I.E NOM ET LES QLAI.IT^:S l>K I.'aX^E ENïOYÉ A LA VIEn<;K
L L'ange Gabriel porte en soi iimpression des (/iinlilés, spi'i-inlrtiirnt de la di(/nité, de la puretf' ri de Chninililé du imjstèrc f/n'il annonce à l-i Vicrije. Ample explicaiion de CCS paroles : Missus e.>t angélus (ïabriel a Deo, clc. Les anfjrs se tiennent fionorrs de servir Ji'sus en ses serrileurs, mais infiniment plus de le servir en Ini-ménir. Saint (iahrirl s'appelle Force de Dieu. Saint (Jaliriel est unsi'raphin et l'un des plus grands. Saint Michel et saint Gabriel, les deux plus grands anges du ciel, l'un a l'Eglise, et l'autre a la mère de Ji'sus en sa garde. Divers emplois de saint Gabriel en l'Ecriture. — 11. // commence à peser le colloque de la Vierge avec l'ange, et ces premières paroles : Ave gralia plena, Dominus lecum, benedicla lu in mulieribus. A'anj/c parait en homme et parle comme un ange, imprimant la lumière de ses paroles en l'esprit de la Vierge.
L La Vierge étant en cette occupation, l'ange arrive el la surprend en cet état céleste. Il entre en celte cliambretle comme en un sanctuaire, beaucoup plus saint et plus vénérable que le lieu nommé le Saint des saints au temple. Il entre i)lein de respect et de lumière, et lui [)arail en forme d'homme ; car il [irend les livrées de celui qu'il annonce, et il annonce un Dieu-Homme. Il la salue en humilité très-profonde, car il vient traiter du mystère le plus haut el le plus humble qui sera jamais, et on eût lu en sa face et en son port, l'impression de la dignité, de la pureté, de l'humilité de ce divin mystère dont il doit parler. Il dit paroles grandes à la Vierge, car elle va entrer en un état si grand, ({u'il n'y a rien de pareil. Ce mystère, ce colloque , ces personnes sont divinement représentés [lar le pinceau du Sainl- Es|)rit dans le tableau de l'Evangile.
Nous n'avons qu'à le prendre en main, et y joindre une altanlionel considération particulière. Saint Luc donc nous apprend (ne laissons tomber à terre une seule de ses paroles, car elles sont toutes d'of et dignes du poids du sanctuaire), saint Luc, dis-je, nous dit (i, "26) : L'ange Gabriel est envoyé de Dieu en une cité de Galilée, nommée Nazareth, vers une vierge fiancée à Joseph et nommée Marie. C'est Dieu (jui fait cet envoi, Dieu, dis-je, immédiatement et non pas selon l'ordre qu'il a jiosé entre ses anges, où les moindres sont envoyés de safiart [>ar les plus grands. Mais cet envoi est extraordinaire, la commission eu est émauée de la
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ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERLLLE
r^ain de Dieu inimédintement. Ce qui montre, et le poids do l'ambassade, et la dignité cle raml>assadeur qui reçoit lui-même de la main de Dieu son envoi, et ne relève que de Dieu en cette commission. Dieu envoie, non unange de la terre, c'est-à-dire un prophète, mais un ange du ciel à la Vierge; car cette Vierge est tout angélique et céleste. El si Dieu veut lui parler par personnes interposées, ce doit être par ses anges et par ses personnes célestes. C'est à des anges et non h des hommes mortels à parlera celte grande Vierge, et à lui parler dans un état si haut, dans une occupation si sainte, et sur un sujet si céleste.
Il s'agit du Fils de Dieu qui veut s'incarner au monde. Le ciel doit apprendre 5 la terre une si haute vérité et une si heureuse nouvelle. C'est trop de gloire à la terre, de l'écouler sans avoir l'autorité de l'annoncer. Et puis que ce mystère tout céleste, tout divin, s'accomplit en la terre et non au ciel; que le ciel au moins ailla grâce de l'annoncer à la terre, atin que la terre et le ciel honorent et soient honorés réciproquement dans U'S divers offices de ce mystère: le ciel en l'annonçant, et la terre en le recevant. Dieu |)artage ainsi les grandeurs entre ses créatures et Dieu procède ainsi en un mystère qui doit bénir le ciel et la terre, et dés lors les anges commencent à prendre |)art à Jésus, et commencent à le servir, non en ses ombres et en ses serviteurs comme auparavant, mais en lui-même et en sa propre personne. Et ce service ainsi rendu à Jésus est un des points le plus haut, le i)lus relevé, le {)lus délicieux en la dignité el félicité angélique.
