‹ Œuvres complètesChapitre 44 sur 540 · MIGK N A POINT MANQUE DE FOI · texte numérisé non relu

MIGK N A POINT MANQUE DE FOI

ces paroles en sa bouche, pour le inanirestor au monde. Otlc |)nrolo est la première parole do la \iergo on l'Kc rilurc, en rKvangilo et en ce sacré colloque. A Dieu no jilaiso (pic la première voiï do ((die que Diou choisit [lour sa .Mère, soit une [larolo d'oireiise et d'incrédulité ! C'est mal considérer ce mystère, c'est mal onlondreot écouter la Vierge. Si le mémo esprit qui l'assiste .'1 parler, nous assiste à l'éi outcr, nous aurons bien une autre [lensée de personne si digne, de dis[»osition si sainte, de chose si grande et d'un propos si considéré.

Cette parole de la Vierge est un évangile de la Virginité, annomé par la terre au ciel, par la \'ierge h l'ange, jiar l'ange et la \'ierge û l'univers, qui ajiprend en un même icmps deu\ vérités bien jointes ensend)le, l'incarnation du \'erbe, et la virginité perpéluello de celle qui le doit oîifanlor. I/ange annonce l'un iJ la terre, et la \ ierge annonce l'autie au ciel, t^est chose digne et bien séante, que la première parole de La Vierge des vierges, soit une ftarole el comme un évangile de pureté ; et que le monde apprenne celte vertu et en reçoive la première odeur par les premiers propos de Marie.

C'est une espèce de triomphe à !a virginité, d'être célébrée dans les [tremières paroles de l'Evangile, et d'être établie comme en un trône h la face de Dieu et de ses anges, dans la plus digne personne de l'univers, c'esi-àdire en celle que Dieu même recherche pour être sa Mère. Et en ce triomphe, c'est un nouveau triomphe à la virginité, d'être incorporée dans l'état de ce nouveau mystère, que l'ange va annoncer au monde, et d'être richement enchâssée dans le mystère même lie l'Incarnation, comme un rare ornement de ce rare mystère. Aussi l'ange, amateur de la virginité, ne reprend pas celte ()arole, niais la révère et l'honore, et lui rend pour réponse les i)lus hautes et les plus dignes paroles qu'il ait encore proférées.

Et ces bons anges et aj ôires de ce siècle, ou plutôt du prince de ce siècle, ces esprits qui se sont séparés de la vérité de Dieu en son Eglise et en sa parole, pour suivre leurs songes et les impressions de res()rit d'erreur, blûmant ce que l'ange honore, ce que la Vierge dit, et ce que le Saint-Esprit loue comme foi vive, heureuse et puissante à recueillir le dernier accomplissement de cet œuvre de Dieu; car il dira dans peu de jours par sainte Elisabeth, en son plus haut ravissement : Beala quœ credidisti, quoniam perficientur in te, quœ dicta sunt tibi a Domino. {Luc. I, io.) Mais ces mauvais esprits ne voient pas que c'est l'esprit du ser[»ent qui les aveugle et anime contre la femme, lorsqu'elle va briser sa tête par la j)uissance de ce mystère. Us blâment ce que le Saint-Esprit loue. Ils avilissent celle que Dieu même honore, et lorsqu'il l'honore et l'élève au plus haut point de sa dignité ; et ils arguent de défaut en la foi celle qui va produire l'auteur et le consommateur de la fui même; et faisant ainsi litière de tout ce qui est rare

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OLUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

et divin, ils font cet honneur à l'incrédulité, (le l'établir en la naissance de l'Evangile dans le traité de la foi le plus éminent et honorable qui fut jamais, et dans la personne la plus digne du ciel et de la terre. Et à l'entrée d'un si grand mystère au monde; que pourrait souhaiter de plus cet esprit d'incrédulité pour son avantage, s'il parlait lui-môme à la terre en sa propre personne, après être banni du ciel, que de se loger si bien, c'est-à-dire en une âme plus digne et plus élevée que le ciel? Et quel j)lus grand service lui pourraient-ils rendre, que de lui donner une si bonne part où il n'en peut avoir, et le faire triompher là même où se commence sa perte et ruine totale en l'univers? comme s'ils voulaient encore gratifier le serpent d'une nouvelle victoire dans le nouveau paradis que Dieu a planté de sa main pour le second Adam, c'est-à-dire en la Vierge.

