‹ Œuvres complètesChapitre 443 sur 540 · I.KTTRKS. - m. A DlVEllSKS PERS<;NNES · texte numérisé non relu

I.KTTRKS. - m. A DlVEllSKS PERS<;NNES

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inanilor, plus jo vois l'ahondanco des nii'^i''rirordiïs •!'! Dieu envers vous, en ro «(iic, noii-seiilenieiil par sa Ixmté il vous élèvii en des nianiOîres d'ai^ir iniéricnrenienl avec lui, qui s(tnt lort ùlovéos cl fort pleines d'eincace; mais aussi en ce que par sa I»rovidence il vous «'onduil à des pensées, des elTets et des aU'eclions fort sûres cl hicn proportionnées h voire élal et licsoin intérieur. (Vest une grande (tMi-^ation «pio vous avez de l>ien avancer en iine voie si douce, si spéciale et si peu espérée et niérilée de vous. Car votre âme étant voyagèrc sur la terre , tondant au ciel comme a sa vraie denieure, cl h Dieu connue à son vrai Père cl Seigneur; plus le sentier vous est rencJu doux et facile, plus d'avance et de progrès y devez-vous faire; et d'autant plus (}ue vous vous sentez aidée et désirée de celui qui est appelé en Tlvriture : Desidcrntus (jmtihus : l'Lc désiré de l'univers, » d'autant plus devez-vous avoir de courage et d'affi-rlion de vous unir et approcher de lui. Cherchezle comme il vous (Cherche, et comme il veut ôtre trouvé. Aimez-le comme il vous aime, et comme il veut Cire aimé. Etdéj>lorez votre condition en laquelle ne connaissant Dieu qu'en partie, vous ne l'aimiez aussi qu'en partie. Il dit au Décalogue que vous ayez »! l'aimer de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre entendement, de toutes vos forces. Pesez ce mot de tout, lequel il a répandu en ces i)aroles, ne se contentant pas que votre cœur l'aime, si t»ul votre cœur ne l'aime; que votre âme l'allectionne, si toute votre âme ne se complaît en lui; que votre entendement le recherche, si tout votre entendement ne le poursuit; que vos forces le poursuivent, si toutes vos forces ne sont j)ortées vers un objet si fort el si puissant. Remarquez encore qu'il ne se contente [)as d'avoir le cœur el tout le cœur; mais qu'il veut d'abondant, et avoir l'âme, et avoir l'entendement, et avoir toutes les forces de celui qui se met à son service. Ces mots ne sont point inutiles, étant proférés de celui qui argue toute parole inutilement prononcée; mais ils nous enseignent que comme nous avons, nonseuleiuent un cœur duquel nous aimons, mais aussi une âme de laquelle nous vivons et subsistons, et un entendement duquel nous connaissons, el des forces dont nous agissons, tout notre cœiv doit être fondu en lui, toute notre vie employée pour lui, toutes nos pensées dressées vers lui , toutes nos actions référées à lui ; n'aimant que lui, comme il est seul digne d'être aimé; ne vivant que pour lui, comme c'est par lui seul que nous vivons; ne [)ensant qu'à lui, comme il est seul sullisant à bien occuper notre entendement, et n'agissant que par lui, comme il est seul assez grand cl assez digne pour vous avoir toute à son service.

C'est le modèle que vous devez prendre pour composer toutes vos actions; c'est le règlement ijue vous devez mettre en toute votre vie, ne vous contentant i>as de satis-

