CHAPITRE IV
V}UE OI^L-FAIT JIAITREENLATERRE UNE VIERGE, LAQUELLE IL REND DIGNE ET CAPABLE DE RE- CEVOIR ET PORTER LE FILS DE DIEf AU MODE.
Grandeurs imomparables de la Vierge dès sa naissance. — La grâce dv la Vierge dès lors tend à établir une Hère de Dieu, et à former un Homme-Dieu.
Pour rendre la terre digne de |iorler et recevoir son Dieu, Dieu fait naître en la terre une personne rare et éminente qui n'a point de part au péché du monde, et est douée de tant fi'oi ncments et privilèges, que le monde n"a jamais vu et ne verra jamais, ni en la terre, ni au ciel, une personne semblable. Elle est conçue sans péché, elle est sanctitiée dès le premier moment de son être. Elle est douée dès lors de l'usage de raison et de grûce, elle est confirmée en état d'innocence ei impuissance àotfenser, elle estconslituée en une grâce, non-seulement ^suffisante, mais abondante ; non-seulement abondante, mais éminente, et d'un te! degré d'éminence, que l'ordre de la grâce n'a vu encore rien de pareil, et sa conduite est si accomplie, que chaque moment de sa vie porte un nouvel élèvement dans l'ordre de cette grâce rare et singulière. Bien qu'elle entre comme les autres en celte vallée de misères et non en un paradis terrestre, et que
notlc terre d'ciil soit son habitation , elle ne |K)rle aucune rnarquo do bannissement, mais ello|»orlo en son Ame u m; grâce {dus grande, nue celle (pii était au paradis et avait été donnée h Adam, < onime chef de la nature hiuiiaine, |ic»ur lui ol pour sa postérité. C'est tioppeu dire, do clmsi- si grande. Sa grflco est plus noble et divine <iuo toutes les grâces (|ui sortiront jamais des vives sources du Sauveur mourant et du mérite de sa croix, et excède en puiss>nn< (• et dignité, colle-lÀ môme (jui est dans les cicux ; car elle tend k chose bien plus haute, elle tend non à faire des saints, maisù produire le Saint des saints, à former rH(jmme-Dieu, et à établir une Mère de Dieu en l'univers, choses toutes nouvelles et miraculeuses, môme dans l'ordre miraculeux de la grâce.
CMAPITHE V.
DE I.KXCKI.I.KNr.E DE LA VIERGE.
1. La Vierge est une aurore gui précède, qui porte et gui donne le soleil nu monde. La \ ierge vient au monde à petit bruit. Mais dès lors elle est aimée el regardée du ciel comme Mère de Dieu. Conduite de Dieu sur la ] ierge en sa conception, en son enfance, en son entrée et sott séjour au temple. La Vierge fait un chœur « part. — 1!, La \ ierge entre de jour en jour en un élècement admirable : et elle y entre par infusion spéciale et par coopération parfaite. Si Dieu doit prendre naissance , ce doit être de Marie, et si Marie doit enfanter, ce doit être un Dieu. Marie dès lors ravit les deux el l'auteur même de la terre et des deux. Itlle est un nouveau ciel et un nouveau paradis, et le sanctuaire de Dieu en la terre. Marie pleine de lumière n" connaît pas ses grandeurs.
1. Celte âme sainte et divine est en l'Eglise ce que l'aurore est au firmament, et elle précède immédiatement le soleil. Mais elle est plus que l'aurore, car elle ne le précède pas seulement, elle le doit porter et enfanter au monde, et donner la vie, le salut, la lumière à l'univers, et y produire un soleil Orient, duquel celui-ci qui nous éclai:e, n'est que l'ombre et la figure. La terre qui méconnaît Dieu, méconn;iit aussi cet ouvrage de Dieu en la terre. Elle naît à petit bruit, sans que le monde en {larle, et sans qu'Israël même y [)ense, iiien qu'elle soit la fleur d'Israël et la plus éminente de la terre; mais si la terre n'y pen>e pas, le ciel la regarde et la vénère comme celle que Dieu a fait naître pour un si grand sujet, et pour rendre un si grand service à sa propre personne, c'est-à-dire pour le revêtir un jour d'une nouvelle nature. Et ce Dieu môme qui veut naître d'elle, l'aime et la regarde en cette qualité. Son regard n'est pas lors sur les grands, sur les monarques que la terre adore, mais le premier el le plus doux regard de Dieu en la terre, est vers cette humble Vierge, que le monde ne connaît pas : c'est lors la plus haute pensée que le Très-Haut ait sur tout ce qui est créé. Il la regarde, la chérit la conduit, comme celle
of:uvi\i:s complètes du cardînal de berulle.
