LA CUAIISTE DE DIEU
C'est dans les bienheureux un acte de très-grand respect envers Dieu causé [lar la vue de l'excellence de sa divine majeslé comparée avec leur néant et leur bassesse. Mais dans les hommes, c'est une sainte appréhension qu'ils ont d'offenser un si bon père et de perdre pour toute une éternité son amilié et sa grâce.
1° La raison que nous avons de vivre dans cette crainte que le Saint-Esprit appelle le commencement de la sagesse : /m'a'um sapienliœ timor Domini ( Eccli. i, 16], c'est l'incertitude de notre état et de notre salut éternel. Qui sait s'il est écrit dans le livre de vie, ou s'il est du nombre des réprouvés ? C'est le souvenir de ces terribles, mais justes jugements de Dieu sur les hommes, qui faisait trembler jour et nuit les plus grands saints,
2° Cette crainte s'augmente encore en nous, si nous faisons attention à la ruine irréparable des anges, qui furent précipités du ciel par une seule complaisance et un amour déréglé de leur propre excellence, et si nous nous remettons devant les yeux la perte de nos [)remiers parents, qui furent chassés du paradis terrestre pour une seule désobéissance, (|ue ne devons-nous j'as craindre pour tant d'infidélités dans lesquelles nous sommes si souvent tombés, sachant que : Qui pcccat in unum factus est omnium rcui>.\Ji}( . Il, 10.)
AI'l'K.NniCK.
lO'll
3* Cepeinliinl, il n'c-l rien rie |'lu>) (/ipnlilo d'flssurer riolrc salut <iue lelle crainte lili.tlc; car il n'est rien île si elli< n<e, dit saint Hurnanl, pour attirer la \^rùnQ de Dieu, pour la conserver ou jiour la recouvrer, (luand ou l'a perdue, «pie tl'avoir un Irès-uas senlinienl do soi-niônie, et do vivre toujours dans la crainte, sachant qii'il est écrit : Bratus homo (fui scmper est pavidus. {Prov. xwiii, IV.)
Il faut donc faire tout le hien qu'on peut, et n'oiiuier rien do petit dans le chemin do la vertu, |)arco que, connue dit le Saj^e : Qui limel Deum niliil ne(jli(jil. ( Kccle. vu, 19.) Dans une aiïaire où il s'ayit de tout, on no saurait prendre assez de précauliorjs. S'examiner souvent et voir quel fruit on retire des inspirations, des lumières, des j^rices qu'on reij'cHt, des secours qu'on a dans la (ongré^ Kfllion pour travailler à son salut, et surtout (les confessions, des communions, et do l'Kcriiure sainte , et treiid>ler en le voyant si liède, si lâche, si attaché h ses passions, lors môme qu'on prend les remèdes si eflicaces. Car il est écrit que la terre qui e>l souvent arrosée, et qui néanmoins ne porte pas de fruit, est une terre réprouvée, et mérite d'être maudite de Dieu : RenroOa est et maledicto proxima. [Ilebr. vi, 8.j
Envoyant notre vie oiseuse, inutile, sans nul progrès dans la vertu, toujours sujette aux mêmes imperfections , depuis un si long temps que nous sommes entrés dans un état de sainteté, craindre que celte sentence de Jésus-Christ ne soit entin exécutée sur nous : Jnulilem scrvuin ejicite in tenebras exleriores. (Mallh. xxv, 30.) Omnis arbur quœ non fncit fniclum boniim, excidetur et in iynem niittelur, {Matth. m, 10.)
Quelques succès et quelques bénédictions que Dieu réj'ande sur nos emplois et sur nos travaux, il faut bien nous donner de uar le de nous laisser aller insensiblement à une secrète vanité et à l'estime de nousmêuie. Il faut, au contraire, craindre beaucoup pour les obstacles que nous mettons aux grâces, soit en nous, soit dans les autres, à cause des méihantes dispositions de notre cœur, de notre orgueil, de notre amour pour la créature. Craignons donc, comme saint Paul : Ne forte cuin uliis prœdicaverim ipse reprobus cffxciar. ( / Cor. ix, 27.) En quelque degré de vertu que nous soyons arrivés, quelque consolation que Dieu nous donne, (|uelques bonnes œuvres (jue nous pratiquions, ne laissons |)oint de craindre, surtout sentant au dedans de nous, ce combat de la chair contre l'esprit, qui ne finira qu'avec la vie, cette O[)posiiion que nous avons pour tout ce qu'il y a de vertu, (îtcetto pente inévitable vers le mal; voyant surtout que nous avons encore la nature" si vive, que le seul nom de raorlification, d'humiliation et d'abnégation nous fait trembler, que ne devons-nous donc }tas craindre, puisque c'est une loi établie : Regnum cœlorum vim patitur, et violenti rapinnt iUud. (Mat th. w, 12.) Arcta via est quœ ducit ad vitam,{Maiih. Yii, ti.) .Appréhender enlin le terme de la
persévérance finale, puisqu'il est iinfiossible de la mériter, et qu'on en est indigne, quand même on aurait passé sa vie dans les auslérilés, et dans la jilus parfaite prntiuue des vertus chrétiennes. Combien d'étoiles qui semblent être atîachécs nu nel sont cependant tombées dans la boue, par un secret, mais sans doute très-juste jugement de Dieu.
