LETTRE CCXI
À MONSIEUR U0PÎ:DE , PREMIER PRÉSIDENT AU PARLEMENT d'aIX.
// s^TCuse modestement île l'honneur qu'il lui avait rendu, au sujet de sa promotion, el le remercie de la protection que les religieuses Carmélites recevaient de lui, en une nouvelle traverse, le supuliant de continuer.
Monsieur, Il ne m'est pas nouveau de recevoir des effets de votre affection envers moi, et de voire bienveillance envers les religieuses Carmélites. Vous êtes en possession de les obliger el de m'obliger aussi, el je me dois reconnaître, el en elles el en moi, votre redevable. Mais en l'une des obligations nouvelles que je vous ai, c'est-h-dire, en la part que vous prenez en ma |)romotion, je vous prie. Monsieur, me permettre de me plaindre de vous, car vous vous éjouissez de ce que je dois ap|>réliender. Cette nouvelle condition est un poids qui m'accable beaucoup plus qu'elle ne m'élève, el elle me charge de si grands devoirs, que j'ai tout sujet de craindre, de manquer à ce que je dois en icelle, à Dieu, à l'Eglise el à la France. La crainte et rabai>semenl qu'il me convient d'avoir en celle condition, sont les sentiments que je dois recevoir, el que je veux conserver loute ma vie. 11 est bien vrai qu'encore que je ne puisse et que je ne doive pas même prendre aucune part en réjouissance que vous me témoignez, je ne laisse pas de [irendre [)arl h l'obligation que je vous ai, de vouloir ainsi parler et juger de moi, l)ien que nos [lensées el jugements soient bien fort différents. Je ne sais pas pourquoi Dieu a ordonné sur moi ce changement d'étal, el a voulu m'im( oser celte (pialilé nouvelle; mais je sais bien ne l'avoir jioint niéiilée; el cette vérité «jui m'est sensible el évidente, ne me [lermet pas de donner entrée à aucun contenlement et sa-
tisfaction humaine en icelle. Mais il faut que je laisse re discours pour vous dire. Monsieur, ( omme je ressens bien vivement l'obligation (pis vous a l'ordre des relij^ieuses (larméliles en France. Je vous su[iplie bien humblement leur continuer votre assistance et protection contre les traverses de .M. N... La |)iété de ces bonnes âmes ne doit [)as être ainsi vili|iendéo par lui; mais il n'a jioint d'yeux pour la connaître, ni de sentinienl pour l'estimer. Je puis dire encore sans excès, que la qualité que Dieu a voulu me donner en son Eglise, ne doit pas Aire ainsi méconnue de lui. Lorsque j'étais en mon élal précédent. Dieu m'a fait la grâce de garantir ces bonnes lilles des entre[trises de personnes plus [luissantes que lui; el j'es[)érerais trouver en vous. Monsieur, assez d'appui et d'assistance pour faire le môme maintenant, quand il ne s'agirait que de lui et de moi. Beaucoup plus, puisqu'il s'agit d'un ordre que vous honorez de votre faveur el protection de si longtem|is. J'eatime tant leur vertu et piélé, que je tiens beaucoup plus cher, ce qui les regarde, que ce qui me regarde moi-même, el je conserverai une reconnaissance perpétuelle de tant d'obligations que j'ai d'être,
Monsieur.