‹ Œuvres complètesChapitre 459 sur 540 · FRAGMENTS DIVERS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DIVERS

DE (JLI:L0LKS OrLSCLLi:S DU CARDINAL DK hUWlAM

I. — Fin du discours de de Hnulle ait Pape pour obtenir In dispense du wariai/e tir Hnirivtlc de l'rance avec te roi d'.inijhirrre.

Ne perdez |ias, Irès-sainl Pùrc , ccll<^ gloire ipjo Dieu présente à votre siècle et .*i voire poiililical : c'est de l'Angleterre et pour l'Angleterre cjue je jtarle. Ses douleurs et ses géinissemeiils me contraignent de hausser la voix ; sa situation m'oblige à supplier Voire ï^ainleté de me jinrilonner, si j'entreprends do vous représenter ce (juc la com- |>nssioii que j'ai de ses malheurs me force d'ajouter. L'inclémence du siôde (.assé !'a jetée dans cet ét'it ; (jue le honlicur et la clémence de celui-ci l'en relire; (pu; cellu boulé, cette douceur, celte urbanité cjue vous portez gravées dans votre cœur, dans vos actions et juscjue dans votre nom, apporte le remède à un mal qui n'a que trop duié. Permettez que je m'explique sans détour. C'est la précipitation d'un Pape qui a blessé la nation pour qui je i»arle ; qu'elle soit guérie par l'attention et la diligence d'un aulrePape. C'estce qui est attendu du roi très-chrétien, espéré de tous et digne do la piété el de la gloire de Votre Sainteté.

il. — Déclaration de de Jiérulle touchant les statuts de la congrégation de l'Oratoire, présenté à la faculté de théologie de Paris.

Ego Pelrus de Berulle, presbyter Parisiensis, auctoritate et mandalo I). Rêver, tpiscopi Parisiensis, curam gerens congregationis Oratorii chriatiunœ Jieginœ Mutris munificeniia in hac civitate Parisiensi fundatir, reguisitus a doctoribus sacrœ Facultatis Theologiœ Parisiensis gui in eamdem congregalionem se rcceperunt , testor nihil esse in prœfata congregatione, nec quidguam f'uturum in posterum, quod ullatenus adiersetur statutis.dccrelis, moribus, legibus, privilegiis prœdiclœ sacrœ Faculiatis TheologiciV Parisiensis, guodijue ab oneribus ejusdem Facultatis sustinendis cos impedire possit : ac prœscntis jlde icslimonii déclara nosine congregationis doctores perpétua libertate fruituros quoties opus fucrit, ut legibus et mandat is prœdictœ Facultatis quamprimum parère et comitiis convocati adesse, alia'fue oneraad nutuni ejusdem. Facultatis puratissimi suhire possit.t. JJœc testor per Ifeum, Parisiiis et propria manu subscrtbo, die ullima maii ann. Dom. 1G13. P. de Berulle, presbyter Parisiensis.

m. — Déclaration faite au parlement de Boue n sur la constitution de l'Oratoire.

Le P. de Bérulle, ir»lcrroi;é [«ar k\s ma-

gistrats do HouoM , répondit : « que les prêtres de la congréj-'nliori fj'étaient [ins de* religieux, mais des prêtres vivant en coniniun , suivant l'institution primitive du clergé ; (ju'ils n'avaient point d'exemption <le la juiidicli(jn (\(-s ordinaires, et n'en prétendaient aucune ; qu'ils l'ai>aioiit (irol'ession de dé|)endre d eux, de n'être emidoyés que par eux ; qu'ils ne prétendaient l'aire aucune fonction dans les paroisses, que du consentement exprès des curés, et que, dans leur [irofire église, ils n'en faisaient point de |iublique aux heures de l'office paroissial, autant que cela se pouvait ; que [larloul ils exhortaient les fidèles à se rendre aux ofTices de leurs paroisses, surtout les dimanches. »

JV. — Idée que se faisait le P. de Bérulle de la perfection à laïuelle doivent tendre les prêtres.

« Hé quoi, » dit-il dans une conférence sur ces paroles : Nescilis cujus spiritus estis {Luc. IX, 55): « hé quoi! serait-il possible que Notre-Seigneur eût désiré une si grande perfection de tous les ordres religieux, et qu'il ne l'eût pas exigée de son propre ordre, qui est l'ordre sacerdotal ? car c'est l'ordre qu'il a institué immédiatement par lui-même : c'est l'ordre de ceux qui sont ses ambassadeurs sur la terre, qui parlent en sa personne, qui agissent en sa puissance, qui disfjensent ses mystères, qui annoncent ses vérités, qui donnent son sacré corps, qui communiquent son esprit, qui, en son nom, lient et délient les âmes, ouvrent el ferment les [-orles des cieui ; et au lieu que les religieux sont consacrés fardes vœux qui sont leur 0['éraliûn propre, quoique en soi sainte el louable, le:» j>rêlres sont consacrés par l'opération du Jésus-Christ même qui leur communiqua encore le Saint-Esprit, suivant ces paroles : Recevez le Saint-Esprit.» [Joan. xx, 22.)

