CHAPITRE XI
L EXCELLENCE DE LA SALUTATION ANGÉLIQUE CONTRE l'impiété DES HÉRÉTIQUES, ET LES QUALITÉS DE l'ÉTONNEMENT DE LA VIERGE A RAISON d'iCELLE.
Les paroles de cette salutation ont été proférées par l'ange pour tout l'univers. J/Ave Maria est la première parole angélique adressée à la première personne du N(fu~ veau Testament. Les paroles de cette salutation contiennent sommairement les grandeurs de Jésus et de Marie, et l'Eglise les met tous les jours en la bouche des fidèles, en l'honneur de la Vierge et de son Fils. Elles ne contiennent que le commencement des grandeurs de la Vierge, et elle va être beaucoup plus que tout ce que l'ange lui dit. La Vierge après ces paroles demeure en humilité et en silence, et dans une sublime et profonde application à ce salut. Et là Dieu l'élève en l'abaissant, il la conforte en l'étonnant, il la fortifie en l'affaiblissant. Dieu la tire de ses conditions naturelles dans une puissance de grâce, puissance extraordinaire en l'ordre de la grâce, puissance émanée de celle par laquelle il engendre son Fils éternellement. La Vierge sent ce qui se fait en elle; nuiis elle ne sait pas encore le dernier point où
VIK DEJtSUS. — CIIAP. XI, SALL'TATION DE LANGE.
Joil ahoulir cette éU'rntion et puis^niice f/iii nuisit son vcrur etclne son esprit. L't'tonuemcnt delà Vienje est un rtonnrnient d'esprit et non des sens, deijrdce et non dénature, dn lumière et non de faiblesse, etc. La ] ierije adhrre fermement à ce ifuelle n'entend pas. Mais ianije (jui aper{oit l'opération de l'esprit de Dieu en l'esprit de la Merye, la lui donne à entendre. Jésus-Christ (/rdcc des grâces
Laissons colle humble Vierge en ce repos, en co silence, cm celte éiévalion : el lantlis
3u'elle pense h elle niôiiie, el à ces [larolus e l'ange, |)ens(>Ms-y aussi. Car l'ange qui les profère h la N'ierge, les iirolùre pour nous cl pour l'univeis. Les paroles du salut angtMKjuo sont si familières à l'univers, el si avilies parles impies de ce siècle, que pour en conserver la révérence el la dignité dans les âmes bien faites, (jui les ont souvent en leurs pensées, en leurs bouches el en leurs prières, je me sens obligé à ren)arquer que VAx^e Maria est la première parole angéliquo adressée «i la première personne du Nouveau Testament. C'est la première parole évangéiiciue annoncée à la terre; el comme il est dit failleurs (23*), 'c'est l'Evangile du Père éternel à la Vierge, que cet ange porte du ciel. C'est l'Evangile qui contient en sommaire les grandeurs de Jésus el de Marie; les deux sujets plus grands et j)lus importantsqui seront jamais traités en tout l'Evangile, et {)ubliés par tout le rond de la terre ; el cet Evangile est bien digne d'être annoncé par un si grand ange à une si grande Vierge, en attendant que la terre soit digne de l'ouïr.
Pesons ces dignes et belles paroles que l'ange apporte du ciel, que le ciel apprend à l'Eglise, que l'Eglise nous met si souvent en la bouche, en l'honneur de la Mère et du Fils; et ce nonobstant, l'hérésie audacieuse, maligne et aveugle les traite si indignement, le diable qui est en elle ne pouvant souffrir l'éclat et la lumière de ces saintes paroles. A la vérité, ces paroles sont divines et célestes ; ces paroles sont grandes et hautes ; mais si est-ce qu'elles ne disent que le commencement des grandeurs de la Vierge.
L'ange la salue comme pleine de grâce : et elle va être pleine mAme de l'auleur de la grâce. L'ange dit qu'elle est bénie entre les femmes, et elle va être bénie entre les hommes elles anges, et par-dessus les anges. L'ange dit que le Seigneur est avec elle ; et il veut èlre en elle, el faire désormais une partie d'elle, comme une portion de la substance, étant os de ses os, chair de sa chair, el son Fils unique.
