‹ Œuvres complètesChapitre 393 sur 540 · LETTRE CLXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXVII

EXTRAIT I)E DIVERSES LETTRES

I II salis fail à V objection d'un bon religieux, le/uri, à cause (jur dans tes dévotions de rÙratuJre, on parle aucunes fois de l'humanité sacrée de Jésus , in ahstracto, comme dit l'école, s'était persuadé qu'on adorait d'une adoration suprême l'humanité séparée du Verbe. — IL La congrégation de l'Oratoire fait profession de n'avoir autre fondateur que Jésus, auteur de la prêtrise. — III. Les grands doivent appréhender la rigueur des jugements de Dieu. — IV, Dans les œuvres de Dieu, nous avons plus de sujet de nous plaindre de nousviémes que des accidents qui g surviennent.

I. Je vous prie de voir en particulier ce bon religieux de Saint-Dominique, l'éclaircir et l'assurer que nous considérons l'humanité sacrée du Verbe comme elle est, et non comme elle n'est [)as; c'est-à-dire que nous la considérons comme intimement et perpétueUement conjointe à la personne du Verbe, comme elle est en vérité ; et non comme séparée, ce qui n'est point et ne sera jamais, et ce qu'étant, elle ne serait plus l'humanité du Veibe ; que l'existence et nonseulement la subsistence divine lui est attribuée enl'écolede saintThomas, laquelle nous suivons en cela et en la matière de la grâce et en tout le reste, le plus que nous pouvons. Or, })résujip()sé que cette humanité sainte est existante par l'existence du Verbe, il est évident que si elle était séparée du Verbe, elle périrait au môme moment ; ce (|ue le Docteur angéli(iue [Summa contra gentes) enseigne (|uel(}ue [)art, ce me semblée ; et que qui la considère séparée du >'erbe la considère dénuée d'existence.

II. En cette. petite congrégation, nous désirons n'avoir et reconnaître que Jésus pour fondateur, car il est l'auteur de la prètri>e et le chef des prêtres ; et ce afin de nous attacher à l'esprit de Jésus, comme les communautés s'attachent à l'esprit de leur fondateur. Eu cela nous désirons rendre un honneur particulier à Jéïus et à sa qualité de

jirètro, comme les communautés renoeni à leur» l'ondalcurs. Nous y honorons et faisons la fête de saint lMiili[»pede Nerio, comme l'un de ceux d(jnl il a plu h Dieu se semr entre k"» prêtres de ce siècle, pour renouveler l'étal et la grAce de la |>rêlrise, et connue émineul en celle profession ; et pour la môme raison, nous fdisoiis l'ollice de saint Charles Borromée.

III. Dieu est sévère en ses jugements, sait bien abréger nos jours en sa rigueur, pour avancerson jugement sur nous, et nous faire jiorter l'idée de celte |)arole elfroyable : Memor esta unde excideris, et prima opéra f'ic ; sin autem, venio tihi, et movebo candelabrum tuum de loco suo. [Apoc. ii, 5.) Parole qui nous doit tous faire trembler, si nous ne servons à sa gloire, et n'employons ses dons selon ses volontés. Le pouvoir que vous avez est de Dieu. Vous êtes son ministre en la terre en celle grande province; prenez garde de ne pas faire servir son autorité qu'il a mise en vos mains, à troubler son Eglise, cl à maintenir l'esjtritde division, etc.

IV. Je considère bien vos peines, et j'en ai compassion. Mais il me semble que vous devez encore avoir patience, et que celui qui vous l'a donnée jus(ju'è présent vous ferait re[iroche si vous la perdiez, lorsqu'il est i)roche par sa grâce d'a[i[)orler remède à l'atrairc. Dans les O'uvres de Dieu, nous avons beaucoui) plus à nous {)laindre de nous-mêmes que d'aucun autre accident qui y arrive; et nous verrons au jour de son jugement que c'est nous qui avons manqué à la grâce, et non pas la grâce à nous ; et que les mêiues choses qui nous auront été pénibles auront servi de sujet et de moyen à sanctifier beaucoup d'âmes. Je prie Dieu me faire bien connaître cette vérité, et à tous ceux qui ont part en son œuvre en la congrégation, laquelle j'olfre de nouveau à Jésus-Christ Noire-Seigneur et à sa très-sainte Mère, afin qu'il leur plaise étendre sur icelle leur grâce et bénédiction.

