle de la religion même. On trouve dans ses œuvres une fécondité merveilleuse, une onction qui pénètre, une imjtression de vérité qui frappe; et ce qu'il y a ('e surprenant, c'est qu'en parlant des my^tères de la manière la plus abstraite et la plus relevée, il n'emploie jamais une ex|iression qui ne soit juste, et dans toute l'exactitude de la théologie.
Il n'y a point eu d'auteurs aussi remplis de Jésus-Christ que notre pieux cardinal. Ce grand objet forme la matière de ses ouvrages : il parait s'élancer jusque dans le sein de Dieu même, et y puiser la science toute divine qu'il coranuiniijue. Le lecteur se sent échautlé, embrasé, et croit devenir un homuje luut nouveau.
Son premier ouvrage fut un Traité de rabnâjalion intérieure. On y découvre une Ame qui se connaît, et qui connaît les voies de Dieu ; et il en résulte une indilférence totale |)our les biens de cette vie, un dégoût universel, ot un allachemenl inviolable à Jésus-Christ, comme au maître absolu de toutes les créatures, et à l'auteur de toute lélicilé.
Le Traiic des "'nergumcncs fut composé à occasion d'une possession dont M. de Bé-
rulle entreprend de prouver la réalité. Le style en est concis, dit le P. Bourgoing, le raisonnement puissant, et tel que les ignorants y sont instruits, et les indociles convaincus. De la jiosession des corps, l'auteur passe à celle des esprits qui sont dominés par riiérésie, et il les combat en trois \^xcellenls discours, dont l'un a pour objet La mission des pasteurs, l'autre. Le sacrifice de la 7npsse, et le troisième, La pré'icnce réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel. Les Discours de l'état et des grandeurs de Jésus, au nombre de douze, et celui de la vie de ce divin Sauveur, sont ses princip.aux ouvrages. Il n'envisage que Jésus-Christ, il ne s'occupe ijue de lui, et l'on sent que toutes ses paroles sont autant de désirs qui ne tendent qu'à s'unir intimement à lui. Son premier discours sur les grandeurs, peut s'ajtpeier le Panégyrique de l" Incarnation. Le second contient un vœu de servitude à Jésus, en forme d'élévation, digne de la doctrine et de la piété de l'auteur. Chaque j»roposition est ap'puyée sur les solides fondements de la théologie.
Les discours suivants sont consacrés à k recherche des merveilles inconcevables d6 l'unité de Dieu, de ses communications inellables, et de son divin amour.
L'auteur décrit la vie de Jésus-Christ, qu il divise en trente chapitres, d'une manière toute sim(de et toute sublime. 11 le représente vivant au sein du Père, en l'unité d'essence, en l'égalité de [)uissance, en la communication de ses grandeurs inlinies, en la splen.'eur de sa gloire, en la distinction et en la propriété de sa personne. Il le fait voir vivant au monde, dès le commencemeni du monde, vivant en la foi des patriarches et des prophètes, en un mot, vivant en la nature qui le désire, en la loi qui le ligure, en la grâce qui le donne. Il montre l'indignité de la terre pour le recevoir; et en la terre, la seule Vierge qui est sans jiéché , préparée p-ar l'Ksprit-Saint pour être la demeure du Fils de Dieu. Il rapporli» la mission de l'ange, son entretien avec Marie, les grandeurs du mystère qui s'accomplit en elle, enfin les liommagcs que nous devons à Jésus-Christ, au preuiier moment qu'il a commencé à vivre corpcrellement dans le monde, et h y faire son œuvre.
Il suit Jésus-Chiist dans tous ses pias, et dans tous les différents états de sa vie , jusqu'à ce qu'il l'ait adoré montant au ciel , et assis à la droite de Dieu son Père; il découvre en chacun de ces mystères les trésors cachés. Cetouvrnge n'éïail qu'un essai, et il est bien fâcheux que la mort ait empêché l'auteur de le finir.
Il y a, outre cela, deux Elévations de M. de Bérulle à Jésus-Christ Moire-Seigneur, l'une sur les mystères, l'autre sur l'économie de sa grâce envers sainte Madeleine, et un narré des persécutions qui lui arrivèrent à l'ocasion de ces élévations. L'auteur s'y justifie contre les fausses accusations ; et c'est celte apologie qu'il no lit
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vu: m; CAnniNM. i»r: r.r.ui i.i.e.
|iaf.-iIlro qii'aprùs dix mis de silcncu v.l dt; l'alit'iicr.