\ . — Sentiment du cardinal de Bérulle sur Ua contradictions.

J'ai appris ducardinal Duperronque le cardinal Baronius, étant accusé par quelque invention maligne, commence ainsi sa justification : Deus, laudem meam ne tacueris [Psal. cviii, 2) ; ne vous taisez pas et (jarlez de ma louange, ô mon Dieu! Je pourrais imiter l'exemple de ce cardinal, lia été de l'Oratoire comme moi ; je suis calomnié comme lui, et la parole duProjihèle nous est mise dans la bouche de lous deux pour nous en servir aux usages de notre vie. Mais j'aime mieux, en cet endroit, suivre une autre version, cl dire : Deus laudis meœ.ne tacuê-

IJI9

C*:LVr\ES COMPLETES DC CARDINAL DL UERILLE.

ris. a 0 Dieu, qui êtes Vobjet de ma louange , ne vous taisez pas : » c'est-à-dire, que Dieu soit ma louange, que mon office soit de le hénir; je ne veux do lui pour tout honneur et pour toute gloire que le bonheur d'être honoré de ses miséricordes.

Puisqu'il plaît à Jésus-Christ, de me f.iire participer 5 sa croix, je le supplie fliissi qu'il daigne me faire participer h l'esprit de cette même croix, c'est-à-dire à l'esprit de Jésus en croix ; et qu'il me fasse entrer dans le saint ordre des âmes cru- <;i(iées en lui, avec lui et par lui.

V'I — Confiance en la Providence.

Le P. Berlin ayant un jour représenté au 1*. de Bérulle qu'il s'exposait à de grands inconvénients en recevant presque en même temps un grand nombre de postulants dans l'Oratoire, dont plusieurs étaient mal dotés ou ne l'étaient pas du tout. « Vous avez rai- S' 'U, a lui répondit le P. de Bérulle,» et sije suivais mes i)ropres lumières, je ferais comme vous le dites. Je vois les inconvénients que vous m'opposez, et je puis vous dire que je les sens plus que vous-même; mais quand le Maître parle et ordonne de ne pas écouter notre raison, il faut adorer sa conduite, et nous souvenir que ses voies sont infiniment au-dessus des nôtres, et que notre devoir e.st de captiver nos sens sous ses volontés. » VII. — Extraits des avis aue le cardinal de

Bérulle rédigea au nom de Marie de Médi-

cis pour la reine d'Angleterre.

Ma fille, souvenez- vous toujours que vous êtes fille do l'Eglise. C'est la première et plus grande dignité que vous ayez. Toutes les autres viennent de la terre, et ne passent point cette vie. Celle-ci, qui vient du ciel, vous élève au ciel. Rendez donc grâces à Dieu de vous avoir faite chrétienne et catholique. Ce titre vous est acquis par le sang précieux de son Fils unique. Ayez soin de le conserver, quand ce devrait être au prix de votre sâng. N'écoutez jamais rien de contraire à la fui que vous professez. C'est à l'Eglise à parler pour vous. Elle a assez de lumières pour vous éclairer, et de force pour vous défendre. Persévérez dans votre litJélité pour elle, et dans la simplicité de votre foi. Ne souffrez jamais qu'en votre présence on avance rien qui y soit contraire. Nous avons dans les promesses du roi un bon garant que cela n'arrivera pas. Mais en lin, si quelqu'un osait en venir là devant vous, votre zèle et votre courage seront bien employés dans ces occasions. Monirezvous digne fille du grand saint Louis, qui est allé mourir pour la foi dans les pays

étrangers. Fréquentez les sacrements et

l'our le faire avec fruit, faites des œuvres dignes de la foi que vous professez. Ayez soin de protéger, auprès du roi votre mari, les catholiques anglais. Soyez à leur égard une Esther suscitée de Dieu pour le salui de son peuple. Ils sont depuis plusieurs années dans la souffrance, et ils souffrent pour la religion , double titre qui doit vous les rendre rccumiuaadables. N oubliez pa? non plus

les autres pauvres Anglais. Quoiqu'ils soient d'une autre religion que vous, vous êtes leur reine; vous les devez assister et édifier, cl par cette voie, les disposer doucemeni à sortir de l'erreur.

