‹ Œuvres complètesChapitre 401 sur 540 · LETTRE CLXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXIX

A LA SERÉiMSSIME REINE d' ANGLETERRE.

Il montre par plusieurs exemples qu'on ne peut trouver à redire aux pratiques d'humilité que sa dévotion lui a fait faire, et l'exhorte à continuer.

Madame,

Il faut que je vous supplie bien humblement, de m'excuser si j'emprunte la main d'autrui pour écrire à Votre Majesté : l'indisposition présente de mes yeux qui se renouvelle par intervalle, m'oblige à ce faire, ou bien retarder encore à répondre à la lettre que j'ai reçue de Votre Majesté. Et il me semble être de votre service de ne pas différer davantage ; et que je vous mando comme j'ai vu la reine mère, et lui ai ex- })0>é votre exercice de piété eu ces jours saints, et le voyage à pied que vous avez fait à Saint-Jemme. Elle en a été extrêmement contente, et l'a grandcnient approuvé. Elle m'a commandé de le vous écrire de sa [lart. C'est un témoignage que vous rendez de votre créance, laquelle vous avez droit de professer, et en particulier et en p.ublic. C'est une sorte de voyage, qui honore les l'as du Fils de Dieu portant sa croix au Cal-

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MITTRKS. — m.— A I»IVEIlSi:S l'EllSON.IES.

vnire; vovoro (louloun.'iii cl so/iglaiil , voynj^o [i(''iiil)le cl «pparoiiimeiit IioiiIimu h la îii.'tjosté (l'un Dieu, Fils tiiii(|ii(' do Dieu; s'âtiaissmit, s'tiiiiniluiiit ulsouHiïMit |>(iur nos propres iicrlnis. Si vous eussic/ élà lors ou celle ville de Jérusaleui, vous l'eussif/ accomp.ii^uî', Maiiaiue, comme les autres dames du temps ra(M()m|iagnaieMl l\ pie(J, el avec raison, car c'est pour vous (piil s'ahaissail, (pi'il s'humiliait et (ju'il soutirait. Ml au jour «pie la sainte Kglise honore et remémore ce (pi'il a l'ait el soullerl pour les siens, vous lui rendez à présent le même honneur, que vous eussiez dû el voulu lui rendre lors. Oui peut trouvera redire en une chose fondée, en un devoir si léi;itime, el (jui res>enl une piété si {grande el si raisonnable? Si on vous dit qu'on n'a pas accoutumé cela en An^^leterre, on n'y a pas aussi accoutumé d'y iirofesser la vraie relij^ion et piélé, on y professe au contraire l'impiété el l'irréligion ; et ils ne sont pas aussi accoutumé d'avoir el de réf^ir une reine catholiijue el une lille de France, en Anj^lelerre. Mais dans Paris, (jui vaut bien Londres, on y voit choses semblables. Dans ce Carême, .Sladame, nous avons vu le roi, les reines et les entants des rois marcher h pied, et plusieurs jours, pour visiter les églises assignées au jubilé^ et donner cet exem})le de piélé chrétienne à tout le |)euple. Nous avons vu le roi, accompagné de sa noblesse et de ses gardes, tous à |)ied, marcher en roi très-chrétien, conservant la dignité royale dans la profession de l'humilité chrétienne. Sa Majesté est bien aussi grande quecelled'Anglelerre, el l'Angleterre ne veut pas dire qu'elle a un autre Sauveur que celui que le roi adore en F'rance. Etvous avez droit de le servir et adorer en Angleterre, comme on le sert en F'rance, et le roi très-chrétien a fait ainsi, et était non blâmé, mais béni el suivi des vœux de tout son peuple. Peut-être que quelques-uns de vos domestiques, gagné par eux, avilissent ces actions pour en divertir mal à ()ropos Votre ]Majesté ; mais vous ne devez pas les écouter. Madame, c'est à eux à apprendre de vous, et non pas à vous à apprendre d'eux ce (jue vous avez à taire pour ce regard. Ils vous ont été donnés pour vous servir et vous obéir, et non fias pour vous régir, ni enseigner ce qui est convenable. Le roi votre frère, et la reine voire mère, vous en ont donné d'autres pour conduire suavement les actions de votre créance et piété. Ecoulez ceux-ci, et contenez les autres en leur devoir, et dans les termes convenables à leur petitesse. Leur naissance basse, leur cond'tion servile, leur |)rofession, peul-ôlie intéressée, ne leur donne pas autorité d'en bien juger. 11 ne leur est pas bienséant d'en parler, el il est à propos que Votre Majesté leur témoigne ne vouloir ()as qu'ils se mêlent de cela. Farce moyen vous cou|)erez de lionne heure le cheniiii aux desseins qu'on pourrait faire par eux envers vous, Madame, dont la i)ersonne est sacrée, el ne doit être si facilement et vulgairemenljugée«lls

ne sont pas assez bien instruits et informés des ctioses saintes et divines, cl ils ne soni pas capables de connaître combien il y a de |ietifesse en la grandeur de la t(;rre, et ( onibien il y a de grandeur en la [letilesso (le rhumilit(i chrétienne. David, roi et piojthèle tout en-eiiible, voulant honorer l'arche en s'abaissant, ceux qui l'en reprirent, furent châtiés de Dieu, el repris de David. Héraclius était un grand empereur, el empereur triomphant des Perses ;el ravissant d'entre leurs mains la croix victorieuse du F'ils de Dieu, il voulut la porter lui-môme sur ses épaules el à pied, el dépouillé de tous ses vôlementsroyaux;elenlrerainsien Jérusalem, plus honorable el plus honoré de la [>oslérité par celle humbis entrée, el par cet acte du piélé, que par la victoire môme qu'il avait lapporlée des ennemis. Les a( lions liumbles de la religion el piété chrétienne n'avilissent pas les grands, mais les honorent davantage, el les élèvent en la vue de ceux qui ont l'esprit bien fait el la vérité de la religion impriujée dans l'âme. Le grand Cunslanlin, grand em[)ereurel premier em[tereur chrétien (que votre île se jtersuade être né en ses provinces) est honoré dans la [)Oslérilé, pour avoir abaissé sa majesté impériale à travailler lui-même aux fondements de l'église de Saint-Pierre à Rome, portant la hotte lui-même, et chargeant son dos de douze bottées de terre en l'honneur des douze apôtres ; et sainte Hélène, mère de ce grand empereur, est célébrée el honorée dans les histoires, pour avoir fait plusieurs actions semblables d'humilité et piété chrétienne envers Jésus-Chrisl Noire-Seigneur el sa croix. Ce sont les exemples de rois et d'empereurs, de reines et d'impératrices, que Votre Majesté doit considérer el imiter, bouchant ses oreilles et fermant la bouche à ceux qui vous blâment. La reine mère vous en loue extrêmement, el vous prie de continuer le môme au Jubilé, si votre santé le permet. Elle m'a commandé de vous l'écrire, et de vous assurer de ses atfeclions perpétuelles, et qu'elle ne peut avoir nouvelles plus agréables, que lorsqu'elle apprenti ce qui esl de votre j)iété. Je supplie Noire-Seigneur Jésus et sa très-sainte Mère, de la vouloir accroître et conserver, et de vous combler de leurs bénédictions particulières. Je suis.

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