‹ Œuvres complètesChapitre 5 sur 540 · DEDICACE A LA REINE REGENTE · texte numérisé non relu

DEDICACE A LA REINE REGENTE

PAR FRANÇOIS BOLRGOING Ê'iitcur (les OEuvrcs du conJinol.

Madamt,

Je ne puis douter que cet ouvrar/e que je présente à Votre Majesté ne lui soit agréable^

uisqu elle a estiriié l auteur pendant sa vie, et l'a toujours honoré des témoignages de sa

ienrcillance.Les principales parties qui le composent, Tune des discours de Vélat et des grandeurs de Jésus, digne de l'admiration des anges, Vautre de la vie de Jésus, qui est notre vie éternelle, avaient été données au public sous le nom auguste du feu roi, de glorieuse mémoire. Maintenant qu'il parait un œuvre nouveau, avec plusieurs pièces choisies qui n'avaient point encore été vues , il ne peut être plus justement offert à personne qu'à Voire Majesté et il n'en doit espérer qu'un bien favorable accueil.

Permettez donc. Madame, qu'il vous demande place en votre cabinet, pur le mérite de son auteur, par la dignité et la grandeur des sujets dont il traite, et par votre bonté et piété singulière.

L'auteur a eu trois qualités qui lui donneront cet accès : il a été prêtre et instituteur d'une congrégation de prêtres en votre royaume, il a été prêtre cardinal en l'Eglise, il a été un des premiers ministres en votre Etat. Et comme l'Apôtre nous exhorte à vivre en ce monde, sobrement, justement et pieusement {Til. ii.), en quoi consistent nos devoirs envers Dieu, le prochain et nous-mêmes : il s'est conduit si purement pour son regard, qu'il a été éloigné de tout intérêt ; si droitement envers le public, qu'il n'a jamais procuré que le service du roi, la paix de la France et l'honneur de l'Eglise, et si saintement envers Dieu, que dans les plus grands emplois, il a toujours agi en sa présence et en la plénitude de son esprit. C'était tin ange en la terre, semblable aux anges du ciel qui, veillant à notre salut, regardent toujours la face de Dieu comme un miroir qui leur manifeste ses saintes volontés. Car c'est d'où il a puisé ses hautes lumières, et la vigueur et la force qui ont paru en tous ses conseils et en toutes ses actions.

Notre congrégation l'ayant regardé en sa vie et regretté en sa mort, comme son père et fondateur , l'Eglise comme une de ses lumières, et l'Etat coinme une de ses colonnes , tout ce qui vient de lui appartient de droit, en ces trois qualités, à Votre Majesté par votre autorité sur l'Etat, par votre piété envers l'Eglise, et par votre protection sur notre congrégation. Et comme elle est née non-seulement sous le règne, mais avec le règne du feu roi , et quelle a commencé d'être lorsqu'il a commencé de régner, ses soumissions et ses obéissances vous étant rendues, ne seront point partagées, puisque toutes choses vous étaient communes avec lui.

Mais quand Votre Majesté lassée du soin continuel des affaires, se retirera en son cabinet pour ■^'offrir à Dieu, afin qu'il parie à son cœur en la solitude, et qu elle ouvrira ce livre, pour y trouver des motifs de piété et des entretiens de sa dévotion ; elle y verra les excellences de la religion hautement expliquées, les grandeurs du mystère caché en Dieu avant les siècles qui est l'incarnation de son Verbe, dignement publiées; les vérités les plus profondes du christianisme, clairement exposées, et les plus saintes pratiques et élévations de piété fortement étal/lies. De sorte qu'on peut appeler cet œuvre : La loi exiili(}u<jc ou La lliéologio des grandeurs de Jésus lihrisl et des vérités chré'iiennes.

Ce que les philosophes disent, que la connaissance des causes procède de l'admiration des

OUlvres r.oviri. de oe Bnniii.E. 3

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effets, et que radmiralion est fille de l'ignorance, ne se trouvera pas ici véritable ; (Vantant (jue plus Votre Majesté entendra ces mystères, plus elle les admirera, et que le respect et la dévotion vers ces choses diviiies lui en donneront une haute estime accompagnée d'une sainte vénération. Car f ose lui dire qu il n'y a presque parole qui ne contienne sa vérité, ni vérité nui ne porte sa lumière, ni lumière qui ne jette son rayon et sa flamme , ni flamme qui n'allume dans les cœurs iin feu du Saitil-Esprit, qui est'tout lumière et amour.

Mais, Madame, comme nous ne pouvons entrer en ces hautes vérités que par celui qui est la vérité même, ni nous élever à ces lumières de Dieu que par sa même lumière, et que le Saint- Esprit se fait connaître et aimer par soi-même ; aussi 7ious avons besoin de la grâce po r mériter sa gréice et pour en user dignement. Notre propre indigence nous en fait voir la nécessité, et l'obligation que nousavonsde recourir à lui. La bonté de Dieu s' est montrée libérale envers Votre Majesté et les faveurs du ciel se sont répandues abondatnment sur elle. Vous les devez considérer comme les ayant toutes reçues de sa main, vous disposer à un saint et fidèle usage, vous regarder vous-même comme iinvase choisi que Dieu veut remplir de ses grâces, et comme l'organe duquel il se sert pour les communiquer, mais non pas comme la source, ni la cause qui les produit. Et afin d'obtenir celles qui lui sont nécessaires pour le gouvernement d'an si grand et si puissayit Etat, Votre Majestédoit sérieusement reconnaître celles quelle a reçues, se retournant de tout soii cœur vers son souverain bienfaiteur, et désirant de vivre et de régner par la seule dépendance de sa miséricorde.