faire h Dieu, ou de vous satisfaire h vousmême en l'oraison, si d'abondar;l vous ne salisf.iiles .1 Dieu en tout le reste de vos actions el occu[)atioiis, en vous y comportant selon le degré de la grâce h laquelle il vous a[>pelle intérieurement. A ce propos je vous sii(»plie vous ressouvenir de ce que je vous ai dit autrefois : que comme il y a deux agents en la vie il(! l'esfirit, à savoir Dieu et l'Ame, il y a aussi deux temps : celui de Dieu en l'oraison, celui de l'âme en l'occupation extérieure. Kl que il'aulanl plus que Dieu nous possède en l'un, d'autant plus vous devez vous quitter vous-même en l'autre. Sur fiuoi, avec voire permission, je f»rendrai la liberté de vous conseiller, «l'écrire dorénavant, non -seulement comme votre temps se passe en l'oraison, mais aussi en tout le reste de la journée, marquant brièvement et naïvement en quoi chaque heure du jour depuis votre réveil s'est écoulée; quelle pensée survenue, quelle vanité s'est jiiésentéc, quelle action exercée, quel comhat vous aurez rendu contre vous-même, quelle élévation à Dieu praiiquée ; qui est comme si le soir avant vous coucher vous mettiez par écrit ce que votre examen du soir vous fait reconnaître en la revue de toutes vos actions de la journée. Ce soin vous sera un peu pénible, mais il vous sera utile, si vous avez agréable de le f)rendre. Fit aHn que vous ayez quelque ouverture de la disposition que vous devez avoir parmi votre occupation extérieure , je vous proposerai maintenant trois petits points, dont le premier est que supiiosant que le corps a ses cinq sens , que le cœur a ses alTeclions, et que l'âme a ses puissances et facultés intérieures, et que l'amour-propre depuis le péché s'est glissé dans toutes ses parties, vous devez aussi avoir une intention actuelle, de le dompter et réformer en toutes par l'abnégation. Le second point est que vous devez considérer particulièrement quelles sont les vanités oij votre inclination f)résente est plus sensible, ou bien vers lesquelles vous avez fait beaucoup d'habitudes par le passé, comme pourrait être de vous complaire en vous-même, d'agréer aux yeux du monde, et autres semblables; apportant vers icelles un soin particulier d'y renoncer, soit que vous les y sentiez renaître en vous, soit non, dès l'heure même que quelque sujet s'en présente. Le troisième est que lorsque quelque objet se présente, petit ou grand , et quelque action à faire, ou notable, ou de durée, vous essayiez de faire comme une pose ou surséance d'esprit, ne vous appliquant pas sitôt à cet objet, et ne vous adonnant pas sitôt à cette action, à ce que durant ce petit intervalle vous renouveliez en votre âme les saintes affections que vous avez conçues en vos oraisons précédentes , comme ou l'horreur du péché, ou la crainte de Dieu, ou son amour, ou le désir qu'd soil loué et honoié en tout temps, en toutes vos uiuvres, de toutes créatures et autres semblables, afin que tandis que l'extérieur sera détenu de cette action qu'il

CKUYRES COMPLETES DU CARDDJAL DE BEftl'LLE.

vous conviendra faire, l'intérieur soit aucunement occupé et possédé de ses saintes affections.

Quant à votre étal en l'oraison, j'y vois comme vous, du doux et de l'amer, ruais je vois aussi que l'un et l'autre vous est également nécessaire; le doux pour vous unir à Dieu, l'amer pour vous séparer de vousmême. Le doux pour vous introduire à la connaissance des choses divines ; l'amer ])Our vous faire entrer en la connaissance de vous-même , non tant j)ar une intelligence pénélralive comme il vous est arrivé d'autres fois, que par une expérience réelle et véritable, que vous avez de votre néantise, faiblesse et stérilité à servir Dieu, s'il ne vous aide, à ce que vous référiez à lui seul, tout ce qui vous survient de bon, sans vous l'ap[)roprier aucunement. Et tant plutôt que vous aurez imprimé bien avant en votre ûme cette humble reconnaissance, tant plutôt serez-vous délivrée de cette stérilité.

