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(JEUYKES COMPLETES DU CARDINAL DE BEKILLE.
que comme le corps au regard de l'âme; recevez mouvement, sentiment, vie et conduite de Jésus, et qu'il soit en vous, vous animant et vivifiant; et qu'il soit seul chez vous, ou si vous y êtes, soyez-y comme n'y étant pas, mais recevant les opérations de Jésus-Christ qui ne vient en vous que pour y opérer.
Oii Dieu est, il est opérant ot proportionnément à sa manière d'être. Il n'est jamais sans opérer, et dans l'espace même de neuf mois qu'il fut en la sainte Vierge, et durant le cours de son enfance, il ne laissa pas néanmoins d'opérer secrètement de grandes choses et dignes de lui, opérations qui ne sont pas moins grandes pour être inconnues. Comme donc Jésus est en nous d'une manière si particulière, et qu'il ne demande qu'a y opérer, votre devoir est de le laisser faire; et c'est le meilleur usage que vous puissiez faire de votre volonté, né consentant et ne désirant que Jésus-Christ fasse en vous que ce qu'il voudra. Soyez purement devant Jésus, comme un néant qui ne résiste point et sur lequel il oi)ère.
Et comme il y a quelque sorte d'anéantissement en la substance du pain, en l'arrivée du corps de Jésus - Christ , en tant que le pain n'est plus, mais est converti au corps de Jésus; et comme en ce sacrementle Saint-Esprit est solennellement et religieusement invoqué pour changer et transsubslancier par la vertu, la substance commune et vulgaire des espèces proposées à l'autel en la substance du corps et du sang du Fils de Dieu, invoquer solennellement et prier le môme Saint Esprit, qui est doublement l'esprit de Jésus, qu'il vous change en vous anéantissant et qu'il vous fasse être autre que vous n'êtes. Ressouvenez-vous que la grâce de ce sacrement n'opère pas seulement union de vous à Jésus, mais unité, de sorte que l'effet de la sainte communion n'est pas seulement d'unir votre esprit à celui de Jésus, mais de ne faire qu'un esprit de celui de Jésus et du vôtre ; ce qui n'est pas union, mais unité et unité opérée par le sacrement, si vous êtes tidèle ci son opération, d'où, vient nue le Fils de Dieu après avoir institué l'Eucharistie et communié les apôtres, compare l'unité qu'il a avec son Père dans le très-haut mystère de la sainte Trinité à l'union qu'il veut que nous ayons avec lui dans l'Eucharistie et par lui à son Père ; et celte unité fait qu'il ne doit y avoir, qu'un esprit en nous, celui de Jésus.
Pensez que le Fils de Dieu a institué ce sacrement que vous recevez, et a communié les a[/ôtres un peu avant que de mourir, en allant à la croix ; ce qui a donné sujet à un grand docteur d'appeler la grâce de l'Eucharistie grdce de mort, c'est-à-dire qu'elle doit opérer la mort en nous, mort dis-je, de nous-mêmes, pour vivre en Jésus et à Jésus, bien qu'il ne réside pas longtemps en nous par résidence substantielle, se retirant aussitôt que les espèces sont corrompues, la i^'âce cependani opérée par le sa-
crement est grande et prévenante, ne dépendant point.de la conservation d'espèces..
Dem.Tndez-lui après avoir communié, qu'il forme en vous ces eff"ets de changement, d'anéantissement, d'union et de vie en lui. Il faut enfin remercier Jésus-Christ de s'être donné lui-même tout à nous, en nous reconnaissant incapables de le louer dignement, nous devons inviter toutes les créatures qui sont au ciel et en la terre pour nous et suppléer à nous défauts.
