‹ Œuvres complètesChapitre 46 sur 540 · PARTIES DE SES DERNIÈRES PAROLES A · texte numérisé non relu

PARTIES DE SES DERNIÈRES PAROLES A

l'ange : l'une, Ecce iincilla Domini; l'autre, Fiat mihi, etc.

De ces deux paroles, Vune porte le mouvement de la Vierge dans la servitude et le léunt de la créature; l'autre son mouvement à son Dieu, et à son Dieu pour être sa mère, mouvement qui ne convient quà elle. (Comparaison de ces deux mouvements.

Ce Fiat nest pas seulement une parole de consentement, mais aussi de désir, et désir opéré de la main du Très -Haut. Comparai^ son du Fiat de la Vierge avec le Fiat de Dieu en la création.

En choses si grandes, il y a plus à penser qu'à dire, il y a plus à admirer qu'à penser. Mais s'il est permis à notre enfance dans les choses divines de parler en bégayant, nous pouvons dire que cela est quelque chose des grandeurs et faveurs qui se jiassenlen la Vierge, lors(|u'elle profère cette dernière parole de ce sacrécolloque, dont ap|)araît l'état que nous devons faire de ce divin propos considéré en général. Que si nous le considérons, non en général, mais en i)articulier, et épluchons par le menu cette liumble, sainle et féconde parole de la très-sainte Vierge, nous verrons qu'elle a deux parties, et qu'elle a aussi deux usages de grâce bien diU'érents. La première \)Ot:\,e : Ecce ancilla Domini; la seconde : Fiat mihi sccmulmn verbum tunm. [Luc. i, 38.) La jjremière porte le mouvement de l'humble Vierge dans le fond de son être, dans sa servitude et dans son néant : Ecce ancilla Domini : car, dans la simple condition de l'être humain, la lumière de la Vierge n'aperçoit autre condition que le néant et la servitude. La seconde porte le désir et le mouvement de celte âme à son Dieu, et à son Dieu (ce qui est admirable) pour être sa mère, mouvement qui n'a jamais été et ne sera jamais qu'en elle. Ces deux mouvements semblent contraires : car l'un abaisse et l'autre élève, et élève si haut; l'un sépare et l'autre unit, et unit à Dieu même par une aflinité si grande et si étroite; mais ils conviennent à l'état de ce mystère. Ces deux mouvements sont très-bien joints ensemble en un mystère, qui abaisse celui qui est la gloire et puissance du Père jusque dans le néant de l'être humain, et conjoint Dieu à sa créature en unité de si grande personne. Comme donc Dieu s'abaisse dans le néant pour s'incarner, celle qui le doit concevoir s'abaisse jusque dans le néant de l'être créé pour l'y recevoir et adorer. Et comme Dieu s'unit et s'incorpore en notre humanité, la Vierge, après cet htimble mouvement de son esprit, est conduite par l'esprit de Dieu dans le mouvement et le désir d'être mère de celui qui veut s'abaisser et s'incarner en elle. Désir nouveau, et qui commence en ces par rôles : car il n'avait jamais entré dans l'esprit et le cœur de la Vierge; désir grand et imprimé dans le fond de cet esprit par la main même du Tout-Puissant, qui veut opérer ce mystère; désir saint, {)ur et divin :■ car il tend à produire le Saint des saints en elle-même; désir auquel ce cœur, ce corps, cet es[)rit fond en la main de son Dieu pour concevoir son Fils, et lui donner une partie de sa substance. Et dans la vive impression de ce désir, dans l'infusion de ce'le Jumiè-i'e, elle |)rofère cette parole de si grande énergie : Fiat mihi secundum verbum tuum. Un 7<'iof a donné commencemen-l au monde; ce Fiat donne commencement à l'auteur du.

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vu; lu: Ji:sts. — ciiAr. wii, fackllknck I)E mauii: k.\ i.i.ncakn.

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monde, l'iu' pflrolc n fflil col univers, el celle |i.iroIe met en l'univers un nuire univers, cl f.iil un nouveau inomlr nu milieu tie ce monde, el un monde de merveilles, un ciel en terre, unr; lerre un ciel, une naluro crevée dnns un Ctrc ineréé, Ml la \ n-r^c, en |>roléianl eelle i^r.-inde jurole, est l'Onenl où n.'iissenl res nierveilles, Dieti l'a élevée entre les autres, l'a élevée par-dessus les autres, et maintenant il l'élève |)ar-(Jessus clle-môme, cl l'étahlit en un état exeellenl cl en une conduite admirable. Ce n'usl |»as cel ange, mais le Dieu de ecl anye qni est avec elle; el cet ange nons en a avertis dès le connneniement, lorsqu'il lui a dit en arrivant : Le Seigneur est avec vous; il est avec elle en attendant (ju'il soit en elle, rutniue nous dirons incontinent. Mais il esl niainlenanl avec elle pour opérer en elle, jiour l'élever par -dessus tout ce qui e.sl créé, pour l'associer à soi-même, el jiour la préparer à l'œuvre de ses œuvres : car elle Cil seule, entre toutes les créatures, choisie, destinée, eiufilovér en la |)lus grande opération du Toul-l'uissant, hors tie soi-mônje, c'esl-à-dire h l'Incarnation du Verbe ; et elle sert, par un si haut el si digne ministère, comiiie celui de mère. Kl le moment a|)proclie auquel elle doit entrer en celte grande el singulière opération ! O grandeur l ô merreillel

chaphrk XVII.

l'excellent état de la vierge a l'issue

DES DERNIEBS PROPOS Qu'eLLE A TENUS A

l'ange.