Après Dieu et la religion, votre premier devoir regarde le roi. Aimez -le comme votre époux; honorez-le comme votre maître, sans que l'amour diminue le respect, ni que le respect affaiblisse l'amour que vous lui devez. Ayez toujours envers lui une familiarité respectueuse. Rendez-vous douce et patiente à l'égard de ses volontés; mettez votre joie à le contenter plus qu'à vous satisfaire. N'ayez aucune communication envers les grands de son Etat que par son ordre et par sa conduite. Prenez d'autant moins d'autorité en ap()arence, qu'il se portera plus jiar sa bonté à vous en donner en effet. Témoignez-lui par votre conduite, qu'après Dieu, votre unique soin est de lui plaire....

Vous devez encore à votre mari un autre amour, un amour chrétien qui s'intéresse à son âme et à son salut. Dans celte vue, jiriez chaque jour et faites prier pour lui, aCui qu'il plaise à la bonté divine de l'attirer à la vérité de la religion, dans le sein de laquelle et pour laquelle son aïeule est morte.

Que le désir de le gagner à Dieu vous fasse vous oublier saintement vous-même, et avoir pour lui de la complaisance en tout. Je l'entends, ma fille, excepté la religion; car, sur cet article, vous lui devez montrer de bonne heure tant de constance et de fermeté, qu'il sache que vous aimeriez mieux mourir que de manquer en rien à la foi : il vous en estimera davantage ; au lieu que, s'il venait à s'apercevoir que, pour lui complaire, vous manquez à Dieu, il vous croirait capable de manquer encore plus aisément à lui-môme. Pensez-y bien, ma chère lille ; il y va de votre salut. La crainte de ce néril est la seule chose qui m'ait fait trembler, en vous éloignant de moi. J'ai mon recours à Dieu, et je le supplie de tout mon cœur que vous n'écoutiez jamais la voix du serpent qui séduisit Eve et qui voudrait aussi vous séduire. Mais si ce malheur vous arrivait, ce que je ne [)uis croire, je vous donne dès à présent ma malédiction, ne prétendant vous avouer pour ma fille qu'autant que vous continuerez de l'être de Jésus-Christ et de son Eglise.

Désormais, reine d'Angleterre, n'épousez que les intérêts de cette nation; oubliez en quelque sorte ceux de la France, quoique fille du sang français; souvenez -vous-en néaraoins quand il s'agira d'être le ciment et le lien commun des deux Etals, et de conserver la bonne intelligence entre deux ))rinces dont l'un est votre frère, et l'autre votre mari. Soyez un modèle d'honneur, de vertu et de modestie; que votre port, vos regards, toutes vos actions ressentent l'bonnèieté, la pudeur, l'affabilité, en un mot, la dignité de votre naissance.... Je suis remplie de tant de diverses pensées, que je ne finirais point, si je ne donnais des bornes à tout ce qui se présente à moi; mais il faut

\Q1\ IKIIAGMEMS DIVKUS DE

que jo vous laisso ;iarlir, (juo jo donne un libre cours à mes hinnes, cl que je me coiiloiito (le prier Dieu el son n.iiiiI nnjie dr. vous inspirer loul re (|uo je ne dis point. Atlieu donc, ma lille; je vous donne à Nolre- Seigneur Jésus- (Ilirisl; je vuiis donno à sa sainte Mère, d<Mil vous portez le nom. Adieu encore une l\iis. \ dus ôles à lui; deincuioz en lui éternellement.

\'III. - - Uàjlcinrnt que de Hcnillc $'c'lait tracé pour la direction de Ui reine d'Anylcterre.

Je ferai lout re cjue je pourrai pour gagner la roiili.iiice de la princesse, sans eepeniliuil avoir avec elle de rrétjucnls eiilr«'liens;je no la verrai qu'au confessionnal, dans sa ciiapelie, el dans les exercices de |)iélù où ma prtSence sera nécessaire. Je Ja forldierai contre les altaijues qu'on jiourra livrera sa loi, mais sans lui proposer d'autre expédient ciue de conjurer lo roi de la laisser iranquine sur cet article, cl do lui nrometlre pour loul le reste une unité parlaile do seiilimenls, une lidélilé inviol.ilde, el un redoublement de tendresse. Je mettrai toul en ujuvre pour cimenler l'union des deux royaumes de France el d'Angleterre. J'exiiorler.ii les Callioliques anglais à l'obéissance qu'ils doivent h leur jirince. Je no dirai rien sur la religion, qui puisse elfarouclier ou indisposer sans utilité. Je me montrerai ouvert envers tous, étant cependant toujours réservé el sur mes gardes. Je veillerai aux moyens par lesquels la religion pourrait être rétablie, sans })réjudicier au re[)Os de l'Ktal. Je ferai connaître, autant que la prudence <;lirétienne le pourra permettre, le génie el le caractère des hérétiques frangais réfugiés en Angleterre, et je ferai entendre au prince que, selon la religion et la bonne politique, ni lui ni le roi de France ne doivent entretenir ni favoriser la révolte chez leurs voisins. Entin, j'aurai soin de pourvoir à la sûreté des dépêches, el je ferai attention qu'il y aurait bien des choses dont il serait plus à |»roiios d'informer la France }>ar des personnes aflidées, que par écrit.

