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PREFACE

AUX PRLTULS DE LA CONCUÉGATION DE L'ORATOIUE DE JÉSUS-CIIUIST NOTUE-SEIGNEUR.

Mes irès-ohers cl révérends Pères,

La graco, la bénédiction et la paix de Jésus-Chrisl, Notre-Seigneur, vous soient données l:Our jamais.

Ces OEuvres de notre Irès-honoré père et fondateur, que vous avez désiré (pje je fisse recueillir, ne seront pas moins vôtres, pour être données an pul)lic , et étant communes à <ous, ne laisseront pas d'être i'ro(»res à la congrégation et à chacun de vous, puisque les choses spirituelles, semblables à la lumière du soleil, se donnent sans perte, et se communiquent sans division. C'est un trésor que vous devez estimer et chérir, parce qu'il est grand et rare, et que vous pouvez possé'Jer parce qu'il vous est propre. 11 est grand en la sublimité des lumières et en l'éminence de l'esprit de son auteur, il est rare en la sainteté des voies de grâce qu'il nous enseigne et des secrets de Dieu qu'il déccuvre ; mais il nous est propre, comme l'héritage que notre père nous a laissé. Et bien que chacun puisse prendre part aux instructions qu'il contient, néanmoinsj'onction et le profond esprit qui est caché sous la lettre, doit être notre partage. i

Que si les aitions des pères servent de modèle et il'exeraplaire à(;elles de leurs enfants, si leurs paroles sont la règle de leur conduite, si leur vie et leur esprit s'impriment vivement en eux; nous devons avec d'autant plus de soin contempler les actions, recueillir les paroles, el nous informer de l'esprit et de la vie de celui qui nous tient lieu de père : Nam in Christo Jesu per Spiritum ipse nos genuit. (/ Cor. iv, 15.) Ce sont trois vies que j'aurais à vous représenter : celle de ^es actions, qui a [)aru dans le cours des années qu'il a passées parmi nous, celle de ses lumières et de sa doctrine, qui se fait voir en ses écrits, et celle de l'esprit et de la grâce qui doit nous èlre communiquée, et toujours conservée en nous. La première a servi de fondement à la seconde, car ses paroles ont été soutenues (les elfets, et les lumières de son esprit, aiipuyécs sur la vérité de ses actions ; mais la seconde vie nous doit servir de guide pour nous introduire et nous conserver en la troisième, comme la lellrc {les [laroles nous fait entrer en l'esprit qui l'anime.

La vie des actions, qui devrait être le premier chef de ce discours, est un sujet si digne, si ample et si diversifié, qu'il vaut mieux s'en taire que d'en parler bassement. Et selon la pen.'ée de saint Thomas sur le sujet de saint Bonaventure écrivant la Vie de saint François, il faudrait un saint pour écrire la vie d'un autre saint. 11 serait meilleur de n'en rien dire(|ue il'en dire peu : c'est l'argument d'un livre entier, et non jas de la moindre partie d'une (iréface; car en effet sa vie est un livre, et un livre bien plusam|»le que celui de ses éciits, pni^(Iue la [)aroie n'est que l'ombre des œuvres. Si sa doctrine est la directrice de nos mœurs, sa vie doit être la forme de la nôtre. Il a plus fait de saintes actions dignes de nous servir d'exem|ile, qu'il n'a dit et écrit de belles et hantes vérités pour notre instruction. Un jour s'estimant par un sentiment d'humilité indigne de prêcher, il me dit qu'il croyait (jue Noire-Seigneur demandait de lui (ilus d'œuvres (jue de paroles, et qu'il ne l'envovait |>as pour parler, mais pour faire.

Première vie, des actions.— C('si ()ourquoi attendant que sa vie, qui est demeurée jusqu'à présent cachée en Oieu avec Jésus-Christ, el en l'uubli des hommos, soit écrite et donnée

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au public , je me contenterai de vous en tracer quelque légère itiéo, afin ao le représenter après parlant lui-môiue en ses propres écrits, et puis vivant selon l'esjjrit en ses œuvres et

en ses enfants. . , ,. ,. -, «

J'cmploicrni h cet effet ce que saint Bernard a dit d un autre saint : Pelrus xste meus,tmo tester, electus ab utero, sanctus a puero, juvenum gloria^ seniiin reverentia, sacerdotum honôr, pontificum splendor : dans lesquelles paroles tous les degrés et tous les états de sa vie sont naïvement exprimés. C'a été la source de tout son bonheur, d'avoir été regardé el choisi de Dieu pour choses grandes avant sa naissance, car ensuite il a été prévenu en bénédictions et sanctifié dès son enfance : sanctus a puero. Dans un âge qui devance ordinairement l'usage de la raison, il s'est fortement converti à Dieu, et s'est consacré pour tous les moments de sa vie à Jésus-Christ Notre-Seigneur, par une oblation expresse et irrévocable. Ses retraites, ses oraisons, ses communions et. ses pénitences secrètes étaient des effets d'une grâce abondante, et des semences d'une sainteté future.

En sa jeunesse, il a été respecté et admiré d'un chacun poursa vertu, pour sa science, el pour la sagesse divine dont il était rempli. Son esprit a toujours de beaucoup devancé ses années, el il a fini ses plus hautes études au temps auquel à peine les autres les commencent. Il se peut dire de lui, avec le profond respect qui est dû à l'enfance du Fils de Dieu, que Omnes mirabant-ur in doctrinaet responsis ejus. {Luc. ii, 47.) Car il était dès lors esliraô comme un oracle, et il semblait que l'Esprit de Dieu parlât par sa bouche. En effet, ce même esprit donnait une efficace si grande à ses paroles, et lui inspirait un si puissant génie ])Onv convaincre et confondre l'erreur, qu'il ne parlait point que Dieu ne touchât les cœurs. Il a réduit plusieurs dévoyés à la foi, et des grands du royaume, même dans sa jeunesse; et une des grandes lumières de l'Eglise (i) a dit depuis de lui, que ce siècle n'avait rien vu de plus fort et de plus puissant pour détruire l'hérésie, que le P. de Bérulle. Aussi était-il également redoutable aux ministres, qui ne craignaient rien tant que de le voir en face , el aux démons dans le corps des possédés, qui ne pouvaient soutTrir sa présence.

Il a porté une année entière le cilice jour et nuit ; et il s'est préparé à recevoir l'onction dn sacerdoce par une solitude et une pénitence de quarante jours. Pour obéir à une si haute vocation, il reçut la prêtrise sitôt qu'il eut l'âge, et afin de ne manquer à Dieu d'un seul jour, il célébra le lendemain de sa consécration, et a toujours continué depuis, jusqu'au jour qu'il est mort à l'autel, où comme le phénix, il s'est consumé dans le feu qu'il avait allumé, et a été lui-même la victime immolée de son dernier sacrilice.

Dans les premières années de sa prêtrise, il eut commission de Sa Sainteté d'établir en France l'ordre des religieuses Carmélites. Je laisse à ceux qui écriront sa Vie à dire par le menu tout ce qu'il a fait et a souffert pour l'établissement, le progrès et la conservation de cet ordre, qui sont toutes choses grandes et dignes que la mémoire en soit conservée.

