‹ Œuvres complètesChapitre 402 sur 540 · LETTRE CLXXX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXX

A LA SÉRÉMSSIME REINE d'aNGLETERRE.

// lui écrit les calomnies dont les hérétirjues anglais ont essayé de le noircir. — // lui mande un pèlerina'je à IS'otre-Dame de Chartres, qu'il a fait pour elle, et l'exhorte à continuer en sa dévotion au Fils et à la Mère de Dieu.

Madame,

J'ai écrit deux fois à Votre Majesté depuis mon retour en F'rance, el j'eusse écrit plus >ouvenl si je n'eusse été retenu par le respect que je dois à Votre Majesté. Celle-ci est

la troisième

• ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

pour lui donner assurance comme je n'ai j)as oublié ce qu'elle me commanda en partant d'Angleterre, et je n'y ai point contrevenu : mais il a plu à M", de Bouckquiiigam, faire faire de grandes iilaintes au roi par un sien confident, nommé M. Gerbières, ai'iivé dix ou douze jours après moi, que j'avais conspiré et attenté en Angleterre contre sa vie et sa fortune. Ce sont les perles et les diamants que nous recevons; et ils me font cet iionncur, que de m'associer en ce crime à ]Mgr l'évêque de Mende, et à M. le comte (ie TiJières. Ces propos ne font pas grande impiession par degn. Mais il me semble que tacitement on estime à propos deditlerer le retour jusqu'à ce que le nuage soit liasse. Cependant je n"(jul)lie pas vos besoins devant Dieu. Et ayant été trouver M. le cardinal de Richelieu, à Limours, pour l'informer de quelques nouvelles particularités d'Angleterre, j'y arrivai comme ledit sieur Gerbières en venait de sortir, où il avait essayé de me noiriir de semblables calomnies, sans effet. Je crus à propos, au partir de là, d'aller à Charlres otfrir votre état et votre âme à la très-sainte Vierge, afin qu'elle les recommandât à son Fils unique Jésus-Christ Notre-Seigneur. Je crois que Votre .Aîajesté m'avouera bien facilement en ce pèlerinage pour elle, et qu'elle persévère en ses dévotions principales vers le Fils et la Mère de Dieu, adorant l'un comme votre Dieu, votre Souverain, votre Sauveur, et révérant l'autre comme la plus digne pers(jnne qui soit en l'ordre de sa grAce, et la i)lus proche de lui, i)uisqu'il l'a fait sa Mère, et que par elle et par ses mains il a voulu être donné au monde. Vous êtes grande, mais Jésus est ie Grand des grands. Nous êtes souveraine, mais Jésus est le Souverain des souverains; et il veut établir sa |)uissance, sa grâce et sa gloire en vous. Donnez-lui voire cœur et votre esprit à cet eflet, et me continuez s'il vous plaît, l'honneur de me croire à jamais. De Paris, le 26 octobre 1625.

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