LETTRE CLXVIIL

EXTRAIT DE DIVERSES LETTRES

I. // envoie] un prêtre de l'Oratoire à un établissement en une maison de la Vierge, et lui parle sur ce sujet. — IL // envoie un supérieur à une ma>.son de l'Oratoire, et parle de ce qui est dû à l'esprit et à l'autorité de Jésus en ceux qui sont en charge — m. // donne quelques avis à un ecclésiastique pour se bien acquitter des devoirs de curé, et marque en particulier que le prêtre doit être l'image de Jésus-Christ en la terre, comme Jésus-Christ est l'image de son Père au ciel.

I. Je me sens obligé d'accomftlir une pensée que j'ai sur vous il y a longtemps, et vousenvover avec le Père N. pour servir à l'établissement de la congrégation de Notre-Dame de N. C'est la très -sainte Vierge qui vous appelle el non pas moi ; je vous prie de la suivre et de vous disposer à la servir selon notre devoir. Ce vous est UQ

bonheur qu'elle daigne se servir (Je vous, et vous désirer en un si saint lieu, pour lui rendre hommage. J'ai prié ce bon Père de vous mener avec lui, et prendre tout le soin de l'aflaire ; et je me promets de votre humilité et obéissance que vous aurez agréable cette mission, en l'honneur de l'obéissance du Fils de Dieu envoyé au monde par le Père éternel, en l'honneur de la très-sainte Vierge à laquelle ce saint lieu appartient , et encore en l'honneur de l'ange de la congrégation, qui vous accomitagnera en ce voyage

II. Je loue Dieu de la charité que vous Bvez exercée en la maison, depuis le parlement de voire supérieur, et je vous supplie de la continuer sous celui que nous envoyons en sa place, et d'avertir nos Pères et" nos Frères de lui rendre l'obéissance et révérence que Jésus -Christ Notre - Seigneur veut qu'on rende à ceux auxquels il daigne communiquer son esprit et son autorité en la terre. Ce nous est une bénédiction trèsgrande que le Fils unique de Dieu daigne établir cet esprit en la terre, en la personne des supérieurs, pour nous régir et conduire lui-raênie ; mais aussi ce nous est à tous une obligation très-grande de révérer cet esprit du Fils de Dieu présent en autrui, et d'y soumettre le nôtre.

III. J"ap[irouve votre pensée de ne pas quitter voire cure, mais d'en commettre, pour quelque temps, les actions moins importantes, à quelqu'un (jue vous considérerez, vous réservant d'accomplir vous-môme les actions principales, atin de satisfaire, par ce moyen, et à votre charge et à vous-même, et d'avoir du tem|is pour donner à Dieu et à .a réformation de votre âme, et vous rendre par après plus solidement utile au salut des âmes. Vous devez être un instrument conjoint au Fils de Dieu en la terre; votre condition de prêtre et de [)asteur vous oblige à cet état. Pour y entrer, il faut beaucoup traiter avec lui en l'oraison; nous conformer à lui par les vertus intérieures et extérieures, et faire en sorte que nous soyons une image vive de Jésus en la terre, com.me il est une image vive de son Père au ciel. C'est le propre du Fils éternel d'être l'image de son Père; et vous savez, par les maximes de la théologie dont vous avez fait profession, que (/est une des choses qui lui sont appropriées. Ce doit être aussi une des conditions propres des prêtres d'être l'image du Fils de Dieu en la terre. A cet effet, je vous exhorte h penser beaucoup à lui et à sa vie intérieure et extérieure sur la terre. Adorez-le, aimez-le, et le j-riez de vous transformer en .ui, et vous adressez à sa très-sainte Mère, à ce qu'elle vous obtienne de lui cette grâce et miséricorde.