Mais il faut bien prendre garde que ce n'est pas assez, si l'on ne marche ensuite avec grande circonspection, de peur de perdre la possession d'un si grand trésor. Il faut donc se souvenir de ces paroles : Omni custodia serva cor luum. [Prov. ly, 23.) Et de celles-ci : Glorificate et portate Deum incorpore vestro. (/ Cor. vi, 20.) Car, si vous demandez ce qu'il faut faire après votre communion, ce moi après ne regarde pas seulement une heure ou une demi-heure que nous eui ployons à faire notre action de grâce, mais il regarde tout ce que nous devons faire en ce jour, et tous les autres qui suivent , et comine ii a été dit que la grâce ne s'en va pas avec le Fils de Dieu, mais qu'elle demeure pour opérer, considéronsnous toujours dans le temps de bien faire, et que le temps de la communion soit toujours présent pour nous.
DE l'exercice corporel.
T Nous avons un règlem.ent qui nous propose de faire chaque jour une demi-heure d'exercice corporel, non pas tant pour la santé, quoique cela soit utile, que pour nous rendre conformes au Fils de Dieu, qui a quelquefois travaillé et fait exercice, pour nous faire honorer son travail, et nous le proposera imiter.
Nous devons donc avoir soin, étant prêts de commencer cet exercice corporel de le rapporter à l'exercice et labeur du Fils de Dieu sur la terre, et lui demander la grâce de l'accomplir à son honneur et gloire. Le zèle que nous devrions avoir d'être totalement assujettis à res[)rit de Dieu qui nous a donné nos règlements, et l'amourquenous devrions porter au Fils de Dieu, à la vie duquel ils sont consacrés, devrait nous obliger à ne pas négliger la moindre chose de ce qui y est proposé, comme, par exemple, l'exercice corporel par lequel nous pouvons tous honorer Dieu.
Il faut cependant nous garder en ce travail d'une trop grande activité ou affection, n'y ai)pliquant partout l'esprit, mais le laissant libre pour s'élever souvent à Dieu et s'occuper de lui, et à l'imitation des saints Pères du désert si éminents en sainteté, lesquels passaient tous les jours en travail extérieur, les uns à faire de la natte, les autres des paniers, ayant toujours l'esprit élevé à Dieu, et le cœur rempli de lui. Dieu n'a pas voulu nous faire travailler comme des ouvriers qui travaillent par nécessité, sans avoir le cœur à Dieu : il veut que notre travail soit saint, et il veut y être honoré.
UEGLEMtM DK LA CU.N<jllLGATION Ut L'OKATUUŒ.
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PULni.A LKCTLIIK SPIKITL'ELLU.
Avant (jtif (le cutiiiiiemt'r lu lecture, il iera hou : 1* tle recominîlre (|uc Dieu est le principal auteur (lu livre (pio tious lisons, et que celui (|ui l'a coniitosé n'a été que l'ins- Iruuienl de Dieu. Ojtte (icn>é(' nou.s portera h une grnn<le docilité envers Dieu pourprali(juer ce tju'il nous déclare par ce livre, et recevoir avec soumission les pen>ées ({ui nous sont exnosées. 2" Il serait utile de so souvenir de Jésus-dhrist en >a qualité do nialtro : Vos vorntis tue mayistrr, et bene dicitis, sum elenim [Jnun. xiii, 13\ le priant (juo (HMioiit le livre nous instruira extérieurement, il nous l'enseigtie intérieurement lui-môme, faisant usaye à notre égartl de sa qualité de maître. Cette pensée nous invilera à écouter Jésus-Clirisl ()luiôl que lo livre.
