CHAPITRE ViL
SON ÉTAT ET SON OCCLPATIO.N A L'aRRIVÉE DB l'a!SGE.
Dieu a déjà fait tant de grâces à la Vierge, quil semble avoir épuisé ses trésors en elle ; et il ne fait que commencer, si nous rC' gardons ce qu'il lui prépare. Grandeurs de l'œuvre de l'Incarnation et de la maternité divine. Conseil de Dieu, occupation de Marie, vanité et iniquité de la terre en même moment. Envoi de saint Gabriel àla Vierge. La Tierge languit après la venue du Messie, et celte langueur est la dernière disposition à l'accomplissement de ce grand œuvre.
Permettez, ô sainte Vierge, que je prévienne la parole de l'ange, qui vous veutannoncer cette vérité. Permettez que je vous dise ce peu de mots en toute humilité : Vous voilà, ô Vierge sacrée, au quinzième an de votre âge, âge rempli de grâce en tous ses moments; vous voilà au vingt-cinquième de mars, le jour des jours, jour remarquable en voséphémérides; jour auquel vous avez à entrer en un état nouveau et inopiné, en une très-heureuse, très-étroite et très-haute alliance avec Dieu, et une alliance qui commence en la terre, mais de la terre passe dans lescieux et y sera éternelle. Dieu vous a fait tant de grâces jusqu'à présent, qu'il semble avoir épuisé en vous ses trésors, ses faveurs, ses merveilles. Mais il ne fait que commencer, si nous jetons les yeux sur les grâces suivantes. Et il semble qu'il veut couvrir et comme ensevelir les grâces précédentes dans le comble et l'émincnce des nouvelles grâces; tant c'est chose rare et excellente. Dieu vous veut faire la grâce de grâces, il veut vous donner son propre Fils, son Fils unique et sa propre substance. Voici le plus beau de vos jours, jour auquel vous entrez en un état qui doit bénir et.régir le ciel et la terre ; en un état qui enclôt Dieu même, et en un état qui rend Dieu votre fils, et vous rend sa mère. Ce jour porte la plénitude des temps, tant cé'lébrée es Ecritures ; et ce qui est beaucoup plus, il porte la plénitude de la divinité dans l'humanité, et la plénitude de Jésus dans vousmême, accomplissant l'œuvre des œuvres, l'œuvre caché de toute éternité dans le secret de la sapience éternelle.
En ce jour donc saint et sacré, tandis que le rond de la terre est en oubli et oti'ensé de Dieu, tandis que les grands sont dans le néant de leurs grandeurs, dans leurs palais et dans les occupations vaines de leurs esprits, l'humble Vierge inconnue en la terre et admirée au ciel, est dans son Nazareth, et c'est elle que le ciel regarde et en laquelle Dieu veut accomplir ses merveilles. MWe est en sa petite cellule, elle est en son oraloire; elle est en un état et élévation admirable, et Dieu est avec elle, qui la dispose .sans (lu'elle le sache, à ce ({ui est inconnu à son hunnlilé. Ce Dieu qui est en elle, e>t aussi dans le ciel, et y îraite d'accomplir en la Vierge le chef-d'œuvre de ses miséricor-
YIK l)K JESUS. -CIIAP. Mil, UlALIltS I>E LANCE ENVOYE A MAKIE.
»ies éternelles. Ouillcms In lerrc el nous élevons au ciel |i()nr(unleni|»l('i(0 qui s'y passe cl y adorer !a Irùs-sainlc Triiiilé. Klle eslen son [laradis el en sa gloire, elle est en un saeré (onscil, ou, pour mieux dire, en un sancluaireoù loul e^l iiuréé, où rien de eréé n'a ai ces, où Dieu nu Iraile el ne déhhèro qu'avec soi-niûuie. Car il >'a;^il aussi de lui-uu'^nie, les an^^es sont au dehors, adorant el allendant en silence l'issue <\ii co sacré conseil. Dieu y rés<iul il'accouiplir ^es promesses, de donner so:i Fils à la Nierge, do sauver l'univers.
Il choisit un ilo ses anges, el un des plus grands entre ses anges, T'arcliange Tiahriel. Un inyslùre si grand niérilc hieii un >i grand ang<». Dieu lenvoie h la Icrre celle grande et heureuse nouvelle. Oc» grand ange sort du ciel et lU'scend en la terre coiunie envoyé de Dieu, el ayant en sa main la plus grande tomfnis>ion (jui sera jamais éiuaiice du ciel en terre, de Dieuaiu houimos. Suivons cet rtiii;,e pas à pas, cl voyons couime il va non à Uonie la Irioinphanie, ni à Athènes la savaiite, !ii h Ilahylono la superbe, ni même <i Jérusalem la sainte. 11 va en un coin de la «jalilée, i\ une bourgade inconnue, h un Nazareth dont Nalhaniel dira un jour ; A Nazurclh polcst aliquid boni esse. [Joan. i, i6.) Mais dans ce Nazareth, il y a une maisonnette (jui enclôt le liésor du ciel et de la • erre, el !e secret amour du Père élernel au monde ; et dansée petit lieu, il y a une Vierge plus grande que le ciei et la terre ensemble. Vierge choisie de Dieu pour com|irenare rincom{)réliensible. 11 y a une Vierge qui a plus de grandeur et de lumière qu'il n'y e.'i a, ni à Home, ni à Athènes, ni entre les hommes, ni entre les anges. H y a une Vierge (jui se nomme Marie, cl, selon son nom, est un abime de grûcc, un océan de grandeurs et un mondcde merveilles. C'est celte Vierge que Dieu regarde, el elle legarde Dieu aussi, cl est en occupation el élévation avec lui. C'est celle Vierge à laquelle Dieu envoie son ange.
Mais Dieu qui est au ciel dans son conseil, el eslen cet ange par son envoi, prévient cet ange et au coeur de cette Vierge par sa grâce et puissance. 11 est tout, il est partout, il lait tout, il fait toutes choses dignement, puissamment et suavement ; il correspond à soi-même dans ses œuvres. Comme donc il est au ciel, il est en la terre ; comme il agit au ciel, il agit en la lerre ; comme il agit en l'ange, il agit en la Vierge, et agit [)lus en la Vierge qu'en l'ange. 11 remplit aon esprit, il conduit sa contemplation, il pré|iare et dispose cette ûme à ce qu'il veut accomplir en elle, el à ce que son ange lui doit bientôt annoncer. Il l'attire, il l'élève, il la ravit, il lui donne des pensées des mouvements, des disoosilions propres à l'œuvre qui se doit accomplir. Là elle gémit sur les péchés de l'univers, es (juels elle n'a aucune part. Là elle languit après la venue du Messie, auquel elle a une si grande [»art , mais si cachée h bon csjirit. Là elle se joint aux vœux des justes, et soupire après la présente du
Messie sur In terre. IJï elle se sent é|)riso d'un désir nKMveilleux «Je le voir el servieen ses jours. IJ\ elle entre en es|)érance de le voir, l'adorer etservirau monde. Là Dieu lui répand uru? nouvelle grAcc, une qualité divijie, une infusion céleste. Cette gr.ice est la dernière <lisposiiion, à rinslant de la- <piolle cette forme parl'.iilr, cet être divin, ce Verbe élernel seia introduit au monde. CHAPmtK VIII