Il n'a accepté la charge d'établir la congrégation et de la régir qu'après s'en être excusé plusieurs années, qu'il a employées à prier et à faire prier Dieu ; désirant bien, comme il m'a dit souvent, d'en être un des membres, mais non pas le chef ni l'instituteur. llfal>ait que l'estime de l'œuvre et le sentiment de son indignité fussent bien avant imprimés en lui pour le faire demeurer si longtemps dans cette disposition. Enfin il se soumit, pressé ]>ar une puissante application de Dieu, par l'avis et à l'instance de plusieurs personnes signalées en piété et [)ar l'exprès commandement que lui en fit son évèque, auquel il obéit: marques d'une haute vocation, et d'autant plus évidente, qu'il avait été fortement retiré par des voies extraordinaires des autres vocations auxquelles il s'était voulu appliquer.

(jue si les hommes sont reconnus par leurs œuvres comme l'arbre par son fruit, ces deux grands chefs-d'œuvre que Dieu a faits par lui font assez voir l'éminence de son esprit et de sa grâce. Mais je lui demande pardony si je m'avance sans y penser, et si je dis trop pour en dire si peu. Il faudrait des livres entiers pour exprimer ce que je comprends en peu de lignes, et cela même n'en est que la moindre partie. Contentonsnous de dire en général que ce que Dieu dit 5 David : Fia' tecum in omnibus ubicunque ambulastilll Reg. vu, 9), peut être rapporté à la conduite de Dieu sur lui; car dès le t)erceau, il l'a pris par la main, il l'a guidé en tous ses pas, il l'a dirigé en toutes ses actions et en tous ses emplois ; il s'est appliqué à lui, et l'a rempli de son es[)r!t pour servir à ses desseins. En effet, on a remarqué qu'il agissait toujours par un puissant mouvement de Dieu, et qu'il était de ceux desquels parle l'Apôtre :Qui spiritu Deiagunlury hi sunt filii Dei. [Rom. viii, li.)

Il prévenait les pensées de ceux qui avaient à traiter avec lui, et leur parlait toujours conformément à leurs dispositions et à leurs besoins. Cela venait sans doute de la l)résence de Dieu en lui et de cet esprit de Jésus Qui omnia scrutatur^J Cor. u, iO), qui l'animait et le mouvait. Quelques-uns qui le connaissaient fort et qui me l'ont dit avec admiration, l'attribuaient aussi à la dévotion qu'il avait aux saints anges. Il a entrepris plusieurs choses difficiles contre toute apparence, et y a toujours réussi, parce qu'il s'y sentait appliqué de Dieu. En d'autres plus faciles, il ne se rendait pas si aisément à la suasion d autrui, lorsqu'il ne sentait pas le mouvement divin. Celte même disposition a produit en lui plusieurs autres effets de grâce, qui faisaient voir que Dieu le conduisait, solun la vérité de cette parole : Fui tecum in omnibus ubicunque ambulasti.

{ij Le caniiiial du Pernui.

ri rRKKACK. AUX PHETKKS DK LOUATOnUi. 81

Dieu donc était avec lui en loiilos ses voies ; Jcsus-dlirisi était en lui pftriHiil cl ngibsa::i, ri il (loniiail une telle l'ortie à sos paroles cl à ses actions, que ce qui s'est dit du rnaîlro peut ùlie nllrilnié au serviteur, Potvns in optrc et arrmunf. [I.uc. xxiv, 19.) lin -orte que si chaque saint a une éiiiinenci! cl dilléremc; de j^rûi'e, scdon la(juelie l'Ki^lise «liante : Non est tnvcntits simili.t illi, rclliiai.e en ses paroles el la puissance do l'Esfirit de Dieu en s«îs ai-tinns lui étaient trùs-pailiculièrrs. Il puplait (ant/nnin potntatnn hnhens ; autant d'auiliteiirs (pi'il a eus en ont été aillant d(i témoins , et l'on en verra «pielques preuves eu l'alxtridance des luiuic^Tcs el des vérités cpii paroissont en ses érrits, biuri qu'elles eusscnl tout une antrt! giilie cjuand il pailuit lur-méuie. l'iusieurs l'ont cfjmparé on cela h. saint Uernard, ^^(»^anl dire davanta;^e.

(juant 1*1 ses œuvres, c'est assez dire qu'il n'a jamais rien entrepris avec soin et application «pi'il n'ait mis h elfet, paice (pi'il n'agissait pas lui seul, mais que Dieu agissait en lui et par lui. Il a par d(Mix lois réconcilié le lils avec h mùro, el détourné par ce moyen la tempête d'une guerre civile (|ui nienaçail la France. Il a heaucoui) contribué par la vigueur <!o ses conseils h la prise de la Hodielle el h la destruction entière de fa faction des hérétifpies, rebelles è Dieu el à leur r(ji ; cl il sendde que le dessein de Dieu de l'avoir élevé 5 la dignité de cardinal el de chef du conseil de la reino mère ail été pour lui donner plus d'autorité, afin d'accomplir cette oiuvre. Sans doute, si Dieu, qui arrête avec un grain de sable les vagues impétueuses du la mer, n'eût borné par un secret. jugement ses saintes intentions et ses actions avec ses années, il eAt toujours conservé l'union entre les deux couronnes, ce qu'il avait l'ail jusqu'alors, comme aussi l'union cnlro ces deux cœurs, qui ne se fussent j>as divisés, ni en la vie, ni en la mort.

Mais ainsi que l'ange Ua|iliaél, a[)rés avoir mené et ramené le jeune Tobie plein de richesses et de prospérités, dit : // est désormais temps que je m'en retourne à celui qui m'a envoyé [Tob. xii, 20) : de môme ce saint homme, après raccomplissement des volontés de Dieu sur sa personne et par son niinistùre, s'en est allé h celui «pii l'avait créé et sanctitiô jiour sa gloire et |)uur lo salut île ,[)lusieurs. Sa mort a donc été la consommation de son sacrilico perpétuel. Il s'était consacré à Dieu dès sa filus tendre enfance. Il avait toujours vécu comme une iioslie, et en raccomj)lisseraent de son vœu de servitude, lequel il avait établi et maintenu par une puissante grice. Il avait jiorté la malédiction el les calomnies des Séméi, ojjposés aux voies de Dieu, il avait demeuré dix ans en silence et en soulfrance. Il avait défendu la gloire de Jésus par les discours de ses grandeurs et de sa vie. Et voilà enfin que cette victime est immolée au pied des autels, et en proférant ces [taroles d'oblalion do servitude, Ilanc irjitur oblationem servitulis nostrœ. Il confirme son voeu j>ar sa mort, s'olTranl en holocauste perpétuel, par hommage à la grandeur suprême de Jésus, laquelle il avait singulièrement honorée en sa vie ; mort précieuse, en la présence du Seigneur, dans les plus saintes pensées et les plus hautes élévations de la religion ; en la reconnaissance et en l'adoration de Jésus, comme principe en la Trinité, et comme Père en Cincarnution; et en la bénédiction de Jésus et de Marie, qu'il 5 demandée pour ses enfants, et qu'il leur a donnée I Agonie sainte, et saintement 0('cupée! De façon quo nous jiouvons dire ce que le texte sacré rapp/Orte de Moïse : Mortuus est Moyses juhente Domino {Dent, xxxiv, o) ; et selon une autre version : Mortuus est in osculo Jehova. Car il est mort au baiser du grand Jéhovah, je veux dire du Fils de Dieu dans le sein de son Père, comme principe en la sainte Trinité, cl de Jésus, Fils de Marie, dans le sein de sa mère, comme Père en l'Incarnation.

