A UN PRETRE DE LORATOIRE
Ce prêtre ayant été envoyé en une maison un peu éloignée de sa demeure ordinaire , fit aussitôt grande instance pour en être retiré.
J'ai différé un peu longtemps h vous répondre, ei, pour considérer davantage ce que vous me proposez, et pour vous donner j)lus de loisir de reconnaître par vousmême le peu d'apparence qu'il y a à votre retour, selon Dieu et même selon le monde. Je vous prie de prendre force en Jésus- Christ Noire-Seigneur et en sa très-sainte Mère, pour vaincre cette pensée. Le monde leur était un séjour bien plus dur et disproportionné à leur goût et inclination, que le lieu où vous êtes, ne vous peut être : et ils y ont demeuré si longtemps, et avec si grande tranquillité et [)atience, et leur durée n'y a pas été abrégée d'un seul moment. Je ferais grande conscience d'autoriser cette répugnance, et de lavons laisser suivre; et même je craindrais quelque rigueur et sévérité de Dieu sur vous en sa conduite et dans les ressorts de sa providence, si vous vous rendiez si faible et si peu fidèle. Dieu ne vous a pas donné pour principe de votre direction, vos seiUiments et vos répugnances. Ne vous accoutumez pas à cette faiblesse, mais à la force de l'abnégation de vous-mêuie, et de la croix du Fils de Dieu , en laquelle réside et repose sa. vertu. Por-
tez votre croix, et qu'elle ne vous emporte })as, et vous résolvez de demeurer tout au moins une année, travaillant charitablement en ce |)ays-là, avec aussi peu de pensée de votre retour, que si vous y (ieviez être enseveli. 11 y avait anciennement un engagement des prêtres à l'Eglise, et ils ne s en pouvaient séparer; et des prétextes comme ceux que vous alléguez n'eussent été ni proposés ni considérés. Imitez cet usage ancien, et l'obéissance des prêtres de ce lemps- Jà. Renoncez à vous-même, et n'ayez nul égard à vos contradictions, qui sont sans fondement. Domj)tez-vous vous-même par la puissance de la croix de Jésus, et vous remémorez les paroles sacrées qu'il a daigné consigner dans les Ecritures pour notre instruction. Qui vult venire post me, abneget semetipsum, et tollat crucrm suam quotidie, et seguatur me. (Luc. ix, 23.) Notez cette parole, quotidie ; et si votre répugnance continue, que ce soit votre croix quotidienne, que vous devez porter chaque jour, et non pas la suivre; mais bien suivre Jésus attaché en croix jusqu'à la mort pour notre amour. Vous avez un grand exemple devant vos yeux, en la personne du Père N. votre supérieur, étranger comme vous, pâtissant plus que vous ; et ajirès tant de peines et de labeurs, s'appliquant aussi entièrement, comme si jamais il n'avait vu autre pays, et nen voulût jamais d'autre. Sous ua si bon Père , et à la vue d'un tel exemple, ne regardez pas derrière vous, ne vacillez plus en votre emploi , mais humiliez-vous devant Dieu et devant lui , d'avoir sitôt ouvert votre esprit à ces pensées. Qu'il soit clos désormais à toutes celles qui ne viennent point de Jésus ou de l'obéissance : et qu'il soit fort à repousser celles qui procèdent d'ailleurs. Je supplie Noire-Seigneur Jésus et sa très-sainte Mère vous en faire ia grâce.