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LA MODESTIE

C'est une vertu qui règle tous les mouvements du corps conformément à la bienséance chrétienne, et qui en retranche tout ce qui en serait indécent selon notre état. KHe est très-nécessaire pour arriver à la perfection, fiarce qu'elle liiiit les sens, que i'Kcriture sainte el les saints Pères apfiellent les portes de la mort, toujours fermés ou tellement composés que rien de nuisible neutre en nous. Aussi les maîtres de la vie spirituelle ont toujours posé en principe pour fondement de la solide piété que, pour arriver à la perfection, on devait devenir sourd, aveugle et muet. Si cette règle est importante pour tous les Chrétiens, con;bien l'esl-elle davantage jiour les ecclésiastiques qui sont obligés de converser avec le prochain, l'édifier, le gagner à Dieu per leur exem[ile plus que par leurs paroles, et être partout la bonne odeur de Jésus-Christ. C'est ainsi que saint Franc^ois prêchait et faisait quelquefois un tour dans la ville sans dire un mot. C'est ainsi que saint Bernardin de Sienne inspirait l'amour de la vertu, niêiiie dès sa jeunesse, à ses compagnons réglant leurs paroles et leurs contenaines, (lès qu'ils le voyaient approcher. Le Paj'e Innocent II, visitant Clairvaux, avec les cardinaux, fut si toui hé de l'admiralile modestie des religieux qui ne levèrent pas seulement les yeux pour le voir, qu'il ne put se défendre d'en pleurer de dévotion, et en reçut avec toute sa cour de plus lortes atteintes jiour bien vivre, que s'ils eussent entendu plusieurs prédications. Mais ce n'est pas seulement p'our le prochain que nous devons être modestes, c'est jiour Dieu même qui nous est pTésent [lartout. Mudestiaiestra nota sil omnibus fiominihus.Dominus enim prupe esl. {Philip, iv, 5.) Aux âmes lidèles, tous les lieux, quelque seuls et retirés qu'ils soient, sont autant de temples et d'oratoires, parce que Dieu est présent partout.

Enlin cette vertu est encore nécessaire à notre égard, [larce qu'il est impossible de conserver un inlérieur bien réglé, quand l'extérieur ne l'est pas. Lorsque les murailles d'une ville sont abattues, el les portes ou-

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OEtVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERl'LLE.

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vertes, il n'y a plus de sûrelé. C'est la tuêriie chose pour la piété intérieure.

La modestie consiste donc à tenir ordinairement la tête droite, sans la lever ni la baisser trop, et sans la pencher ni d'un côté ni d'autre, ni la soutenir jamais d'une main, et ne la tourner jamais çà et là légèrement, ni à la moindre action, et n'avoir point les yeux éii^arés, ni aussi arrêtés trop fixement sur ceux qu'on regarde, mais pour l'ordinaire un peu baissés. Les regartls doivent doivent toujours être humbles, doux et respectueux, et jamais rudes et dédaigneux, audacieux, farouches. Ne regarder point les fenê.res, ni prendre garde à qui entre, qui sort, qui remue, ni qui fait du bruit lorsqu'on est dans les maisons des séculiers. Ne l)as s'amuser à regarder les tapisseries, tableaux, livres et autres curiosités, à moins qu'on ne vous en prie, et s'il y avait quelque chose contre la pudeur, fermer les yeux.

Ne se pas faire une coutume de tenir la bouche ouverte, ni les lèvres trop serrées. Ne pas cracher, ni se moucher d'une manière qui fasse de la peine aux autres, s'abstenir de bâiller devant le monde. Eviter aussi de raidir le front, froncer les sourcils, ni de ronger les ongles, et s'abstenir d'éclater de rire et de rire trop souvent; mais aussi n'être point triste ni morne, trop sérieux ni trop grave. Eviter les grimaces et les mines contrefaites; tâcher d'avoir un visage sert in, ouvert, gai, tranquille, sans affectalion et sans contrainte ; qu'un air de bonté, de douceur, de piété capable de gagner les cœurs et de [es jtorter à Dieu. Ne point te- Bir le corps courbé, ni penché de côté ou d'ciutro, mais se tenir droit, sans contrainte, non moins sans affectation. Ne point tenir les mains sur ses côtés, ni derrière le dos ; ne les point porter au visage, ni se loucher soi-même sans quelque nécessité. Ne se point appuyer tantôt sur un pied, tantôt sur un autre, et ne point changer à tout moment de situation et de posture. S'abstenir de ses lâches et molles extensions de bras et de jambes. Ne point croiser les pieds, ni mettre les jambes 1 une sur l'autre. Enfin éviter les contenances fières et hautaines, lâches et efféminées, dissolues et trop libres. Quand on est debout, ne tenir point les pieds trop écartés, ni les mains dans les jioches; ne point s'appuyer contre les umrailles, ou les chaises, ou les |)Ortes. Se tenir debout OU assis quand les autres le sont, ei ne point se singulariser pour être à son aise. C'est la marque d'une âme bien immortiUée.