l/oii Imiivo dans ions ces oiivrnjj;i's des ponscM'N snlilîîiios, ihîs |u>risét'.s qui donnent In |dns li.inte idé).' de Dieu, on nous npittrniiiil (|nt' son osenfe est s.'ij^esse , son pouvoir lionli^, son vouloir /unonr; (in'il cl le sonvcriiin, le |irini-i|if et la lin d<' lont ôlr(! ; qu'il est le eentri;, la eirronférenee, la pléiiitud»; de touies i lioses ; que son excellence est inesiimaltle, sa ^ran(leur iné^ranlahle, sa majesté adorahle ; ([u'il doit (Mre révélé |>ar un sacré silence, et non profané par les discours léiuihaires de riiomnie ; (ju'il est sans nom, et nu-dessus d(î tout nom; qu'il C'^t tout, et au delh de tout; (]u'il l'ait les temps, et qu'il est avant les temps ; (pi'il »;>t iiiflccessiMe et inliine ù tout ; invisible, et voyant tout; inwnobilu, et mouvant tout; iiieomprélicnsible, et comprenant tout ; (ju'il est bon sans (lualilé, t^iand sans quantité, très-liaul sans élévation, immense sans étendue, présent partout, et sans aucun lieu; intihi, mais Uni <i lui-mâme, [larce (]u'il ue^t, ni n'a rien hors de soi.
Que les lumièros (|uc nous voyons sont SCS ombres, les j^raiuleurs (jue nous admirons ses vestiges; (juil existe en soi, et ne dépend que de soi ; que tout ce qui p'jut être ne peut rien ajouter à sa grandeur, ni à sa félicité ; que son troue est lui-même; que là il vit dans le re|)OS de son essence, <lans l'abîme de ses grandeurs, dans l'unité lie son amour, dans la splendeur de sa gloire; que s'il so contem[)le, ce n'e^t que fécondité ; s'il se manifeste, ce n'est que majesté; s'il opère, ce n'est que bonté; s'il parle, ce n'est que vérité ; s'il commande, ce n'est qu'équité; qu'il établit un nouveau monde dans le monde; qu'il établit l'ordre des choses surnaturelles dans le sein môme de la nature; qu'il crée deux êtres excellents, quoique différents : l'ange qu'il [)lace au ciel, et Ibommo sur la terre, alin d'avoir des adorateurs dans tous les lieux où sa gloire éclate.
11 dit de Jésus-Christ qu'il est la splendeur, la puissance et la gloire du Père éternel ; qu'éta:il envoyé au monde, il a voulu y établir un état de grâce, une société divine, conduite et aniuiée de son esprit, |)Our parler à la terre le langage du ciel, pour enseigner aux hommes la science du salut, et pour les élever à une haute et sublime connaissance de Dieu, en leur faisant connaître la grandeur de son essence, delà [)luralilé de ses personnes, de la profondeur de ses conseils, de l'excellence de ses œuvres, en un mot tout ce que les sens ne sauraient apprendre.
C'est par le mystère de l'Incarnation , ajoute-t-il, que le ciel est ouvert, que la terre est sanctitiée, que Dieu est adoré d'une adoration nouvelle, d'une adoration ineUabie, d'une adoration inconnue juscju'alors. C'est par ce mystère que Dieu réside sur la terre, revêtu de notre mortalité, opérant lui-même au milieu de nous, comme un d'entre nous, le salut du monde; c'est de ce mystère que l'univers doit être saintement el d'ivinement
oc upé ; divin mysl^ro, qui est comuie bcenlre de l'être « réé cl inciéé, cl auquel Dieu a voulu tout réduire , le mon le en soi-même, ci la grandeur de la terre et des cieiix.
On trouve dans ses Jirfitlaliong de rfirr^sic, les grands arguments «pio HosNueta lait valoir avec tant d'énergie, il y a environ (lualre-viiigls ans, dil-il aux plole^ta!(ts,que voire prétendue ICgIisc; n'était pa-> née, que les souverains de la chrétienté n'en ( onnaissaient ni les dcjcteiirs, ni les as>einblées, ni les synodes ; (|ue la terre n'avait pas encore oui sa voix, et ne savait en (pielle langue elle parlait ou priait, et (jiie le ciel, ouvert iJepiiis plus do seize cents ans, n'avail point encore reçu les prémices de ses labeurs, ni donné des couronnes à ses combats.
Oue faites-vous donc ? conlinue-t-il, vous abandonnez la vraie Eglise, qui a rendu le monde chrétien, et sans laquelle vous no seriez pas Chrétiens vous-mêmes, vous renoncez à cette divine succession des personnes envoyées delà fiart de Dieu même, el envoyant les autres, depuis Jé^us- Christ jusqu'à ce siècle, sans altération ; comme parce moyen nous remontons jusqu'à lui, il descend juscju'à nous. Chaîne divine, (}ui d'un bout touche la terre, et de l'autre le ciel. Ainsi l'Eglise compte une généalogie de [>asteurs animés du même esprit, au lieu que les hérétiques sont seuls, et n'étaient pas hier.