Mais la vie de Jésus-Christ Notre-Seigneur a été parsemée et mélangée de bassesses et de grandeurs,d'obscur!lésetdclumières,desoutriancesetdegloire, de privations el d'infusions; il a été persécuté en sa personne pendant sa vie, et en ses membres et en son corps mysti- (pie après sa mort, selon ce qu'il dit à saint Paul : Quid me persequeris ,{Àct. ix, i) ? et il le sera jusqu'à la fin du monde. II est donc raisonnable quo la vie de ses serviteurs reçoive le même partage. On y voit des humiliations el des petitesses, et puis soudain des rehaussements inopinés. Le inépris est bien souvent suivi de l'estime, et les traverses couvrent la grûce cachée. Dieu môme !a conserve el l'accroît dans les bassesses de la nature, et quelquefois dans les petits dérèglements du vieil Adam, qui servent comme les ombres à la |ieinture pour en faire paraître les plus riches traits.

Cela ne vous semblera pas hors de propos, non-seulement en la vue des persécutions de ce grand serviteur de Dieu pendant sa vie, mais aussi en la pensée de l'oubli et du méjiris auquel il a été a[)rès sa mort.

C'est à vous, mes Pères, à qui je dis simplement ces choses, quoiqu'à la face du public , et bien qu'il soit beaucoup plus diflicile d'écrire que de parler , le jugement de ceux qui lisent élanl plus sévère que de ceux qui écoutent, néanmoins, je serai digne d'excuse, si je proportionne mon discours à l'intelligence des personnes à qui je l'adresse.

Mais pour supfiléer aux défauts de ce petit narré, je produis la seconde vie, des lumières, des élévations el de ladoctrine qui se fait voir par elle-même dans ses œuvres mises par écrit. C'est la vraie vie des saints qui se répand dans tous les usages el dans toutes les fonctions de leur vie extérieure. Vie do lumière et d'intelligence que le Prophète viemandail à Dieu: Intellectum da milii, et viva:n. (Psal.cxvin,lVi..) Celui qui est le sujet de ce discours parlera lui-même, non pas de lui, mais de Dieu et des ciioses divines, de Jésus-Christ Notre-Seigtieur, de ses grandeurs et de ses mystères, des hautes vèritéslde la religion chrétienne, des

85 OEUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE. Se

DJ-aximes tlo la r-oruluite et de la sanclification des âmos on Dicti; établissant les principes d'une excellente théologie, aussi sublime qu'elle est humble, et aussi relevée qu'elle esl intelligible aux âmes pures et non préoccupées d'elles-mêmes, ni attachées à leur propre sens, Néanmoins, il se fait voir sans y penser, et il se dépeint naïvement lui-même contre son dessein, ainsi qu'au bouclier de Phvdias, on y voyait de tous côtés le jjortrait du sculpteur. l--t comme le soleil le plus beau, le plus lumineux et le plus visible entre les choses sensibles ne peut être dignement représenté que par lui-même, lorsqu'on lui oppose la glace d'un miroir ou d'un corps transjiarent , l'art de la peinture étant trop impuissant pour le tirer au vif, aussi les grandes lumières que Notre-Seigneur envoie au monde pour l'éclairer, comme il qualifie ses aiiôtres : Vos cstis lux mundi [Matth. v, 14), et les hommes apostoliques, ne peuvent être mieux représentés et déi)eints que par leurs ] ropres paroles et actions, encore qu'ils soient irès-éloignés d'y penser, et qu'ils désirent demeurer ensevelis dans l'oulili. C'est une louange qui se trouve sans la rechercher; c'est une éloquence d'œuvres et non pas de paroles, où les vérités jiaraissent et non pas les discours. Aussi je ne [irétends pas vous dresser Técrit de cette vie, mais vous la montrer toute faite par celui qui en est l'auteur et le sujet, ('ar si la parole est l'image de l'âme, et que cet ancien philosophe disait bien à propos : Parlez afin que je vous voie, sans doute,, lorsque vous entendrez parler l'autour de cet ouvrage, vous verrez aussitôt son esprit, et vous vous formerez une excellente idée de sa vie.

Cet pourquoi je vous en recommande très-soigneusement la lecture , car les enfants doivent lire le testament de leur père. Les commençants ont à y revoir les mystères qu'ils n'entendront pas; la docilité d'esprit leur ouvrira l'intelligence : Intellectum dat parvuli» (Psal. cxviii, 130); aux petits, dit il, c'est-à-dire aux hun/bles qui étudient en l'école de Jésus-Christ pour se rendre humbles Chrétiens, et non pas subtils philosophes. Les plus avancés y comprendront les hautes vérités et les saintes pratiques du salut et de la perfection, pourvu qu'ils ne les lisent pas comme juges {^our les censurer, mais comme disciples pour les croire, pour s'y soumettre et en profiter.

Or, afin de servir d'introduction à cette grande couvre, grande non j>as en la multitude des cahiers, mais en l'abondance des lumières et des vérités, nous devons remarquer qu'il a y trois sortes de théologie, la positive, la scolastique et la mystique. La positive a pour objet l'interprétation des saintes Ecritures, qui se doit faire par le même esprit qui les a dictées, comme l'enseigne le prince des apôties : Omnis prophctia Scripturœ propria interprctalione.non fit, sedSpiritu sancto inspirati locuti snnt sancti Dci homines. [II Petr. i,20.) La scolastique éclaircit les vérités de la foi par méthode, y mêlant quelque raisonnement humain; et la mystique applique ces vérités et s'en sert pour élever l'âme à Dieu, L'auteur a été éminent en ces trois théologies, et il les a élevées à un degré de perfection rare et singulier. Pour la première, il a pénétré dans le conseil de Dieu en l'exposition des Ecritures saintes, ayant été rem[)li d'une lumière de grâce et d'une onction spéciale du Saint-Esprit ; et on ne peut lire en ses œuvres l'explication de quelque passage, sans être convaincu de la vérité du sens qu'il lui donne. Quant à la doctrine des scolastiques , il l'ennoblit et la dégage des épines de l'école, pour la relever à une plus pure théologie, et la n'onire clairement en la parole de Dieu, il s'en sert avec un pouvoir et une industrie que les plus clairvoyants admirent pour porter les coeurs à Dieu et à Jésus-Christ Notre- Scigneur. Enfin, il réduit tout à la théologie mystique, manifestant la variété infir^ie des voies de Dieu sur lésantes, la correspondance qu il faut qu'elles y apportent, les empêchements qu'elles y i)euvenl rencontrer, les motifs qu'elles y doivent porter, les moyens et les degrés par lesquels elles s'y élèvent; et il fait cela avec tant de clarté, qu'on })e''ut dire àj)on droit de lui ce que saint Paul dit de l'homme spirituel : Judicat omnia [1 Cor. ii, 15), tant son discernement, soit général, soit particulier, a toujours été assuré. Ce qui fait bien voir que Dieu i'éclairait et l'avait rendu tel, comme l'ayant choisi pour être en son temps un des plus grands directeurs des âmes. Nous devons tenir à grande bénédiction, qu'ayant été le nôtre en nos commencements, il doive l'être toujours à l'avenir par les saints enseignements qu'il nous a laissés.