Dans les conversations n'être ni grand causeur, ni aussi trop taciturne; n'interrompre jamais ceux qui parlent, ni prévenir par une réponse [»récipitée ceux qui nous interrogent. Régler tellement le ton de la voix, qu'il ne suit ni trop haut, ni trop bas, ni rude, ni languissant. Eviter les paroles de railleries, de mépris, de boulTonnerie, de llalteri*.', de vanité, de cunlestation, de di'^iul', de |)laiîa!ileries ou do

contes ridicules. Ne pas faire l'empressé pour dire son avis sur les sujets qui se présentent, comme si l'on était plus capable de juger que les autres, et lorsqu'on le dit, ce doit être avec simplicité et humilité, et non d'une manière décisive et impérieuse. Etre fidèle à tenir la soutane tellement bien fermée qu'il ne paraisse rien de ce qui est dessous, el ne la lever jamais au-dessus de mi-jambe ; toujours une propreté chrétienne; dans la chambre que tout y soit rangé. Etre propre dans ses habits sans affectation, mais avec simplicité, les regardant comme les ornements des vertus dont notre âme doit toujours être revêtue devant Dieu. Qu'il n'y ait rien de trop négligé, ni de trop affecté. Avoir la robe toujours croisée, et quand on est en manteau long, il faut que les bras soient entièrement couverts du manteau, el le retrousser seulement jusqu'à mi-jambe, sans pourtant le laisser traîner.

Quand on se découvre, que ce soit en prenant le bonnet par la corne du côté droit, et jamais par celle qui est sur le front. Quand on est en voyage, porter toujours la soutane dessous lasoutanelle. En marchant, s'abstenir d'aller d'un f)as troji vite, préci()ité, irrégulier, sans regarder de côté et d'autre, et aussi ne marcher pas trop lentement, trônant les pieds, ou ne les levant pas assez. Eviter toute affectation et délicatesse, aKnnt à pas comptés , entrecoupés et graves à l'excès. S'abstenir de toute agitation de bras, lie tête, de mains, d'épaules et de corps. S'étant assis à table, ne plier j)oint sa serviette avant le P. supérieur, ne parler jamais sans grande nécessité, ou, si on y G>t obligé, que ce soit tout bas el par signes. Ne se sourire jamais les uns aux autres , ni se faire des signes. Ne regarder point le long des tables pour voir ce (|u'on y sert, et ne jeter point les yeux, quand on les porte, pour choisir celle qui nous paraît la meilleure. Ne rejeter jai ais un mets qui n'est pas à notre goût. Ne |)oini tourner la tôle de côlé et d'autre pour remarquer ceux qui y sont, ceux qui entrent ou qui sortent, mais se conlenier d'observer si rien ne manque à son voisin, pour en avertir doucement celui qui sert. Manger posément, ne mettre jamais un morceau dans la bouche que l'autre ne soit avalé. Prendre garde aussi de no boire ayant la bouche pleine; ne mordre point son pain, et n'en prendre pas de si gros morceaux, qui remplissent la bouche avec indécence. Prendre garde de ne point porterie morceau à la bouche a^vant le couteau à la main , de ne [)oint casser les noyaux, ni de rompre les os pour manger ce qui est dedans, ni de mordre à la viande ou la porter à la bouche avec les doigts ; il faut se servir de la fourchette. S'il arrive que le lecteur manque en quelque chose , ne s'ingérer point de le reprendre, et ne donner point à connaître par quelque signe que l'on a bien remarqué la faute. En un mol , régler lestement tout sou extérieur, soit qu'on soit en ville ou à la maison , dans le monde ou en son particulier, qu'il l'y ait

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AppKNmci:

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lien d'iiulëc eut, rien de k^ger, d'elTionlé, de b.idin, d'arrogant, de bas, de riisli(|Uf, nnis que tout y -soil lionnôle et se ressente de la sainlelé el de la njiijcslé de noire état, et se «oinporler («artoul h l'exemple de saint François de Sales et de notre H. 1'. de Ilérulle, connne si les yeu\ de tout lo monde étaient sans cesse tournés sur nous, et comme si nous étions au milieu de la cour céleste, v l'our ac(|uérir cette vertu, il est nécessaire, 1* d'avoir un souverain sentiment de la présence (ie Dieu ; 2* de s'exercer h la mortillcation en acte de ses passions, dtjnl les dérèglements ne sont que des immodesties intérieures; 3* d'aimer l'oiaison, car ceux qui s'adonnent h cet exercice qui est tout évangéli(|uo doivent montrer dans leurs conversations par le règlement île leurs sens cl de tous leurs gestes (ju'ils porlenl l'impression de celui dont ils sont devenus les temoles. Ktilin ailorer la modestie de Jésus-Clirist que saint Paul nous propose pour module : Obsecro vos per mansuetudinem et modesiia.n Chrisli. [II Cor. x, 1.]

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