‹ Œuvres complètesChapitre 397 sur 540 · LETTRE CLXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXIV

EXTRAIT DE DIVERSES LETTRES

I. Parler de Dieu et de sa part est chose grande. — II. Sa retenue à presser les siens, même en la disposition de leurs biens temporels , quoique pour des fins spirituelles. Avis sur la pauvreté de la maison. Avis sur quelque pensée de fondation en l'Eglise. — 111. Notre vie en la terre doit être laborieuse. Il exhorte un supérieur à débonnaireté en sa conduite. — IV. // exhorte un supérieur à conserver unité d'esprit avec tous. — V. Sa retenue à user du pouvoir que les siens mêmes lui donnaient sur eux. Il le loue d'avoir quitté ses parents et soi-même pour l'amour de Notre-Seigneur.

I. C'est chose grande que de parler de Dieu, et de parler de la part de Dieu en la terre. Et parce que c'est chose grande, et plus grande que le commun ne pense, j'es-

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ObL'VRES COMPLETES DL CARDINAL DE BERULLE.

tirae qu'il doit êlre'beaucou[) considéré. Je recommanderai à Notre-Seigneur les pensées que vous en avez, et aussi à sa trèssainte Mère, avant de vous y répondre; ne désirant en ce sujet vous rien mander selon mes pensées particulières. Je vous prie tous de su[)porter en patience voire solitude et peu d'emjiloi en l'honneur de l'humble enfance de Jésus et de son inutilité apparente sur la terre. L'état des alfaires publiques m'oblige de vous demander (juelques prières extraordinaires à ce qu'il plaise à Dieu ajiaiser son courroux.

II. Je ne désirais pas vous profioser mon avis, si vous ne m'en eussiez écrit; désirant laisser à Dieu de vous incliner sur ce sujet, à ce qui serait de sa sainte volonté, et suivre plutôt vos pensées que les mi?nnes en l'oblation que vous désirez lui faire de ce qui lui a[)parlient, et qu'il a mis entre vos mains. Au lieu de vous attrister et rechercher la solitude, honorez la pauvreté de Jésus et de Marie en Egypte, et recourez humblement à eux, afin que leur pauvreté bénisse la vôtre et y pourvoie. Recourez spécialement à la Mère de Dieu dans les nécessités de la maison. Elle est à son Fils, et nous lui avons donné toutes les maisons que Dieu nous donnera. Comme Mère de Jésus, elle aura soin de tout ce qui ap[)artient à Jésus. Ayez plus de re[)Os en celte pensée que de peine en l'état |)rése'!t. OftVez la pensée de fonder cet usage de jiiété, dont vous me [)arlez en la vôtre, en l'honneur des pensées de Jésus en la croix sur le salut des âmes, et aussi en l'honneur des pensées que sa très-sainte Mère a eues en la leire pour les péitheurs dont elle est le refuge et l'avocate envers son Fils.

IJI. Cette vie e^l le ternies de travail, et de travail en la charité , et l'autre est destinée au re|)OS et à la jouissance. Honorez les labeurs de Jésus et de Marie en leur vie sur ia terre, et leur charité, et leur offrez vos fatigues et vos sollicitudes. Plus vous rendrez votie esprit débonnaire, ouvert tt prévenant les besoins, j.lus la grâce de Dieu sera jointe avec vous pour le bien des âmes qui sont sous votre charge. iNe mesurez pas 1. s forces d'un chacun aux vôtres, ni voire zèle au leur; mais essayez d'entrer en leur esprit et disposition pour vous y f)roportionner. Oifrcz vos pensées à Jésus et à Marie sa très-sainte Mère avant de les suivre, et invoquez le bon ange de la congrégation et ceux des Pères et Frères qui sont avec vous.

IV. Je loue Dieu du zèle qu'il lui plaît vous donner au bien de la maison, que Dieu bénira temporellement, selon le soin que nous aurons de le servir et honorer {)arfaitement. Ne suivez pas, s'il vous plaît, la promptitude de vos pensées; mais abaissezles et les anéantissez au pied de la croix du Fils de Dieu avant de les suivre. Conservez l'unité d'esprit avec tous, en l'honneur de •'unité de la divine essence aux trois {)ersonnes, et de l'unité de la personne du Verbe, en la pluralité des deux natures divine et

humaine; et honorez les paroles et les désirs du Fils de Dieu, rapportés en saint Jean (xvn, 21), oii il demande à son Père union et unité d'esprit [)0ur ses disciples ht omnes unum sint. Ohl que souvent nous faisons tort à ces désirs et prières du Fils de Dieu par trop d'adhérence et fermeté en notre propre sens! Oh! que pourpeu de chose nous contrislons le Fils de Dieu et l'intéressons, le frustrant de l'effet de ses désirs et de cette prière qu'il a présentée à son Père au jour de ses souffrances I Je vous prie demander cette grâce d'union d'esprit pour notre congrégation, en l'honneur de ce divin vouloir de Jésus.

V. Je suis, à la vérité, fort retenu à user du pouvoir que les âmes me donnent sur elles, et cela joint à quelque compassion de votre tendresse sur l'état de madamoiselle votre mère, m'a peut-être faitexcéder; mais je suis très-aise que vous soyez résolu à demeurer en la maison où vous êtes. Bénis soient Jésus et sa très-sainte Mère qui ont daigné vous arrêter ainsi pour y continuer votre soin et charité. Je les supplie de suppléer à votre absence auprès d'elle, que vous délaissez j)Our l'amour d'eux, et non par faute de respect et d'inclination filiale envers elle. Louez Dieu qui vous a donné ce sujet de pratiquer ce sien conseil, de laisser [)ère et mère, et encore vous-même pour son amour; et priez Jésus et sa très-sainte Mère qu'ils nous donnent à tous nouvelle vie et nouvelle participation avec eux.

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