Or, comme partie de ses œuvres avait été diversement imprimée de son vivant, et q\i'une autre paitie a été trouvée dans ses manuscrits, nous avons eu soin, selon vos désirs et instances, de les faire toutes ramasser et recueillir en un même corps de ce présent volume. Vous en devez avoir la même obligation au R. P. Gibieuf, qui, en ayant une plus grande connaissance qu'aucun autre, les a ainsi disposées et enrichies d'arguments et de sommaires; ce que nous avons grandement approuvé, d'autant j)lus que par ces abrégés 1 esprit du lecteur sera plus recueilli et mieux préparé à recevoir et entendre les hautes vérités dont chaque discours ou traité est rempli.

11 faut remarquer que cette sorte de théologie tient plus de la sapience que de la science ; car elle traite des choses hautes et divines, hautement et divinement, par les idus prolonds principes de la foi, sans s'appuyer sur la science humaine ni sur les raisonnements de la fihilosophie, mais s'élevant au-dessus, comme un aigle qui par son vol s'a|)proche du ciel, et par sa vue subtile contemjile les vérités étei-nelles en la propre S])lcndeur et clarté Ue leur soleil, qui est Jésus-Christ Notre-Seigneur.

C est la vraie science des saints, la science de salut, et une émanation de la sapience et ue la science divine {<>(, „ ;{j^ ,ie laquelle Jésus possède les trésors dont il est le seul ci

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rui)i(|uc mallro : l'nus est ma<ji$ler vesler Chrislus {Mniilt. wiii, 10), cl qu'il enseigne en pnriaiil nu càMir; scionce <ini, coinmo le soleil, |iiO(liiil In ( haleur el la luiuiùre, et est vraitnciil (0 fou (|U(î Jé^us-Uirisi osl venu n|i|;oil(r en torro, qui a en soi anleur el lueur, (;'e^t-»\-(lil•o eoimai.ssniice et amour, mais plus d'atiieur (jue «le lueur, |)lus d'amour (}uc do contiaissancc, cl qui conJuit 'i la coniKiissatice par l'amour.

Vn grand maîlre dil aux vrais é( olii-rs do ((îlU; s( i«Mic(! : Venite, filii, niidile me, limorem Doinini (lonho vos [l'siit. wxni, l:i), pour leur approiidrci (ju'ils doiveiil venir à celle écolo avec 1111 esprit liumiile «;l docile, c(»mme des enlanls, venite, filii ; avec un ((our lervenl et ilésireuv d'y proliier, comme des disciples, a»(/i/c m?; avec une crainle lilialo el respectueuse vers les mystères redoutables (]ui y sonl enseignés, timorem Dotnini doceho vos. Ce sont trois dispositions nécessaires pour étudier avec tVuil en l'académie do la sagesse el du divin amour, sans lesquelles cette science ne servira iju'à coidondre celui qui présnmernil la pouvoir nc«piéiir. Il sera rejeté comme l'aiglon hAlard, (pji no peut soulFrir l'éclat du soleil. La mémo lumière qui le devait éclairer l'aveuglera couimo ce pliilosoplie qui voulut regarder col aslre ilo trop près : Scrulator majestatis opprimctur a fjloria (l'rov. \\v, "27 ; et la grAce «jui devait opérer son salut sera la cause de sa condamnation : Jn judicimn veni, ut qui vident cfiri fiant. {Joan. ix, 3'J.) Je ne vous dis pas ceci sans raison, mais |inr une précaution nécessaire; car nous n'avons (|ue trop d'expérience do ceux qui censurent ce (ju'ils ne sont pas capables d'entendre : (Juœ ignorant blasphémant {Jud. 10), cl qui veulent assujettir la science de Jésus-Christ h celle d'Ari>lole, el la |tliilosophie chrétienne, laquelle a pour fondenicnl l'ahnégalion de soi-même, à celle des païens, qui est toute en la plénitude et en la complaisance de soi-même. Ouils écoutent le Fils de Dieu parlant à son Père en élévation d'esprit : ConfHcor tihi, Pater, quia abscondisti h(vc a sapientibus, et rcvclasti ca parvulis [Matlh. ii, 25); el son .Xpôlre : Si quis videtur inter vos sapiens esse, siultus fiât, ut sit spieiis. [I Cor. m, 18.) Cet avertissement nesera pas inutile.

Je vous prie aussi, et tous les lecteurs, de faire différence entre les œuvres imprimées pendant la vie el par les soins de l'auteur, el entre les œuvres posthumes que nous donnons au public après son décès; comme encore entre celles qu'il a faites el composées à dessein et avec son exaction ordinaire, et colles que dans l'abondance de ses vues el de ses |)ensées il a laissées sans ordre |)armi ses écrits. Les unes, 5 la vérité, paraîtront avec plus d'étendue, d'ornement et d'élégance, qui est souvent ce qu'on recherche en la lecture des livres; néanmoins toutes contiennent les saintes lumières de la théologie dont nous avons parlé : l'éminence el la sublimité de la grâce, la solidité et la clarté do l'esprit qui les a }troduites ; et le lecteur trouvera dans les dernières, aussi bien que dans les premières, les saintes Ecritures divinement expliquées, les principes de la foi nettement éclaircis, les plus grandes et plus importantes vérités de nos mystères clairement proposées, et les [)lus saintes pratiques de la religion établies avec une efficacité si puissante de l'esprit de Dieu, qu'il imprime aussitôt dans les cœurs ce qu'il ey()rime aux sens et à lu pensée. En la même manière que saint Augustin remarquait do saint Ambroise, quand il l'entendait

f)rêcher, que les choses s'écoulaient en lui avec les paroles et la force des sentences avec e discours, aussi l'onction, la grâce el la lumière se répandent comme insensiblement en l'âiTie par la lecture de ces œuvres.

Ce sont les richesses que notre père a laissées à notre congrégation, et par elle à l'Eglise. Tout y est précieux et rempli d'une haute sapience, môme les plus petits discours, qui sembleront moins polis. C'est i)ourquoi nous n'avons pas jugé devoir rien omettre, ni envier au public la communication de ce que nous pouvions posséder en notre particulier..

J'ajouterai à ces observations l'explication de quehjues termes, qui tonlfort fréquents en ces œuvres, comme ceux d'honneur, d'hommajc cl àlionorer ; ceux d'appartenance el do liaison; ceux de servitude, de sacrifice et d'hostie.

Honorer, c'est regarder et e^limer quelque perfection et excellence en autrui avec ua respect et un abaissement de soi-même, à proportion du degré de celle excellence. Or, comme toutes les excellences sont divines et inliiiies en Dieu, et sont divinement humaines et d'une dignité infinie en Jésus-Christ Xotre-Seigneur, à raison de sa divine personne, elles sont dignes d'une estime, d'une révérence el d'une soumission pareilles. Mous leur devons cela, non-seulement à toutes en général, mais aussi à chacune en particulier, et à tout ce qui en procède, jusqu'aux moindres choses. Ses souffrances mêmes et ses passions méritent un semblable honneur, en tant qu'elles sont reçues en sa divine i)ersonne par sa nature humaine. Car le Verbe ayant pris notre nature et toutes ses parties en unité d'hyposlaso, il les a toutes pénétrées et remplies de la plénitude de la Divinité qui habite en '^lui {Col. ii, 9), cl par elle les a sanctifiées et déiCées en soi-ii.ôme, c'est-à-dire les a é'evées à une dignité infinie d'agir, d'oftérer et de mériter. Ainsi il n'y a rien en lui qui ne mérite hommage, honneur, révéren; e |)rofonde, et la soumission de toutes les créatures i{ui sont au ciel, en la terre et aux enfers : Ut in nomine Jesu omne genu flectatur cœlestium, terrestriuni et infernorum. {Philip, ii, 10.) C'est l'acte et l'exercice le |ilus essentiel de la religion, la première obligation de la créature envers son Dieu, le priiici[al devoir du Chrétien envers Jésus-Christ Nolre-Scigneur.