à qui il veut se donner soi-même et se donner à elle en qualité de Fils et la rendre sa Mère. 11 la comble de grâces et bénédictions, dès J:;a conception. Il la sanctifie dès son enfance. 11 la séquestre du monde et la consacre à son temple, pour marque et figure qu'elle sera bientôt consacrée au service d'un temple plus auguste et sacré que celui-ci. Là, en sa solitude, il la garde, il l'environne de sa ])uissance, il l'anime de son esprit, il l'entretient de sa parole, il l'élève de sa grâce, il l'éclairé de ses lumières, il l'embrase de ses ardeurs, il la visite par ses anges, en attendant que luimême la visite par sa propre personne ; et il rend sa solitude si occupée, sa contemplation si élevée, sa conversation si céleste, que les anges l'admirent et la révèrent comme une personne plus divine qu'humaine.
Aussi Dieu est, et agit en elle plus qu'ellemême. Elle n'a aucune pensée que par sa grâce , aucun mouvement que par son esl)rit, aucune action que pour son amour. Le cours de sa vie est un mouvement perpétuel, qui, sans intermission, sans relaxation, tend à celui qui est la vie du Père et sera bientôt sa vie, et s'appelle absolument la vie dans les Ecritures. [Joan. xiv, 16.) Ce terme ap|)roche et le Seigneur est avec elle, la remplit de soi-même et l'établit en une grâce si rare, qu'elle ne convient qu'à elle; car cette Vierge cachée en un coin de la Judée, inconnue à l'univers, fiancée à Joseph, fait un chœur à part dans l'ordre de la grâce, tant elle est singulière.
IL Les années coulent, les grâces augmentent, et dans cet ordre de grâce, qui n'appartient qu'à elle, elle entre de jour en jour en un élèvement admirable, el elle y entre par infusion spéciale et par coopération parfaite. C'e.st le concert sacré qui est entre l'esprit de Dieu et l'esprit de Âlarie. Dieu répand de moment en moment nouvelle grâce en cette âme, et cette âme y répond incessamment et de toute sa puissance ; et cette correspondance et harmonie parfaite, l'élève en un comble de grâce, et ces grâces, bien que très-grandes à cette âme (jui toujours s'avance dans les voies de Dieu, ne sont que degrés qui la doivent élever à de nouvelles grâces. Cette âme rare, éminente et divine, vivante ainsi en la terre, ravit les cieux, et ravirait la terre si ses ténèbres ne lui ôlaieni la vue d'un si rare objet; mais elle ravira dans peu de tem[>s celui qui a fait la terre et le ciel. Car elle est telle j)ar la grâce et conduite de Dieu, que si Dieu doit prendre naissance, ce doit être de Marie, tant elle a de grâces et de faveurs. Et si cette liumble Vierge doit concevoir et enfanter, ce doit être un Dieu, tant elle est divine. Elle est en terre un ciel vivant, destinée aussi à porter un soleil vivant, et un soleil établi en un plus haut firmament. Elle est en la terre un sanctuaire que Dieu rem[)lit de merveilles, et auquel il veut prendre son repos et d'une façon nouvelle. Elle est un nouveau paradis, non terrestre comme celui d'Adam qui a été détruit par son péché, ni
céleste comme celui des anges qui n'esi qu'au ciel, mais elle est en la terre un paradis céleste que Dieu à planté de sa main, et que son ange garde pour le second Adam, pour le roi du ciel et de la terre qui y doit habiter. Mais cela est caché à ses yeux, et son esprit, abîmé dans le profond de son humilité, ne voit pas le conseil très-haut de Dieu sur elle.
Ouoil notre bonheur approche et l'accomplissement de votre grandeur suprême, ô Vierge sainte, et vous l'ignorez. Vous approchez et vous appartenez de si près à la divinité, et vous traitez si assidûment, si saintement, si familièrement avec elle, et le dessein de la divinité sur vous vous est caché ! Les ténèbres qui ont ce privilège d'être le premier séjour du monde, et m.ême le premier état de toutes les âmes qui entrent au monde , n'ont jamais eu de part avec vous, et vous êtes en lumière dès le premier instant de votre être, toujours croissant en grâce et en lumière. Et au plus fort du jour, en un plein midi, dans l'excès de vos lumières, ô âme divine, vous ne connaissez pas la part que vous allez avoir, avec celui qui est la vraie lumière, la spleur deurdu Père et le soleil vivant de l'univers 1 Vous })ortez en l'Ecriture le nom d'^//na, c'est-à-dire cachée, et vous le portez à bon droit. C'est un de vos titres particuliers, et comme un chitfre qui en peu dit beaucoup. Entre autres choses rares et grandes, ce mot nous exprime la secrète conduite de Dieu sur vous, qui mérite bien d'être considérée comme un des principaux linéaments de votre vie, et un des traits plus rares de la sa[)ience éternelle.