‹ Œuvres complètesChapitre 370 sur 540 · LETTRE CXXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXIV

VITRAIT DE DIVERSES LETTRES A t >J SUPÉRIEUR DE l'oratoire.

I. .4ri5 au regard de la charge. — II. Jésus- Christ hrnit tes supr'rietirs gui sntit faciles à demander avis. — III. Conduite au regard d'un encrgumrne dont la possession causait de grandes contentions. — I\ . Quand les moyens gue nous recherchons pour le service de Dieu nous sont impossibles, il nous faut confier en sa Providence. — \', Vi. Uecours à l'enfance de Jésus pour obtenir des sujets utiles. — \ II. Dévotion ùla divine fécondité du Père éternel et à celle de la \ irrge pour le suecès de la charge et pour demander de bons sujets. — \TII. Avis pour sa conduite au regard du dehors.

I. Je loue Dieu de votre santé. Conservezla, el remployez à sa gloire. OlFrez-la h Jésus el à sa très-sainte Mère comme un ins- Iruiueni que vous consacrez â leur iKJiiiieur et service. Modérez votre oraison. Prenez de l'exercice. Veillez sur votre charge. Apportez grande douceur el respect vers les âmes. Comiuandez rarement, reprenez peu, montrez beaucoup d'exemple, exhortez beaucoup, soyez (dus |tère que supérieur, ayez plus de retenue et de prudence que de zèle, pètiss'-'Z plutôt que de faire pâlir k< autres,

disposez suavement les âmes h ce qui leur est convenable avant de leur proposer. Voire jeunesse el inexpérience vous doit donner grande retenue et modération el vous avez plus h poiler le fardeau des aulies, (jue non pas h les dompter. Faites ["cu de chose de; voire sens. Demandez-nous avi»>, el nous essayerons de vous satisfaire enlièreinenl. J'ai grand désir (jue ce commencement d'emploi réussisse <i votre bien el au bien des unies, el que ce soit commencement de choses plus grandes. Soyez p. us humble «|Uo jamais en l'honneur de l'humililé de Jésus el de celle de Marie sa Irès-sainle Mère, qui croissait en celle vertu selon ^acclois^(;menl de ses giAces. Adorez Jésus en son état de chef el sujiérieur des hommes el des anges, el déi)endez de lui en voire exercice el ministère.

II. Je vous écris cemol en iiâlc, pour vous prier de recourir d'autant |>lus à Jésus-Christ Nolre-Seignenr et à sa très-sainte Mère, que vous reionnaissez en avoir besoin par les sujets que vous me mandez. Soyez humble el recueilli en vos [lensées. Soyez doux et modeste en votre conversation. Faites plus jiar exemple cpie par [)aroles el plus par itrières(}ue (tar répréhensions. Suftporlez en Iiatieiice les esfirils diinciles, car ils ne porteraient |)as correction de vous, et elle (lourrait protluire quelque mauvais elfet. 11 faut attendre l'opiiortuniié. Liez-vous beaucouj» à M. et lui déférez. 11 esl plus prudent qu'il ne paraît et il me semble que Noire-Seigneur esl avec lui. Prenez humblemenl son avis et croyez que le Fils de Dieu se plaît à nous voir rechercher sa luruière et sa volonté en autrui. Il ne dédaigna pas de demander conseil à saint Philippe de ce qu'il devait faire. {Joan. VI, 5 seq.) .Maintenez-vous en charité el en respect avec toutes les communautés et n'entreprenez rien qui puisse les mécontenter tant soit peu. Lespril de paix, d'humilité el de siiiiplicité est l'esprit de Jésus.