étaient opposés, sur lesquels l'Eglise avait prononcé ses oracles; mais cela était terminé en sa 2)ersonnc,si Dieun'cîil renouvelé ses jncrvcilles et fait paraître uneffet de sabonté et desapuissance en lanaissance du roi votre fils, qui est un enfant du ciel plutôt q\u de la t rre, et un fruit de la grâce surpassant les lois de la nature. Tellement que lu naissance de nos rois n'est qu'une continualion de miracles qui les appellent à choses grandes et miraculeuses.

Ces faveurs sont grandes, sont fréquentes et extra rdinaires, et vous obligent. Madame, à des reconnaissances égales et 7ion communes, et à de continuelles actions de grâces.

Il semble que le Fils de Dieu, qui a voulu venir au monde roi et enfant, se plaise aussi à joindre la royauté à l'enfance, et l'autorité souveraine à l'innocence. David, en sa première adolescence, fut sacré roi de la Judée par Samuel; Salomon était encore fort jeune lorsqu'il fut couronné; Joas commença de régner à l'âge de sept ans; Josias à huit ; et ce sont là ies rois d'Israël qui ont fait les choses les plus agréables à Dieu. Le roi saint Louis régna (lès l'âge de douze ans ; le feu roi à neuf. Le roi à présent régnant est tenu à la couronne dans sa cinquième année : comme si les pères de ces jeunes princes n'eussent vécu que pour consigner leur sceptre et leur couronne à leurs enfanis en ce bas âge.

Mais il est encore arrivé souvent que les jeunes rois, qui ont été élevés sous fa conduite de leurs bonnes et satjes mères, et ont suivi les enseignements qu'ils avaient sucés d'elles avec le laie, ont heureusement régné, et ont été comblés de grandes prospérités. L'empereur Alexandre, par la bonne institution de sa mère Mammée, fit de très-louables actions. Clotaire If, reconnu roi de France à l'âge de quatre mois, étant porté dans le camp entre les bras de sa mère, gagna une grande bataille. Saint Louis, nourri sous la discipline de sa m'ere Blanche, n'offensa jamais Dieu mortellement, et fut glorieux en la terre et au ciel. Louis le Juste, élevé par la feue reine mère, a fuit tant de choses mémorables, que le siècle avenir aura peine à les croire; et votre cher Louis, que nous pouvons aussi dire nôtre, étant encore en votre sein, a commencé son règne par des succès très-heureux en la guerre, et nous espérons qu'il en aura de plus grands et de plus souhaitables en la paix.

Que si j'ose présenter ii Votre Majesté le miroir de la plus grande, de la plus sainte et de la plus digne de toutes les mères, je lui ferai voir la sacrée Vierge prévenue du Saint-Esprit, remplie des dons du ciel, honorée de la présence de Dieu, préparée par une plénitude de grâce pour donner au monde l'auleur de toute grâce, pour le nourrir et l'élever en son enfance. Votre Majesté la doit regarder avec tin respect plein d'amour comme son très-parfaii exemplaire. Elle avait entre ses mains le bien-aimé du Père éternel, le trésor du ciel, la joie des anges et le prix de notre salut, avec le gouvernement de ses Etats et la dispensation de

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mère d'un roi de France, qui n'a point un titre plus glorieux que d'être sujet du Fils de Marie, et le Fils aîné de son épouse. Elle règne sur tout l'univers par le droit de sa maternité divine , et votre couronne relève d'autant plus de la sienne, que vous régnez sur la plus noble partie de son empire.

Votre Majesté, Madame, doit imiter ses vertus, puisqu'elle porte son image; elle doit honorer ses grandeurs, car elle est la mère de Dieu; elle se doit soumettre à ses pouvoirs, car elle est la reine du monde et la vôtre; elle doit recourir en toute confiance à sa bonté, car elle est reine et 7nère de miséricorde, qui dit par la Sagesse : J'aime ceux qui m'aiment. Elle vous aimera donc si vous i'aimcz; et pour preuve de son amour, elle vous obtiendra de son

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Fils la fiircr pour soit/niir la vhnrije ifuil vont a vnmmisc; lu lumière pour vous conduire en ses loirs ; le pouvoir tic faire ce t/n'il vous romwarule, comme il vous en inspire les désirs; et une (p-ilce, mais une (pihe alunulunle, pour faire n'ijuer J<'sus-( hrist en la personne du rai voire (ils el en In vôtre.

Votre Majesté continuant à mériter ces fiveurs du ciel par la firrrur de sa pieté, par le zèle du snlut de son peuple, et par les esercices de tant bonnes œuvres qu'elle fait faire aux serviteurs de Dieu, nous venons en nos jours, que pour votre gloire immortelle, il vjus fera être l'arbitre de lu pais, afin de la donner à la France et à toute l' Europe ; il vous rendra (jrande en son saint amour; il vous comblera de félicités en la terre; el après avoir lonqtemps et heureusement réqné cl vu réqner vos enfants, il vous fira posséder les (,randc.r.i du ciel et réqner éternellement avec lui. Ce sont les vœux que notre conqréqation offre continuellement à Dieu, comme les meilleures preuves quelle vous puisse donner de sa fidélité et des profonds respects t/ue vous rend, pour elle. Madame ,

De Votre Majesté ,

Le très-humble, très-obéissant cl très- fidèle sujet et serviteur,

FiiANçois BOUIUJOING, Prôlrc de TOraloire de Jésu?.

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