Je ne vois rien pour le présent dont il soit besoin de vous avertir, sinon que vous devez continuer comme vous avez commencé. Je fais quelque différence entre la vue et la créance du cœur de Dieu ; car la vue suppose une grâce et lumière actuelle et non ordinaire en l'esprit, et la créance ne suppose que la lumière ordinaire de la foi, pour être actuée et foruiée en vous à l'entrée de l'exercice. Si donc vous ne confondez ces deux choses, c'est par la créance et non par la vue que vous devez commencer. Or en cette créance de la grandeur, il y a bien à croire humblement, simplement et persévéramment, mais il n'y a rien encore à pénétrer. Ce que toutefois vous marquez en votre papier, en cette manière : J'ai pris la vue simple de la grandeur de Dieu , qui ordinairement m'est difficile à pénétrer. Qui me fait craindre qu'il n'y ail en votre esprit de l'etforl et contention à pénétrer cette grandeur dès l'entrée; ce que vous devez éviter si cela est, et pratiquer doucement le contenu de ma première. Et si après cette pratique, l'Ame n'est aidée ni sensiblement ni actuellement, alors elle pourra s'appliquer et s'occuper par une pensée douce et tranquille, sur un des objets que je vous vais brièvement représenter, étant pressé du porteur. 1. Vn jour votre âme s'occupant à considérer Dieu, comme une source et abîme de grandeur et de toute perfection, qui a voulu faire paraître en trois divers lieux, trois de ses vertus : la grandeur de sa justice en l'enfer, la grandeur de sa miséricorde en la terre, la grandeur de sa gloire au ciel. 2. Une autre fois vous appliquant à considérer la grandeur et immensité (le son Etre, qui remplit de sa présence lé ciel et la terre ; qui est et habite actuellement en tous lieux, et en toutes créatures, vivant, opérant et jouissant partout de la même félicité qu'il a et qu'il donne au ciel.

(161) Ce sont irois degrés différents du pouvoir intérieur de Dieu sur nous; car les bonnes âmes ffiàmei» ont plusieurs mouvements éloignés de leurs

3. Une autre fois contemplant la grandeur de sa puissance; et le grand pouvoir qu'un si grand Dieu doit avoir sur toutes les créatures et sur vous-même , vous y élevant et appliquant en la manière suivante , si autre meilleure vous manque. Grand est votre pouvoir,ô grand Dieu, on l'ordre de nature, et s'étendant même sur les plus petites choses, comme sur une feuille d'arbre qui ne tombe pas sans votre vouloir; sur un poil de notre tête, qui ne périt pas sans votre ordonnance , dit Jésus-Christ en l'Evangile! Et tiendra-t-il à moi que ce même pouvoir ne soit grand en l'ordre de la grâce ? Oh! que grand doit être le pouvoir d'un si grand Dieu sur moi 1 Pouvoir sur mes affections, n'embrassant que ce qu'il veut; pouvoir sur mes intentions, ne cherchant que ce qu'il m'ordonne; pouvoir sur mes mouvements, n'appétanl intérieurement que ce qu'il me présente ; pouvoir en temps et en éternité, en la terre comme au ciel , au corps comme à l'esprit; à ce que tout temps, tout lieu, toutes choses étant à lui, et le corps aussi bien que l'esprit étant à lui, de lui et par lui, tout lui rende honneur et gloire es siècles des siècles (161). Amen.

LETTRE CCXXXVL

A VUE PERSONNE DE PIÉTÉ

Différence de l'Eglise de la terre, et de VEglise du ciel. Jl faut toujours travailler en la terre, pour ne point déchoir. Dispositions au regard des afflictions que Dieu nous envoie.

La grâce de Jésus-Chrisl Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Dieu a deux Eglises, l'une au ciel et l'autre en la terre. Celle du ciel, il la régit par amour; et tout ce qui se fait dans le ciel, il le fait par amour; celle de la terre, il la régit toute par autorité divine; et tout ce que le Fils de Dieu fait en icelle, il le fait par autorité. Et comme dans le ciel les bienheureux sont soumis entièrement à Dieu en son amour, nous le devons être entièrement en la terre à son autorité par amour. Or au ciel où tout est parfait, et oti rien ne peut souffrir diminution de perfection, il n'y faut point travailler ; mais en la terre il faut toujours travailler et se garder, pour ce que nous sommes tous sujets étant en terre, à déchoir de la [)erfectioH, et à nous relâcher; car nous avons une nature qui tend toujours à cela. Nous avons en la Genèse ch. ii, 8, que Dieu avait créé un paradis en la terre, et qu'en icelui il y mit un homme ; et pourquoi faire ? L'Ecriture nous l'apprend : Ut operaretur et custodiret illum. [Jbid., 15.) Il faut donc travailler en la terre, et n'y attendre rien autre chose que travail ; et si Dieu donne quelques consolations, il les faut recevoir, à la bonne heure ; mais il ne faut, ni les re-

jnientions et de leurs affections et ce dernier degré est d'une r;>re perfection.

