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CHAPITRE XIX

ÉLÉVATION A DIEU ET A LA VIERGE SUR l'eX- CELLENCE QUE DIEU ACCOMPLIT EN ELLE.

Considération de Jésus et de Marie en ce mystère. La Vierge est un ciel et un ciel empyrée, et l'objet du ravissement des deux. Préparation de l'esprit et du corps de la Vierge, pour la naissance temporelle du Verbe éternel. Prééminence de Cœuvre de r Incarnation sur Vœuvre de la création dans le paradis terrestre. Dieu en la création ne prit en ses mains la terre dont Adam fut formé, que parce qu'en icelle était comprise la portion de terre dont il forme maintenant le nouvel Adam. Différences du premier Adam et du second, de la première et de la seconde Eve, du paradis terrestre et de ce paradis du ciel que Dieu forme en la terre. Jésus na que croix et abaissements hors la Vierge, et na repos en la terre quen la Vierge et avec la Vierge.

0 Dieu, ô Vierge, ô Dieu puissant, ô Vierge heureuse; en cet heureux moment, ô Vierge sainte, vous devez être Mère par la vertu du Très-Haut, et le Fils du Très-Haut veut être l'humble Fils de Marie 1 Ne concevons ici rien do bas, d'imi)ur et do terrestre où tout est grand, tout est pur et céleste, tout est saint et divin. Celui qui naît, est le Verbe éternel qui veut prendre naissance nouvelle, mais digne de sa divinité et digne de sa première naissance. Colle qui le conçoit est Mère, mais elle est Vierge même en le concevant ; Mère et Vierge tout ensemble. Elle est Mère, mais elle est Mère de Dieu, et elle est Mère aussi par oi)ération divine. Elle est digne Mère de Dieu, et son opération maternelle est une opération digne de concevoir et produire un Dieu, et de le concevoir saintement, purement et divinement dans ses saintes entrailles. Cotte A'ierge est un ciel en la terre, et un ciel animé, un ciel que Dieu a fait pour porter un soleil plus luisant que celui qui nous éclaire. Un ciel nouveau pour une terre nouvelle, et un ciel empyrée où reposera dans peu une gloire plus haute que colle des bienheureux.

Mais conduisons par ordre nos pensées sur un sujet si rare et si élevé, et contemplons celle que le ciel contemple on son Nazareth. Elle est plus pure et plus céleste que les cieuï même, et elle est l'objet des deux. Elle est plus angélique que les anges etlos

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sérapliins niômo, et ollo esl un dos objets do leur ravissement. () A'icrgo sncrée, jo vou:* c^)i)ltMn|'lo avec eux, et je vous révère en cet inslanl reiiianiiuihle, critro tous les instants (le volriî vie I Je vous vois plus pure, plus ctHeste, pins divine (picjainais. Je vous vois avec Dieu et Dieu seul avec vous. Je vois voire esprit et voire corps en la main do Dieu, et Dieu élève voire esprit p<ir-(lcssus tous les esprits créés, et eiill.immo votre corps des rayons d'un amour l<jut céleste, tout divit), p(tur en tirer saintement ufie sultsiance pure, nouvelle, pour le \ erlte éternel qui veut naître de vous. Dieu esl lo seul ouvrier do c«.'l œuvre. Kl il veut fornier de ses mains un se(;ond Adam, comme il avait formé le premier Adam de se.> propres mains; môme nous pouvons penser (luc lors il ne prit entre ses mains celte [»iùre (le terre dont il forma .\dam, que parce qu'eu ioeile celle portion de substance était comprise dont il veut maintenant former Jésus son Fils uni([ue et le salut des hommes.