Quant à l'appartenance et à la liaison à Jésus et à Marie, et à leurs mystères, qui sonl si souvent ré] étées en ces œuvres, ces termes m'frqueirt une puis;ame, une aulonlé et une

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souveraineté de la grâce et de l'esprit de Jésus sur nous, qui nous rend siens, et nous approprie à lui par le droit qu'il a sur nous, et par notre soumission et abandunnement à son divin pouvoir.

Pour entendre ceci, il faut savoir qu'il y a deux sortes d'opérations employées en la sanctification de Yàme : l'opération de Dieu en l'âme, et l'opération de l'âme vers Dieu. La première est celle qu'on appelle grâce, et la seconde vertu. Ce n'est pas que la venu ne soit une grâce et un don de Dieu; car la vertu n'étant autre chose qu'une bonne disposition pour faire des actions bonnes et saintes, elle doit venir de Dieu, duquel nous recevons tout le bien que nous avons, selon saint Paul : Qaid habes quod non accepisti? {I Cor. IV, 7.) De même aussi, la grâce n'opère point en nous la sanclilication, si elle n'est suivie de la vertu, et si elle ne donne le vouloir et le faire [Philip, ii, 13), en quoi consiste la vertu. Mais d'autant qu'il y a des O[)éralions que Dieu fait en nous sans nous-mêmes, nonseulement au commencement, mais aussi au progrès de la vie des justes, nous appelons grâce l'opération de Dieu en nous, sfiécialement lorsqu'elle est assez puissante pour détruire les empêchements qui s'opi osent à elle, et pour arracher de Fâme les racines de cet arbre que Dieu n'a })oint planté en sa créature, c'est-à-dire les secrets engagements de J'amour-propre et du vieil Adam. Nous appelons vertu l'opération de l'âme ainsi prévenue, assistée, soutenue de la grâce, et par elle appliquée à Dieu. Or celle de ces deux opérations qui nous convertit et nous lie à Dieu, à Jésus et à la sainte Vierge, c'est l'opération de Dieu et de sa grâce; et la créature n'y a point d'autre part que celle que la même grâce lui donne, qui est une adhérence volontaire à cette opération, suivie des désirs, des atfections et des pratiques conformes, comme aussi de l'éloignement de toutes les choses contraires. De même il y a deux sortes d'appartenances et de liaisons à Jésus et à ses mystères ; l'une qui consiste toute en l'opération de Dieu, et qui prévient nos pensées, nos désirs et nos soins, bien qu'elle demande d'en être suivie, et ne puisse subsister utilement sans notre correspondance; l'autre qui consiste en nos pensées, en nos désirs et en nos dévotions dans l'usage de la giâce. C'est principalement de la première dont parlo l'auteur; et il veut que nous la cherchions par les voies de la seconde, qui nous donne quelque entrée en celte appartenance; car désirer d'appartenir à Jésus-Christ, c'est déjà commencer de lui appartenir, comme le désir d'aimer Dieu est déjà un amour commencé. Appartenir donc à Jésus-Christ et être lié à lui, c'est être absolument en son pouvoir, en sorte qu'il ait droit, par son autorité, de disposer de. nous comme de chose entièrement sienne : à quoi nous nous préparons en le regardant comme notre exemplaire, en dépeadant de lui comme de notre principe, et en tendant à lui comme à notre fm.

L'état de servitude est une manière spéciale d'appartenance, qui ne consiste pas tant à •vouloir, à désirer, à protester cette servitude, qu'en une qualité et disposition permanente que Notre-Seigneur imprime et met en l'âme, afin de la rendre toute sienne par ce titre. Au moyen de quoi l'âme renonce à toute propriété, et au droit qu'elle a sur ses actions^ même à sa propre liberté, pour se livrer à la puissance et à la souveraineté de Dieu, qui opère cela en elle, et se l'approprie en son être et en toutes ses opérations. Il faut remarquer que par celte disposition l'on ne donne pas seulement les fruits, mais le fonds; nonseulement les accidents, mais la substance; non-seulement les actions, les paroles et les souffrances, mais aussij'ètre, l'essence et l'intime de l'âme; que ce n'est pas une oblation préparatoire, mais une donation parfaite et entière ; qu'elle ne se fait pas par forme de prêt et pour un temps, mais pour toujours, comme étant perpétuelle et irrévocable ; qu'elle n'est pas avec condition ou limitation, mais absolue, sans bornes et sans réserve ; entia que celte donation n'est pas muable à la volonté et au bon plaisir de celui qui la fait eu la manière d'une siaiple dévotion, mais qu'eJle impose obligation et nécessité, comme élant établie et conlirmée par une espèce de vœu, qui est le vceu primitif de la religion chrétienne, conçu premièrement au baptême, puis renouvelé et ratifié |)ar une exj)resse jiromesse qu'on fait à Jésus-Christ de le reconnaître et tenir pour son Dieu et son souverain Seigneur, et qu'on lui fait en la plus humble qualité qui puisse être, savoir de serviteur et d'esclave; ce que l'ancien Jacob semble avoir non-seulement figuré, mais pratiqué, lorsque Vovit volum dicens : Si fuerit Dominus mecum, et custodierit me in via, etc., erit mihi Dominus in Deum, [Gen. xxviii, 20, 21.) a

Mais d'autant que ces vœux ou oblations votives de servitude font l'argument d'une partie de ces œuvres , elles méritent d'être expliquées par celui même qui les a i)roposées, et d'être entendues de sa bouche. C'est [-'ourquoi je [renvois le lecteur au second discours du livre Des grandeurs, et aux oblations qui. suivent la Vie de Jésus.

Pour les termes de sacrifice et d'hostie, saint Paul nous en montre l'usage , quand il nous exhorte à nous offrir à Dieu en cette qualité : Tanquam liostiam viventem , sanctam , Deo plucentem. [Rom. xii, 1.) El il n'y a rien de si commun en la sainte Ecriture, que ces mêmes termes, quand il s'agil d'honorer et de lui rendre un culte souverain.

Premièrement, ils signifient un état de consécration ; car l'hostie est une chose consacrée à Dieu, et transférée de l'usage profane et commun à un usage saint et divin. C'est ce que le sacerdoce fait en nous, parce qu'il nous dédie et nous apjiroprie entièrement à Dieu , cl nous destine aux sacrés ministères, non pas par une simjde dépulation ou commission j xterne, mais par une onction qui sanctifie l'âme, et lui imjirime une marque et un caractère ue sa consécration ; nou aussi par une oblation et par un acte de la volor.té do

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riiomine, n)fli.s [«r lo pouvoir et l'autorilé de Dieu, (|ui prend ceux qu'il lui plaît, et !c5 siM'flre du pou|tU', pour ôlre ^cs prôlros el les niiniblrcs des choses saintes ; car il u'appartienl qu'h Dieu de fniro el d'avoir des |»rôlies.