LLTTfVES. — m, A MVtU^KS l'ERSO.NJ^ES.

chercher, ni Cire en peine de n'en point avoir ; ni »*irnjuiéler tlo les ocnlro .'iprùs les flvoir eues ; et ce (jui est plus, il laul ôln; disposé à nckopter les peines el les croi^ qu'il plaira à Dieu de nous envoyer, el c'esl de quoi vous devez luaintenaht faire usa^-e.

Tandis (|ue la peine est en vous, faiies que voire esprit ne soit point en la peine; au lieu de voir votre toiirincnt , voyez les remèdes do votre mal ; el au lieu de rabaisser votre esprit, et de IVibandonner à la 1<eine que vous ressentez , ahandonnez-le h )ieu (jui vous envoie cette peine. Pensez, dans le mal (]ue vous souiïrcz , que c'est le grand Dieu (jui vous envou; ce mal , dont doit ensuivre une soumission el abaissement d'esprit, ne pouvant, ne devant el ne voulant contredire à sa grandeur. Que ce grand Dieu vous envoie ce mal [lour volro ;rand bien ; ce qui demande soumission à )ieu, avec reconnaissance de sa bonté envers vous.

LETTRE CCXXXVn.

A MADEMOISELLE DE GOCRGLES SA COL'SITIE.

Pour réponse à une lettre, par laquelle elle lui mandait quebfues pensées que Dieu lui avait données de l'avanta/je qu'ont les Vierûes de suivre l'Agneau partout où il va, et le désir qu'elle ressentait d'être de cette troupe.

Mademoiselle,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, qui m'a donné grande consolation et édilication. Je loue Dieu des pensées qu'il vous donne; et il me semble que vous les devez recevoir avec humilité et avec soumission h fa i>rovidence et à sa conduite sur vous. C'est une grâce el miséricorde que Dieu vous fait, de vous donner cette lumière el connaissance que vous mandez, et vous la devez suivre avec gratitude et reconnaissance envers Dieu, qui vous la donne et communique par son amour. Le bien 'de la création ne consiste [)as à 6lre, mais à être à Dieu; el la plus grande puissance que la créature puisse jamais avoir, c'est de se donner à Dieu, et plus elle s'y donne, et pluselle est puissante ; vous n'aurez jamais un plus grand don à ollrir à Dieu et qui lui soit plus agréable, <}ue celui do votre virginité. C'est un trésor inestimable que l'on peut aisément perdre et que l'on ne |)eut recouvrer, et (jue Dieu chérit uniquement , donnant la privaulé el l'abondance de son amour aux âmes qui délaissent l'amour de la terre, pour son ainour el par son respect. J'attribue aux prières de votre bonne mère ces pensées qui vous sont envoyées du ciel; car je l'ai vue autrefois si désireuse que vous eussiez le firivilége qu'elle n'avait eu, et qu'elle eût ce bien d'olfrir h Dieu en votre personne ce quelle ne pouvait lui otlrir en la sienne; que je réfère cet instinct que vous avez à sa présence devant Dieu, au soin qu'elle a do votre âme, el îi la c'rtire

lumière en laquelle elle est, el elle voit la vérité et la dignité des choses éternelles (|ue le fiionde ignore, el que le ciel honore ol possède. Je me liens ol)ligé sehin Dieu, de vous prier de recevoir ces pensées, (omme pensées divines, et comme semences d'une plus grande bénédiction à l'avenir sur votre âme. Mettez votre âme el votre virginité en la main de Jésus, cl en la main de la N ierge, pour garder i'un el l'autre à eux-mêmes , el priez-les de conforter el augmenter ces désirs en vous. J'our ce qui est de la vie religieuse, je vous dirai sincèrement, que les raisons qui vous ont été alléguées par N. N., ne me semblent pas valables ; et qu'au cas qu« Dieu vous donne persévérance dans les pensées que vous avez, j'estimerais qu'il y aurait quelque oensée et élection de Dieu sur vous, pour l'ordre des Carmélites. Je la considérerai toutefois devant Dieu avec plus de loisir, et vous rendrai toujours l'assistance sincère que je dois à votre âme, vous priant bien humblement de recourir toujours à moi eu tous vos besoins, avec sincérilé et confiance, comme à celui qui désire vous servir selon Dieu, et qui est à jamais.