IX. — Estriiil d'un Mémoire sur la \alteline trouvé dans les papiers du cardinal de BéruUe.

11 n'y a que de mauvais théologiens qui puissent prétendre qu'on perd, avec la vraie foi, le droit qu'on avait au titre de souverain, et qu'on ne i)eut en conscience protéger ou assister les princes el les nations hérétiques. Ces docteurs, aveuglés par le désir de nous nuire dans une seule all'aire, ne voient pas qu'ils trahissent leur f»ropre prince en cent autres semblables, où il est aisé de leur faire voir, sans remonter bien haut, que les rois d'Es|)agne, loul catholiques qu'ils se piquent d'être, se sont conduits comme ceux de France dans pareil cas.... Que ces théologiens nous fassent la grâce de croire que nos princes sont aussi bons Chrétiens, el qu'ils onl la «onscience

QIELQLES OPLSCILES. iG«

aussi tiélicate que ceux do la maison d'Autri(,ho. Co n'est m à eux ni à moi, simple particulier, h nous rendre juges de la conduite fies grands monar(iues. I.a justice «les Etats ne su mesure |»as toujours aux règles communes; ils en onl d'autres (jue celles des universités de Eouvain cl de Salaman- (jue.

X. — Sentiments du cardinal de liérulle à l'occasion de sa promotion.

Ln Père de l'Oraloire, en l'abordant pour ia première fois depuis (ju'il avait été revêtu de la pourpre romaine, se jeta à ses pieds, et lui témoigna, avec une certaine etfusion de cœur, toute sa joie de le voir dans cette nouvelle décoration.» Comment, » lui dil-il avec, émotion, « vous vous réjouissez de ce qui me fait gémir? Dieu a permis cela jiour ma confusion, cl j'ai sujet de craindre que ce ne soit encore pour ma [)erlc. — Mais, mon révérend Père, >* re[irit un autre de ses confrères fjui était présent, « vous ne vous êtes pas procuré cet honneur, le Pape vous a commandé de l'accepter, et vous avez été obligé de vous soumettre. — N'importe,»

dit-il, « les grandes plates, quoique non recherchées, sont toujours dangereuses

Toutes les dignités, môme ecclésia.-.tiques, onl quelque chose non-seulement de vain, mais encore do malfaisant, el dont il faut so garder comme on fait de la contagion. Cela ne vient pas des dignités elles-mêmes, mais du fond d'orgueil que notre corruption y mêle toujours. »

11 disait aux Carmélites : « Par la grâce do Dieu, celle nouvelle dignité ne m'élève point, elle me sert au contraire d'un contrepoids bien puissant, pour me rabaisser et me tenir clans la crainte. Hélasl » continuaitil, « combien de grands personnages, el d'âmes bien plus saintes que je ne le serai jamais, se sont perdus dans l'élévation, qui dans l'humiliation eussent trouvé leur salut et leur sllreté! Ainsi, ce changement qui s'est fait en moi, ce n'est ni pour vous ni pour moi qu'il s'est fait, mais pour le monde qui ne juge des gens que par l'extérieur, et sur les apj)arences. Pour vous, je no veux point que vous me regardiez d'un autre œil, dans ce nouveau rang, sinon pour trembler pour moi. Car toutes les dignités de la terre, plus elles sont élevées, plus elles sont périlleuses. Et qui sait si Dieu ne me les donne en celle vie, [lour me réserver la punition de mes fautes en l'autre? »

Dans sa lettre de remercîmenl au Pape, il lui disait : « Le changement que Votre Sainteté vient de faire en moi me rem[)lit d'élonnement et de crainte. En m'élevanl, vous m'avez jeté dans des Ilots plus périlleni que ceux dont la main du Fils de Dieu retira saint Pierre, lorsqu'il marchait sur les eaux; et si je ne considérais que c'est lui, par voire ordre, qui me commande de recevoir celle dignité, je croirais bien plutôt devoir écouler la voix de mes répugnances, que celle de la soumission. •

|g23 lOEUVRES COMI'LETES Dl]

Page 1