Kn second lieu, ils disent un él«t de mort ; car riioslie est pour lo sacrifice, ol le sarrifire pour la divsiriHlion cl l.i inoil dt; l'ho'-tie. l/hoiutne avait nu^Tilé la mort par lu péclui : In (fiimuni/ue liuru comederis, morte uiorirris. {(Jen. ii, 17.) (l'est pourcjuoi, au môme inoniful el au nu"^iMe lieu (pi'il pèche, il devrait mourir. Mais lo Fils de Di-'U , par un excès (i'.iiuour, prenant la ressemhianco de la chair do péché, s'est mis en la plai:e du pé<;heur cond.unné h mort ; et, en exécnlant cet arrôl, a voulu soulfrir la mort pour lui, îdin de l'en délivrer, el de salisl'aire h la justice <le Dieu. Il est iriorl premièrement en li;^uri' avant sa venue au monde, ainsi (pi'iin crinnnel (pi'on exécute en elligie avant (pi'il puisse être appréhendé au corps; et c«da s'est lail en chacun des animaux (}u'on a immolés cl sacrifiés h Dieu depuis le premier péché; le texte sacré disant en ce sens, cpie l'Afjneaua été occis dts le commencement du monde. {Apoc. xiii, 8.j Car les sacrilices n'avaient aucune giAce ni venu | our iKUioicr Dieu cl pour >anclihcr les hommes, qu'en (jualité do li^^iires du vrai sacrilice (]ue Jésus a olFert lors(ju'il .s'est inuufdé soi-même sur l'autel de la croix. Après sa venue en terre, <lès le premier moment de sa vie, el tant qu'il a vécu, il a toujours été présent à Dieu son l'ère en son corps uiortel et passible, en état d'hostie et de victinïo, non |iliis en li;j:ure, mais en vérité : pariant il |)0uvait dire toujours co^ qu'il lui a dit un fois : Pro eis eyo sanclifico tneipsum [Jvan. xvii, 19) , c'csl-à-dire je m'iramoie, je me consacre el me sacrifie pour tous les hommes pécheurs. Knfin , il a consommé ce sacrilico par sa mort. Or le ha[itème nous conformant à Jésus comme hostie , et à Jésus mourant et mort, il nous oblige à être des victimes comme lui, en la vie et en la mort; aiiu que, mourant à nous-mêmes et au péihé, nous cheminions en une nouveauté de vie, connue l'Apùlre nous y exhorte souvent, {llom. vi.) C'est h (juoi tend aussi el nous porte lo consécration sacerdoiaie, nous destinant coiuiuo des hosties vivantes au sacrifice, à l'imniolalion et à la mort. Bref, c'est ce (jui se (ioit accomplir en nous, par la célébration du saint sacrifice. Car comme Jésus y est le prêtre et l'hoslie, le sacrifiant el celui qui est sacrifié, de même nous devons, avec lui, entrer en ces deux élals , de prêlie sacrifiant et d'hostie immolée. Jésus y meurt, et nous y devons mourir avec lui ; êlre tout consommés en lui, el référer même noire mort naturelle à l'honneur et à l'hommage de la sienne. îln un mot, nous devons vivre et mourir comme les victimes de sa gloire et do son saint amour.

Cela suffira pour expliquer aucunement ces termes, laissant à l'auteur à en donner une parfaite intelligence, |iar la propre clarté de son esprit el de ses paroles, ainsi que la lumière se l'ail mieux voir elle-même.

Il nous reste à faire quelques remarques sur sa conduite et sur ses desseins en quelques-uns de ses livres, et sur les divers motifs qui l'ont porté à écrire.

Le traité Des éneryumêncs, qui est mis au commencement, comme le premier publié , a été fait à l'ociasion d'une possession contestée en son hypothèse, puis en sa thèse générale , que l'auteur, qui était lors encore assez jeune, entreprit de prouver et de soutenir. Le style est concis et nerveux, le raisonnement puissant, el tel que les ignorants y sont insiruitç, el les indociles convaincus. 11 fait voir là-dedans qu'il avait un esprit tout opposé à la malignité de Satan, découvrant ses artifices, sa tyrannie , ses efforts, et sa rage contre Jésus-Christ el contre le mystère de l'Incarnation." Il y montre aussi les desseins de Dieu, tout contraires, dans celte sorte de vexation; l'utilité qu'il en tire fiour sa gloire, pour notre salut, el pour la confusion des démons. Celte matière n'avait jamais été mieux traitée. Nous savoiîs que les ennemis de la vérité furent éblouis de la nouvelle lumière qu'il y a|>porta.

De la possession dos corps, il |as.se à la possession des esprits par le démon de l'hérésie, et la combat en trois excellents discours; établit la foi, fait triompher l'Eglise , lui laissant la joie entière de la conversion d'une dame qui avait donné occasion à ces œuvres.

Le premier est de la mission des pasieurs, point fondamental, (ju'il démêle avec tonte la netteté el la solidité qu'on saurait désirer, renversant le corps de la réformation prétendue par la ruine de son fonticinenl.

Le second est du sacrifice de la messe , et le troisième, de la réelle présence de Jésus- Christ en la sainte Eucharistie. Nous y avons lait ajouter plusieurs traités sur le même sujet, qui n'avaient point encore été vus. Comme ses délices étaient à l'autel, el que ce mystère était, h vrai dire, son élément et sa vie, aussi Dieu lui en donnait des lumières et des sentiments tout particuliers, el une force d'esprit admirable pour confondre l'hérésie la plus ingrate el la plus maligne, envers un gage si précieux de l'amour que Jésus- Christ nous a porté. Oserai-je dire que, traitant de ce mystère dans ses élévations, il était plein de lumière, comme Moïse sortant de devant la face de Dieu; mais que combattant Ihérésie, il lessemblait à Elie, rempli de zèle contre Jézabel? el ainsi qu'en ce sujet, comme au reste de sa vie, il participait à la débonnairelé de l'un, duquel l'Ecriture dit . Erat vir milissimus inicr omnes homines {\um. mi, 30) , el au zèle et au courage de l'autre, qui disait : Zcto zelatus sum pro Domino excrcituum. {Jll Iteg. xix, 10.)

Les discours De l'ctat el des grandeurs de Jc'sus, par l'union ineffable de la divinité avec l'humanité, et celui De la vie de Jc'sus, sont ses principaux ouvrages. Et si en ses autres