III. Je n'ai pu encore faire voir M. du Val sur l'atJaire dont vous écrivez par le P. de Condren à cause de son absence, mais en altenilant.j'ai cru devoir avertir el prier bien fort, de ne prendre aucune part avec les personne^ possédées, ni dans les discours de» malins es[)riis, car il y a beaucoup de choses frauduleuses el dillic.iles à discerner. Laissez ces avis et jugements aux personnes plus graves el autorisés. Que lesnùires n'en parlent point eu public el très-peu chez nous. Qu'on se contente d'aider cet œuvre par [irière^ et non par exorcisme, ni en donnant son avis sm- les rapports el conlenlioiis. l'ourdire (Quelque chose en général, on doit peu interroger et encore moins croire le diable.

IV. Le retour du P. N. est absolument nécessaire. Je me suis accommodé à vos désirs autant (|ue j'ai pu et fait un grand effort jiour vous le lais^er trois mois. Quand les choses sont impossibles il faut cs[)érer par d'autres voies, la divine Provi<lencc n'étant pas attachée aux moyens que nous connais*

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sons. Et il nous faut humilier et honorer Dieu dans cette voie de pauvreté et d'indigence, tandis qu'il lui plaît y détenir et exercer ses œuvres. Il en est le souverain, il les conduit comme il iui plaît, et il nous faut commettre à sa Oirection et providencequi sait bien tirer des forces de nos faiblesses quand bon lui semble.

V. En celte affliction que vous me mandez, recourez aux prières et particulièrement à Ja vie et })résence de Jésus-Christ en sa trèssainte Mère et aux saints anges occupés au service de Jésus et de la Vieige sur la terre. Traitez avec nos pères et confrères avec beaucouf) de respect, de patience et de charité. Prévenez leurs besoins spirituels et temporels. Considérez-les comme f)ersonnes appartenantes au service de Jé^us-Christ Psotre-Seigneur et de sa très-sainte Mère, et (lesquels vous devez avoir soin en cette qualité. Uendez-vous instrument utile de la bonté de Dieu en ce qu'il lui plaii'a se servir de vous envers les âmes, et à cet effet outre le soin de recourir beaucoup à la prière, gardez-vous de toute légèreté et inconsidération en votre extérieur, et honorez la modestie et conversation de Jésus- Christ sur la terre.

VI. Otfrez à Jésus-Christ Notre-Seigneur et à sa très-sainte Mère, votre séjour en la ville 011 vous êtes. Suppliez-les d'en tirer quelques elfets à leur gloire et lenr demandez humblement quelques esprits propres à les servir, en notre manière de vie et institution. Je vous prie à celte tin de dire quelques messes en l'honneur de la très-sainte enfance de Jésus et de la part que latrès-sainle Vierge y a, à ce que par la puissance et bénignité de cette enfance qui a tiré les anges du ciel,. les ()asteurs et les rois de la terre à sa crèche, elle daigne tirer à notre forme de vie quelques personnes propres à les servir parmi nous. Soyez humble et persévérant en cette [)rière.

VU. Veillez sur les âmes de votre maison. Soyez humble, doux et patient. Ne re[)renez jam;iisqu'a|)rès quelque recolleclion précédente pour dissi()er les effets delà nature en vous et en auirui, et pour attirer lagràce de Dieu et sa conduite sur votre correction. Priez et travaillez, car c'est la voie que Dieu tient pour ses œuvres en la terre. Adorez l'autorité et la fécondité divine en ses processions éternelles et en l'opération du mystère de l'Incarnation, et révérez la trèssainte Vieige en sa fécondité admirable qui la rend Mère de Dieu, et otfrez cela au Père éternel pour supplément de votre petitesse et inutilité, et pour obtenir grâce à la congrégation, en plusieurs sujets utiles à y honorer son Fils unique et sa très-sainte Mère. Appliquez quelques messes à ces intentions.