Il me semble que contemplant cet œuvre qui doit renouveler le monde, je vois du rapport h ce (jui fut fait lors en la création du monde, mais un rapport qui en sa semblance a bien do réminence et avantage. Car je vois môme ici comme lors un Dieu, une Eve, uri .Adain et un paradis; mais, ô Dieu, quelle Eve, quel Adam et quel [laradis! Je vois bien en cette cliambrette de Nazareth, le même Dieu qui a créé le monde ; mais je le vois opérant choses plus grandes et plus divines que la création du monde. Il créa lors cet univers, et il forme ici le souverain de l'univers et le créateur môme. 11 forma lors un Adam; mais un Adam t]ui donne mort plutôt que vie à ses enfants, et qui leur donne mort en leur donnant la vie. Mais il forme ici un nouvel Adam qui donne vie, et vie par sa mort à ses enfants, et leur domie une vie éternelle. Là il fit un Paradis, mais paradis terrestre; et il lait ici un paradis, et un paradis ( élcste en la lerre. Là il tire Eve d'Adam, et il lire ici notre Adam d'Eve, c'est-à-dire Jésus de Marie, qui est la mère des vivants, et ce qui ol bien j)ius, la Mère du Dieu vivant. Là il fait un paradis d'un jour pour Adam, et il fait Ici un nouveau paradis au second Adam, et un [laradis oij il aura son séjour plusieurs jours et plusieurs mois, et auquel il |ircntlra ses délices durant })lusieurs années. Car la ^ ierge est un parailis de délices, et même «Ile est un paradis préparé à Jésus; elle est le séjour de Jésus, et Jésus a ses délices en elle, et il sera en elle dans peu de temps, et y sera pour neuf mois entiers ; et puis il ?ora avec elle Ironie ans durant. Et il n'aura hors de la Vierge que ctoix et douleurs, abaissements et opprobres, et n'aura son repos et ses délices sur la terre qu'en elle et avec elle.

O Vierge sainte! o paradis préparé à Jésus! ô séjour délicieux et fleuri pour îésus ! Aussi vous êtes en Nazaieth et de ^lzare^h; vous êtes un jaidiu plus fleuri.

vous ôlcs un paradis plus saint, plus heureux et i)lus visité de Dieu, [dus gardé de ses anges que n'élait le lieu d'Eden (jue nous n«unmons le (laradis terrestre, il est tetn()s que Dieu vienne en «o sien paradis, il esl temps fjuc le ciel s'ouvre et il est temps (pie la rosée du ciel descende : quo lo Désiré des nations [laraisse, (jue la lumière, le salul et la gloire d'Israël se lasso voir ; que le N'erbe éoouse la nature humaino; que Dieu soit liomme, rjuc la \ iergo soit mère et (pie ( el heur(.'U\ moment arrive au(piel il soit vrai de dire (jue le > erbo esl fait ( hair el (|ue nous le voyions cl adorions plein de grâce et de gloire.

CHAPITHE XX.

Ql K I.A PEnSONNE UV SAINT-ESPRIT F.T LA PEn- SONNK I)L' PÈRE SONT NOMMEMENT ET DIS- TINCTEMENT APPI.IQLÉES A LA VIEHGE ET A CET OEUVRE EN LA VIERGE.

L'xpHcdlion de ces paroles : Spiritus sanctus superveniet in le. Le premier qui opère en ce mystire, c'est te Saitit-J'JspriC. Nonseulement (jueU/ue don du Saint-Lspril est communiqué à la \ierye, mais le Saint- Esprit même en sa propre personne. La personne du Saint-Esprit préparc le corps et l'esprit de la Vierye à cette opération et la personne du Père s'unit à elle comme père en unité d'office et d'opération. Cette opération tend en la Vierqe, à la génération nouvelle du Fils du Très-Haut. Le Père éternel et la Vierge sont joints en unité de puissance et de principe, et cette unité élève sa virginité et la rend divinement féconde. L'auteur prouve cette pensée sublime que le Père éternel et la Vierge sont joints en imité de puissance, etc. Dieu proportionne ses voies à ses ouvrages, et voulant faire un ouvrage divin, il y tient une voie divine. Explication de ces paroles : Virtus Allissimi obumbrabil tibi. Grandeurs du mystère de rincarnation.

En ce mystère Dieu a un nouveau sujet, le monde unnouveau seigneur, lagrdce un nouveau principe.

Rehaussons nos pensées et élevons nos es[)rits au ciel des cieux et à la triniié sainte. Elle est seule et elle est tout occupée avec la Vierge à ce divin ouvrage. Le Saint-Esprit, le tioisième en l'ordre des personnes divines, est le premier en l'ordre de cette opération. Aussi est-il nommé le le premier en la juirole de l'ange bien instruit et informé du ciel, et bien informant la Vierge en la terre de l'ordre et du progrès de cet œuvre divin; car non-seulement les paroles, mais l'ordre même des paroles de cet ange céleste donne lumière et nous révèle les secrets du ciel. Remarquons donc comme en répondant à la Vierge et l'instruisant de la manière qui serait observée en cel œuvre , la première chose qu'il dit c'est Spiritus sanctus superveniet in te et la seconde est virtus Allissimi obumbrabit tibi. ( Luc. i, 35. ) Suivant cet ordre ; le premier qui opère c'est le Saint-Esprit, lequel va sanclitiant, préparant et élevant le corjis et

ŒUVRES COMPLETES DU CARDLNAL DE BERULLE

l'âtne de la Vierge à celle opéraliDii divine.