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traités il se proportionne et s'accommode aux sujets dont il traite, aux rencontres qui l'obligent à parler et aux personnes auxquelles il s'adresse, en ceux-ci il n'a point d'antre lè'de ni d'autre proportion cpie Jésus en sa maiesté, en ses états, en ses grandeurs. Il ie^carde seul, il ne s'occupe tjue de lui, et l'on le voit comme tout transj)orté en Jésus, pénétrant et annonçant au monde les plus secrètes vérités de son mystère. Que si le sujet qui donna occasion au premier œuvre le détourne quelquefois, ce n'est qu'un instant et en passant. Il contemple et adore en Dieu les grandeurs de Jésus-Christ, et il le suit jusque dans le sein de la Vierge, comme l'aigle évangélique, saint Jean, s'élève et va chercher le Verbe divin dans le sein du Père, ne le quittant point qu'il ne l'ait vu abaissé en terre [tar ce grand sacrement ; Verlnim caro factum est. iJoan. i, IV.) Pourrais-je faire quelque rapport de ce qui est dit de saint Chr.ysostome, que saint Paul lui suggérait ses j)lus belles pensées sur ses Epîtres? Ce grand a[)ôtre ayant été ravi jusqu'au troisième ciel, et ayant entendu des paroles secrètes, qui sont sans doute les grandeurs inénarrables du Verbe incarné, les a depuis fait connaître aux anges, comme il le semble dire : Il innolescat principatibus pcr Ecclcsiam [Ephcs. m, 10); et en divers temps, il s'est servi de jilusieurs organes pour les annoncer el les publier aux hommes. L'auteur de ces discours peut, h bon droit, être estimé un de ceux-là : ses pensées sont liantes et dignes d'avoir été inspirées |>ar soint Paul ; ses jaroles pleines d'emidiase ; il n'y en a pas une seule qui ne porte sa lumière, et souvent «.e qu'en penserait être répétition contient une telle abondance de choses, que plus on les regarde, plus on en aperçoit de nouvelles : de même qu'une colombe étant exjîoséo aux rayons du soleil, on voit paraître sur ses plumes diverses couleurs, h mesure qu'on la regarde de divers côtés : Pcnnœ coîumbœ dearijcnialœ , et posteriora dorsi ejus in pallore auri. {Psal. lxvii, 14.)

Il y a eu deux conciles œcuméniques assemblés sur le mystère de l'Incarnation, le j)reniier, c'est le concile d'E[)hèse contre Nestorius, qui mettait deux personnes en Jesus- Clirist ; l'autre, le concile de Chalcédoine, contre Eulycliès, qui confondait en lui les deux ratures. Au premier, saint Cyrille a défendu la foi de l'unité de la personne, et en a écrit amplement d'un style fort et bnimé. Au second, saint Léon a expliqué la créance de l'Eglise avec une éloquence toute divine en son épître ad Flavianum, laquelle servit de règle et de confession de foi à plus de six cents Pères assemblés. Ils ont parlé l'un et l'autre si dignement de la dispensalion de ce sacrement caché en Dieu avant les siècles, qu'ils n'ont laissé h notre auteur que la gloire de les imiter et de les suivre. Mais il s'en est tellement ac(piitté, que si nous sommes redevables aux siècles de ces grand saints, la postérité sans doute le sera au nôtre. J'estime toutefois, s'il est permis de faire quelque comparaison, (ju'il approche plus de l'esprit et du style de saint Léon, particulièremenl en cette <idu)iraij|jî épître ud Flavianum, autant que la ditférence des langues le peut soutTrir.

Les grosses rivières viennent des petites sources, et souvent les plus grandes œuvres de faibles occasions. Celle qui lui fit composer ce livre fut qu'ayant dressé les deux oblat'ons votives, ou élévations en forme de vœu dont il a été parlé, l'une à Jésus-ChristNoire- Seigneur, l'autre à sa très-sainte Mère, la Providence permit que quelques es[)rits préoccupés les |)ubliassent à dessein de les faire condamner; mais, par un secret jugement, elles furent ajiprouvées et honorées des témoignages de nombre d'évêques et de docteurs. Après dix ans de persécutions sur ce sujet, dix ans de silence et de patience de son côté, enfin pour honorer Noire-Seigneur Jésus-Christ et le grand chpf-d'œuvre de son a;uour, non jiour réj.ondre ou pour se défendre, il donna au public les discours De l'état des grandeurs de Jésus, desquels le premier j)eut être appelé Le panégyrique de l' Incarnation , ou La foi expliquée de ce mystère.

Le second contient le vœu de servitude à Jésus, par une ample exposition en forme d'élévation, digne de la doctrine et de la piété de l'auteur, où il ap[)uye toutes les pro- /ositions sur les solides fondements de la théologie, de l'Eglise et des Pères. Ces deux oblations votives se trouveront encore diversement exprimées, plus au long et beaucouj) enrichies, en suite du livre De la vie de Jésus.

Tous les discours suivants sont employés en la recherche des merveilles inconcevables de l'unité de Dieu, de ses communicatioiis ineffables, et de son amour en ce grand sentiment de piété et en Texplicalion des trois naissances de Jésus : vous en pouvez tirer l'éclaircissement des sommaires mis au-devant de chaque discours.

La vie suit la naissance, et la naissance se termine en la vie. Les discours Des grandeurs ont Uni par les trois naissances de Jésus, et celui {}ui suit e^l de sa Vie, que l'auteur décrit en une manière sainte et élevée: il le représente vivant éternellement au sein du Père, en l'unité d'essence, en l'égalité de puissance, en la communication de ses grandeurs infinies, en la splendeur de sa gloire, en la distinction et en la propriété de sa personne. Il le fait voir vivant au monde, dès le commencement du m.onde el du péché; puis en la foi des iiatriarches et des prophètes; bref en la nature (jui le désire, en la loi qui le figure, el en la grâce qui le donne. Il montre l'indignité de la terre pour le recevoir, et en la terre la seule Vierge ((ui e^t sans péché et pré[)arée par le Saint Esprit pour être la digne demeure du Fils de Dieu venant au monde. Il ra[)porte au long l'ambassade de Tango qui lui est envoyé, le iiourpailer qu'il a avec elle, les grandeurs du mystère qui s'acconi- J lit en elle; les premières occuiuitions de Jésus en Marie, tant vers elle que vers Dieu

i}7> vm:\\œ, aux Piu:rm;s m i/oiiatoirk. si

s'iii prre; cl enfin les lionininges que nous devons h Jésus, en ce premier moment aufpici il r<)iiiiiion( 0 h vivre el h l'niie .son «iMivrcMlîuis le monde.

C*«'t<'iil son dessein, de le suivre <uii>i d/iiis Idus stjs pas el rlaris lous les différenls élals de sa vie, jiis.ju'à ce (pTil l'ciU adoré moiil;inl au ( itd en son ascension, el assis à la «lioile el en la gloire de Dieu son IN'ii; ; déiouvranl ('ii cliacun de ses nivslèrcs les liésors cachés, et exposant les pensées ipuî Dieu lui donnait , avec la niùme luiidc're qui paraît en <e premier essai. Ol'iivre qui eût été sans doute admiré en nos jours et dij-'tie de l'élernilé. Mais la mort l'a séjiaré (!e nou^^, conuiu! le cii.irioi de leu ravit I-^lie, car il ne se pouvait plus faire (|ue le !"■ uipii sortait de tant de lumières ne le consoiiimAl. Il n'y a [tas [^rand .sujet d'espérer (pi'il se tivjuve un l"',lisée rem|)li de son double esprit, qui continue el achève cet ouvrage. Mais pour suppléer ;i ccda, il nous en a laissé (lueluues petits échantillons, prenuèrementendeux l-'lévatiuns J\ Jésus-Chri-t Noire-Seigneur, I une sur les principaux élals et mystères, l'aulre sur la (;onduitcde son esprit el de sa grAi e vers sainte .Madeleine, où il s'étend sur plusieurs trailésdc sa vie el de sa conversion parmi les hommes; l'uis en «livers discours de piélé sur le mystère de l'incai iialioii, de ."-a nai^sance, de son ent'ance, do l'adoiatior» des maires, de son ohlalion au leniple, de sa retraite lians le désert, lie loules les pailics i!e sa passion, de ses souH'raiKes , lie sa .'■ésuireclion et de .son ascLMision, hrefen lous ses autres traités ou iliscours de piété : car il n'a point eu d'autre (dijet (pie Jésus, ni d'autre entretien (|ue sa vie et que ses mystères. Kl 5 l'exemple de ce (|ue le Fils de Dieu avait été toujours appliijué non-seulement à Dieu son l'ère, [;our !-ii rendre la gloire et l'hommage i|ui lui était di"), mais aussi aux hommes pour les saiicti'fier et leur communiquer ses giAces , il a semlilahlcmenl partagé ses œuvres spirituelles en celles d'élévation vers Jésus, pour l'honorer, le eop.teinpier, l'adorer el laimer; et en celles d'instruction el de conduite pour les âmes, comme est celle De In direciiun des nupericurs, celle De rubnéijatiun et autres, à (|uoJ il l'aut ajouter noudjie de hdlres écrites sur divers sujets. Tellement qu'avec les œuvres de conlrovcrïC dont nous avons déjà parlé, il semble f|ue ce sont les trois chefs auxcjuels elles se peuvent ra[iportcr. Je laisse aux lecteurs d'en f.iire la division particulière. 11 n'y a rien (jui ne soit digne de l'esprit et de la piété de l'auleur.