La Merge lors est en repos et en mouvement tout ensemble, ^occupation de la Merge est action et Hat tout ensemble. La Vierge est en un non être d'elle-même, pour faire place à l'être de Dieu. Dieu fait en la Vierge une opérât ion semblable à celle qu il a de toute éternité en soi-même. On ne peut comprendre quelle est la puissance, la plénitude et l'actualité de cette vie, qui doit coopérer dignement ave la Trinité sainte un nouveau principe de vie et de grâce au monde. La Vierge, qui était comme une aurore, est maintenant comme un soleil, spécialement tandis que Jésus veut être caché. Jésus souverain du grand monde. Sauveur du petit monde. Ces paroles de la Vierge : Ecce ancilla, etc., contiennent un vœu, un serment et un nouvel hommage quelle rend à son souverain. Cette parole Fiat porte un désir par amour, et un consentement par obéissance. Cette parole Fiat, etc., contient trois souhaits en la Vierge : le premier du mystère de l'Incarnation en la terre; le second de l'Incarnation en elle; le troisième de l'Incarnation en elle par la voie ordonnée de Dieu, et expliquée par l'ange. Quel est le regard de Dieu et de tout le ciel sur la yierge, tandis que la terre l'ignore.

Si jamais j'ai révéré la Vierge dans le cours précédent de sa vie, de ses pensées et de ses désirs, je la révère beaucoup plus en ce moment, en cette élévation, en celle ^ïs-posilion, en laquelle elle profère celte

parole. LorsipiVIle la prononce, elle enlre en un étal nouveau opéré en elle, el non par elle; mais opéré \>m la main de Dieu en (die, el |tar celle mi>me main <|ui va opérer le mystère de llncarnation, cette main puissante! et divine, ipii va opérer sur le Fils do Dieu même en rincarnanl, fqière maintenant sur la Vierge en laepielle il doil être iiKarné, el y opère choses grandies dignes de soi-même, el dignes encore du triomphe exeellenl d'honneur el gloire qu'd va rendro h soi-même dans l'oiuvre de ses œuvres. Tarions un langage plus clair el plus élevé; parlons plus par négative que par aflirmative : car les choses si divines liennenl de In nature de Dieu, lefjuel esl annom é [dus hautement par la théologie qu'on appelle négative que par celle qui esl positive et nllirmalivc. Disons donc ipie la Vierge lors esl non en un mouvement, mais en un repos : car elle est tranquille ; non en un re|»os, mais en un mouvement: car elle tend à Dieu, el y tend (lar une vigueur el vivacité admir.bles.

Elle esl en un mouvement céleste, en un repos divin; eu un mouvement qui est repos, cl en un repos qui esl mouvement. Dans ce mouvement el re[)0s, contemplant l'occupation de la Irès-sainle Vierge, je dis qu'elle esl, non en une action, mais en un état : car son occupation esl [)ermanenle, cl non passagère. Elle est, non en un état, mais en une action : car ce qui se passe en elle est vif el pénétrant jus ju'aux moelles de son âme. Elle est, non en une action, non en un état, mais en un nouvel être : car ce qui est en elle est vif comme la vie môme, et est chose substantielle, intime et profonde comme l'être. Elle est donc en un nouvel être, mais en un être qui porte être et non-être tout ensemble. Et la Vierge est comme en un non-être de soi-même, pour faire place à l'être de Dieu el à son opération : car Dieu veut être en elle el opérer en elle, el y opérer le chef de ses œuvres. Ainsi elle n'est pas, elle ne vil pas, elle n'opère |ias : Dieu est, Dieu vit. Dieu opère en elle. Et ce qui esl plus, il est, il vit, il opère pour prendre lui-même un nouvel être, une nouvelle vie, el faire en la Vierge une opération semblable à celle qu'il opère de toute éternité en soi-même : opération la plus approchante qui puisse être jamais des éiuanilions divines.

Or, si l'opcralion suppose l'être el le suit, et s'il y a un rapport d'intluence el d'excellence enlre l'opération el l'être, quel sera ce nouvel être, communiqué à la Vierge, qui se rapporte à une opération si grande? quelle sera ce;te vie, source de vie, et source d'une telle vie ? quelle sera la puissance, la plénitude cl 1 aciualilé de cette vie, qui doit coopérer dignement, avec la Trinité sainte, à former un nouveau principe de vie et de grâce au monde ? Il n'y a alors, après la divinité mèiue, rien de pi, is grand et excellent en l'univers. Au()aravant la Vierge était comme l'aurore ; mais elle me semble maintenant comme un soleil, tant elle a de lumière. Elle est en l'orient d'un étatnouveau,

et entre en une condition qui l'élève autant par-dessus elle-même, comme elle était élevée par-dessus les autres. Elle est une créature nouvelle du nouveau monde, et même la première créature de ce monde nouveau. Elle en est le soleil, tandis que Jésus veut être caché au monde, lui qui est vraiment le grand monde et le souverain du monde que nous voyons, et le Sauveur du petit monde. C'est à l'instant de ces paroles : Ecce ancilla Domini, que la Vierge change ainsi de (]ualilé, et entre en un nouvel éiat. Et cette circonstam e nous les doit, rendre plus vénérables.