\ III. Je vous envoie l'attestation comme on la désire, il vaut mieux se mettre au hasard de faillir par obéissance, que de bien faire par son propre sens. Commettez cette alfaire a Jésus-Christ Notre-Seigneur et à sa trèssainte Mère et aux bons anges. Mandez-nous

CARDINAL DE BERL'LLE

par voie sûre qui sont ceux qui vous traversent sous mains, et par quelles voies. Honorez-les tous, déférez à tous, ne vous ingérez à rien, recevez simplement les commissions que le (irélat vous donne sans les rechercher. Puisqu'il vous a donné la conduite du couvent de N., ayez-en soin en l'honneur de la Vierge, mais soyez retenu à y aller, ou y envoyer et qu'on "^ y séjourne peu chaque fois. Mandez-nous comme vous vous y comportez. Nous sommes à mon avis, en quelque temps d'épreuve durant lequel de peu de faute le diable a pouvoir de faire grand usage, et il nous faut être retenus et veillants. Et encore en un commencement d'établissement et d'emploi, il y faut apporter beaucoup [dus de circonspection. Le tentateur a désiiéde nous cribler : Expetivit ut cribraret nos. [Luc. xxii, 33.) Il lui faut résister en humilité et en patience, et en recourant à Jé>us-Ciirist. Faites-lui quelques prières secrètes à ce qu'il lui [)lai3e dissiper ou retarder celle tempête que je vois, ce me semble, se |)réj>arer en divers lieux contre nous. Si on vous ôle cette charge, soyezfacile et prompt à la délaisser, ne vous a|)pliqunnl aux œuvres qu'autant qu'elles vous sont commandées et sans engagement. Nous avons tous un grand ouvrage à faire, qui est de travailler à nous-mêmes; et c'est à quoi nous nous devons rendre quand les autres sujets nous sont retirés. Il ne faut pas travailler pour travailler, mais travailler pour Dieu. Croissez en vertu intérieure et extérieure; spécialement en humilité, en douceur vers autrui, en retenue à commander, en exaction à donner exemple, en charité à [)révenir les besoins spirituels et temporels de tous. Donnez un peu de temps chaque jour à reconnaître et amender vos défauts en la charge, et rendez un hommage spécial au grand sujiérieur de tous, Jésus-Christ Notre-Seigneur, l'invoquant souvent, etc.

LETTRE ex XXV.

EXTRAIT DE DIVERSES LETTRES A QUELQUES SUPÉRIEURS DES MAISONS DE l'oRATOIRE.

1. // ne suffit pas de continuer dans la grâce et amour de Dieu, mais il y faut croître, et c'est un de nos privilèges. — II. // exhorte un bon Père de modérer son zèle, son oraison et ses pénitences, et lui enseigne à honorer Jésus-Christ par cette privation. — III. Il l'avertit (jue Dieu a suppléé à son mamjucment par sa bonté, ce qui marque que son conseil était grand, mais qu'il ne faut pas se persuader quil en use toujours ainsi. — IV. Il conseille de recourir à la Vierge, contre les travers des œuvres de son Fils.

I. Je supplie Jésus et sa très-sainte Mère de bénir vos labeurs, et vous donner les fruits de votre patience et persévérance, par un heureux établissement de la congrégation en votre ville. C'est une des premières villes où j'ai fait dessein après Paris, réservant à Dieu d'en faire naître les occasions,

LETTRES. — II. — AUX l'HKIUKS DK I/OIIATOIRE.

un

et il fl YOiilii 50 .servir do vous par col plTct. IJéiiiv>iC/-iMi J(''Mis, et en esprit d'Iiuinililt'', de p/iix t't lie iloiiccur, disposez-vous h lo servir dans les Ames de plus en plus. (]o n'fst pas assez de conlinuer, nmis il f.-iut fluginerjler ; el nous f.uNons lort h l,i ^r;1( c et fln)our de Dieu, do les priver de celle augnienlalion. ll'esi un des privilé;.;es de celle vie, el le i-lus grand <» mon avis, que d'y ôlre capaliio d(> recueillir celle gr.lce.

