‹ Œuvres complètesChapitre 42 sur 540 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LA CONTINUATION DES PROPOS DE LANGE, QUI MET LA VIEBGE EN UN NOUVEAU SOIN PAK ÉGARD A SA VIRGINITÉ.

La Vierge s' étant déjà abaissée dans le néant de la créature, s'abaisse maintenant dans le néant du Créateur se faisant homme. La Vierge s'abaisse au milieu des grandeurs, et elle est adhérente à son Dieu abaissé, et non à elle-même élevée. L'humilité de la Vif-rge ne l'étonné ni ne l'arrête point en ce sujet; parce que la manifestation de ses grandeurs étant jointe à la claire vue de l'abaissement de Dieu jusqu'au néant, cela soutient et affermit son humilité. Son humilité ne l'exerce plus : mais la prudence céleste qui la régit partout, la met en soin de sa pureté. Ces paroles : Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco, so/U en la bouche de la Vierge une semence de bénédiction; et ce vœu de virginité de la Vierge, est la source de l'état de virginité en l'Eglise. Ce vœu de la Vierge n'est pas un empêchement, rnais bien une disposition très-convenable à sa divine maternité. Le Fils de Dieu qui a joint en sa personne, la divinité et l'humanité, veut joindre en sa Mère, la pureté et la fécondité , la virginité et la maternité.

Ces paroles sont grandes et très-grandes ; maiselles n'enllent point la Vierge; car son humilité est encore |)lus grande. 'L'ange la conduit çll'élève de grandeurs en grandeurs, et elle rentre d'abaissements en abaissements. Auparavant elle était abaissée dans son néant, c'est-à-dire dans le néant de la créature, et maintenant elle s'abaisse dans un autre néant, c'est-à-dire dans le néant du Créateur qui se fait créature, s'il est permis de parler ainsi; et la Vierge entre dans l'état humble et j'rofond, où nous doit [lorter l'abaissement, et comme anéantissement d'un Dieu fait homme par le sacré mystère de l'Incarnation.

Là l'humilité de la Vierge est en son centre, et est aussi en son repos, sans trouble, sans mouvement, sans élèvement au milieu des grandeurs. Là, Dieu est abaissé ei la Vierge est élevée; mais en son élèvement, elle e>t vivante et adhérente à ral)aissement de son Dieu qui s'abaisse en l'élevant; et elle est adhérente à son Dieu abaissé, ei non pas à soi-même élevée; elle est vivante en cet

abaissement de Dieu, et non en ses propres grandeurs. Et de cette vie et adhérence, son humilité tire aliment, vigueur etsubsistence, et est puissante, solide et lumineuse. Et la Vierge en la vue claire de ses grandeurs, est en un abaissement plus profond et plus ferme cju'au|»aravant ; c'est pourquoi son humilité qui l'a étonnée, et qui l'a exercée dans les premières paroles de l'ange ne l'étonne point, et ne l'arrête point en celles-ci, qui sont bien plus hautes et plus évidentes.

Mais la prudence céleste qui régit partout cette très-sainte Vierge, lui donne un nouvel exercice; et comme son humilité l'avait mise en étonnement et en silence sur les premières paroles de l'ange , sa pureté virginale la met en soin, et la fait parier sur les derniers propos de l'ange, qui parle de naissance, de conception et d'enfantemeiU. C'est ce qui la tire hor.-: de son silence, cl lui fait dire humblement, saintement et modestement : Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco? {Luc. i, 3'i.) C'est-à-dire, comment ce doit accomplir cet œuvre, puisque vous savez, ô saint ange, que je suis en état et obligation de n'admettre jamais rien qui intéresse !a virginité que j'ai offerte et consacrée à Dieu?

J'écoute et révère ces paroles saintement proférées par une Vierge très-sainte, à ce saint ange. Dieu se sert de ces paroles à choses grandes, et c'est en la bouche de la Vierge une semence de bénédiction, dont les fruits seront heureux, délicieux et de durée ; et Dieu veut, par ces paroles, apprendre à l'univers, l'état de pureté virginale et perpétuelle de celle qu'il choisit pour Mère, et le vœu qu'elle en fait par inspiration divine; état et vœu nouveau et excellent, que ces saintes paroles nous enseignent; état qui prend naissance heureusement et dignement dans la naissance de ce Très-Haut mystère ; état qui fonde en la Vierge une puissance et primauté nouvelle et éternelle, sur l'état florissant des vierges, dont l'ordre est signalé dans la terre et dans le ciel. Ce sont les fruits de ce vœu déclaré à l'ange et à l'univers par cette sainte parole.

Bénie soyez-vous, ô Vierge sacrée, vie l'avoir proférée, et d'avoir consacré à Dieu un trésor si précieux, et d'avoir donné à la terre un tel exemple, qui sera imité de tant vierges, qui peui»leront le ciel ne peuplant j)oint la terre. Ce vœu n'est point un empêchement à la maternité qui vous est annoncée ; au contraire, si vous n'étiez en cet étal, vous ne seriez pas en état d'être Mère de Jésus. Car il veut avoir une vierge pour sa Mère ; il est au ciel et en la terre par ses deux natures différentes; il veut avoir en la terre une Mère sans Père, comme il a dans le ciel un Père sans Mère, et comme la divinité et l'humanité sont jointes en sa- personne, il veut joindre en sa Mère la pureté et la fécondité, la maternité et la virginité. Comment donc (ce dites-vous humblement et saintement à ce saint ange) s'accomplira cet œuvre? Ce n'est pas une parole d'infidélilt^, ni môme de curiosité.

vu: DK JESLS. — CIIAl'. \.ll. I,V M

MaIIioui' à ceux qui clicrcheni dos ténèbres en une Anio de si f^rando lurnirre, cl nu plus foil de ses liiiniùrcs. Jo ii'iiirnc p/is h iin^lor des /dgreiirs ol dos cotnhnts cri I.'i di)iiccMir d(! cetlo liisloiic, cl moins oncoro en ro tr.'iilc do \uù\ du ciol awc la lorro ; niais riionnoiir do l.i \'ieigo et du Fils on In Mi're, et la dignité do cii njyslère rjiii donne au inondo en un rn^^nx* instaid u:i DioM-Ilornino cl une mère de Dieu, inc tire cellt; pando sans y penser. L,i Niorge a toujours été sans lénèl»res, et ici (dU; est en son plein midi ; le sol'.'il no fait point d'ombte en elle. D'ailleurs ce n'est pas elle, mais c'est Dieu qui parle en elle, et le mômo Dieu (jui annonce sainlemont par l'ange, répond encore plus .srtiniomcnt par la \ lerge. Car il est on cet «n^e et en la Vii-rge, et plus en la N'ierge qu en l'arige, puisepi'il y est pour opérer choses plus hautes et |ilus (iivines.

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