En la lecture il faut éviter deux choses. La première est la curiosité d'esprit qui s'y môle ordinairement, de sorte que la lecture spirituelle ayant commencé par la piété, elle se termine par la curiosité. Il l'aul éviter cette vue en la lecture spirituelle avec intention de la faire non [lour devenir plus savant, mais |)our notre rél'ormation et i)our |)ratiquer ce que nous lisons. Car cette lecture a été instituée juiur cela. La deuxième, il faut éviter l'excessive contention d'esprit pour entendre les choses nue nous lisons, parce que cela fait tort à la piété. Il n'est pas nécessaire «l'entendre tout ce qu'on lit, et s'il arrive quelque chose dedifllcile qu'on n'entende |)as, l'on ne doit pas en être en peine; car af^paremment cela n'est |)as nécessaire à notre âme. Présentons donc à Dieu pour lors un désir h faire la chose sans l'entendre. Ayons une volonté ample et étendue à la pratique de tout bien, encore que nous ne connaissions pas tout ce que Dieu demande de nous. Dieu conduit les âmes sur la terre sans le savoir, et plusieurs âmes portent les effets des mystères sans le savoir, et pratiquent plusieurs choses sans les com-
1)rendre. Après la lecture, il ne faut pasou- )lier de demander h Dieu la fidélité pour pratiquer tout ce ijue nous avons lu, et la glace de nous en servir dans l'occasion.
DE l'assistance DE LA COMMCNAUTÉ POUR LES REPAS.
La ponctualité à tous nos exercices doit être beaucoup pratiquée, parce qu'elle mortifie notre attache, notre complaisance et notre amour-pro[)re aux choses que nous pratiquons, lesquelles nous avons souvent peine à quitter pour embrasser les exercices delà communauté.
Ainsi lorsque le signal est donné, il s'y faut rendre incontinent, obéissant à Dieu qui nous appelle ; et parce que nous devons uon-seulemeni honorer Dieu par des actions reli;^ieuses comme la prière, lo service divin ou la célébration de la sainte messe, mais aussi par les actions communes et naturelles, puisque le Fils de Dieu même s'en est servi pour nous racheter, et qu'en les pratiqtiant lui-même, il a donné à >on Eglise
la grâce do les ()rali<juor clirélicnnt'ment. Il sera bon d'employer le temps que nous avons depuis le signal de la « ommunauté, jusqu'.'i ce «ju'on commence h faire cette action avec les dispositions chrétiennes telles que sont les suivantes :
1* Hcnoncer «'i la sensualité, comme h la voix du ser|)ent, ou du diable qui parla par le serpent à Eve.
2" Adorer Jésus-Christ en celle action, à laipielle il a voulu s'assujettir sur la terre : Vcuit Filius hominis, tnanducans et bibens. {Luc. VII, 34.) .
Cet assujeltissemoîit était grand, consistant à faire une action qui nous est commune avec les bêtes. Mais cet assujettissement était divin, puisqu'il était substance en une personne divine, et Jésus-Christ l'a voulu accompagner d'un autre grand abaissement, prenant la réfection avec les plus grantJs pécheurs et les plus déréglés : Cum publicanis et peccatoribus discumbebat.
[Marc. II, 16.)
3" Tout l'usage des créatures nous a été donné parle Créateur, car il les a créées pour notre service. Keconnaissons donc celui, duquel le pouvoir de cet usage vient, les premières paroles de la bénédiction de la table nous en avertissent : Oculi omnium in te spernnt, Domine, et tu das esram illorum in tempore opportuno. {Psal. cxliv, lo.) La main de Dieu est étendue sur nous, |»our nous pourvoir et nous fournir l'aliment qui nous est nécessaire. Dieu étend la main d'en haut pour nous donner notre nourriture.
Ne soyons pas si ingrats ni si injustes que d'oublier de hausser la vue pour regarder notre bienfaiteur, le remercier, et reconnaître sa providence envers nous.
k" Nous avons perdu par le péché tout ce qu'il a plu à Dieu de nous donner par la créature ; de sorte que le monde par le péché n'est plus à l'homme. Mais par Jésus- Christ nous avons été remis dans le droit d'user des créatures, et toutes sont de nouveau à nous, selon cette parole de l'ApfMre : Omnia vestra sunt. (/ Cor. m, 22.) Ainsi nous devons reconnaître que sans les mérites de Jésus-Christ nous n'aurions point de droit d'user des créatures. Nous devons donc lui offrir chaque morceau que nous prenons pour notre nourriture, et il faut qu'il n'y en ait pas un qui ne soit tremjié dans son sang par lequel il nous a été actiuis.