II. J';ii élé averti des excès do voire ciiarilé et me sens ol^ligé selon Dieu de vous prier de les modcVer. Il faut servir plus d'une année el plus (ju'en un lieu, el il faut honorer Dieu, non-seuleuienl par lionnes actions, mais encore par privation de lionneà actions. Pesez ce terme, s'il vous plail, et eti demandez liumhlement la suite et l'inlelligen(-c à Jt'sus et h Marie, en l'Iionneur des privations admirables el ineHahles, (pii se retrouvent en la vie, en renfaiice el en la soiiUVance deJùsus.

III. (Juant.'i cet autre point, il m'a semblé convenable de tous faire tirer prudence

f)Our une autre fois de cette expérience, 5 a<]uelle si Dieu n'eût [i.is pourvu par une assistance extraordinaire , vous eussiez aperçu une issue bien difrérenle (Je celle (jue vous avez, Dieu merci. Or sa providence ne porte pas, en toutes alfaires, celte grâce abondante et exlniordinaire. qui témoigne (jue son conseil est grand sur cet élablissemenl, et, comme je l'espère, pour choses grandes.

IV. J estimerais à propos, pour toutes ces traverses qui occupent notre congrégation, que l'on fit en chaque maison quelques prières extraordinaires un an durant, à la ti-ès-sainte Vierge. Car les œuvres de Dieu se doivent cl commencer et conserver, par l'esfirit d'humililé et d'oraison, et Dieu se plaît à êlre prié de ses serviteurs. Et c'est un des pouvoirs annexés à la souveraineté de la très-sainte Vierge, de dissiper les nuages qui s'op(»osenl aux desseins et aux œuvres de son Fils sur la terre.

LETTRE ex XXVI.

A UN PÈRE UE l'oratoire.

De la prêtrise et de la congrégation de l'Oratoire.

Mon Père, la grâce de Jésus pour jamais. Je me sens obligé de vous parler un peu amplement sur le sujet dont vous mécrivez, atin que, dans les occasions, vous en puissiez informer les personnes de considération, qui désireront en avoir connaissance. 11 faut donc savoir que l'Eglise est divisée en deux parties toutes deux saintes, si nous considérons son institution et son origine: l'une est le peuple, l'autre est le clergé; l'une reçoit la sainteté et l'autre l'influe. Et dans les lem[)S plus proches de sa naissance, de ces deux [larties sortaient les troupes des vierges, des confesseurs, des martyrs, qui bénissaient l'Eglise, reraplisidienl la terre, neuplaienl le ciel et réi)au-

daicnt en tout lieu l'odeur do la sainteté d« Jésus. Ce corps saint, animé d'un esprit sainl, [lolicé de lois s/nrites, se rrdfli liant el diiiiinuanl en sainteté par la corruplion dos siècles, a commencé son ndât henuMit par le peuple, comme par la partie la plus faible, et lors d'entre le fieuple, (pielques-uns se sont retirés [loiir conserver h eux-mêmes la sainteté prf>pre 5 tout le corps, et çoiit été les moines, lesquels, selon saint Denis, sont la |):irlie du [leuple la plus haute el plus parfaite, (|ui étaient régis par les (irètres en la primitive Kglisc, recevant d'eux la di^-ection el perfection de la sainteté, h laquelle il-, aspiraient par-dessus le comn;un.

Lors la sainteté résidait au clergé conrvne en son fort et abattait les idoles et les impiétés del.^ terre. Lors le clergé, nomf)osé des prélats et des piètres, ne respirait que choses saintes, ne traitait (pie de choses saintes, laissant les choses prDf.iiies aux profanes: lors le clergé [lorlait hautement gravées en soi-même l'autorité ue Dieu, la saiiiieiéde Dieu, la lumière de Dieu ; trois beaux fleurons de la couronne sacerdotale joints ensemble par le conseil de Dieu sur ses oints, sur ses piètres et sur son Eglise, telleii;ent que les premiers prêtres étaient, elles saints el les docteurs de l'Eglise; Dieu conservant en un même ordre autorité, sainteté et (ioctrine; et unissant ces trois perfections en l'ordre sacerdotal, en l'honneur et imilalion de la sainte Trinité, où nous adorons l'autorité du Père, la lumière du Fils, et la sainteté du Saint-Esprit divinement liés en unité d'essence,