LETTRE CLXIX.

EXTRAIT DE DIVERSES LETTRES

I. Cfioisir un mystère du Fils de Dieu pour I année, et pareillement un des mystères de la Tierge. — II. De l'usage que nous devons faire de nos peines, et du soin de nous

lier à Jésus et à sa très-sainte Mère, pour notis délier de nous-mêmes. — III. Incertitude de l'heure de la mort et de l'obligation d'en birn user. — IV' . // écrit avec une grande charité à un prêtre de l'OraloirCy auquel la congrégation était beaucoup redevable, et lui offre la conduite de la maison de Notre-Dame des Ardilières.

I. Choisissez quelqu'un des mystères du Fils de Dieu, en la garde et honneur duquel vous passiez cette année; car sa vie doit être notre vie, et la garde de notre âme dans les périls de la vie. Nous devons observer la même dévotion au regard de la très-sainte Vierge, en l'honneur de laquelle et de sa divine maternité, je vous exhorte de dire quelques messes et choisir un de ses étatj et mysières pour y rendre hommage spécial cette année, et vous commettre en la garde et protection qui est donnée à ceux qui les honorent comme il appartient. Je supplie le Fils et la Mère de vous donner part aux fruits qui se recueillent de ces dévotions particulières.

II. Je désire vous faire réponse sur ces choses intérieures dont vous m'avez écrit, et en attendant que je le puisse, je vous prie suivre Dieu, et ne pas être facile à recevoir les peines et difficultés qui vous viennent; elles sont de la nature et habitudes précédentes, et non pas de la conduite de Dieu sur vous, ni aussi de votre volonté. Supportez-les, et ne vous en inquiétez pas, et ne les consultez pas, mais suivez Dieu parmi cela et [)ar-dessus cela. Il fera sa volonté en vous quand il lui plaira. Adorez la vie et communication parfaite de la divinité en l'humanité de Jésus, et de l'humanité en la divinité. Que votre vie soit liée à celle-là, et que votre conduite en dépende. Je vous prie vous lier à la très-sainte Vierge, en l'honneur de ses liaisons à Jésus, et par ce moyen vous délier de vous-même, de vos peines, de vos craintes, et vous lier en échange à Jésus et à Marie et à leur conduite et conseil sur vous. Oh! quelle viel oh! quel échange!

III. Nos jours s'écoulent sur la terre, et nous ne savons pas combien Dieu nous en garde de reste. C'est un secret que Dieu cache à ses plus intimes amis : à plus forte raison devons-nous ne pas prétendre d'entrer en ce secret. Il nous faut demeurer en cette humble ignorance et nous en servir comme d'un puissant aiguillon, pour employer le reste de nos jours dans les œuvres de Dieu et ses desseins sur nous : Donec veniat immutatio nostra. (Job xiv, 14.)

IV. Un des soins que j'ai eus à mon retour d'Angleterre, a été de m'informer de votre disposition, et ayant su que vous avies quelque inclination de passer cet hiver ailleurs qu'au lieu où. vous êtes, j'ai pensé vous devoir offrir, en général, telle maison qu'il vous plaira. Je vous otfre, en particulier, celle des Ardilières. C'est uije maison dédiée à la Vierge, et il me semble que ce vous sera bénédiction de servir, en la régissant; celle à qui elle Appartient. Nous avons-

<:.05 LF-TTHES. — II. — AUX

mus hrfliK otip h profiler en servanl h c.oWc qui n si .ligncinent servi h Dieu en (|u.ililé <Ie Mcre, el vous ne savez (ins ce (juc Dieu vouv [in^|ntc el réserve en ce liou-l.*i. No soyvi pas facile h vous en ex( user. J;ii cru vt)us le (levrtir offrir ((miiiiic un lieu nue j'cstirne heaucotip et (|ue j" choisirais pXnr moimôrne si jen avais la iiheiU-; je vous l'ollYe pour tout le teiii|is (pi'il vous plaira, et non l'Oiir vous assujetti 1- à autre chose qw'n ce h quoi la loi de la charité et la piélé, vers la Mèro de Dieu, nous assujellil lous.