5° Le diable se sert des créatures, et ensuite elles sont sensibles et immondes, selon cette parole : Omnis caro subjecta est corruptione. Pour les délivrer de celte corruption, nous devons prier le Fils do Dieu de leur donner la bénédiction jiar laijuelle il les sanctifie, selon ces autres paroles : Omnis rreaturasunctipcata per Verbum Dei et orationem. {I Tim. iv, 5.)
Ce sont les points nécessaires pour la préparation à la réfection, et pour s'y conduire comme il faut.
r Avoir soin de nous y comporter avec une grande modestie extérieure, gardant le silence en retenant nos senî*, afin de nous.
disposera recevoir la-grAceque Jésus-Christ nous a roérilée en faisant cette action.
2° Nous devons avoir attention à la réfection spirituelle; car noire âme ne doit pas être occupée de sa réfection corporelle. Elle doit se distraire par des choses dignes d'elle. C'est pourquoi la réfection a été instituée à laquelle il faut être fort attentif,
3° 11 faut à chaque repas se mortifier de quelque chose ; car comme nous renonçons au commencement du repas à la concupiscence et à la sensualité, il faut que nous donnions témoignage de la vérité de ce renoncement par la privation de que'quechose, et autrement il y aurait grand sujet de croire qu'il y aurait de la tromperie dans notre disposition intérieure ; et puis il est bien raisonnable qu"en cette action, où le péché se glisse si facilement, on rend toujours honneur à Dieu en quelque chose.
Tous les points sont à observer dans la réfection, afin qu'elle soit chrétienne, et si nous y manquons, nous offensons Dieu plus grièvement que nous ne pensons. Car dès que nous avons dédié cette réfection à celle (lu Fils de Dieu sur la terre, elle acquiert une sainteté spéciale. Par cetfe dédicace, nous avons une obligalion spéciale de l'accomplir saintement, a(in qu'elle soit conforme à l'action à laquelle nous l'avons rapportée.
Pour le lecteur.
Celui qui lit à table doit , 1° adorer Jésus- Christ comme parole éternelle, lumière de vérité, caractère de la substance du Père, comme docteur des hommes.
2° Il doit demander que ce qu'il lira soit utile à la communauté, et qu'elle en fasse usage et lui aussi, à la gloire de Dieu.
3° Puisque la lecture est ou d'un saint, ou d'un Père, ou de quelque personnage pieux, il faut s'unir à l'intention de l'auteur, et lui demander que ce qu'il a fait profile à la communauté.
Pour celui qui sert à table.
Celui qui îiert à table doit, 1" adorer la servitude de Jésus-Christ sur la terre, et honorer les services qu'il a rendus à sa très-sainte Mère, à ses apôtres, aux personnes avec lesquelles il a conversé, les assistant en leurs bc-soins tant extérieurs qu'intérieurs, et à tous les hommes, portant leurs péchés sur la croix. Il faut prendre chaque fois un de ces services en l'honneur duquel nous offrions celui que nous rendons.
2° Il faut tâcher d'avoir l'esprit et la vraie disposition de servitude, recourant pour cet eflet par élévations au Fils de Dieu pendant le service.
3° Il faut avoir l'œil ouvert aux besoins de ceux qui sont à la communauté en l'honneur dii regard continuel que Dieu à sur nos besoins pour y remédier.
^'' On doit être prompt à donner ce qui manque j-our honorer la promptitude de Dieu à nous assister.
5° On s'humiliera de temps en temps, se reconnaissant indigne d'^ servir la commu-
nauté, et ayant présentes ces paroles dont Jésus-Chiibt rendant service aux hommes était occupé. Ego sum vcrmis et non homoy opprobrium hominutn et abjeclio plebis. [Psal. X.XI, 7.)