‹ Œuvres complètesChapitre 481 sur 540 · I A SIMPLICITÉ · texte numérisé non relu

I A SIMPLICITÉ

C'est une vertu qui nous porte à nous faire paraître au dehors tels que nous sommes au dedans, el à marcher dans les voies «le Dieu avec droiture , sans dissimulation, ne cherchant qu'à plaire à Dieu, sans nous ineitre en peine si les hommes nous louent el nous blâment.

C'est lo vrai caractère des enfants de Dieu el des disciples de Jésus-Clirist que l'Ecriture compare aux brebis, aux brebis à cause de leur candeur et de leur innocence ; c'est encore le caractère de la véritable religion qui n'est appuyée que sur la vérité. Quand on marche avec cette simfilicité chrétienne, on est en assurance , tiil le Sage : Qui ambulatin simplicitate ambulat confidencer. [Prov. XIX, 1.) Car toutes les actions sont lumineuses et agréables à Dieu quand l'œil de notre fime est simple. Elle consiste principalement dans une vue pure et une intention ilroile de [tlaire à Dieu en toutes choses, sans aucune réflexion sur les créatures, ni retour sur nous-mêmes, ni sur ce que nous faisons. Les païens, et môme ceux qui ont la mieux parié des vertus , n'en ont aucune «onnaissance, non plus que de l'humilité, Jésus-Christ seul étant réservé pour nous enseigner l'une el l'autre. Ne regarder que Dieu, sa gloire, l'accomplisscmenl de sa sainte volonté, dans lout ce que l'on fait, sans avoir aucun respect humain, et opposer à ce que dira-t-on du monde, un autre plus juste que dira Dieu de qui les jugements sont bien plus à craindre. Une âme simple doit chercher Dieu à la faveur de la lumière de la foi, el non de la raison humaine, regardant en tout événement la volonté ou la j/ermission de Dieu. Elle bannit tout soin et tout empêchement à rechercher tant de moyens el d'exercices pour pouvoir aimer Dieu. Il y en a, dit saint François de Sales, qui ne sont point conlents s'ils ne font toul co que les saints ont fail : ils se tourmen-

tcnl et ils so trompent, fiarce qu'il n'\ • l'oiiii d'autre art d'aimer Dieu fjue de l'aiiiier dans la sinqilicité de lœur. Celle venu n'est jias opposée h la prudence, mais h la liiit'sse, qui lait trouver des inventions pour tromper l'esprit du [irochain , de sorte que réprimer et mortifier les émoiions de noire concupiscence, san-» les manifester au de- .hors , ce n'est pas manquer de simfdicilé. Car l'honneur de Dieu, ijue la simplicité recherche, demande celte morlificalion de no5 passions. (>onune cette vertu est réellement la. môme chose avec la vérité, une âme simfile ne sail ce que c'est que mensonge el é(juivoque, el a en horreur toute hypocrisie. Elle se montre extérieurement telle en sa vie, en ses actions el en ses paroles, qu'elle esi en son intérieur. Après qu'une ârne simple a fait une action qu'elle juge devoir faire, elle n'y ])en3e ()lus, el la remet entièrement entre les bras de la miséricorde de Dieu. S'il lui vient en la pensée ce eue l'ttn en pourra dire ou penser, elle chasse prompleuienl toul cela. Quand on a fail son devoir, ou ne se doit pas mettre en [eino d'autre chose, el arrive ce qu'il plaira à Dieu. La simplicité ne se mêle point de ce que font et feront les autres, lorsqu'elle n'en est pas chargée. Elle i)ense h soi ; encore n'a-l-elle pour soi que des |)ensées qui sont absolument nécessaires. Cette vertu a beaucoup de rapport avec l'humilité qui ne permet pas qu on ait mauvaise opinion d'autre que de soi-même. Elle ne juge de personne; si quelqu'un a fait quelque action qui ait l'apparence du mal, elle se donne bien do garde de la censurer. Elle l'excuse autant qu'elle peut, au moins quant à l'intention, sachant, comme dit saint François de Sales, que toutes les actions des hommes ont toujours plusieurs visages, selon les dilférentes fins qu'on se })ropose, et pourquoi ne regardera-l-oi! pas le plus beau? Converser avec les autres fort rondement et toul simplement, n'usant point de paroles affectées, laissant aux séculiers leurs modes et leurs manières, leurs flatteries, leurs complime.iis et leurs alfeclations, mais suivre seulement les règles de la bienséance el de la char. lé chrétienne, qui agilsans dissimulation, quoiqu'elle ne soit pas bizarre et inconsidérée. Ne voit-on pas que dans les habits nous ne cherchons pas les modes, et nous ne nous mettons pas en peine de ce que les gens du monde {)Ourroni dire ou j)enser.

Pourquoi donc chercher à leur plaire dans nos paroles? Qu'ils nous nrennent pour des gens del'autre monde, à la bonne heure. Heureux serons-nous,si en effet nous en sommes, |)uisque le monde étant ennemi de Jésus- Christ, ne peut espérer d'avoir aucune part avec lui. S'il arrivait que dans la conversation l'on eût dit quehiue chose qui no fût pas reçu de tous comme l'on voudrait, il ne faudrait pas pour cela s'amuser à faire des réflexions et des examens sur toutes nns paroles; ce serait un efl'et de l'orgueil et de l'araour-propre. La simplicité ne court point après les paroles, ni après lesactionsj

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