Mais le lemjis qui corrompt toutes choses ayant mis le relâclie en la plus grande partie du clergé; et ces trois qualités, autorité, sainteté, doctrine, que l'esprit de Dieu avait jointes ensemble, étant divisées par l'esprit de l'homme et res[)rit du siècle, l'autorité est demeurée aux prélats, la sainteté aux religieux et la doctrine aux académies ; Dieu en ce divorce, conservant en diverses parties de son Eglise ce qu'il avait uni en l'éiat ecclésiastique. Voilà le conseil de Dieu et l'inslituiion de Jésus sou Fils, voilà l'excellence de notre état, voilà la [)uissance, la lumière et la sainteté de la condition sacerdotale. Mais hélas! nous en sommes déchus, et Ja lualignité du monde dans lequel nous vivons nous a dégradés de celle dignité. Elle est f)assée en main étrangère, et nous nous jiou vous justement servir de ces [laroles de [tiainles : Uiereditas nostra versa est ad alienos [Thren. v, 2j ; car combien qu'ils soient naturels dans la grâce et dans l'unité du corps de Jésus, ils sont étrangers au ministère, et Dieu, en son premier et principal conseil, ne les a pas choisis [)Our cela.

Ce sont les prélats el les prêtres qui y sont appelés ; ce sont eux que Jésus-Christ en l'Evangile nomme le set de la terre : c'est à eux qu'appartiennent ces trois qualités. Il donne aux pariiculiers la foi, resftérance et la charité, el il donne aux [)ersonnes publiques ces trois autres dons, sainteté, au-

ŒUVRES COMPLETES DU CARDhNAL DE RERULLE.

torité et doctrine. Et c'est le fonds de l'héritage de la tribu de Lévi, c'est-à-dire, du rlergé, apfieié de ce nom, qui signifie en grec héritage, pour montrer qu'ils n'ont point de possession en la terre, et que tout le bien que Jésus-Christ leur a laissé, est celte [lossession du ciel et cette [)arlicipation à lui-même; c'est-à-dire à sa sainteté, à sa lumière et à son autorité, comme adorant et recevant l'autorité du Père, la lumière du Fils, la sainteté du Saint-Ksprit. Mais coiunie nous avons sujet de pleurer la perte que nous avons faite par notre fauie , aussi avons-nous de quoi louer la bonté de Dieu, qui nous donne le moyen de rejoindre la sainteté et la doctrine, à l'autorité ecclésiastique, sans intérêts de ceux qui l'ont reçue et employée si saintement et utilement à notre défaut.

C'est le vouloir elle conseil de Dieu sur nous; c'est à quoi il nous appelle, c'est j)Our(]uoi nous sommes assemblés; pour reprendre notre héritage, pour rentrer en nos droits, pour jouir de notre succession légitime, [)Our avoir le Fils de Dieu en partage, pour avoir part à son es()rit, et en son esprit, ^ sa lumière, à sa sainteté et à son autorité, communiquée aux prélats par Jésus- Christ et par eux aux prêtres.

LETTRE ex XXVII.

K UN PRÊTRE DE l'oRATOIRE, AU TEMPS DE PAQLES.

// lui enseigne comme il faut solenniser la résurrection de Notre-Seigneur.

