‹ Œuvres complètesChapitre 387 sur 540 · LETTRE CLIX · texte numérisé non relu

LETTRE CLIX

A UN PÈRE DE LOUATOIRE, ENVOVÉ POUR LÉ- TABLISSEMENT DE LA MAISON DE N.

// désire qui' prenne avis de la Mère prieure des Carmélites. Il remarque la liaison de cet ordre à l'Oratoire. Il pèse qu'il y a des âmes dans les voies intérieures qui rendent plus d'honneur à Dieu quune province entière ^ et que sainte Madeleine lui en rendait autant que tout un monde.

Mon Père, la grûce de Jésus-Christ Notre- Seigneur soiiavec vous pour jamais. Je viens d'apprendre votre arrivée à N., qui m'oblige à vous donner quelquespetits avis selon Dieu sur votre conduite en cette ville et en cette affaire. Je vous prie d'écouter patiemment et suivre humblement les pensées de la Mère prieure des Carmélites, autant que la firudence le vous permettra. Cette affaire lui doit beaucoup, et je pense que Dieu \'a choisie, et pour la commencer et pour la terminer. Il faut s'abaisser dans les esprits et honorer la grâce de Dieu cachée en eux, encore que nous trouvions beaucoufj de choses à désirer en la nature ; et çmi cela je vous prie d'honorer la conversation du Fils de Dieu avec ses apôtres, et son abaissement à demander avis en ses œuvres à saint l'hilippe, qui n'était pas le plus éminent entre ses disciples. Montrez grande charité envers les Carmélites. Prêchez-les volontiers. Comme Dieu leur donne, ce me semble, estime, charité et liaison envers l'état de la congrégation, nous devons faire lo même envers elles, et coopérer en cela à la grâce de Dieu, qui veut mettre à mon avis, quelque bénédiction réciproque entre elles et nous. J'espère bien aisément pourvoir aux inconvénients que vous pouvez craindre, ruais en son temps; et pour maintenant, il faut non craindre, mais ojiérer et coopérer au vouloir secret de Dieu. Vous voyez les difRcul.tés, et je les vois et prévois ; mais vous ne voyez i)as les grâces, et je pense devoir et [)Ouvoir dire avec vérité qu'il y a des âmes cachées dedans les voies intérieures, qui rendent plus d'honneur à Dieu que peut-être une ville, peut-être une province. Or il est bon de se servir quelquefois de cette pensée, pour diminuer la satisfaction que la nature peut prendre dans les actions publiques et dans le fruit apparent d'icelle. Je n'ai pas peine à penser devant Dieu, que sainte Madeleine lui rendait plus de gloire que peut-être un monde.

Kévérez-la, priez-la, et je la suiîplie de prendre puissance sur vous, et vous donner entrée dans les voies intérieures, sur lesquelles elle a une si grande uuissance.

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