LETTRE CCXX
A UNE PERSONNE DE PIÉTÉ
JJ obligation de bien employer le temps. Toute action faite pour Dieu nous acquiert Dieu même. Avec combien de soin nous devons accomplir les actions qui acheminent les âmes à une fin si haute, comme est la vie éternelle.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Vous prenez beaucoup de peine, mais vous travaillez pour Dieu et pour vous-même, puisqu'il lui a plu vous donner le désir d'avoir part à cet œuvre, que je vous prie recommander à Dieu et nous aussi, dans les plus dévots lieux que votre piété vous fera visiter en ces saints jours. Vous prierez Dieu pour vousmêmes en priant Dieu pour nous, puisque nous devons coopérer aux grâces qu'il plaira è Dieu vous conférer par notre ministère. Oh! combien sommes-nous coupables de tant d'effets de ses grâces, et en nous et en autrui ! Qu'au moins l'humble reconnaissance de cette vérité nous dispose à recevoir sa miséricorde î Je vous supplie la demander pouruioi à Jésus- Chri?l Notre-Seigneur, qui
LKTTIUIS. — III.
A DIVF.USES PERSONNES.
est l'inléressé en nos fautes, et h sa Irèssaiiile Mûre, qui est le relugo des misérables.
J'écris 5 N. Je ne lui écris pa*; d'ordin/iire et ne l'eusse pas l'<iil iiiaiuteiiant sniis Ttivis de N. Ce n'est pas faute de res[iei-l; mais il me semhie (juo celle parole de l'ApAire me pousse et [)()ursiiil : Hrdimenlcs lempus quoniain dicsmali sunt. [Hplics. v, 10.) Ca i\r.i signifie (jiK.' le temps de n(jlre vie e.-.! court, incerlain et trompeur, reM;int souvent peu de jours h celui qui se |)romet une longue vie. OIj ! combien ce temps est-il courl, et combien de choses grandes et éternelles pouvons-nous ac(|uériren si peu de temps 1 et combifii metiens-je coupable devant Dieu du peu de soin que j'ai ou, et ai encore de l'employer exactement ! C'est un grand mot de saint Grégoire ; de saint (irégoire,dis-je, ilans Uome, et dans ses grandes alfaires ; Momenlum, undc pendct œlcrnilas. Demandez, je vous supj)lie, à Dieu pour moi, et à ga sainte Mère, en vos dévotes stations, la griV;e de pouvoir rendre, et à son Fils Notre- Seigneur Jésus-Clirist, quelque service cpii leur soit agréable. Je le su[)plie île conduire vos [»ensées à sa gloire.
Je loue Dieu de ce qu'il vous fait employer voire repos en quelque chose d'utile, continuez en celte inlenlion ; et si nous avions tous l'esprit ouvert et attentif à retrancher les inutilités de nos actions, occupations et conversations, nous y trouverions un grand vide que nous pourrions utilement remplir de quelque occupation sainio et charitable, comme celle que vous entreprenez. Oli ! si nous considérions attentivement que toute action faite pour Dieu ne mérite rien de moins que Dieu môme, combien nous rendrions-nous soigneux de bien employer ce peu de moments cpii nous restent, et de bien réparer tant de temps inutilement écoulé en notre vie passée 1 Et si nous reconnaissions exactement la dignité des actions qui réussissent au bien des âmes, combien serions-nous diligents à rechercher et accomplir ce qui les peut aider à une tin si haute et importante comme la vie éternelle 1
LETTRE CCXXI.
A UNE PERSONNE DE PIETÉ
// est retenu et à conseiller et à dispenser des vœux. — La créature ne peut être utile à la créature que par la grâce du Fils de Dieu, et même hors de cela elle ne lui peut être que dommageable. — Les personnes qui ont facilité aux pensées de perfection et de piété se , trompent aucunes fois, et prennent la pensée pour la pratique.
