A M. LE PRINCE DE PILUMOMT
Monseigneur,
Le temps el les voyages que j'ai faits depuis votre parlement de France, ne m'ont jtoinl elfacé de l'espril ce que je dois à Votre Altesse Sérénissime, el mon impuissance à la servir ne fait que m'en accroître le désir et la volonté.
(A'tte alfeclion m'a porté à embrasser une occasion ipii se présente en l'atlaire d'AIiemagne, d'autant plus volontiers qu'elle regarde le bien général de la chrétienté , et qu'elle me semble digne de la naissance, du zèle et de la probité de Votre Altesse.
C'est un etlort que l'hérésie fait en son dernier temps pour ébranler l'état de la religion en Kurope, c'est un orage qui semble menacer la chrétienté sous le |)rélexte de la maison il'Autriche, c'est une ligue forte et pui>sante qui tend à couronner l'hérésie et à appuyer la puissance et souverainetéd'Aiigleterre , d'Hollande, d'Allemagne et du Turc, pays ou conjoints ou voisins, et sullisanls dans nos malheurs pour endormir ou épouvanter le reste. Je considère la maison d'Autriche sans autre inléiél que du bien public, qui y semble maintenant conjoint par incident. Ma firofession et naissance mo doivent séparer des autres sentiments et pensées, étoile me donnent désir que Dieu suscite des voies [)our dissiper ou atTaiblir celle puissante forte, et liée à l'enconlre de son Kglise. Je crois que dans nos faiblesses el la division de la cnrétienlé , la diversion de ceux que l'on estime amis et confédérés h celle puissance des |)roteslants, est un des bons moyens (pie l'on y peut employer, et je souhaile que Dieu honore votre zèle et grandeur de ce bonheur, d'être le premier à l'y servir, el ù tirer la Savoie hors de cette liaison, et à l'unir el vous joiriiire au roi pour ranimer el seconder à se rendre arbitre de ces ditléreiits, pour le repos public et le bien de la tlirélienté.
niVKRSKS PKIISO.VNES. i-VJl
J'en ai fait i( i ouverture » i« faveur, (omme *lo moi ; el on a trouvé bon que je vous en écrive et (pie je reconnaisse votre dis[)r)silion. Jcn ai conféré avec M. le cardinal d(; Hels, qui en a parlé du depuis, h ccfiii.il m'a dit, h M. le mapqiiis de C. J'en ai conféré avec M. Frésia, qui approuve les propos (jue j'en ai jetés.
Il e^i besoin de donner vie, force et conduite .^ la disposition recueillie el cncoramericée par deçc^i, |)ar la connaissance d»'S intentions do Votre Altesse, etdes ouvertures (pielle trouvera bon ^«Ire faites de sa part. Peut-être qu un mariage de l'une des xj'iirs illustrissimes de \ otio Altesse avec l'emi ereur, Sf-rvirait d'entrée el de liaison ?i l'aHaire ; et j'en ai ;>arlé comme de moi au cardinal, (jui l'a fort bien re<;uesans toutefois l'ouvrir h personne. Peut-ôlre que l'élection d'un roi des Uomains, autre que de la maison d'Autriche ni de l'hérésif, conlenterail les esprits émus cl altérés sons prétexte des aliénations d'Fspagne. Peutêtre (jue Dieu voudra que vous ayez en main les armes de la chrétienté , ()Our luaintenir la cause de l'empire elde l'Eglise à rencontre de l'hérésie : et que i ar ce moyen, vous soyez [)lus intime et plus conjoint à l'Etat, aux desseins etaux alfairesde la France pour y avoir part, poids et autorité, dans les accidcnls qui y [leuvent survenir, et dans la conduite des choses que Votre Altesse a voulu m'ouvrir et prO()oser à son départ.
En la suite des alfaires, il y a des progrès et lies etfets que l'on ne peut prévoir et (|ue Dieu ordonne et conduit par sa provi« deiice à sa gloire, en l'accomplissement de ses conseils sur les personnes et les Etals,, quand nous savons rechercher son honneur et sa volonté, et non [las nos desseins et intérêts particuliers.
Je vous expose et mon désir el mes [)ensées, je les démets à vos pieds. Si j'enlrej>rends par trof), vous le pardonnerez s'il vous (tlaît à quelque zèle indiscret, au bien [)ublic et au service de Votre Altesse, que je voudrais être enqiloyée selon son raérit^^, en la raieté (ju'ily a'de princes zélés, f/uissants et cajiables dans l'Etat général de la chrétienté. Si celte entremise vous agrée, commandez-moi et me donnez le pouvoir el les ouvertures j)Ouragir, qu'il vous plaira ; et j'emploierai ce que Dieu m'a donné d'accès, par deçà, sous la r onduite et adresse qu'il vous [)laiia m'ordonner et vous me reconnaîtrez toujours.
Monseigneur, de Votre Altesse....
LETTRE CCVII.
à. MONSIELR LE PHINCE.
Monsieur , Ce terme nrarrêlc dès l'entrée de la présenie el m'oblige à vous dire qu'en omettant sur ce pafiier le terme de Monseigneur , je l'imprime plus avant dans mon coeur ; et que ne le pouvant dé.scrmais
OEUYIŒS COMPLETES DU CARDINAL DE DERULLE.
employer dans mes lettres par les lois de uia profession nouvelle, je le graverai d'aulant plus soigneusement dans les etlets de votre service. Aussitôt que j'ai reçu la lettre qu'il vous a plu m'écrire, j'ai été trouver la reine mère |)Our lui dire le nouveau service que vous avez heureusement rendu à Leurs Majestés. Elle en a eu un grand contentement ; et elle l'a témoigné à Mme la princesse à sa première entrevue. Vos services parlent si haut, que toute autre voix est inutile à les faire valoir ; et il sufl.l do les narrer pour les faire estimer. Je vous su|)()lie très-humblement me faire l'honneur de croire, que je n'omettrai jamais aucune occasion d'agir et parler comme je dois en ce qui vous concerne ; et que je tiendrai à un bonheur j)arliculier, si je puis vous faire paraître dans des sujets dignes de votre grandeur et de mes devoirs comme je suis,
Monsieur.
De Paris ce IG février 1(]28.
LETTRE CCVin.