LA CONDUITE RARE DE DIEU SUR LA VIERGE
I. Parler de la Yierge , c'est rendre hommage à Dieu et à Jésus. Dès le commencement du monde, la Vierge est regardée comme ta source de la bénédiction du monde. Dieu met la Vierge au monde par miracle, et la cache en cet unique temple qu'il a en la terre. Il la cache en soi-même comme dans le vrai temple du ciel; et il la cache ainsi comme celle qui sera un jour son temple en une manière coûte particulière. — IL La Vierge est appelée Aima, c'est-à-dire cachée ; elle est nn trésor caché, et Dieu la cache en plusieurs manières. Il la cache aux mortels par sa virginité, il la cache à elle-même par son humilité, et il la cache en elle-même et en lui-même par une divine simplicité. Dieu voulant naître, veut na'itre d'une Vierge. Dieu veut établir ce grand œuvre de la divine maternité, sur cette si profonde humilité. Description de l'admirable simplicité de la Vierge. Grandeurs de la Vierge expliquées par antithèses. La Vieî-ge coopère sans cesse à une grâce quelle ne discerne jamais, et cela par xine divine simplicité et une fidélité parfaite. La Vierge avait toutes sortes de suiets de penser qu'elle serait la Mère du Messie, mais varce que Dieu ne lui donne
VIE I>K JESUii. — CIIAP. VI, CONDUITE DE DIEU SLII EA VIEHGE.
pas crltr prtist'e , file ne hi prend pets. L'exemple de In Virri/e (ihliye 1rs hatmrs àmfs à autant <lr siinplicih' (lur dr fidriiti' d(tnn les voies dr Dira. La simplicité d'esprit convient ans plus (/rands <ruvres et 1UT voies plus divines. Au moment (pic la yienje ne pense /;u'à Ctrr la servante de Dieu, Dieu pense à la rendre sa Mi're.
I. C'est rendre liomniflgenu TrC's-H.nit, de cotisidéror sa coinhiite sur In p'as Imnle el vc.vc Dorsonne (pii sera jamais dans le ressort (le sa (l(''nen('an('o ; et c'est honorer J(^'sus doconsidiVrr l'état de cello que le eici destine à ôtre sa Mère. r/e>t parler de J(Vsus i|iie de |)arler de .Marie ; car ils sont si conjoints enseiuli'e, et elle est le plus grand cltjet «le sa g'Aco el le plus rare ellct de >a puissance, llepassons donc notre esprit >ur un si grand sujet. Dieu tenant ses |ireniicrs états au monde après la ( réalion de l'Injnnne el Sun péclié il v parle de Marie el l'opito e au serpent, oriu;ino de la nialédii lion de l'univers, et dè> lois Dieu cl le monde la regarder)t comme la source do la ix^nédiclion du monde. Au temps ordonné jar la sapien'C divine, ella entre au monde |tar miracle comme un œuvre de giâco et non de nature, comme un fruit d'oraison cl non de péché, comme un sujet spécial de la puissance de Dieu, el nor. de 1& puissance de l'Iiomnîe. Klle rof^oit de Dieu plus de grûces, i)Ius lie faveurs, |>lus lic privilèges que tous les saints ensouiL)le.
Dès la terre, elle porte en son Ame une grâce plus haute et plus noble que celle (jui triomphe dans les cicux. Dieu lî'avait qu'un seul lemple en la terre, el il la cache en iceliu dès son enfance. Mais il fait encore plus. Dieu qui l'élève, !a conduit, la chérit, ia cache dans soi même , et il est lui-même, ô Vierge sainte, votre lemple et votre sanctuaire, ccriime il est à la Jérusalem céleste, de laquelle il est dii que l'Agneau est son lemple ; car aussi devez-vous être un jour son temple, le lemple vivant d'un Dieu vivant au momie. Dieu donc cache en soimême celte personne choisie, comme un trésor qu'il réserve à coi-mùme par le secret et la singularité de son élection ; car il la destine à ôtre sa mère.
II. |I la cache encoie en plusieurs sortes et manières, tant ce trésor précieux doit ôtre caché, el tant celle àme divine porte à bon ilroit le nom iVAlwu^ dans le |)lus grand des prophètes, c'est-à-dire cachée. Dieu la caciie aux mortels par le secret et l'éminence de sa virginité , ce qui la rend sans accès, même aux yeux des hommes, et la prépare au dessein de Dieu sur elle; car si Dieu doit prendre naissance, il veut naître d'une Vierge, el d'une Vierge si éminenle en la pureté virginale, el qui est la première à lever l'étendard de la virginité au monde. Dieu la cache en elle-même par le poids de son humilité qui l'abaisse tellement dans le néant de la créature, (ju'elle est sans élèveuient au milieu des grandeurs, ce qui la dispose au secret conseil de Dieu ; car Dieu
veut élabl'r une divinité .-ii grande, comme (elle do Mcri' de Dieu, sur un fond si solide et sur un abaissement si profond. Dieu la cache 'i elle-même el lui couvre ses conseils sur elle, et il la cache dans lui-même, dans le secret de son sein, c'est-h-dire dans le secret de sa sa[iience el conduite, qui est conmic un voile sous lequel il lui cache le nouvel état au(piel il la veut élever. Il répand dans son âme une simplicité divine, qui correspond à la conduite de Dieu sur elle, qui la lire de son esprit dans l'esprit de Dieu , qui la rend sans aucune vue do ce (pi'elle est au milieu des lumières, et fail (ju'elle ne voit pas que Dieu l'élève en un trône |)Our la couronner comme reino de l'univers el mère de celui qui l'a créée. Uref, Dieu la remplit de grâce el emploie sa puissance, sa bonté, sa sapiencc, «^ la rendre iion-seulement Mère, mais «ligne Mère de Dieu; ce qui porte un état incompréhensible. Va si la terre ne la connaît point, le «iel ladmire cl la révère comme celle qui va être Mèreel digne Mère de celui ijui a créé et le ciel el la terre , el les anges qui habitent dans les cicux viennent fondre à ses pieiJs pour lui rendre leur hommage.