La grAce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Je n'ai pas assez de souvenance du vœu que vous me mandez et des sujets pour lesquels vous l'avez fait pour me jiorter facilenient à une relaxation d'icelui. Outre que je suis fort retenu et à conseiller des vœux et à en dispenser, nous devons beaucoup peser devant Dieu les
causes importantes sur lesquelles nous avons pensé raisonnable d'entrer en quelque obligation par vœu. Encore (pje les sujets passent, l'obligation demeure. Je voudrais avoir la mémoiie présente des [larlicularités de votre voju. Nous en conférerons plus amplement quand je vous verrai.
2. (Jiiaiit à l'autre point de la vôtre, nous devons tous reconnaître si fort la vérité de notre néant et la grandeur de l'amour-propre et du péril qui l'accompagne, qu'il nous faut su[>poser (jue la créature ne peut ôtie ulile h la créature que par la grâce du Fils de Dieu et dans l'ordre de sa providence ; et hors de cela elle ne |»eut être que trèsdomtiiageable, s'inléressant et (jnelquefois même se ruinant mutuellement Tune l'autre par leur amour-(>ropre et aveuglement. S'il vous semble selon Dieu q-i'il, demande de vous ce que vous me mandez, je ne désire pas m'en éloigner, et me soumets h sa sainte volonté, le supjtliant de me donner grâce pour le salut et la perfection des ûmes (ju'il lui [jlaira m'adresser. Pour votre conduite envers ceux qui vous ont écrit, j'estiu)e inutile de vous ré|iondie mainlenant; et d'ailleurs je crois plus à propos de m'en remettre à vous entièrement; il send)le que le temps leur fera écouler cette pensée de ^e^prit, pourvu que vous ne leur donniez aucun sujet de s'y attacher, et (|u'ils ne trouvent pas de correspondance. Souvenez-vous, s'il vous plaît, que nous devons honorer Dieu de tout ce que nous sommes, et que ce n'est assez d'avoir la [)ensée conforme à notre devoir, il y faut joindre l'elTet et la pratique en tant qu'il est en nous. Les personnes qui ont facilité à penser et discourir sont quelquefois trompées en ce [)oinl, ne descendant pas assez en la pratique et se contentant aisément de leurs pensées sur la veriu, au lieu de la pratiijue de la vertu, et prenant l'un pour l'autre. Soyez peu arrêtée à vos pensées. Soyez humble et profonde dans l'usage intérieur et extérieur de la [)erfection, et croyez qu'il faut une grâce abondante pour [)énétrer et régler tous les secrets de notre amour-propre. Separez-vous beaucoup de vous-même et de toutes choses créées. Liez-vous souvent à votre bon ange comme à un fidèle et inconnu aide, et trèsprésent, que Dieu vous a donné pour vous délivrer de vous-même et vous rendre à sa grâce.
LETTRE CCXXII
▲ UNE PERSONNE PIEUSE
// lui donne plusieurs avis sur sa conduite, — // paraît que cette personne était travaillée de peines malignes qu'elle ne coU' naissait pas et qui n'avaierit point d'objet, quoique l'esprit qui en était l'auteur supposât tantôt wne cause, tantôt une autre pour l'inquiéter: et il lui conseille contre cette sorte de peines d'avoir dévotion à la présence intime et invisible de l'essence divine en nos dmes, tant en l'ordre de la nature quen celui de la grâce. — Il lux
ŒUVRES COMl>LETES DU CARDiNAL Dc BERL'LLE.
recommande beaucoup la simplicité et la docilité d'esprit. — Et lui conseille divers usages très-saints de l'état pénible où elle était.