LFTTHK CLXX.

EXTRAIT DE DIVERSES LETTRES

î. A.(j vie de la divine e.<isencf', en ses trois personnes, cl le recours (faon y doit avoir. — 11. L'homme est oOli(/é de ne se point écouler, cl de ne se convertir, ni à soimême nia la terre, mais à Dieu seul. — III. Le tem])s est un captif i/ue Jésus a racheté pour nous, et nous sommes obliijés de le bien employer. — l\. Le Fils de Dieu est non-seulement le principe de tout bien, mais aussi le supplément de tous les défauts de ses créatures.

I. Plus il plaît h Jésus-Christ se servir do vous, plus il désire (pio vous vous donniez h lui par les voies intérieures. Pour vous v avancer et eonforler, lionorez la vie intt'-rieure de Jésus et de Marie et la vie de la divine essence en ses trois personnes, vie divine, vie cachée, et cachée môme en nous; vie profonde, et si profonde que nul esprit créé n'y peut aborder; vie admirable, vie adorable, vie qui est seule la vraie vie, et sans la<|uelle il n'y a point de vie et de félicité. Dieu est en nous, et cette vie de Dieu est en nous, el est la source de la vie de nature el Js grâce (jue nous avons; et nous y pensons s: peu, nous y recourons et adhérons si peu, nous en sommes si peu occupés ! DemantJez la grâce de participer à cette vie, et par vos prières el sacrifices, obtenez-nousen aussi quelque jiarticipalion.

II. je suis toujours envers votre âme, tel que vous m'avez vu, désireux de votre perfection el de votre persévérance en votre vocation, et de vous y aider en tout ce qui rae sera possible. N'écoulez pas ce qui vous en divertit, el ne vous convertissez pas à la terre ni h vous-même, mais à Jésus qui est noire tout, auquel nous pouvons tout, et sans lequel nous ne sommes rien, et en danger d'être pis que rien. Soyez tout à Jésus el h sa Irès-sainle .Mèr\

III. Jj vous supplie de prendre garde qu'en votre maison le temps soit bien réglé el employé, et que, hors les heures de conversation commune et ordinaire, le reste soit occuiiéou en retraite, étude, prières ou charité : Redimentes tempus. [Eplies. y, 18.) Le temps e^t un ca[ilif que le Fils de Dieu a racheté pour nous, et [lour nous faire acquérir en icelui rien moins que Dieu même. Les ])rôlres y sont plus obligés encore que les autres, car ils se doivent employer pour

PRETRES W: L'OR.^TOiltr.. 1506

l'acquisilion de l'élcmité, non-seulcmenl pour eux, mais aussi [lour autrui.

IN'. J'ai reçu consfjl.iiion en la lecture fie volrr lettre, voyant le s(un que Dieu vous donne de la malsf)n et la conuuile rjiie vous y observez. Plus vous reconnaissez voire impuissance, plus Dieu s'en servira : Qui vocal ea f/un' non sunt, tan/uam ea f/urr sunt. [Hom. IV, 17. j Persévérez on (elle humble pensée de vous-même, et olfrez une fois le jour les nécessités do la maison à Jé.MJs el à Marie, à ce qu'ils y daignent pourvoir et suppléer vos défauls. Adorez le Fils de Dieu non-seulement comme principe de tout bien, mais encore comme sujiplémeiil devant Dieu son Père, de lous les défauls de ses créatures. Unissez-vous à lui en celle qualité, el le [)riez, selon son commandement, qu'étant le maître de l'héritage, Mitlat operarios in messcm suam. {Mallh. ix, 38.)

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