LETTRE CCIII
Al X nÉVÉRK.NDS PP. DE LA VALLICRLLE,
Sur sa itromoiirtii.
// honore le$ compliments honnêtes qu'on lui fait de toutes jxiris, mais il est consolé de la lettre de ces Ijons Pères, comme procédant d'un esprit fort différent. Comme il n'a point recherché cette dignité, et ny a point de part en ce sens, aussi veut-il n en faire uxaije que pour Jésus-Christ. Il regarde et reçoit cette pourpre comme ayant rapjiort à celle qiie Jésus-Christ porta en sa Passion, et comme une obligation nouvelle de répandre son sang pour lui et pour son lùjlise. La croix de Jésus qui a produit des martyrs pendant un'ong tcmpi, veut maintenant produire des confesseurs qui consomment leurs vies dans les travaux de la charité, et il croit que c'est la chost que ceux qui sont honorés de cette pourpre ont droit de demander à Jésus.
Mes révérends Pères,
Je crois que l'esprit de Dieu qui r/git votre sainte congrégation, vous a disposé ^ m'écrire pour soulager ma faiblesse en une occurrence si grande et si importante; car sans violer le respect que je dois à sa sainteté et aux lettres de Messeigneurs ies illustrissimes cardinaux Barbenn , Magaloli et Spada, qui me rapportent ses commandements, je iniis dire que je n"ai point de consolation qu'en la lettre que vous m'écrivez. Leurs lettres m'élonnent par la sévérité de leur commission et par l'autorité qu'ils exercent sur moi ; les autres (pie Je reçois d'ailleurs, encore qu'elles m'honorent beaucoup, ne me consolent [)as, ne pouvant et ne devant chercher ni recevoir consolation dans les compliments honnêtes, mais humains qu'on daigne m'envoyer sur une charge que je ne mérite pas. La lettre qui m'e^t adressée de votre part, vient de l'esprit de charité qui me console, et non pas de re>(»rit daiilorilé qui ni'étonne et parait aux unes, ni de l'esprit d'humanité que je ne goûle pas et qui ]iaraît aux autres. Votre esprit est ditîérent du leur, et votre style l'est aussi, dont il arrive que comme je me dois clore et fermer en la lecture des lettres honnêtes que je reçois de toutes [larts, j'ouvre et abandonne mon esjirit à vos lettres/ et je dis à moi-même et à meilleur titre : I)e semine Aaronsunt, non decipient nos. (/ Mach. vu, li.) Et ainsi j'ouvre mon esprit à votre esprit, et j'y trouve l'esprit de Dieu, et je me commets à vos (laroles. Votre sainte congrégation (et la nôtre à votre exemple ) a cela de propre, qu'elle n'a autre liaison et conduite, 'jue par l'esprit môme qui unit le Père et le Éils dans la Trinité sainte, es[)rii
i.sM gi:i VUES complètes du
(i'amour et charité; aussi dans votre lettre je n'y aperçois que cet esprit de diarité. Cet esprit est doux et gracieux, il n'est point suspect à mafailjlesse, il s'insinue utilement dans mes sens et mon esprit, et me fait trouver quelque repos, douceur et facilité on l'amertume, au travail et aux é[)ines de la charge qu'on impose. Plaise à Dieu que })ar vos prières et mérites, je puisse rendre quelque service à Jésus-Cnrist Notre-Seigneur et à son Eglise, et que je puisse aucunement imiter ces grands et aduiirables cardinaux de notre siècle, que voire Oratoire iui a donnés. Je vous supplie que leur vie et actions me soient représentées par vos conférences avec le P. Berlin, afin que comme je les honore et invoque , dès à présent je puisse prendre part à leur effet et ressentir el porter rôdeur qu'ils ont répandu va la terre. Par la miséricorde de Dieu je n"ai pcs recherché cette promotion, et comme je n'y ai point de part en ce sens, je ne veux prendre aucune part aussi en l'usage d'icelle. Je veux que tout l'usage en soit à Dieu et rien à moi. Le néant m'appartient, c'est le seul fonds qui nous est propre. Tout le reste est de Jésus, et doit être à Jésus aussi. El en particulier celle pourjire est sienne, ei lui a été donnéeau jour deses çouttrances. C'est l'apanage de sa royauté proclamée en la croix, et proclamée par l'autorité romaine. Je révère celte pourpre, cette couronne , cette royauté, et m'y soumets comme à un elfet de sa puissance et royauté sur moi. Je la reçois en cette qualité, puisqu'on me recommande de la porter, et comme elle vient de la croix de Jésus, je veux qu'elle me lie à Jésus, à sa croix et a sa puissance. Elie m'oblige à donner ma vie pour son l^glise; elle me donne le droit et sujet de demander à Dieu cette force et charité qui a fait aiilrefois les martyrs, et doit maintenant donner des confesseurs à cette même Eglise, et par un long martyre, consommer leur vie à Dieu dans les labeurs delà patience et charité, comme les autres l'ont consommée dans les tourments. J'otfre donc et consacre tout à Dieu cette dignité nouvelle ; je n'en veux recueillir aucun fruit pour moi, je la dois et veut référer toute au Fils de Dieu et h ses serviteurs. Mes premiers devoirs et désirs sont à vous, et si je puis vous rendre à tous, et en général et en particulier, quelque service, ce sera un des fruits plus doux el [)lus agréables que j'espère recevoir de cette condition nouvelle, que j'olfre derechef à Jésus-Christ Notre-Seigneur et à sa très-sainte Mère encore, comme h celle qui a droit sur tous les biens de son Fiis. Je suis en eux.
LE'l'TllE CCIV.
AU ROi.
// le remercie des abbayes que Sa Majesté lui donna six mois avant sa mort.
Sire, Je viens de recevoir de nouveaux elTcli
CAhDINAL DE BEKULLE.
Vio-l
de votre bienveillance et bonté vers moi. Je dois en rendre un nouvel hommage et reconnaissance à Votre Majesté, mais la divertir maintenant de ses grandes occupations par la lecture d'un discours digne de tant d'obligations que j'ai à Votre Majesté, se serait otfenser l'Italie et la France qui est intéressée dans les soins et les labeurs de Votre Majesté. Aussi bien, Sire, mes devoirs et mes se/Uiments ne. peuvent être dignement exprimés sur le papier, je les dois imprimer en un fonds plus noble et plus durable, c'est-à-dire en mon âme, et pour tant de bienfaits, il faut répandre quelque chose de meilleur que des ]»aroles. Je dois répandre mes vœux et mes prières à Dieu en son autel, le suppliant d'être la garde et la conduite de Votre Majesté. La saison, Sire, el les périls dans lesquels nous voyons Votre Majesté, nous forcent à prier Diea d'être avec vous, pour vous accompagner; de marcher devant vous, [)0ur vous ouvrir les voies ; d'être après vous , pour vous contregarder, et de vous prendre en sa main comme instrument de ses volontés et servant h sa gloire en la terre. Je le supplie de me faire la grâce d"u»er si saintement des bénchces que vous avez voulu me donner, que Votre Majesté en soit sans reproche devant Dieu, travaillant à régir en soi te ces abbayes, que Dieu y soit honoré, le pays assisté et Votre Majesté contente el satisfaite. C'est le devoir et le souhail de celui qui est,
Sire,
De Votre Majesté, Le très-humble y très-obéissant et très-obligé sujet et serviteur, Pierre cardinal de Bérulle.