Je loue Dieu de votre meilleure disposition, et le supplie de la vous augmenter pour son service. Une des dispositions intérieures qu'il me semble demander de vous, est un dégagement du corps et de vous-même, et des accidents divers qui arrivent, et un engagement perpétuel à lui et à sa sainte volonté , le servant et honorant continuellement par cette intérieure abnégation-là, et parla liaison de votre àme à sa divine essence, qui est toujours présente et unie à vous. La conduite de votre âme ne doit pas, à mon avis, dé[»endre des confesseurs que vous avez en ce pays-là, puisque vous dites n'en trouver point de versés et expérimentés en besoins de conscience. Je ne connais [)as celui duquel vous m'écrivez, sa jeunesse et son inexpérience méritent, à mon avis, quelque retenue. Je le ne dis pas pour vous en empêcher, vous en pouvez essayer, mais pour ne vous y pas arrêter, si vous ne vous en trouvez bien, et vous pouvez, à mon avis, suivre les maximes que nous vousavons écrilessur les besoins de|votreâme, ou si vous les avez oubliées en nous les proposant de nouveau, nous vous en écrirons. Otîrez à Dieu une grande volonté de l'honorer, et l'usage de votre vie à Jésus et à son saint amour : consacrez-vous toute à lui en toutes les manières qu'il veut de vous en général et en [lariiculier, sans aucune réserve, le suppliant qu'il les choisisse pour vous, qu'il les ordonne sur vous comme il lui plaira, lui donnant à cet etfet toute la puissance qu'il vous a donnée de choisir et de disposer de vous ; et ayez un grand désir de l'honorer en votre âme par quelque voie et manière s[)éciale, en l'Iionneur et hommage de ce qu'il est et de ce qu'il a fait et soutfert [)Our vous. Dédiez-vous à sa sainte Mère, parce qu'elle est sa Mère, et en l'honneurde ce qu'elle est à son Fils et de tout ce que son Fils lui est. Donnez-vous toute à elle et désirez d'avoir une spéciale dépendance et relation à elle, en l'état intérieur de votre âme et en l'usage extérieur de votre vie. Je vous conseille d'entrer chaque jour en ces désirs, les actuant etformaiu en votre âme et les offrant distinctement à Jéôus et à sa sainte Mère. Faites ce que vous désirez pour la congrégation à ces deux intentions s[)ériaies qui regardent l'honneur et l'amour deJésus. Que votre àme soit ences désirs que je vous propose jilus qu'en tous les accidents qui lui arrivent, de malaiiie ou de santé, de [leine ou de facilité, et puisque ces désirs sont si généraux que vous en pouvez tirer l'etTet par vos peines mômes, ne tirez pas peine de votre peine, mais référez votre peine à l'honneur et amour de Jésus et de Marie, et soyez contente de les honorer et aimer |)ar telle voie qu'il leur plaira. Car ils prennent quelquefois des moyens bien étran^ies et des voies bien ca-
chées pour faire leurs effets dans nos âmes et (lour établir leurs desseins sur nous. Et [lar ainsi donnez-vous et abandonnez-vous à eux à l'aveugle, usant bien de tout ce qui vous arrive, et référant le tout à leur honneur et amour sr»écial, et ne voulant pas pénétrer plus avant en l'intelligence de leur conseil et ordonnance sur vous, ni des chemins qu'ils tiennent pour disposer votre âme à leurs intentions. Car cette humble démission et simplicité leur agréera plus, et vous disposera plus envers eux que beaucoup d'autres usages de votre esprit qui vous satisferaient davantage.