Il me semble que par icelles elle fait un vœu et profession solennelle. Et comme entrant en un nouvel office de la couronne du ciel, elle prête un nouveau serment au roi du ciel, et lui rend un nouvel hommage. Ce vœu, ce serment, cet honimage est compris en ces belles paroles, \m' lesquelles elle fait une profession publique et solennelle de son abaissement, de sa servitude, de son abandon au Seigneur, en disant : Ecce ancilla Bomini, etc. Car c'est comme si elle disait : Ecce, me voilà en la face de Dieu et de ses anges, en la vue du ciel et de la terre, au milieu du temps et de l'éternité. En celle vue et pensée, je me rends, déclare et j)rofesse, sans réserve d'aucun dioit, sans exception d'aucune chose, pour le présent et pour jamais la servante du Seigneur; a7icilla Dominiy je le regarde, accepte et adore comme Seigneur et comme le Seigneur; comme Seigneur de mon âme et de mon corps, et comme le Seigneur de l'univers; et, en cette double qualité, je me rends sa servante.

Mais, ô bonté, ô grandeur, ô merveille 1 il veut que je sois cette heureuse servante, celte servante unique prédite es Ecritures, qui le doit servir en l'œuvre de ses œuvres, qui le doit servir en ce rare ministère. Il veut queje le regarde non-seulement comme mon Seigneur, mais comme celui qui veut êtie mon Fils et que je sois sa mère. J'adore ce sien vouloir, je uj'v'rends[)leinement, j'y donne mon censenlement , et j'y joins mes vœux et mes désirs, et le souhaite de toute ma puissance, de nature et de grâce; Fiat, dit la sainte Vierge. Et cette simple parole porte en un simple mot deux choses dignes de grand poids; elle porte et un désir par amour, et un consentement par obéissance, et un consentement si important que d'icelui dépend un œuvre si grand et si nécessaire au ciel et en la terre. C'est une parole abrégée et qui sert à former le Verbe incarné et abrégé au monde; cette i)arole mérite bien d'être un peu expliquée et étendue en nos pensées, pour être mieux entendue.

Fiat donc, dit la Vierge à l'ange et h Dieu en son ange et plus encore à Dieu en ellemêriie. Et celte simi)le et seule parole, porte un souhait de l'Incarnation, souhait plus divin et [)lus puissant que tous les vœux et les souhaits des justes ensemble, Fiat mihi, ajoute -la Vierge, et t»ar cette parole seconde

elle exprime un second souhait, non-seulement du mystère de l'Incarnation en la terre, mais du mystère de l'Incarnation en elle, et conclut son état heureux, état admirable dans l'ordre de la grâce, et le plus grand état de la cour céle.-te et le [iremier oiïice do la couronne de Jésus, l'état heureux, divin et admirable de la maternité divine. Que j'entre en cet état, dit-elle et ((u'il s'accomplisse, ô Dieu, ô Ange ; ô Dieu, selon votre ordonnance, ô Ange selon votre parole : Secitndiun jverbum tuum. Que cet œuvre rare et divin s'accomplisse par la voie rare et divine qui m'est annoncée, voie digne de Dieu et de son œuvre, voie haute et digne du Très-Haut, voie qui élève et n'intéresse pas mon intégrité, voie qui joint la nature à la grâce,et donne entrée au monde à l'auteur de grâce et de nature, voie qui fait que l'homme est Dieu et Dieu est homme, et que je suis et sa servante et sa Mère, Mère et Vierge tout ensemble.

Ce sont les pensées, les désirs, les paroles de la très-sainte Vierge; ce sont les fruits doux et délicieux de ce divin colloque; ce sont les souhaits saints et heureux de Marie sur l'Incarnation du Verbe. Trois souhaits différents et bien dignes d'être considérés et honorés d'un amour spécial en la Vierge et en ce mystère. C'est l'état excellent de celle que Nazareth ignore et (|ue le ciel admire; de celle à laquelle ni la Judée, ni la terre ne pense point ; mais est l'objet le plus grand des anges en leur gloire, après la Divinité même, de celle h qui Dieu pense et qu'il veut choisir [)our Mère, et au temps qu'il la veut élever en cette grande dignité pour la rendre sa mère. Dans l'humilité de son abaissement, dans la pureté de ses désirs, dans la sublimité d'une grâce si rare, dans l'actualité d'une élévation si haute, le Verbe éternel a voulu être conçu et engendré au monde.

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