LETTRE CCXXXVIIL

A C?»E DAME KOUVELLEMKNT ENTRÉE Z:i R«- LIGION.

// lui fait remarquer les voies que Dieu a tenues pour la conduire en sa maison; le bonheur de la condition religieuse. Les vertus dans lesquelles elle se doit exercer, l'abandon à la providence de Dieu , te soin d'éviter les moindres défauts , le travail de la mortification , l'amour de la correction, etc

Madame, Les particularités que vous me mandez me font louer Dieu plus atlectueusement, de ce qu'il lui a plu commencer et achever en vous si heureusement, et de ce que, vous sauvant d'un naufrage, il vous conduit à un port que vous reconnaîtrez dès l'abord, el ex[)érimenlerez si salutaire et favorable. Maintenant que vous y avez pris la terre ferme, et que vous êtes en l'abri des orages, remarquez les diverses périodes de cette navigation, el considérez à loisir les voies que Dieu a tenues pour opérer celle œuvre et ce bénéiice singulier de votre heureuse vocation; c'est-à-dire voyez sa patience à vous attendre, sa miséricorde à vous rechercher, sa force à vous loucher, sa douceur à vous attirer, sa bonté à vous recevoir, et son amour à vous appeler et à ordonner tous ses elfets pour votre bien. Et pesez en vousmême ce que vous devez rendre d'hommage, de service et de tribut à ce grand Dieu, pour tant de siennes perfections qu'il a exercées et employées envers vous, et qu'il a mises en œuvre'pour votre salut. N'estil pas raisonnable? Dieu nous avait tous appelés au paradis du ciel, et nous y conduisait tous par 1« paradis de la terre, si nous

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n'eussions interrompu le cours de notre heureuse vocation en la prévarication de notre premier père. Maintenant que ce dessein de Dieu est rétabli en vous, et qu'il vous remet en un paradis en la terre, pour vous conduire au paradis du ciel, souvenez-vous de l'intention pour laquelle il avait mis Adam et nous tous en ce premier paradis et ayez soin de l'accomplir en celui oij vous êtes. Et voyant que c'était, comme dit l'Ecriture ; Ut operaretur et custodiret illum (Gen. II, 15), gardez votre paradis, atin qu'il vous garde; travaillez en ce paradis, afin que vous y reposiez, jouissant ici-bas du repos de la grâce, en espérance et en attente du repos de la gloire. Je vous laisserai à vous-même, à attendre et appliquer le sens et l'énergie de ces deux mots, que l'esprit de Dieu a voulu nous marquer et spécifier en la sainte Ecriture pour notre institution, et viendrai à l'exercice des anges que vohs désirez de moi, auquel je joindrai les saints, pour ne séparer en votre dévotion ceux ([iii sont uni? en même gloire.

Dieu veut que nous le servions fidèlement et libéralement en ce monde, comme en éciiani^e il nous promet de nous servir luimême en l'autre. Le temps et le quartier de notre service envers lui dure peu, car il ne dure que pendant cette vie (162), de laquelle encore nous employons si peu à son service. Mais le temps et le quartier du service que ce grand Dieu daigne bien rendre à noire âme, dure une éternité, car il dure tout le temps et l'état de la gloire, qui ne doit jamais finir. Heureuse l'âme qui commence de bonne heure son temps et son service, et ne le finit point qu'à la fin de ses jours; c'est l'heure que je souhaite le plus au monde, et que je vous souhaite le plus.

