A UNE PERSONNE NOUVELLEMENT CONVERTIE AU SERVICE DE DIEU
// la fortifie dans les peines que porte ce nouveau (jenre de vie. Le changement de la volonté se fait en un moment; mais celui des habitudes requiert beaucoup de temps.
Vâme touchée de Dieu doit être en mouvcr)}ent continuel vers lui. Lautorité, (a bonté et la justice de Dieu sont trois perfections qui nous doivent incessamment occuper. Remèdes contre la vaine complaisance.
Monsieur, Je vois que votre âme continue sa course, battue de divers orages, qui vous élèveront, comme je l'espère, plus haut en vertu, au lieu de vous abaisser comme vous le craignez. 11 y a en toute âme qui se retourne à Dieu deux sortes de changements à faire : celui de la volonté et celui des habitudes. Ee premier se fait en un moment, €l l'autre avec du temps ; et de là vient le combat que vous expérimentez maintenant en une volonté bonne et nouvelle, et des habitudes mauva-ises et envieillies. Dieu l'a ainsi disposé par sa providence , comme un sujet qui nous doit exercer et forliher en celte lutte, et comme un moyen de gagner le prix et la couronne qui nous attend au ciel. Ne vous plaignez donc pas de cet exercice, mais apportez-y un esprit constant et vigoureux, lit comme la nature a donné au cœur un mouvement continuel en quelque état que le corf)S soit, de santé et de ujaladie, de travail ou de rejios, de sommeil ou de veille, qu'ainsi la grâce rende notre âme toujours vive et active en la poursuite de son salut. L'aimant a bien celte force, que l'aiguille ne se repose jamais af)rès avoir été une fois touchée de sa vertu. Ne soyez donc jtas plus dur que le fer, et après avoir été tant de fois touché de la main de Dieu même, suivez les mouvements de sagiâce, sans que rien j,vous retire ni arrête , jusqu'à ce que vous soyez au vrai lieu du repo>, qui est le ciel et la gloire. A cet effet, en tous les exercices de ia religion chrétienne, agissez avec Dieu comme avec votre souverain Seigneur, do qui vous relevez absolument, et qui vous a lii-é du non-être par la création, du péclié
LKTTRKS. - III. — A DIVI-.nSKS PKRSONMKS.
nnr In rédemption, ol vont oiiroro vous liirr liors (le toule iiiisùrr \tnr l.i ^loriCicnlior). Kl aprùs un pou de ropos on cotte poiist''o, rcoontmisscz en co Soigneur une «utorité sonvornino ^uo vous devez ndorer, une l>onl6 inCmio (juc vous devez aimer, une juslico grande (|uo vous devez rodoiiler; et de ces trois perfections divines, lirez ces trois mouvements (jue je dc'îsire ôlre ordinaires et [lorpéluels en voire Ame , alin de la mninlenir en la vie do la gr.ice, ainsi tjiie le c(eura ses mouvements (pji maintionnonl rc corps en la vie. I/amerliimo de sa justice sert à vous séparer du monde et de vous-même, la douceur de sa bonté sert h vous réunir h Dieu, et le respect dû h sa grandeur sert h vous conserver et eritrotenir es actions de son service. Que si la poussière de la terre vous ferme les yeux et vous empôclie de pénétrer avant en ce sujet, servez-vous de la loi qui vous assure comme ce Soigneur est grand en toutes ses œuvres , grand en toutes ses perfections, comme il est la source et l'origine de toute la grandeur qui se fait estimer en la terre, et que même il passe infinimenl cotte grat)dour. De sono que comme il n'ya poinldo lumièie qui |»araisse devant la splendeur du soleil, il n'y a aussi aucune sorte de grandeur et [>orfocli(m créée qui subsiste devant celle de Dieu. Et suivant ce fondement Irès-assuré ,. reconnaissez qu'il ne vous doit point suflire d'être aucunement touché de crainte, d'amour et de res|iect envers lui; mais que d'abondant sa grandeur requiert que vous n'estimiez que lui, sa bonté que vous n'aimiez que lui, et sa justice que vous ne redoutiez que lui. La théorie de ce point est bien haute, et la pratique bien difficile ; mais l'obligation est trèsgrande , étant fondée sur la grandeur des perfections divines, et vous vous devez conlier que le temps et l'assiduité vous y portera, et la grâce vous y élèvera. Quant à la vjiine gloire , travaillez plutôt à éviter qu'à discerner ce qui est mortel ou véniel en ce péché, et remarquez que le sentiment de cette vanité intérieure et spirituelle vous induit bien à mal, mais n'est pas le mal même, jusqu'à ce que vous y ayez donné consentement ; que ce consentement n'est que véniel, s'il n'a quelque circonstance bien extraordinaire ; que vous le devez prévenir, faisant un propos général le matin de ne point offenser Dieu , et particulièrement de ne point consentir à cette vaine complaisance; que vous le devez amender le soir, priant Dieu qu'il chasse celle vanité de voire esprit ; que de cette vanité même vous devez tirer un remède contre icelle , et un SHJet de vous humilier, en cequ'elle vient d'aveuglement, et faute de connaître Dieu et de vous connaître. Par cela même quelle vous veut faire entrer en gloire, vous avez beaucoup plus de raison de vous avilir et abaisser que de vous élever. Car vous commencez tard, y étant obligé dès votre enfance : vous devez beaucoup et lui rendez peu; voire, hélas! vous n'avez autre compte à lui rendre, après beaucoui» de grû.es
et d'années, que do beaucoup d'offenses. LKÏTRK CCXWII.
4 INE PERSONNE DE PIÉTÉ
// lui mande comme elle se doit conduire envers une Ame qui était en de très-grands besoins, et dont il était à craindre qu'elle ne ftt pas bon usage de la fréquence des sacrements.
La grâce de Jésus-Christ Nolre-Scigneur soit avec vous [lour jatnais. Je viens de recevoir votre lettre. Je loue Dieu de la meilleure disposition de la (lersonne dont vous m'écrivez. Il la faut conserverdans les ellets d'humiliation d'esjtrit , car son orgueil est sa ruine ; et ce bon Père dont il a plu à Dieu se servir, doit être averti de ses communions trop fré(juentes, et lesdiminuer beaucoup. On doit cela au Fils de Dieu piésent en son Kucharislie et à l'ûme même, laquelle se sert d'un moyen de salut si divin pour s'établir dans sa firopre ruine, et d'un sacrement de si grande humilité et chanté pour s'accroître et s'alfermir dans un orgueil insu[)|)oriab!e. 11 y a longtemps que celle âme méfait grande peine; elle est revenue diverses fois, mais il y a toujours quelque reste qui anéantit par après ce que Dieu et les siens y ont opéré. Prenez garde, s'il vous plaît, que ce ne soit encore le môine, et que ce bon Père en soit averti. Je n"ai pas été digne d'y faire effet. Jésus et sa irès-sainle Mère soient avec vous pour jamais. Je suis en eux.
Ce 16 novembre 1625.