LETTRE CIV
A Là même.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Je vous ennuierais tiop de vous écrire tout ce qui s'est passé en notre atî'aire : et seulement je vous diiai comme il a |)lu à Dieu, contre l'espérance de tous, et contre les résolutions et dispositions du général, Tobliger et le résoudre, et aussi les détiniteurs, à nous accorder ce que nous demandons, sans aucune faveur ni aucune [)uissance de l'autorité supérieure; et que la providence de Dieu reluit en cet etfet si particulièreujent, que nous lui en sommes très-obligés, il a plu à Dieu me donner de la résolution, à penser contre les empêchements qui se sont f)résenlés , et de l'espérance en l'intérieur, contre les défiances apitarentes ; car en considérant notre affaire devant Dieu, et voyant qu'elle était sienne et de sa sainte Mère, je ne pouvais me per>uader qu'il ne voulût qu'elle s'accomplît, et par la voie la meilleure, qui est celle de l'ordre. Et je ne pouvais penser que la bonté ayant jusqu'à présent disposé les cœurs de ceux du monde, à tout ce qui a été requis pour le bien de cette affaire, il ne dis[)0sât beaucoup plus les cœurs de ceux qui font profession de le servir en une vie si étroite, et qui ont obligation de coo[)érer au bien de ceitc œuvre. Encore qu'à la vérité, il me semblât que le malin esprit avait |»iéi)aré un grand effort, pour la ruine et traverse de notre affaire, en rindis()Osition de ces es|)rits de pieté, mais étrangement entiers en leuis pensées, Gt peu susceptibles de lumière par la voie d'aulrui, après leurs premières impressions. Mais aus^i me semblail-il devant Dieu, (|ue ià où él lit le plus grand elfurt de l'ennemi, là devait être aussi notre assaut; et que là .'«ussi I nraîtiait la grâce de Dieu, qui requéiailde nous l'usage de la foi, du courage, (le la résolution et de l'industrie qu il lui plairaii nous donner, pour y mêler l'elticace de son assistance, et ruiner le dessein du malin esprit en ce qu'il avait |)his i>ré-
paré contre nous ; comme aussi il a plu à Dieu de l'effectuer. Je vous remercie bien fort de l'avis que vous me mandez; et je prie Dieu qu il me rende digne de le servir au sujet de cette élection. Je l'espère ensuite de sa bienveillance sur cette affaire, qui serait inutile et im|)arfaite, si elle ne |)assait jusque-là. Les moyens que j'apporte ne m'y pourraient suffire, si je ne me commettais en la bonté de' Dieu, qui a tant de soin de cette affaire, que j'espère qu'il m'y assistera contre mes empêchements et indispositions particulières, et par-dessus la faiblesse des moyens que je puis apporter à ce discernement des filles. Celle qui me revient le plus devant Dieu, est une ancienne et vénérable, de laquelle vous n'avez encore ou'i parier, bien qu'elle soit des premières de l'ordre, et qu'elle y ait été des plus employées. Je me puis tromfier en cette pensée, mais elle croît et persévère devant Dieu ; et s'il plaît à Dieu de se servir de cette âme, ce sera encore en cet article, contre l'opinion de tons. Je ne suis pas encore assuré de sa volonté ni de sa puissance, car elle a plus de soixante ans, et le voyage est long et pénible. Mais en l'intérieur, encore me semtlet-il que je dois esj)érer ; et qu'es affaires de Dieu, il n'y a rien de moins difficile, que ce qui dépend de Dieu seul, comme est cette volonté et [)uissance. J'ai fort pesé devant Dieu, si cette âme étant fatiguée des travaux, précédents (car elle a même prié qu'elle fût démise de tout soin et de toute charge, pour ne penser plus qu'à Dieu), n'aurait point faute de vigueur et de charité envers autrui, pour travailler en ces petites âmes, qui doivent entrer à les former en la régularité et en l'infériorité, et aussi s'il ny avait point tentation à se charger cî'une personne si avancée en l'âge ; mais il m'a semblé que si Dieu lui donne la volonté de venir, il lui donnera aussi la volonté et le soin de travailler à ce [lourquoi elle vient, et que de là je dois attendre la résolution de mon \nemier doute; car je ne puis douter que si elle en reçoit la volonté, ce ne soit de l'esprit de Dieu, cette âme étant fort éloignée de cette pensée, et de tout ce qui la pourrait faire naître en elle. Et quant à l'autre, il me semble qu'il faut subir des incertitudes es affaires de Dieu, et laisser à Dieu de nous en tirer par sa bonté et providence, et qu'il nous doit suffire d'y fiourvoir par d'autres voies selon ce |)eu de lumière que nous recevons de lui, joignant d'autres à sa compagnie qui puissent suppléer à son défaut. Je prie Dieu qu'il ne permette que mes aveuglements et indisuositions portent aucun intel ôl à cette sienne affaire.