CHAPITRE XXIL
RENVERSEMENT DOnORE DKS PERSONNES DI- VINES EN CE MYSTÈRE.
(irandeurs du Fils de Dieu en la Trinité'. Le Fils de Dieu, qui n'est qu engendre' dans l'éternité, est fait et engendré dans les temps. Conditions dans lesquelles il entre en se faisant homme. Explication de ce verset : Benedicat nos Deus, Deus nosler, etc. Jésus-Christ est nôtre, et nous devons être siens. Le Fils de Dieu procède d'unité en unité en l'éternité. L'unité d'amour est le tien mutuel du Père et du Fils: ce que ne sont pas les autres unités qui lui sont communes avec le Père. C'est en cette unité d'amour que le Fils est rivant et tégnanl avec le Père.
Celle pensée nous a ravi à nous-même? et
h notre discours; il nous y faut rcnirer et rejtrendro l'observation que nous avons faite, que les trois pcrNonnes divines sont distinctement noiiimées et employées en cet (l'uvre et avec un renversement d'ordre eu leur application. Nous avons vu (jue le Saintl'Npril esl le premier, el le l'ère éternel le second. Le \'erbe, cjui est le second en l'ordre des |ter>^onnes divines, esl ici le troisième. Kt lui, ipii esl produisant le Saint- Esprit en In Divinité, est ici produit, el esl produit [lar l'opération de celui dont il esl le [trodiictciir dans léternilé. C'est lo premier renversement d'éiat (jue porte en cet (l'Uvre la personne du Verbe; mais ce n'est pas le dernier. Il entre en condition nouvelle; il est fail cl engendré, fait et engendré tout ensemble; au lieu qu'il esl engemlré et non fait dedans rélernilé, comme l'Eglise l'adore en son Symbole : Genilum non fnctum, consuhstantialem Patri. V<\ il est conMibslanlicl 5 son Père, el il est ici revêtu d'une substance étrangère et ditrérenle de celle qu'il a reçue de son Père. Le Verbe donc intervient *en cet œuvre, mais non comme le Saint-Esprit, ni comme le Père qui ne changent point de condition. Il intervient en une manière propre 5 lui, et par laquelle il esl le seul terme de celle opération. Il est le seul revêtu de notre humanité. Il est le seul Immilié en la terre el en Nazareth; il est le seul Fils de la Vierge, el il sera aussi le seul portant nos péchés sur soi-même.
O Verbe éternel et désormais temporel entre les personnes divines, vous êles nôtro en une façon singulière, et aussi vous êtes ap|»elé singulièrement nôtre dans vos pro- 1 hèles, et !'un d'iceux s'adresse à vous en ces paroles : Benedicat nos Deus, Deus noster, etc. {Psal. lxvi, 8), oij nous voyons le nom de Dieu trois fois réiiété en l'honneur des trois jiersonnes divines, et le nom du milieu porto la qualité de Deus noster, qui esl la place qui vous convient dedans l'élernité, où vous êtes enire le Père el le Saint- Esprit, comme produit de l'un et produisant l'autre. Hénissez-nous donc, ô mon Dieul el soyez béni éternellement. Et puisque vous êtes nôtre à si grand titre, que nous soyons vôtres aussi, et «[ue je m'applique à vous d'une façon toute particulière; <jue je vous contemple el adore en vos grandeurs, en vos bassesses, en vos deux natures, l'une divine, l'autre humaine : en vos deux naissances, l'une éternelle, l'autre temporelle. Vous êles vivant, et vous êles la vie même, el vous avez désormais deux sortes de vie; vous vivez au sein du Père de toute éternité; c'est votre premier séjour et séjour éternel. Li, vous vivez de sa même vie et vous avez sa même esbcnce. Là, vous avez rapport à lui, et il a rapport à vous; là, vous l'aimez, et il vous aime d'un amour réciproque et infini; là, vous produisez comme lui un même es[»rit, el vous le produisez eu unité de principe avec lui; 15, vous êles adorable comme lui; là, vous avez votre repos éternel en lui et avec lui.
En ce beau jour et séjour d'étcrnilé je
œ;l'vres r.oMrLETj-s du cardinal de berllle.
vous reconnais et adore comme procédant d'unité en unité, de l'unité li'essenco en unité de principe, d'unité de |>rinci[e en unité de production, d'unité de production en unité d'es[)rit et d'amour proiluit dedans l'éternité, qui est le lien adorable et ineffable dej'unité que vous avez avei; le Père; lien mutuel et procé.iant de lui et de vous; ce qui ne convient pas à l'unité d'essence que vous recevez du Père, et ne communiquez pas au Père, et par laquelle il se lie à vous et vous êtes lié à lui ; mais vous y êtes lié par lui et non par vous, c'est-à-dire par un lien procédant de lui et non pas de vous ; au lieu que par cette unité d'esprit et d'amour personnel, la liaison est réciproque comme la production est commune ; et vous vous liez h lui par cette production, il se lie à vous aussi ; et selon la voix de votre sainte Eglise, qui retentit, et si souvent, par le rond de la terre, vous vivez, vous régnez avec lui en unité d'esprit et d'amour. En cette unité, en cette vie, en ce règne et en ce re|)OS adorable que vous avez au sein du Père, vous créez et vous produisez; vous conservez et vous régissez toutes choses. C'est votre premier état; c'est votre premier séjour.