Sil ergo casui majorum tremor minorum.
(S. AiG.)
LA PRfesE^CE DE DIEU.
C'est un acte d'une foi vive, qui nous fait croire, adorer cl respecter Dieu en tout et partout, et en toutes «lioses; et il faut que cette présence, j)Our être })arfaite, soit changée en habitude par le moyen de plusieurs acif s souvent réitérés.
Avez soin do vous affermir dans celte ferme conviction, que Dieu vous est présent partoul ; et puisqu il vous voit et vous regarde continuellement, n'csl-il pas juste que vous soyez exact à marcher en sa présence? C'est 'par 15 qu'on arrive à la p(.'rfection, comme il le dit lui-môme : Ambulaco' ram me et esto perfectus. [Gen. xvn, 1.)
Il n'est rien de plus capable d'empêcher de tomber dans le péché ; car qui serait si hardi que d'otfenserDieu, s'il était vivement persuadé que Dieu le regarde?
S'exercer à cette divine présence, quelque diflicullé que l'on trouve de la part de la légèreté et de l'inconstance de nolie esprit et de noire cœur, qui ne peuvent s'arrêter à ce divin objet, à cause de l'habitude qu'ils ont contractée de ne s'attacher qu'au mouvement des passions. Mais il faut, par une habitude contraire et p,;r une sainte mais douce violence, les fixer et les arrêter , afin qu'ils se portent aussi naturellement vers Dieu qu'ils se porieraienl naturellement vers le monde.
Se représenter qu'en quelque endroit, eu quelque état que l'on soii, on est toujours renfermé dans cette immensité de l'être de Dieu, qui remplit toutes choses, comme le poisson est dans la mer et l'éponge dans l'eau qui l'entoure, la reoiplit , la { cnètre jusque dans la plus petite. Car c'esten Dieu, dit saint Paul, que nous vivons, que nous mourons, que nous nous mouvons et que nous resi)irons : Jn ipso enim vivimus, movemur et swnus. {Act. xvii, 28.)
S'élever à Dieu [)ar toutes les choses visibles, remarquer partout les traits de sa puissance qui les a créées, de sa sagesse qui les conduit, de sa bonté qui les conserve, de sa ()rovidence qui les gouverne ; et entrer dans les sentiments intérieurs d'adoration, d'admiration, de louange, d'action de grâces; voir dans le soleil matériel Jésus-Christ, le soleil de justice; le prier d'éclairer nos esprits de ses lumières et réchauffer nos cœurs de l'ardeur deson divin aniour.
Les beautés des villes et de la campagne nous doivent faire soupirer après ces beautés et ces douceurs éternelles, que Dieu fait goûter à ses élusdans le ciel. Noyant dans nos supérieurs la personne de Dieu u.ême
ŒLYRLS CO-MILEIKS Df CARDINAL DE BERLLLE.
IGOo
dont ils tiennent ia place à notre égard, dans nos égaux, les images et les enfants de Dieu, les membres et les frères de Jésus-Christ et •les temples du Saint-Esprit. Spirilualisons tous les instants de la vie, et regardons toutes choses comme dit saint Augustin : oculo fhristiano, avec des yeux chrétiens, qui nous font apercevoir Dieu et ses desseins, en tout ce qui peut nous arriver sur la terre.
Il faut, dans les actions extérieures, s'aj)pliquer intérieurement à Dieu, et entretenir avec lui un saint commerce d'amour; ne désirer que Dieu, ne faisant rien que pour Dieu. Mais tout doitsefaire sans contention (l'esprit et sans gêner notre imagination, en s'accoutumant aune présence deDieudouce et effective, que l'on puisse pratiquer en toutes choses et en tous lieux, avec liberté, avec joie et ferveur intérieure, se rendant pour cela familières ces oraisons qu'on nomme jaculatoires. Ainsi soit-il.
l'abstinence.