C'est le premier moyen (]iie Dieu em[)loie pour accomplir cet œuvre qui est vraiment son œuvre. J'ai peine ici'de voir qu'il y en ait qui parlent et pensent si bassement d'un sujet si digne, en un œuvre si |)roche de Dieu et si supérieur en la nature. Ils ne regardent presque que la nature, comme esprits bas et bien différents de cet ange, lequel ne parle que de moyens divins, de la vertu du Très-Haut et do l'environnement du Saint-Esprit, etc. Et puisque nous ne pouvons Irop peser les paroles du ciel, remarquons que cet ange céleste ne parle pas seulement de la vertu du Saint-Esprit ou de quelqu'un de ses dons ou opérations, mais il parle de la personne [)ro[>re du Saint-Espril : Spiritus sanctus supervcniet in te. Celte personne donc rarement nommée en TEcrilure et plus rarement encore employée elle-même à aucun œuvre, est ici [)résenle et ici opérant immédiatement, et par son intervention, la fécondité naturelle de la Vierge est tirée bors de la bassesse de la nature et élevée à une puissance divine et miraculeuse, même en Tordre de la grâce. Elle est rendue capable de porter saintement et recevoir dignement une oi^ération divine telle que celle-ci qui n'a jamais eu et n'aura jamais sa pareille.

Et comme c'est la personne propre- du Saint-Espril qui prépare la Vierge h cette rare et insigne opération, c'est la ()crsonne propre du Père éternel qui s'unit à la personne de la Vierge, et s'unit à elle en qualité de père de celui qui doit prendre naissance d'elle; c'est-à-dire s'unit à elle en unité d'ollice et d'opération tendant en la Vierge, à la génération nouvelle de celui qui est né et naissant éternellement de lui. El par l'union sacrée de ces deux personnes en celte suite d'ollice et d'opération admirable, la vertu du Très-Haut est communiquée à la Vierge pour concevoir et porterie Fils du Très-Haut. En ce lem[)s heureux qui bénit et révère l'élernilé et en celte action qui approche des actions éternelles, il y a une présence, puissance et unité rare et sainte entre le Père éternel et la Vierge ; unité qui honore, conserve et élève sa virginité et la rend incomparablement plus pure, plus sainte et plus divine encore qu'elle n'était auparavant ; et de plus la rend divinement féconde ; Dieu le Père aj)pliquant à la Vierge sa vertu, sa puissance, sa fécondité, sa paternité par l'eilicace de laquelle le Fils procédant du Père se trouve j>rocédant de la Vierge, et la Vierge devient Mère propre de celui dont le Très-Haut est vraiment le Père dans l'éternité.

Peut-être que cette pensée est un peu haute, mais l'œuvre est haul aussi et elle sera adoucie si nous considérons que la divine essence est unie à l'âme des bienheureux pour la rendre capable de la vision divine ; et Qu'ainsi la puissance, la [)alernilé, la fécondité du Père est unie à la personne delà Vierge pour la rendre capable de celle maternité divine; car Dieu proportionne ses

voies à SOS ouvrages. Et c'e.sl ce que nous donne ù entendre cette |)arole de l'ange : Et virtHS Aliiasiini ohumbrabit tibi. Car le Très - Haut en ce lieu est le Père , comme il appert par ce qu'il est dit par après, que le fruit de la Vierge sera appelé le Fils du Très-Haut. Or la vertu du Très-Haut, c'est-à-dire du Père, c'est vraiment sa féconditéet sa paternitédivine;c'est celleparlaquelle il produit le Fils éternel ; c'est celle par laquelle il [iroduit avec le Fils le Saint-Esprit en la divinité, et c'est celle |)ar laquelle produisant les personnes divines en l'éternité, il est nommé par les saints Pères, source et principe de la divinité ; et c'est celle par laquelle il est produisant son Fils dans la très-sainte Vierge. C'est le sens haut et sublime de ces deux paroles de l'ange : Le Saint-Esprit surviendra en vouSf et la vertu du Très-Haut vous environnera. Et voilà les voies par lesquelles la Vierge est faite Mère de Dieu, et Dieu est fait le Fils de la Vierge; voilà les voies par lesquelles le Verbe incréé est incarné ; voilà les voies par lesquelles il y a un si grand changement dans l'univers et en l'auteur même de l'univers : car lors et en un moment, moment précieux et admirable dans les siècles et dans l'éternité même. Dieu a un nouveau sujet, et le monde un nouveau Seigneur; la glace a un nouveau principe, et le jiaradis un nouveau Roi de gloire; l'ange a un souverain, l'homme un Sauveur, et Dieu le Père un Fils nouvellement engendré. Bref, Dieu est homme, et l'homme est Dieu; et cet Homme-Dieu vivra un jamais pour la gloire de Dieu, pour le salut des hommes et pour le bien de l'univers.