Cet ange, envoyé pour celle commission grande et extraordinaire, se nomme Gabriel, ce dit saint Luc (et c'est la troisième circonstance remarquée en ce peu de paroles), c'est-à-dire s'a])pelle en notre langue, la Force de Dieu. Car il annonce le mystère où Dieu a mis sa force et sa puissance à sauver les hommes, à débeller les diables, et à établir sa grâce dans la terre, sa gloire dans le ciel et la terreur de son nom, dans les enfers. Il y a môme quelques grands et anciens docteurs, qui disent dans les Actes du concile d'Ephèse (23), que ce nom de Gabriel veut dire, Homo et Deus, comme si le nom de ce grand ange était le chiffre de son ambassade, et qu'il portât en celle dénominalion la marque perpétuellede sa plusgrande légation qu'il aura jamais. Cet ange est vraiment grand et heureux et en sa personne, et en ses offices. Il est un des anges assistants devant le trône de Dieu : Aslo ante Deum, ce dil-il de lui-même ailleurs. {Luc. i, 19.) Ce qui est un des plus grands olFices du paradis, comme l'office qu'illail maintenant en la terre, est le plus grand que la terre recevra jamais du ciel de la}iart de ses anges. Cet ange est un séraphin, et un des plus grands entre les séraphins.
Ce mvitère d'amour qui contieiil le plus
grand secret de l'amour de Dieu hors deluimême, méritait bien un ange d'amour pour l'annoncer, c'est-à-dire un ange séraphique, un des plus grands entre les séraphins. Et si j'ose proposer mes pensées en un point si secret, je dirais volontiers que cet ange est le plus grand absolument après saint Michel. Ces deux anges sont les premiers du paradis, et les plus dignement employés dans les fonctions angéliques : l'un à l'Eglise de Jésus, et l'autre à la mère de Jésus en partage, et celui-ci en celle qualité est maintenant l'ange annonçant et servant Jésus en la terre, ensuite de ce qu'il est l'ange lutélaire delà Vierge destinée à être Mère de Jésus. C'est ce même ange qui, par prévention à cet heureux emploi, prend soin dans les j)rophèles de la délivrance du jieuple de Dieu avec saint Alichel contre l'ange de Perse, parce que ce peuple est le peuple de Jésus. C'est cet ange qui relève en Daniel les septante semaines tant mémorables en l'Ecriture, parce que c'est le temps limité à l'avènement de Jésus. C'est cet ange qui parle à Zacharie, et lui prédit la naissance de saint Jean-Baptiste, parce qu'il est le précurseur de Jésus. Bref, c'est l'ange de Jésus et de Marie, employé de tout temps en ce qui regarde le Fils de Dieu et sa trèssainte Mère, et le sera plus encore ci-après. Grand et heureux partage entre les commissions angéliques.
11. Que devons-nous attendre d'un si grand ange en un si grand sujet, sinon des lumière, et des paroles toutes grandes et divines? Honorant donc cet ange et son office en la terre, écoutons-le volontiers. Il porte la meilleure nouvelle que le ciel et la terre puissent jamais ouïr. Il parle à une V'ierge, la plus digne de l'entendre, et la plus disposée à lui répondre divinement qui soit en l'univers. Ce pourparler est tout céleste et divin en toutes ses parties, et le narré en est le plus doux, le plus agréable et le plus salutaire qui soit au monde. C'est un devis secret et solitaire entre deux citoyens, l'un du ciel, et l'autre de la terre ; c'est un propos sacré entre un ange et une Vierge ; mais une Vierge plus céleste et divine que cet ange même, et le sujet est de la rendre féconde de Dieu, et origine du salut au monde. Il parle donc à celle grande et heureuse Vierge; il la salue comme pleine de grâce, comme ayant le Seigneur avec elle, comme bénie elitre les femmes. Et cet ange prononçant ces grandes paroles, parle comme un ange, et non pas comme l'homme parle à l'homme. Il ne profère pas s.implement le son de ses paroles; mais comme ange et esprit de gloire et de lumière, il répand sa lumière dans l'esprit de la Vierge, et l'élève à entendre les grandeurs cachées dans (es grandes paroles, La Vierge écoute, et reçoit ce qui lui est dit et imprimé de la jiart de l'ange, et ne lui répond |ias ; et l'ange s'arrête en ces pro[)Os. Car l'humilité <le la Vierge est surprise et étonnée de ces
(•2ô) Proclcs, pan. i Conr. Ephcs.
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Mi: DL JKSLS. — CHAI». \, DISI OSITION DE LA V»ERGK.
liiniiùrcs et paroles, et In priulonco ((îdpsto ili" celtL' flmo divine veut les (.onsidétcr ; ol la (omluiin de cet «nge est ^i doiico et rosiicclinMise envers la \ ierj^e, et il défère tant a sa priiilcriro et à son hiitnilittS (pie ipioi (ju'il soit, et qu'il parle de In part de Dieu, et (pi'il ait choses grandes, itnporlaiiles et j)ressées h dire cl h ajouter, Il croit devoir donner h < et esprit divin, le loisir d'v penser. Ainsi, tous deux sont en resijeci et on silence: l'ange occupé h révérer la N'ierge, et In Vierge à penser h ces paroles de l'ange. Puisfpie cet ange s\irréte , nrrfttons-nous aussi, et oarlons h la Vierge tandis (jue cet ange ne 1 occupe pas de ses paroles.