A MADAME LA MARQUISE DE MAIGNELAY
U la remercie de sa charité et de ses soins «n quelque affaire qui regardait l'Oratoire, et reconnaît lui en devoir le succès. — En suite de quelque persécution contre lui,
dont elle l'avertissait, il parle de Vohligation de porter la croix, et de la bénédiction d'être du nombre des âmes dédiées à ce mystère. — De la bienheureuse Cathe-' rine de Gènes, et de son éminence en l'amour et en la croix de Jésus.
Madame,
Le soin que vous avez voulu prendre en l'affaire que vous avez recommandée à Mgr le cardinal de Retz, a été bénie de Dieu et a reçu son effet; et l'affaire ayant été ap[iuyée de son conseil et de son autorité, a étéacceptéede Sa Majesté fort favorablement. Nous en devons rendre grâce à Notre - Seigneur Jésus-Christ, à sa trèssainte Mère et aux bons anges au ciel ; mais après eux, nous devons reconnaître en la terre la première et principale obligation à votre charité et diligence. Puisqu'il plaît à Dieu nous donner part à sa croix en la persécution que vous me mandez, je le supplie qu'il daigne me donner part aussi à res[)rit de sa croix, c'est-à-dire à son esprit en croix, et qu'il nous fasse entrer en l'ordre saint particulier des âmes crucifiées en lui, avec lui et par lui. Cet ordre est grand, et plus grand que ceux qu'on révère en la terre. Mais parce qu'il est intérieur et non extérieur comme les autres, il est invisible et inconnu même à plusieurs faisant {)rofession de piété, qui sont quelquefois plus propres à y faire entrer les autres, qu'à y entrer eux-mêmes. Cet ordre n'est attaché à aucun ordre particulier, et n'en exclut aucun; non pas môme la condition du monde. Car de tous états, on y peut entrer; et nous célébrons en ce mois la mémoire d'une âme sainte, et d'une personne mariée qui y a eu grande part. C'est la bienheureuse Catherine de Gènes. Je la supplie de nous y donner entrée, car elle y a grande puissance; et de nous obtenir la grâce de bien user de cette petite croix qui nous est imposée. La part que vous voulez prendre aux peines qui nous arrivent m'oblige à avoir ce même désir pour vous, et à m'adresser à la même sainte à ce qu'elle vous fasse quelque part de son esi)rit, de son amour et de sa croix. C'est une des prières que je fais à Jésus-Christ Notre-Seigneur et à sa trèssainte Mère à vulre intention. Si j'étais digne d'être exaucé, je serais en repos de tant de peines que vous avez à notre occasion en toutes les affaires. Mais parce que celte grâce est très-grande, et que je ne mérite pas seulement d'y penser, je ne suis pas sans regret, de tant de fatigues et de soin que voire charité vous fait prendre jiour nous. Je suis,
Madame,
Taire très-humble et très-obligé et inutile serviteur,
Pierre de Bérulle,
Prêtre de l'Oratoire de Jésus,
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