II. Mais laissons ces esprits abusés et abusants qui servent si bien l'esprit d'infidélité, qui traitent si mal la foi et ses mystères, qui entendent si à contre-sens les Ecritures ; nous, comme instruits en une meilleure école, parlons plus dignement, plus angéliquement et plus chrétiennement de ces paroles. Disons que celte première parole de la AMerge à l'ange, et en l'Evangîle, est une parole de foi signalée, de pureté virginale, de prudence céleste, de conduite divine, de fécondité heureuse ; car c'est cette [)arole qui a gormé tant de ileurs dans le ciel et produit tant de vierges en la terre, à l'exemple de la Vierge des vierges ; et c'est celte parole qui a formé dans l'état de Jésus une des plus dignes troupes du royaume de Jésus. Troupes florissantes des vierges, mais qui ne fleurit qu'en l'orient de ce mystère de l'Incarnation, et ne prend sa naissance qu'à la naissance de l'Evangile, et en la naissance de Jésus, comme propre à la grâce et à l'esprit de Jésus. Elle ne le précède pas, mais elle le suit partout, en la ci èche et en la croix, en la vie privée, en la vie apostolique, en la terre et au ciel.

Partout Jésus est naissant, vivant et mourant entre les vierges qui le suivent et l'accompagnent en tous les pas de sa vie, jouissant du privilège de sa suite, de son amour, de sa familiarité. Celte troupe vénérable était bien due à la pureté, à la sainteté, à la divinité du mystère de l'Incarnation; celte compagnie est chère et intime à Jésus, et couime telle jouit du privilège de son amour. Elle suit Jésus partout comme sa domestique, et en celle qualité elle a [»art aux faveurs de la sainteté, pureté et familiarité de Jésus. La Mère de Jésus esl la première en celle troupe; et c'est en ce mystère qu'elle commence à lever l'étendard de la virginité.

^ Et ce propos que la Vierge prononce, que l'ange reçoit et révère, que l'hérésie condamne, est la première parole qui a fondé cette troupe sainte et virginale; car celui qui a fait l'univers par sa parole, a voulu se

servir de cette parole de la Vierge, pour faire et établir celte compagnie heureuse et vénérable en l'univers. Eu ces pensées révérons ce propos virginal et angélique, et recueillons, comme en un tableau raccourci, le procédé de la Vierge avec l'ange, et nous le trouverons plein de grâce et de vertu; car aussi dès l'entrée, l'ange lui dit et nous apprend qu'elle est pleine de grâce (et l'hérésie rebelle à Dieu et h l'ange la trouve pleine de disgrâce et d infidélité).

La Vierge donc écoute en silence cet ange qui lui parle; elle reçoit avec humilité les paroles d'honneur dont elle la salue; elle considère en tranquillité les propos qu'il lui tient; elle se rend attentive à l'ambassade qu'il lui fait; elle croit ce qu'il lui annonce, et le tenant pour véritable, elle s'enquiert avec prudence de la manière dont il s'accomplira; ce que cet ange n'avait point annoncé, et par une conduite céleste avait, ce semble, tu et réservé exprès pour donner lieu à la demande de la Vierge, et éclairer l'univers du vœu et état d^la Vierge par les paroles de la Vierge.

La Vierge donc ne doutant point de ctt œuvre, le supposant pour véritable en la lumière de la foi et en la clarté de la parole angélique, désire apprendre de ce môme ange, qui lui est envoyé de Dieu, pour l'instruire en ce sujet, quelle est la voie ordonnée de Dieu pour accomplir cet œuvre. Et en cet esprit d'humilité, de créance, do désir d'être instruite de cette vérité importante à elle et au monde, elle dit saintement à ce saint ange : Comment s'accomplira cet œuvre? [Ibid., 3k.) Qu'y a-t-il à reprendre en cette parole et en ce procédé?