J'ai su quelque chose de l'étatauquel vous entrez; je désire que le bon plaisir de Dieu soit de le surseoir jusqu'à votre arrivée, et vous prie de lui demander et à sa très-sainte Mère en humilité et démission d'esprit. Si son vouloir est autre, rendez-vous purement pâtissante les effets que vous portez. Retirez-vous de l'esprit malin qui les opère, et aussi de vous-même qui les recevez, pour vous mettre, par cette double retraite, à l'abri de l'esprit divin et incréé, qui vous estplus présent que vous-même et auquel vous devez rendre hommage [>ar les mêmes effets que vous pâlissez en sa présence et par son ordonnance. Notez ces deux termes, de présence et d'ordonnance, et ayez liaison et soumission à Dieu [irésent, à Dieu ordonnant, et soyez plus liée à Dieu spirituellementpar ces deux liens de sa présence insensible et de son ordonnance ressentie et éprouvée par ces efforts, que vous n'êtes liée sensiblement à l'état malin qui vous travaille |)ar ses spirations [lénibles. Ainsi soyez devant Dieu lorsque vous souffrez; soyez, dis-je, coït me une âme soutirante devant son souverain qu'elle adore et aime dedans sa souffrance, et auquel elle est plus liée qu'à la même souffrance, et auquel elle se lie par les liens de sa sainte présence et ordonnance qu'elle embrasse en foi et en soumission; et si ces efforts sont si extrêmes qu'ils vous semblent accabler la nature et abréger votre vie, offrez-les en particulier à Jésus-Ghrist Notre- Seigneur, en l'honneurdes efforts, non malins, mais divins qui ont abrégé et lerminé le cours de sa vie sainte et divine. 0 quelle vie ! ô quels efforts ! efforts d'un Dieu opérant dans une âme déifiée [lar lasubsistence du Verbe, et 0[)éiant {)roportionnément à la qualité divine de cette âme et de la vie qu'elle donnait. Révérez ces choses que vous croyez, et tenez peu les choses que vous sc.iiffiez en com[)araison des autres toutes saintes, toutes divines, toutes incompréhensibles, et qui méritent hommage et reconnaissance beaucou[) plus que toutes les vies dénature, et de grâce et de gloire, de tous les hommes et de tons les anges. Combien jiluscela mérite-t-il ce peu de [latience et de dé[)endancfi que vous devez avoir de Dieu au regard de quehjues efforts malins, qui ne concernent que la vie temporelle et encore, comme je vois, sans pouvoir de l'abréger? Entrez en de nouveaux désirs d'appartenance à Jésus et à Marie, et leur offrez en
LKTTRFS.
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A DIVrnSFS PF.nSONNK-:.
IMrticnlicr ces efforts, désiranl qu'ils j)rt.'niKMil tous deux luiissfliicc do disposer <•< dw \ous, cl de CCS ('ll'orls h leur gloiro. Jésus et Mario soient nvcc vous pour jnuinis. Je vous prie de lairo une dévotion iiouvclio envers votre lion nn;^e, phis présent et assistant, bien (ju'invisililiMnent à voire Ame, (|uo celui qui vous travaille. l'essayez cliaqiie lourde lui rendre (|uelquo lioinuiage et do l'uivo(iuer en vos ellurls.
LKTTUK CCWIII.
A LNE TEUSONM: DE PIÉTÉ.
Pour la conforler dans les croix quelle portail, lui enseii/nanl conihirn c'est chusc précieuse que de souffrir pur l'ordunuunce de Dieu.
La grâce de Jésus-Chrisl Nùlre-Scigneur soit avec, vous pour jamais. J'ai reçu la lelqiie vous m'avez écrite et va les cioix «jue vous portez. 11 vous faut entier en la déjiendance de Dieu (pii doit (Jisposer de se."^- eréatures selon sf>n \u)n [ilaisir. Nous ne sommes j)as dignes d'être, ni d'être en sa pré.sence, ni d'entrer en ses ordonnances, ni même de soulîrir par hommage li son pouvoir et autorité sur nous. C'est par miséricorde (ju'ii nous fait part de son être, qu'il nous admet en sa présence : qu'il nous r^^garde et dispose de nous comme de chose sienne , et qu'il nous lasse soullVir, puisque soull'rir par son ordonnance, c'est avoir quelque nouveau ra|iport à lui qui nous bénil et nous confère grâce et dignité. Kii cet état, recevez vos alllictions en patience, en abaissement et soumission de votre âme à Dieu, et sans vous occuiier d'icelles ; ne les regardez pas, mais regardez Dieu qui les ordonne; n'y entrez pas, mais entrez dans les dispositions avec lesciuelles vous devez les supjtorter, el croyez qu'il y a miséricorde de Dieu sur vous en ce sujet. Otfrez-vous à Jésus et à sa sainte Mère, jiour les servir et honorer en icelles, et unissez vos soutfrances, vos actions, votre vie, votre esjjrit, à l'esprit, h la vie, aux actions et aux souffrances de Jésus, dans lesquelles il a voulu opérer le salut et la perfection île voire Ame. Je suis en lui el en sa très-sainle Mère.