CHAPriRE XXI

QUE CET OEUVnE SI GilAND EST INSENSIBLE ET INCONNU AU MONDE.

La terre est en ténèbres, et son soleil est au milieu d'elle sans Véclaircr. Le monde ne pense point à Dieu, et Dieu ne pense point encore à donner part au monde en cet œuvre. Les grands et les savants n'en ont aucune connaissance, et les diables mêmes riynorent. Saint Joseph même, homme si e'minent et si lie' à ce mystère, n'en a point encore de lumière. Le ciel seul le connaît, et Marie en, la terre. Cet œuvre maintenant si caché sera un jour publié et reconnu au ciel, en la terre, aux enfers.

Heureux jour et heureux moment où cela est accomjili! Se fora-t-il jamais ou s'est-il jamais fait rien de semblable? Mais cet œuvre incomparable est insensible et inconnu au monde; le ciel seul en a connaissance, et Marie en la terre. La terre est en misères et en aveuglement : son Sauveur et son soleil qui est au milieu d'elle ne la regarde pas et ne l'éclairé point encore; ses regards et ses rayons ne donnent (|ue sur l'humble Marie: elie a seule part à Jésus, et elle seule aussi reçoit sa clarté et ses influences. Le monde ne pense })oint à Dieu, et Dieu ne pense point à lui donner encore part en cet œuvre. C'est un point ibgne de considératioo grande, et nous pouvons bien nous y éten-

VIE DE JESLS. — CIIAI'. XMI. UENVEIISEMENT DOIUmE EN L'INtARN.

dii' un peu. Que <lo grands y avail-il lors III la terre? mais ils n'cfiil nuciiiic part h re (l«'sseiii cl h ce sjmtcI du jjrand des grnmls. Cumluon de henux es|>rits y nvnil-il nu Il oikU' (]ui itriiélr/iienl les rnr('t(''S du ciel el de In terre? Mnis ( i-t u'uvrc si rnre et si MiigulitT au ( iel et en In terre, et «pii onclAt le Dieu do In terre et du ciel, leur est iucniiiiu. I,es démons inôiues, esprits si nclifs et si vigilants, si rù|)andus par l'univers, et si applicuHVs h leurs desseins, ne pénètrent point ce dessein, (pii e>t la ruine de leur puissance el l'oljel piinciiml de leur oppos lion : tant Dieu esl cache en ceci el iinpercfplil)le en ses voies; Vere Drus nhsconditus. {Isa. xi.v,15.)Cel œuvre se lait en N;:7.arelli,et n'est su <jue de la >'ioige de Nazareth : Joseph môine. si saint el si iiroi lie de Jésus el de l^larie, coininc choisi île Dieu [)our époux île l'une et pour père iiriurricier de l'autre, n'en sait rien encore, el n'en saura rien de plusieurs inùis. C'est un œuvre qui contient l'auteur de nature et de grâce : mais caché encore à la grâce et h la nature, el caché dans le secret du Père éternel, dans le sein de Marie. Le seul état de la gloire et le ciel qui la conlienl, le ciel, dis-je, seul en l'abondance de ses lumières, en a coniiai>sance, ei .Marie en la terre. Car Dieu, (jui pouvait l'accomplir en tout autre manière, a voulu l'accomplir en elle et avec elle, et avec sa connaissance et après son consentement, et a requis sa coo|)éralion sainte.

Mais cet œuvre si caché maintenant à la terre sera publié un jour en l'univers. Le ciel, les anges, les étoiles publieront sa naissance et sa gloire. Les jusles, les prophètes le recevront en son lem|)Ie. Les apôtres el les merveilles du ciel el de la terre seront les hérauts qui feront retentir la gloire de cet œuvre en l'univers; et tous les grands, tous les saints, tous les savants, tous les rois et tous les pou()les lui rendront hommage el serviront à sa grandeur. Le ciel, la terre, les éléments et les choses animées et inanimées se rendront à sa gloire, el l'enfer môme se [iroclamera tributaire de ta puissance et sujet à son empire. Tant chose si cachée sera si publicjuel tant chose si petite [tarailra un jour si grande!

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