LETTRE XLVIII
A UNE PniEURE DES RELIGIEUSES CARMÉLITES.
Obligation des supérieures de recourir à Jésus-Christ Nôtre-Seigneur, pour toutes les choses de la charge. Avis pour la conduite des âmes moins fortes.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Puisqu'il lui a plu, et à sa très-sainle Mère, vous donner charge des âmes qui leur appartiennent, vous devez entrer en une nouvelle déi)cndance et direction de leuraulorilé suprême, et y avoir recours chaque jour et en chaque affaire impoi tante, pour avoir leur conduite. Souvent désii'cz d'avoir part à leur cafiacité, au regard des opérations divines qu'ils ont portées en la terre. O quelle capacité! ô quelle correspondance 1 Abaissons-nous en la vue d'icelle, et désirons sortir hors notre incapacité naturelle, pour entrer par grâce en quelque part et communication de cnose si grande. Adorez en Dieu son soin paternel et sa })rovidence sur ses créatures ; et en la vie intérieure que vous devez prendre en lui, prenez encore quelque part en cette sienne providence, pour être par elle appliquée aux âmes et aux besoins de votre maison. Là doit être l'origine de votre application ; et ce que vous délaissez pour Dieu en ce soin raisonnable et charitable, vous le retrouverez par après en Dieu môme et avec avantage. Il faut régler son lemps, en sorte «ju'il y en ait pour tous nos devoirs. Votre bon ange vous y assistera si vous l'invoquez humblement. Priez et vous huLniliez beau-
coup : car en l'oraison, l'humililé, la charité sont notre force. J'estime à propos que vous témoigniez à cette sœur que vous savez, charité, douceur et confiance. La condition de son âme est plutôt d'aller à Dieu par celte voie, que par une exaction rigoureuse. 11 y a des âmes dont la volonté est bonne, mais la nature est faible et tendre, et ne doit pas être tant pressée, mais supportée en son infirmité. Dieu les a créées telles, et les supporte en sa grâce. C'est h nous aussi à les supporter, et ne les pas traiter avec sécheresse , nonobstant leurs petites fautes et infirmités. Et encore que co qu'ils nous disent ne nous paraisse solide et raisonnable, il vaut mieux les écouter que de les renvoyer avec peine et mécontentement, de n'être pas estimées et affectionnées de leurs supérieures; ce qui leur apporte })lus de divertissement dedans les voies do Dieu, et plus d'occupation pénible en leur esprit, que leur nature et leur vertu n'en peut porter. Les supérieures sont obligées et aux âmes fortes et aux âmes faibles, et doivent regarder et imiter Jésus-Christ, qui, en la sublimité de sa sapience et de sa lumière, sup[)ortait avec douceur et patience admirable la faiblesse, l'imperfection et impertinence même de ses apôtres, si j'ose user de ce ternie. Je supplie Jésus-Christ Kotre-Seigneur et sa très-sainte Mère, nous rendre dignes de leur grâce et bénédiction, en ce temps particulier de leurs grâces et faveurs, temps de la naissance de Jésus, et de la maternité de la sainte Vierge. Je suis en eux.
Ce 27 décembre 1625.