Avant que cet ange paraisse, la Vierge est trop bien instruite de la naissance du Messie (qui était l'article principal de la foi des Juifs) et de la puissance de Dieu (qui est le premier article de la foi du monde), pour avoir peine à croire que le Messie naîtra d'une Vierge, et pour restreindre la puissance divine à le faire naître par le seul moyen commun et ordinaire à la naissance de tous les mortels. Sa lumière est trop grande, et sa foi trop élevée pour une erreur si grossière. Sans peine donc et sans retardement, elle croit ce qui lui en est annoncé, et il n'y a pas lieu d'en douter, en la grandeur de sa foi, en la lumière qu'elle a des Ecritures, et en l'autorité de l'ange qui l'annonce. Mais en le supi/osant, elle sait qu'il y a plusieurs voies cachées dans les trésors de la puissance divine, pour accomplir cet œuvre, et celte connaissance est lumière. Elle exclut celte seule voie qui ré|)ugne à son vœu, et c'est fidélité. Elle n'ouvre point son esprit à en conjecturer aucune, et c'est simplicité. Elle ne prend point l'autoiité d'en vouloir, d'en choisir, d'en {)re>crire, d'en aUecter pas une, et c'est humiliié. Et puisque Dieu veut faire cet œuvre en elle et avec elle, elle croit pouvoir et devoir s'enquérir du moyen choisi et ordonné dan» le conseil de Dieu, et c'est vérité et équité.

*:,:> Vli: DK JESUS. — tllAP. xv. ukumkrk

En ces dispositions loulcs sainlcs, r/iisonnnbles et iliviurs, vWa <lil IiiiiiiI»I(MiumiI cl sniiilcnUMlt hcctnni^c: Quommlo fiel ixlntlf Ou'v n-l-il sinon .'i Uuier Dieu , 5 lionoier la Vierge, à ailmirer >a comluilo cl h rcconiiiillrc un coinlilo do vctlus où l'Iicrésie avcntjlc cl ini|iic trouve inlidclité? La >icrge conNitlcie ce (pic ccl ange Ini propose, et c'est |)rnth ncc. Kilo se rend li la première ouverture (pii lui est faite, cl c'est lacililù. Klle coin lut cl répond aussitôt, et c'c^l oln'issance.

Disons donc oncoro une fois h^jriionncur de Dieu cl de sa Mère, à la confusion de riicrésie cl à la louange de ce cullo pie de la > ierge avec l'ange, (jue celle parole arguée par les cniicmis do la foi et do la Vierge, est une paniU; de foi signalée, de pureté virginale, de prudence célc>te do con- «iuilo divine : et niônie si nous y pensons Itien, c'est une parole d'autorité éuiincnte, en îacpiolle Dieu veut que la Vierge en- Ire au regard de cet œuvre (jui lui e^t arjnoncé, comme un préauil»ule do l'autorité grande où elle va entrer sur Dieu niénie en (jualilé de mère. Car Dieu veut que la Vierge traite et délibère sur cet œuvre des œuvres que la main du Toul-Puissanl veut o[)érer au monde. Il lui envoie son ange, non-seulement pour lui lévéler, mais encore pourentrer en traité avec elle sur ce sujet. V.i Dieu lui envoyant cet ange, donne droil/i la Vierge de pensera cet œuvre, de s'en informer , d'en délibérer, et ne veut l'accomplir en elle, qu'après qu'elle aura re()osé son esprit sur icelui, et trouvé bon de donner sou consentement : tant il plaît à Dieu de donner de pari, de puissance et d'autorité à la Vierge sur cet œuvre, le plus grand de ses œuvres, hors de lui-même. Puissance véritablement remarquable , et honneur grand à la Vierge, niais qui n'est qu'un rayon de l'honneur, puissance et autorité admirable qu'elle va recevoir au regard de Dieu môme qui la fait sa Mère.

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