LETTRE CCXXIV
A LNE DAMK DE GB.\NDE TIÉtÉ.
// ta remercie du soin qu'elle avait pns d'un établissement. // la comjratule de son bonheur de pouvoir vaquer à Dieu et à Dieu seul. \ous devons être possèdes de Dieu en temps, pour le posséder en éternité. La grâce de Jésus-(]hrisl Noire-Seigneur soit avec vous pour jamais. Les occupaiions «^u'il a plu l\ Dieu nous donner defiuisqueltjues mois, m'ont ùté le moyen, niais non le uésir el la [lensée de voire assislance. \'ous avez coniinué votre charité envers l'œuvre que vous avez enfin comdu et arrêlé. Celui qui l'a commencé et accompli par vous, dai-
gne par sa grâce nous donner lo moyen d'y t'orrespondre, et me faire connaître qui je dois choisir p(»ur le bien des ârnes et pour son iKJiineur et gloire en celle v lle-l/«, el eiK ore pour votre consolation parliculière. J'oiir ce (|ui vous regarde, conseï vez votre bonheur et jouissez de voire privilège de va(juer â Dieu, ei de ne vaquer i\\xh Dieu , et portez en la leire les inlluences el opérations de son s.iinl amour, (icjur porter par a|»rès la communication de sa gloire. Soyez ici ficcupée de Dieu, possédée ue Dieu, a(ia que vous le possédiez un-jour pour jamais. O quest-ce d'être |)0ssédée (le Dieul 6 qu estce que [)Osséder Dieu môme! Et en ces (Jeux {loints se comprennent deux états singuliers mais ditrérents qui partagent notre v,e e'i temps el en éternité, el hors les(juels nou.s n'avons point de vie. Vivez de celle vie el mourez à vous-mêmes en toute ( hose, | o .r vivieen Dieu, [)our vivre à Dieu, pour vivre (Je Dieu môme 1 Jés.is-Chiist et sa irèssainie Mère daignent vous obtenir celle vie. Je suis en eux pour jamais.
LETTRE CCXXV
A UNE DAMOISr.I.LE NOL VEI.f.EME >T SORTIE D'lN MONASTÈRE OL ELLE AVAIT ÉTÉ NOVICB PENDANT QIELQUES MOIS.
Il l'exhorte avec des paroles vives et enflammées, à persévérer en l'amour de Notrc-Seifjneur et en la dévotion spéciale cr. sa divine enfance, et se qarder d'aimer autre chose que lui. — Le partage de l'homme es: l'amour ou ta haineéttrnclle, el il haïra élernettemenl tout ce qu'il n'aura point aimé pour Dieu en la vie,
La grâce de Jésus-Christ Noire-Seigneur soit avec vous pour jamais. La sé|),iialioii que vous avez faite, ne me f)eut f)as séparer (le la charité, ni ce me semble de la liberté que je dois à votre âme, mais seulement de la puissance à lui bien faire .«selon l'étendue de ma volonté. Je dois donc vous avertir et prier tout ensemble, do commencer celle nouvelle anm^-e avec Jésus-Christ et de communier en Ihonneur de sa circoncision el de son enfance, et «Je.s choses qu'il a faites, opérées et soutfertes en son enfance (lour votre salut. O divinité de celle enfance îôsapience de celle enfance 1 ô puissance de celle enfance, délivrez-nous de tout mal, et rûm|)ez les liens qui nous attachent au monde, à nous-mêmes et au diable, et qui nous séparent de vous ! Quoi I ne vous souviendra-t-il point de celle enfance de Jésus-Christ? des bonnes pensées que vous avez eues sur celle enfance ? des aides, effets et assistances que vous avez re(;ues par cette enfance? Refuscrez-vous de communier en l'honneur de celle enfance, et de recommencer cette nouvelle année avec Jésus-Christ ? Oh ! quelle année pour vous! oh! quel commencement! oh ! combien avez-vous besoin et plus que jamais de Jésus-Christ ! Ne vous séparez pas de lui, encore que vous vous sérariez de ce qui
fo"2