La vie nouvelle en laquelle le Fils de Dieu est entré par le mystère de sa Résurrection, doit être en ce tem[)S votre jiarticulitT objet, et vous en devez tirer une nouvelle vie ; vivant en lui et non en vos humeurs; vivant à lui et à sa gloiie, et non à vou:> et à votre^raour-propre, et pratiquant cet enseignement de saint Paul : Christus mortuus est, ut qui vivunt, jam non siOi vivant, sed eiqui pro ipsis mortuus est et resurrejcit. [Il Cor. v, 15.) Je vous souhaite celte vraie vie, et pour y avoir accès, adorez s'il vous plaît, en ces saints jours, la vie, de !a divine essence en elle-même, la vie du Père éternel engendrant son Fils, et lui communiquant son essence et sa vie |)ar celte éternelle génération; la vie du Fils unique de Dieu, communiquée à son humanité sacrée par son union personnelle, en l'honneur de la vie qu'il reçoit de sou Père; et la vie de gloire en laquelle il est établi pour jamais, par le mystère que l'Eglise honore en ces quarante jours d intervalle, depuis sa résurrection jusqu'à son Ascension, qui est la consommation de cette vie. Vivez en ces objets de vie et mourez à vous-même, à vos inclinations, à votre pro- |)re sens; car tout cela n'est pas d-igne d occuper votre esprit, qui est créé pour vivre en Dieu et avec Dieu pour jamais. Je supplie Noire-Seigneur Jésus et sa très-sainte Mère, de nous donner à tous part en celle vie.

LETTRE CXXXVIIL

A LN PRETRE DE t ORATOIRE, DUQUEL DIEU SÉTAIT BEAUCOUP SERVI POIR L'ÉTABLIS- SEMENT DE LA MAISON DE LA ROCHELLE.

Jl Cexhorle à y continuer ses soins, et ne point refuser de participer aux croix que les œuvres de Dieu doivent porter.

Je sais vos peines et vos labeurs et je vous honore toujours comme je dois; et si vous étiez pleinement informé de nos difficultés, vous seriez facile à nous excuser. Car nous sommes encore dans le temps de la visite de Dieu et des traverses que ses œuvres doivent |)orler, pour lui être agréables et pour durer en son Eglise; par sa grâce elles commencent à diminuer, mais elles ne sont pas encore passées. Puisqu'il a plu à Dieu vous donner si bonne part à la congrégation, vous ne devez pas trouver étrange, si vous avez part à la croix, et en votre personne et en votre province. Je ne puis m'ex[)liquer plus au long par lettre ; mais je supplie Jésus Noire-Seigneur joindre sa grâce à ce peu de paroles, et vous disposer à recueillir le fruit caché dans sa croix, et vous donner vigueur et conduite, pour suivre sans interruption cet avis donné en V Apocalypse (ii, 5) : Prima opéra fac. Je me sens obligé par le devoir de ma conscience, de vous sup|)lier très-humblement de vouloir considérer l'état des catholiques de la Rochelle et m'en informer; ce qui retarde noire rentrée, comme ils sont servis et assistés en attendant et qui on y peut employer. Nonobstant la perle que nous avons laite de plusieurs bons sujets depuis quatre mois, je me tiens tant obligé à celte alfaire, que quand je ne trouverais personne pour y aller servir et [làiir, je ftenserais devoir y aller moi-même. Je vous prie de vous souvenir que vous en êtes le bon ange, que Dieu s'est servi de vous, pour y rétablir l'exercice de la religion catholicjue; et que si le bon ange de Perse combattait même contre le bon ange de Judée, j)Our le service de la province qui lui avait été commise, à plus forte raison devez-vous combailre le mauvais ange de la Rochelle et y conserver le service de Dieu que vous y avez rétabli. Souvenez-vous, s'il vous pîaîl, qu'en des reproches que Dieu en sa parole fait aux anges pervers , c'est que Deseruerunt suum principatum. {Jud. 6 ) Cette vigne vous a été commise de Dieu et il vous a donné ce gouvernement, et je vous prie, pour l'amour de lui-même et de Jésus son Fils, de ne le j)oint abandonner.

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