Y a-t-il rien qui égale la majesté el la douce [luissance d'une Mère de Dieu? Y at-il grâce comparable à celle qui accompagne un état si haut, si saint et si vénérable? O grandeur ! ô puissance 1 ô dignité I ô sainteté ! ô virginité I ô maternité! qui jamais a vu ces merveilles? Qui jamais a oui parler d'une vertu plus haute et plus rare! O pureté 1 ô humilité! ô simplicité divine et incomparable ! qui des grands et des monarques a jamais eu une mère d'une pareille condition? En terre, si céleste et si divine ; en sa naissance, si prévenue cl si comblée de grâce ; en son corps, si pure el si féconde ; en son es|)rit, si humble et si élevée ; en sa pensée, si simple et si lumineuse ; en sa vie, si commune et si singulière; si simple el si facile en son extérieur; si rare, si divine el si miraculeuse en son intérieur : bref, si inconnue en la terre et si révérée au ciel. Qualités qui semblent si opposées; mais elles sont jointes en vous, et vous disposent à concevoir le Saint des saints elle Dieu des dieux. El dès longtemps, on vous pré|)are à le concevoir dignement; mais vous ne lapercevez pas, ô Vierge humble et sacrée î Vous ne voyez pas vos grandeurs , et si vous ne manquez en rien à coopérer fidèlement à icclles : car Dieu joint à votre esprit une simplicité divine avec une fidélité parfaite, el vous coopérez sans cesse à une grâce que vous ne discernez jamais. Votre vocation est d'être Mère Je Dieu ; c'est à quoi Dieu vous appelle; c'est à quoi il vous [)répare ; c'est à quoi vous coopérez sans le connaître ; c'est à quoi vous coopérez dès le moment de votre naissance jusqu'à l'iieure de votre bonheur el de votre puissance, à recevoir et produire le Fi'.s de Dieu au monde! Ne voyez-vous pas que le ciel et la terre vous révèlent et annoncent celle vérité?
Le temps marqué par les prophètes est échu ; les semaines de Daniel sont accomplies ; le sceptre de Judas est en la main d'un étranger. Il faut que le Messie vienne. Hé t qui portera ce fruit heureux et désiré en la terre? La terre est couverte d'iniquilés, et vous êtes seule en la terre qui êtes sans péché. Une Vierge le doit enfanter, et vous êtes seule en Judée, consacrant au vrai Dieu votre virginité. Vous savez les saintes Ecritures; vous pénétrez ces mystères; les conséquences sont infaillibles et presque évidentes ; et en la clarté de votre esprit, en la connaissance des Ecritures, en la lumière de vos grâces, vous n'y pensez pas; et vous donnez un grand exemple après -vous dans les voies de Dieu élevées, à ne pas voir ce que Dieu ne nous manifeste pas, par une simplicité parfaite; et à correspondre à ses desseins sur nous sans les connaître , par une fidélité exacte. C'est oe que nous voyons et admirons en vous ; car vous êtes tellement en la main de Dieu et en sa direction, que vous n'avez autre pensée que celle que Dieu vous donne ; vous n'avez aucun usage de votre esprit »iue celui auquel Dieu vous applique; car il est l'esprit de votre esprit , il est l'oracle de votre âme : et vous n'avez ni parole, ni l)ensée, ni mouvement que par sa conduite ; vous êtes non dans \otre esprit, mais dans l'esprit de Dieu qui vous remplit; vous êtes non dans vos pensées, mais dans la pensée «le Dieu qui vous régit.
C'est cette pensée de Dieu qui est sur vous qui opère en vous; elle vous est appliquée, mais non expliquée ; et elle vous conduit à ses fins imperceptiblement, mais infailliblement ; très-secrètement, mais trèspuissamment. Et cette voie et conduite de Dieu sur vous, porte (nonobstant cette obscurité) plus de grâce, plus d'efficace et plus de dignité en votre âme. Elle convient aux plus grands œuvres et aux directions plus divines. Et elle fait que par une simplicité divine et par une conduite admirable, vous êtes en la pensée de-Dieu et non en la vôtre ; vous êtes en la main de Dieu et non en la vôtre ; vous êtes en Dieu et non en vous; vous n'agissez pas, et Dieu agit en vous. De là vient que, par une réserve à Dieu de votre esprit, et une fidélité très-parfaite, Dieu ne vous donnant cette pensée, vous ne l'avez pas aussi, et vous ne la prenez pas, quelque évidence de lumière qu'il y ait en vous ; car c'est Dieu qui agit et non pas vous 1 c'est Dieu seul qui vous tire, et non pas ces objets ; c'est Dieu que vous suivez , et non pas l'évidence et la lumière. En cette humble et haute disposition ; en cette rare, simple et fidèle conduite ; au milieu de tant de grâces et de grandeurs; après tant de faveurs et de merveilles ; en l'excès de tant de lumières, vous ne pensez qu'à être la servante du Seigneur {Luc. i, 38); mais Dieu pense à vous rendre sa Mère.