Mais cela est caché aux yeux de cette sainte et humble Vierge, et il faut que cet ange Ole ce voile de devant son esprit, et lui révèle ses grandeurs. 11 faut qu'il lui parle plus hautement et |)lus puissamment; car rlle persévère en son silence, en son humilité, en sa cogitation sublime el profon-ie.
L.'i.olle est en la main de Diou, qui l'élève en rabaissant, qui la conforte en 1 étonnant, (|iii la forlilie en l'airaiblissant, et qui, en la tirant d(vs (pialités el corulilions [iropres à son être naturel, la dispose à une puissance de grA(M', .'» une [juissance divine, à une |tui.-.sanie nouvelle, et h une i)uissance admirable môme dans l'urdre <Jo la grâce, à une puissance émanée de la (luissance du Père éternel; puissance h produire dans son sein virginal el niaternel, celui (jue le Père éternel produit en son sein r»ur el paternel.
La Vierge [»orte cette conrluile ; elle senl ses elfels ; elle entre en ces préparatifs el dis()Ositifs ; mais elle ne sait pas encore le dernier |)oint où doit aboutir cette élévation et |»uissance, qui saisit son cœur et élève son esprit; el (idèle en son adhérence, f» l'opération de son Dieu, elle demeure en ce silence, en cette humilité et en cet élonnement que nous voyons. Et cet ange s'arrête en l'apercevant, sans s'avancer, sans parler davantage, [»ar un respect el révérence qu'il rt'ud et ù la Vierge el à son élonnement.
Révérons, contemplons et admirons cet élonnement. C'est un élonnement d'esprit et non des sens; c'est un élonnement de grâce et non de nature; c'est un élonnement de lumière et non de faiblesse; bref, un élonnement divin et non humain; un élonnement adhérent, et non séparant de la j'uissance divine qui opère lors en elle : un élonnement, dis-je, adhérent et adorant celle puissance nouvelle et présente du Seigneur (lui est avec elle, et qui veut être en elle. j3ans ce saint élonnement, la Nierge n'est point oiseuse, mais occupée; el occupée do Dieu présent, de Dieu ap|)liqué, de Dieu opérant sur sa créature; et sur sa créature, pour en faire naître le Créateur ; mais elle ne l'entend pas encore.
Et l'ange qui aperçoit cette opération de l'esprit du Seigneur, dans l'esprit de la ^ ierge, et voit que la Vierge adhère imraobilement à cet esprit qui la pré|)are aux lumières, aux vouloirs, aux opérations divines, reprend lors sa pa. oie, et continue son ambassade. Ecoutez-la, ô Vierge sacrée; car c'est Dieu qui parle jtar sa bouche. Ecoutezla ; car elle est grande, et elle accomplit vos grandeurs ; elle ennoblit le ciel el la terre ; elle sanclitie les hommes et les anges. Et c'est grâce à cet ange, tant seulement de porter cet ambassade; el c'est pour vous, grâce des grâces, de l'écouter el l'accepter. L'ange donc rentre en son propos, et s'adresse derechef à la Vierge, el proférant le nom de Mirie, nom de grâce, de faveur et (le |)uissance, emploie la bénédiction el[)uissancedecesaint nom, pour donner lumière à celle qui le porte el la tirer de peine, en lui disant : Ne craignez point, ô Marie! {Luc. i, 30.) Vous êtes si heureuse en la recherche de la grâce de Dieu, que vous avez trouvé même la grâce des grâces, c'est-à-dire le Fils unique de Dieu, leciuel veut être vôtre,
(2.3*) Préjiicc des giandeuis de JciUS.
OELYRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE
et vous appartenir en qualité de Fils. Il «îst la grâce du Père éternel et l'origine de toutes grâces, et est donné gratuitement au monde par Tlncarnation. Vous le concevrez, vous l'enfanterez et vous le nommerez Jésus. Jl sera grand, et sera reconnu pour grand : Il sera nommé le Fils du Très-Haut, et Dieu lui donnera pourson trône le siège de David, et il régnera éternellement en la maison de Jacob, et son royaume n'aura point de fin. Et jiartant, ô heureuse fille de David, vous aurez deux qualités grandes : vous serez Mère du Fils de Dieu, et Mère d'un roi éternel, d'un roi dont le royauuie n'aura jamais de fin.