VOUS a conduit et conservé à lui. Ne vous séparez pas de sa sainte Mère ; elle est conjointe à cette enfance, et vous ne pouvez adorer Jésus-Christ enfant })Our votre amour qu'entre les bras de sa sainte Mère et votre Mère. Ne vous séparez pas tJ'elle.pour quoi que ce soit. Quand vous seriez en péché , elle est Mère des pécheurs et votre Mère en une façon singulière. Ne l'oubliez jamais, au nom de Dieu, et lui conservez votre hommage et affection , parmi tout ce que vous quittez du passé et que vous embrassez de nouveau. Un rayon peut-être viendra de sa part, qui dissipera ces nuages qui vous environnent, et vous réunira à son Fils et à tout ce que son Fils a ordonné pour votre salut. 0 Mère sainte de mon Sauveur, aidez-nous 1 ô Mère de miséricorde, ayez pitié de nous lô Dieu naissant, Dieu enfant , Dieu mourant pour notre amour, sauvez-nous! Pauvre âme oppressée et angoissée , regardez cet amour, il est encore subsistant et puissant pour faire naître son amour en vous. Vous êtes encore en puissance et liberté de le recevoir si vous voulez; et je voudrais rae réduire en cendre et à pis pour jamais, et être digne d'allumer et conserver en votre cœur cet amour naissant, viuant, mourant pour votre amour, naissant en une élable, vivant en pauvreté, et mourant en une croix pour être aimé de vous éternellement. N'aurez-vous point d'amour pour cet amour? Serez -vous susceptible d'atfections étrangères, périssables, misérables, viles et abjectes ? Sachez que vous ne les pouvez avoir ni aimer éternellement ; sachez que vous ne pouvez sinon les haïr et détester éternellement , et vous souvenez qu'il vous faut avoir un amour ou une haine éternelle, que tel est notre partage, sur lequel nous n'avons aucun droit et puissance que pour choisir ou l'amour ou la haine, mais non pas pour aimer éternellement ce qui ne peut être digne que d'une haine éternelle. Ne choisissez donc pas aucune affection,que vous ne pouvez sinon haïretdélesler éternellement. Je ne [)arle pas d'aucune affection contraire à l'honneur et à la loi de Dieu, je ne pense pas votre cœur atteint de ces choses; mais je parle sur le sujet de cette dame qui vous porte tant dans ia vanité et que vous affectionnez, et c'est une affection étrangère qui vous pourrait étranger de Dieu. Dieu seul est un bien éternel et incompréhensible ; vous ne sauriez aimer éternellement que lui ; vous ne pouvez avoir en partage qu'une haine éternelle et absolue, si vous ne l'aimez. Si donc vous êtes capable d'amour, choisissez d'aimer éternejlemenl, ne choisissez pas«de haïr éternellement; choisissez d'aimer Dieu de toute votre puissance, qui est le seul objet digne de votre amour, lequel, si vous n'aimez, vous n'aurez jamais d'amour, et vous n'aurez qu'une haine éternelle et absolue de vousmême et de toutes choses que vous aurez voulu aimer hors de Dieu. Souvenez-vous encore de cette enfance de Jésus-Christ, comme elle a autrefois banni toute atfeclion
de votre cœur, et comme elle y avait saintement et sincèrement planté son amour. O pureté! ô sincérité! ô simplicité de cette enfance , d<)nnez-nous votre amour et bannissez de nous tout amour étranger! Ne soyez en aucune défiance de mon voyage vers Mme votre M. Elle ne |ieul pas savoir ce qu'elle voit et avoir vu ce que vous savez qu'elle a vu, sans douleur, sans crainte et sans larmes. Je dois recueillir .^es larmes et ses vœux [iour vous, et elle ne i eut s'en décharger qu'à moi , sans votre inléièt. Sa providence et bonté fait qu'elle me rechiTche pour ce sujet, et vous lui êtes beaucoup plus obligée que vous ne témoignez.