‹ Œuvres complètesChapitre 50 sur 540 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

l'abaissement de diec en ce mystère.

Dieu ne dédaigne rien en ce mystère de ce qxCil a créé, et ne désavoue que le péché seul. Dieu prend un corps qui porte la ressemblance du péché, et imprime le caractère de la grâce et de la subsistence divine dans cette même masse qui porte le caractère du péché. Ce corps ayant reçu la saiiitcté divine et incréée, ne reçoit pas néanmoins te privilège de la gloire, mais demeure sujet à nos 7nisères. Tous ces abaissements sont rehaussés jusqu'à Fétre et à la suf)sistencc de Dieu, et sont d'une dignité infinie.

Du trône de ces grandeurs vous entrez en un abaissement inelTable. Du plus haut des cieux vous descendez au plus l)as de la terre. Du ciel em(;yrée vous regardez une petite bourgade, un Nazareth inconnu en l'univers, et sortant en quelque manière Inrs de vousmême, vous venez du sein du Père au sein de la Vierge, etc. Là, vous êtes non créant, mais créé (ou [)0ur mieux dire, créant et Créé tout ensemble); non formant, mais formé; non produisant, mais produit; non donnant, mais recevant ; non opérant, mais soutirant, non régnant, mais raptif, et dès riieure même captif dans les liens de votre enfance. 0 merveille! ô amour! ô grandeur! ô bassesse! ô grandeur en bassesse! ô bassesse en grandeur ; n'est ce pas un abaissement, ô Verbe incréé, que vous daigniez entrer en un être créé pour le joindre de si près, pour l'unir et associer h votre propre personne? N'ost-c.i pas un avilissement que vous choisissiez, non la plus haute, mais la plus basse des créatures, non l'ange qui est l'Osé au ciel, mais Tliommc (pii est posé en terre? N'est-ce [^as un abaissement que vous

ireniez et unissiez à vous, non-seulement l'ihnc de Ihomme, qui est la plus excellente partie de l'homme, mais son âme et sou corps, et son corps en toutes ses parties?

Le Créateur ne dédaignant rien de ce qu'il a créé, ne désavouant rien que le péché en l'homme, lequel l'homme ne veut i)as désavouer pour l'honneur et l'amour de son Dieu. N'est-ce pas un abaissement que vous preniez, non un corps nouvellement formé des mains propres de Dieu, comme celui d'Adam, c'est-à-dire un corps pur et saint en son origine et non -seulement en son état présent, mais un corps dérivé du corps du vieil A(lam et portant la semblance du péché, pour imprimer le caractère de la grâce et de la subsistence divine dans cette même mas'se qui porte le caractère du péché ? N'est-ce pas un abaissement encore et un abaissement très-grand, que ce corps ayant reçu le don rare et inetTable de sainteté divine et personnelle, ne reçoive pas le privilège de gloire et d'immortalité. Et demeur.e exposé à tous les états et conditions basses de notre nature, sujet à nos misères et infirmités jusqu'à la mort même, pour nous faire trouver vie en sa mort, force en sa faiblesse, grâce en ses disgrâces, faveur en ses rigueurs, et gloire en sa croix?

O grandeur établie dans la bassesse! et ô grandeur suprême en bassesse extrême !

Xlais ces abaissements, Dieu les rehausse et les relève, en sorte qu'il les rend divins et adorables, et qu'il sont adorés du ciel et de la terre et même des enfers, qui adorent la crèche et treuiblent au cri de ce tendre enfant. Car tous ces états huiubles eiabjectsque Jésus porte pour notre amour sont existants et établis dedans l'Etre divin, sont appuyés par la subsi^tence du Verbe, sont déifiés en sa divinité, et sont unis personnellement à une grandeur et majesté infinie. Et par ainsi comme la grandeur est humiliée en la bassesse, aussi la bassesse se trouve relevée en la grandeur su})rême, et déifiée en la divinité.

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