L'agneau pascal doit être sans macule; vous et toutes personnes religieuses êtes (les agneaux de la pâque, c'est-à-dire du passage, car vous avez passé de l'Egypte du monde au désert de la religion, pour vous acheminer à la terre de [)romission. Vous devez donc être sans aucune tache, et vous garder avec soin des moindres défauts; c'est une marque de grande imperfection au lion et à l'éléphant, qu'après avoir vaincu les tigres, les bulUes et les ihinocéros, ils s'effrayent et trémoussent le premier devant un j)etit poulain, et l'autre devant un rat, dont Ja seule vue leur fait perdre courage ; c'est un grand déchet à leur générosité, et c'est aussi une grande tare aux bonnes âmes, ai)rès tant de combats en la vertu, d'y voir les imperfections particulières d'amour- propre, de ]>ropre estime et de coujplaisances en leurs œuvres. Le vermisseau qui rongea le lierre de Jonas, semblait être petit, mais son elff.'t fut si grand que l'arbrisseau en périt, ce qui nous enseigne que les moindres défauts peuvent avancer jusqu'à la ruine de l'âme, et qu'il nous en faut garder avec tout le soin qui nous est possible. Ismaël était encore petit garçon, mais incontinent qu'il ccm-

(1(52) Tranùcm ministnihil illis. {Luc. xu, 37.)

raença à piquer et agacer Isaac, la sage Sara le fit chasser avec Agar, sa mère, hors de la maison d'Abraham. Les mouches mourantes, dit le Sage, perdent la suavité du i^arfum, si elles ne faisaient que passer et le sucer en passant, elle ne le gâteraient pas, mais y demeurant mortes et comme ensevelies, elles !e corrom[)ent. Ainsi est-il des défauts que la religieuse laisse croupir en son âme; et les y apercevant, ne se met pas en peine de les arracher. Il n'y a rien si semblable que deux gouttes d'eau, néanmoins l'une peut être de rose, l'autre de ciguë; l'une guérit, l'autre tue ; ainsi est-il des deux mouvements^ l'un d'amour de foi, l'autre d'amour de Dieu ; l'un de nature, l'autre de grâce. Les abeilles aiment leurs ruches qui sont comme leurs maisons, leurs cloîtres et leurs cellules (car elles sont des religieuses naturelles entre les animaux), mais elles ne laissent pas d'éplucher par le menu ce qui y est, et de les purger en certain temps; el elles apprennent aux âmes que Dieu par sa grâce appelle à la religion, d'être incessamment attentives à la garde d'elles-mêmes et ne donner entrée à rien d'imparfait, et même de travailler à se purifier de jour en jour des souillures dont la nature des enfants d'Adam est toute pénétrée et remplie; l'Epouse aux Cantiquesr (i, k) confesse son imperfection qu'elle est noire.

Chacun doit jeter son soin et sa confiance en Dieu, comme en celui qui nourrit tout le monde : Jacta cogitatam. Cliacun ne le jette ])as en même degré de résignation ; les uns l'y jettent sous le travail et industrie que Dieu leur a donnée, et par laquelle Dieu les nourrit : Tuum in Domino, et ipse te enutriet; mais les autres plus purement et sans l'entremise d'aucune industrie tendante à cela ; ils ne sèment ni ne recueillent, et le Père céleste les nourrit ; chacun se doit confier en Dieu selon la qualité et la différence de sa vocation. 11 n'est pas nécessaire à ceux qui sont dans le monde, de s'appuyer en la Providence divine en la sorte que les ecclésiastiques auxquels il est défendu de thésauriser et laire marchandise, ni les ecclésiastiques ne sont obligés d'espérer en cette même- Providence comme les religieux qui s'y doivent tellement confier, qu'ils n'aient aucun soin du particulier. David admire comme Dieu nourrit les peliis des corbeaux, et certes, c'est chose admirable, que leur condition naturelle porte, qu'ils soient abaiulonnés de leurs pères et mères, et qu'ils n'aient d'ailleurs nul moyen de se pourvoir, et que c'est Notre-Seigneur qui les nourrit immédiatement et [iresque miraculeusement, ce qu'il ne fait pas aux autres animaux qui sont aidés de leurs pères et mères ou de leur travail. Tandis que saint Pierre se fia en celui qui l'appelait, il fut assuré, mais quand il commença à douter et perdre confiance, il s'enfonça' dans les eaux. Lorsque les enfants d'Israël étaient en Egvjite, il les nourrissait des viandes que le5Egyi)tiens donnaient,

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