C'est une vertu, par laquelle nous modérons les moindres excès qui se peuventcommettreau boire, au manger, au dormir, aux divertissements et autres nécessités du corps, gardant un juste milieu, et n'en [irenant qu'aulanl que la nécessité oblige û'cw prendre, pour nous conserveries forces qui nous sont nécessaires pour mieux servir Dieu. Ce qui nous doit faire travailler avec ferveur pour acquérir cette vertu, c'est qu'elle est une des plus grandes dispositions pour recevoir les lumières du ciel, et pour élever l'âme à Dieu par l'oraison. Un estomac chargé de viande est incapable d'aucune fonction de resp.rit. Celte vertu est un des moyens les plus ellîcaces pour éviter les vices et acquérir les vertus. A mesure que le corps se nourrit, on se relâche, les passions s'excitent et se rendent plus violentes. On n'a jamais vu qu'une personne qui traite délicatement son corps, soit chaste et recueillie ; et surtout il n'y a rien de plus opposé à la pureté que le vin : In quo est luxuria, comme dit saint Paul. {Ephes. y, J8.)
Il faut donc nécessairement, pour éteindre 1h feu de nos passions, retirer la matière qui I entrelient; à mesure que l'abstinence atfaiblit le corps, elle affaiblit aussi et arrête les passions, et elle nous facilite la prati(}ue (les vertus. D'ailleurs, si nous faisons uu peu dattention sur nous-mêmes, nous ver- Tons bien qu'un pénilent qui doit, comme dit le Prophète (Psa/. ci, 10), tremper sou pain dans ses larmes en y mêlant de la cendre, serait bien déraisonnable de chercher la délicatesse dans la-nourriture. Il ne faut point prévenir l'heure du repos et ne manger hors le temps, et lorsqu'il s'approche, soupirer avec le saint homuie Job (m, 2ij, qui disait : Antequam comedam suspiro , voyant qu'il faut aller nourrir et fortifier un ennemi qui travaille sans cesse à nous perdre.
Ne parler jamais de ce qu'on mange, ni;(lo ce qu'on aura mangé, ayant honte de s'occu-
per de choses si basses, et qui nous sont communes avec les bêtes. Ne demander point d'autre viande que celle que l'on sert à la communauté, et n'y ajouter jamais aucune délicatesse ni assaisonnement non nécessaire. S'accoutumer à vaincre les répugnances qu'on peut avoir pour certaines choses; que si l'on ne peut pas la surusouter, les laisser sans faire semblant de rien, et sans en demander d'autres. Ne manger aucune chose, pour petite qu'elle soit, ni devant, ni après le repas, hors de réfection ; se contenter de ce qu'on y sert, et n'admettre aucune singularité sans ui e nécessité évidente. N'excéder jamais les règles d'une juste tempérance et la quantité, quand ce serait même au regard du pain et de Peau. Ne point manger trop à la hâte et avec avidité, en se laissant emporter à son appétit, mais manger avec beaucoup de modestie, de bienséance et de propreté. Ne point parler du goût et de la qualité des viandes, n'en murmurer, ni ne s'en plaindre jamais. Retrancher et éloigner do soi toute pensée de bonne chère ; laisser toujours quelque chose do tout ce qu'on y sert et de ce qu'on y agrée le p us, avant que de prendre quelque chose, comme l'entrée, c'est une fort bonne pratique de s'élever à Dieu intérieurement, tant pour arrêter l'avidité de notre nature que pour louer Dieu de ce qu'il nous fait part de ses libéralités, en nous donnant de quoi nous nourrir préférablement à tant de pauvres.
Pour bien pratiquer cette vertu, suivez les règles que nous avons dans nos règlements à l'article des repas ; représentez-vous souvent la vie pénitente de Jésus-Christ et de ses apôtres, et des premiers prêtres de la congrégation. Mais celle vertu ne regarde pas seulement le boire et le manger, elle s'étend sur tous les besoins du corps, le dormir, les récréations, l'usage des sens. Il faut donner à son corps précisément ce qui lui est nécessaire, refusant à ses yeux, à ses oreilles, à sa langue et à tous ses sens une intinilé de désirs, s'accoulumant à les faire mourirpeu à peu à tout ce qui n'est pas d'une nécessité absolue, prenant cette règle pour toute la vie, et s'imposant cette loi autant qu'il se pourra faire avec le secours de la grâce. Se retrancher dans les bornes de la nécessité et même dans les choses nécessaires, comme le manger, le dormir, ia récréation, et ne s'y porter que dans les dispositions de vigilance et de crainte qu'aurait une personne qui, ayant un ennemi ca(iii;il, serait contrainte de le nourrir dans sa ma son, et de lui fournir des armes contre lui-même.
LA PAIX DE l'aME.
C'est un des fruits de l'esprit, qui, entrant dans l'âme, lui donne un grand calme, une grande tranquillité, en lui soumettant ses passions,et l'unissant élroitementavec Dieu. Une faut se troubler de rien, non pas même de nos propres défauts et beaucoup moins pour les divers accidents (le la vie. (^est le défai;l des âmes im|)arfaitos de se troubler, et de s'inquiéter de leurs misères et de leurs mi-
AH'F.NDICK.