‹ Œuvres complètesChapitre 303 sur 540 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

▲ UNE PRIEIRE DES HELIGIEUSES CARMÉLITES.

// lui donne divers enseignements pour bien régir sa communauté.

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soii avec vous pour jamais. Le désir et lobligation que j'ai de voir votre maison me donnait aisément es|)érance d'un voyage en vos quartiers, ce qui me retardait de vous écrire, remettant à vous dire plusieurs choses de vive voix, qui se déclarent plus faci-

lement et utilcme[it ainsi que fiar lettres. .Me voyant .'i pDvsent éloigné de cette espérance, je vous écris ce mot jiour >ous prier me mandj.'r le nom et le nombre d(!s religieuses (jue vous avez en voire couvent, leur âge et leur tejnps de Profession, leurs aptitudes et fonctions dafis la maison ; et s'il y on a (pielqnes-unes qui aient quehjue sorte «le besoin |iarliculier, en faire un mémoire <» pari. J'ai renvoyé le P. .N. à la ville où vous ôles, et j'estime qu'il peut étro utile en quehpje chose h voire maison. || vous est connu de longue iriain, et il est grandement vertueux : vous pouvez vous confier en lui de ce que vous auriez à nous mander, et il peut nous en avertir rjnand vous le délirerez. Cha(jue pays a ses usages, ses dilFérences et ses coutumes, et a aussi ses humeurs et inclinations {irO| re>;. Il est bon de les reconnaître et s'y accommo 1er , el ne pas tant assujettir autrui à nous en choses naturelles et indifférentes, comme nous à autrui. C'est une des prudences que les supérieures doivent avoir, el une des croix (|u'ellcs doivent porter; el doivent en ces petits sujets couimencer la | ratique de l'abnégation [)ar elles-mêmes (lour y induire savamment les autres en choses plus intérieures et plus imporiantes. C'est un des points 5 quoi il se faut rendre semblable à autrui, |)0ur rendre autrui semblable à nous en ce qui est de la grâce et de la vertu ; et c'est un des points auxquels il nous faut imiter Jésus-Chiisl Notre-Seigneur, lequel l>our traiter avec les hommes s'est fait homme, et s'est rendu semblable aux hommes hors le péché. Adorons et imitons l'abaissement el la charité que le Fils de Dieu nous enseigne au mystère de l'Incarnation, et en sa vie humble et voyagère sur la terre, et en sa croix. Vous devez avoir un soin particulier de satisfaire à toutes les sœurs de la maison, vous rendant en effet vraiment leur mère. Considérez (jue les sœurs vous ont choisie et appelée d'une autre maison que de la leur : cela vous oblige à un plus grand soin de les satisfaire et contenter, de vous insinuer dans leurs esprits par une abondante charité; de les [irévenir en leurs besoins par une vigilance particulière; de prendre souvent leurs avis, même en choses (jui vous sembleraient faciles, pour leur témoigner conliance; de déférer à leur sens en plusieurs choses petites, même au firéjudice du vôtre, pour leur montrer estime, et pour leur montrer exemple et facilité à renoncer à leur sens, et suivre l'obéissance en choses plus importantes. Je n'ai pas accoutumé d'autoriser la sensibilité en la conduite des âmes, lesquelles nous devons conduire et porter à Dieu qui est esprit, par es[irit et par des voies éloignées des sens, qui n'ont que trop de vie en nous par le péché. Mais pour éteindre cette sensibilité en autrui, il me semble à propos de la permettre en vous sur un article, et de vous dire qu'il est bon de vous rendre sensible et douce en toutes les petites difficultés des sœurs, plus que si c'étaient vos diiCcullés propres.

ŒUVRES COMPLETES Di: CARDINAL DE BERULLE.

Car si la nature vous rend sensible à tout ce qui est vôtre, la gr^ee plus puissante que la nature vous doit rendre plus sensible à ce qui est d'autrui, et à ce que l'amour de Jésus vous doit rendre plus que vôtre, si vous cherchez Jésus et non pas vous-même, comme je sais que c'est votre intention et volonté. Et d'autant que vous avez amené avec vous quelques sœurs d'autre couvent que du leui; donnez-vous garde de montrer h ces bonnes sœurs plus de confiance, plus de familiarité et plus d'emploi que non pas à elles; car cela ne servirait que pour nourrir un dé^^oût et une aliénation de vous; et à leur rendre [>énible vos pensées, vos actions et vos jugements; à aliéner leurs esprits de vous, et des autres maisons, et à intéresser la concorde et l'unité de l'ordre, qui ne doit être qu'une même chose en divers lieux, et un même esprit en plusieurs esprits, et une même régularité en plusieurs maisons. Faites une revue exacte sur vos actions et sur votre procédé pour voir si vous n'avez jioint manqué à ces choses sans V penser, alîn d'y remédier de bonne heure, avant que ce mal commence, qui est fort dangeri'ux dans les communautés. Je vous prie aussi de témoigner res()ect et estime des deux supérieures qui vous ont précédée, et ne jias être facile à changer les choses qu'elles ont ou ordonnées, ou approuvées : encore que peut-être vous trouvassiez (et avec raison) y avoir quelque chose à redire; car il est plus important de njoulrôr liaison et correspondance les unes aux autres, qu'il n'est, que les choses soient comme nous le désirons. J'aurais plusieurs autres choses à vous dire qui me semblent considérables à une benne conduite; mais on ne peut pas mettre tout par écrit, et je suis pressé de finir. L'esprit d'humilité, de patience, de charité, et le soin de renoncera vous-même continuellement, et recourir à Dieu assidûment, vous en apprendront beaucoup. Je sujiplie Notre-Seigneur Jésus et sa trèssainte Mère vous rendre digne d'être à eux pour jamais, et d'être instrument de leur conduite et volonté dans celte maison. Je suis en eux.

De Paris, le 12 avril 1626.

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