11 n'y a de fonction divine et subsistante dans l'Eglise, que par la mission. Comme mon Père m'a envoyé, dit Jésus-Christ, je vous envoie. {Joan. w, 21.) Aussi les évoques ont droit d'administrer les sacrements, de s'annoncer comme les successeurs des aiiôtres. d'absoudre, d'excorumunier, de gouverner en un mot les fidèles, de leur donner des lois, de leur prescrire des règles, et de les prêcher; et ces fonctions étcnt les plus augustes el les plus saintes, on ne peut les usurper sans commettre le plus horrible des sacrilèges, et le j)lus énorme des allenlats.
Les OEuvres de controverse et de piété sont un autre ouvrage de M. de Bérulle, oCi il y a beaucoup de for(;e el d'élévation, selon les matières qu'il traite. Il commence par un Discours sur l'Eucharistie, en^mie Sur le sacrement de la messe; vient ensuite un Discours sur la justification, puisenfin un autre Sur Vautorilé, la perpétuité et l'infaillibilité de l'Eglise, qu'il démontre aux protestants de manière qu'ils seraient convaincus s'ils étaient raisonnables.
Les OEuvres de piété ont pour objet tous les mystères qu'on célèbre dans l'année, toutes les fêtes qui en rappellent le souvenir, mais surtout l'incai nation. M. de liérulle en fut toujours si rem, li, qu'il dit à oo sujet des choses vraiment merveilleuses, et qui paraissent le langage d'un apôire ou u'un prophète. On peut regarder tous les chaiiilres qui composent Xas OEuvres de piété comme autant de conférences, dont les unes sont adressées aux PP. de l'Oratoire, et les aati es aux Carmélites.
VIE DU CAKDINAL DE BERL'LLE.
Le Mémorial de quelques points servant à la direction des supérieurs n'est pas le traité le moins iniétessaiit. M. de Bénille y prouve que réi5ir une âme, c'est régir un "monde; qu'une âme seule est plus précieuse aux yeux de Dieu (}ue tout l'univers, que la digniié de la grâce chrétienne qui nous ente et nous incorpore avec Jésus-Cliri>t surpasse toutes les grandeurs ; qu'on doit travailler à remplir saintement son ministère ; qu'il n'y en a point qui approche de celui des prê'tres; que tout supérieur est particulièrement ot)ligé de ré[iandrela bonneodeur de Jésus-Christ, de désirer son avènement €t de s'assujettir en tout à ses volontés.
La lettre qui adresse ce petit ouvrage aux PP. de rOraloire , est tout entière du serviteur de Dieu; ce serait une faute d'en priver le public (3).
Les Lettres de M. de BéruHe terminent ses ouviages. On en a recueilli cent se()t aux religieuses Carmélites, et cent vingtneuf, tant aux PP. de l'Oratoire qu'à diverses personnes distinguées par leur naissance ou ()ar leur rang. Ces lettres ont toutes pour objet l'amour et la dépendance de Jésus-Christ , et il n'y en a pas une qui ne soit marquée de ce sceau de la Divinité. Les avis qu'elles contiennent sont lumineux, relatifs aux besoins des personnes, et ser-
vent d'instruction pour toutes les circonstances de la vie.
il serait 5 souhaiter que toutes ces œuvres, que la fécondité de l'auteur rendit souvent trop ditfuses, fussent retouchées, ou plutôt réduites en une analyse qui ferait connaître l'esprit de M. de Bérulle.ll en résulterait un ouvrage très-utile, et qui n'étant plus aussi volumineux, passerait entre les mains de tout le monde, et servirait à im[)rimer dans les cœurs et dans lesespritsla vraie dévotion envers Jésus-Christ. Ce fut le seul objet et le seul désir du saint cardinal, dont je ne puis mieux achever le portrait qu'en lui appliquant l'éloge qu'il fait de saint Charles Borromée,et qui se trouve dans une de ses lettres h la reine d'Angleterre.
« Plus orné des vertus que de la pourpre, plus admirable |)ar sa vie que par les miracles qui ont suivi sa mort, humble au sein des grandeurs, austère au milieu des délices de la cour, rare par la ferveur de sa piété, exemplaire par son respect envers le Saint- Siège, ardent f)Our le salut des âmes, avide de toutes les bonnes œuvres, infatigable dans les travaux, inébranlable dans l'adversité, ne respirant que le ciel au milieu de la terre, ne faisant rien que pour la gloire de Jésus-Christ et pour son Eglise, il ne laissa point ici-bas d'autre marque de sa mémoire que celle de sa sainteté. »
(3) Voy. cette lettre reproduite en tête de Topuscultt
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