Voilà un recueil de ses œuvres que j'appella le vrai livre do sa vie, qui contient et représente ce qu'il a eu de plus excellent, au moins ce qu'il nous est permis d'en conuaitre. Un autre ne pourrait p.assibien le peindre qu'il s'est peint lui-même là-dedans : niais connue l'image, pour n;iïvc el bien laite qu'elle soit, est toujours dérectucusc et moindre que la chose (ju'elle représente, aussi je |)uis dire que les |ortiails de son esprit tirés en ses œuvres n'égalent | oint la vérité, el que les choses qui s'y lisent, [lour rares et excellentes quelles soient, ne répondent point aux impressions véril.ibles qu'il en a portées.

La vie de T esprit. — Lu troisième vie de notre très-char et très-honoré Père, qui est celle de l'esprit et de la giAcequeje m'étais proposé de vous re|)résenter, me semble la |ilus longue el la plus dillicile, parce qu'elle ne doit pas être exprimée par nos paroles, mais l>ar nos auvrcs; elle ne doit pas être écrite sur le papier a\ec l'enci-e, mais gravée et imjirimée dans les cœurs. Scripla, non atramcnlo, sed Spirita Dci vivi; non in labulis lapidcis, srdintnbulis cordiscanuilibits.{Jl Cor. m, 3.) Ce n'est \.as la vie de ses actions qui ont passé, mais la vie de son es[trit qui doit toujours vivre en nous. Celle vie ne s'est pas écoulée et n'a pas tiniavec les années qu'il a vécu parmi nous, mais elle doit demeurer et en lui et en nous [lour l'éternité ; elle n'est pas plus la vie de sa personne que la vie de son œuvre. Kn un mot, c'est auUuit noire vie, et la vie, resi)rit et la grâce de la congrégation, que de celui qui en est l'auteur et le |ière. Notre conversation la doit exjirimer, nos actions la doivent pourtraire, et notre i)iélé la rei)résenter au vif. Car en un meilleur sens (jue le philosophe no disait à ses amis (ju'il leur laissait l'image de sa vie(SENEc.) , il nous dit avec le grand apôtre : Estolc imitatoris tnci, sicut et r<jn Chrisii. {I Cor. iv, IG.) Portez en vous l'image de la vie de Jésus, comme je l'ai portée : soyez participants du même espiil,(pie j'ai reçu pour vous ôlre communiqué. Et derechef: Epislola noslra vos estis, quœ scitur cl leijilnr iib omnibas hominibus : jnanifestati,(juod cpistoin cslis Christi, niinislrata a nobisy et scripla, non a'.ramenlo, sed Spiritu Dci vivi. ( II Cor. m, 2.)

Si les pères ne meurent point en leur propre mort, mais demeui-ont vivants en la vie de leurs enfants, selon celte parole du Sage : Morluus est paier, el quasi non est mortuus,similem eninireliquitsibipostsc[Eccli.\x\, 4) ; les saints instituteurs des communautés consacrées à Dieu, qui leur liennent lieu de [)ères, doivent vivre selon l'esprit et la grdce de eur vocation en leurs enfants et successeurs : mais spécialement l'esprit de celui qui nous

a été donné de Dieu en cette qualité, ou plutôt l'esprit de Jésus en lui, doit èlre toujours vivant et opérant en nous. C'est une belle et une riche description de sa vie, que l'image de sa piété, l'expression de sesdis|iosilions et l'imitation de ses vertus : comme les hôpitaux bâtis, les églises fondées, les monastères établis et reniés par le grand roi saint Louis, prêchent h mlemeni les saintes actions de sa vie. Les œuvres sont des paroles bien plus animées que celles du discours, mais principalement les a>uvres vivantes qui portent l'esjiril et la vie de leur auteur et la rendent couime immortelle.

Or, entre tous les ouvrages de cette condition ({uc Dieu a faits pour l'éternité par son serviteur, j'en remarciue deux priiii.ipaux en ILglise, l'ordre des Carmélites, qu'il a établi en France, et noire copgrégrTti'Mi. Je n'eslime pas aj»portcr aucun préju;.iice aux droits de

f5 OLLVIŒS aï-MPLElES DU CARDINAL DE CEIIULLE. SG

de sainte Thérèse, de ra|)pt'ler le fonJateup do cet ordre en France : elle a donne le commencement et la rè^le à ses filles, nusis il leur a coninmiiiiiué l'esprit. Celui qui plante nest rien, ni celui qui arrose, mais ccst Dieu seul qui donne l'accroissement (/ Cor. m, 7); et c'est par lui qu'il l'a donné tel que nous voyons, non-seulement grand au nombre <!es monastères et des Ames qui y sont appelées, ïnais encore plus grand et plus abondant au progrès de l'esiiritelde la grâce d'une si sainte vocation, En sorte que toute i'Eglise est |)arfumée de l'odeur de leur vertu et sainteté, 11 fallait sans doute un puissant esprit et une grâce éminenle, i)Our produire un si grand œuvre de grâce.

Quant h la congrégation, Jésus-Christ Notre-Seigneur qui est la fontaine de vie, Apud te est fons vi(œ {Psal. xxxv, 10), a suscité en ce fidèle serviteur une source émanée de lui, source d'esjjrit et de grâce, qu'il nous veut communiquer; source de la sanctification, qu'il veut opérer en nous, et qui ayant si abondammei:t coulé pendant qu'il a été sur la terre conversant parmi nous, n'est point tarie par sa mort, mais doit toujours couler, et nous donner encore après sa séparation les mêmes eaux de vie; car alors il a commencé de nous avoir plus présents, et de ne nous plus voir que dans le miroir de la divine essence. Je vou? dis volontiers, mes Pères, que même à présent il nous doit tenir lieu de chef et de supérieur général per[)étuel, et qu'ayant reçu grâce en ces deux qualités, nonseulement pour établir et commencer notre congrégation, mais aussi pour la conduire et jiour la régir, il les exercera et nous régira encore plus efficacement étant devant Dieu, qu'il n'a fait étant avec nous. Car ainsi que Notre-Seigneur Jésus-Christ, en sa vie voyagère, n'a assemblé qu'un petit nombre de disciijles, encore tous faibles et vacillants en la foi, jusqu'à ce que étant séparé de leur présence visible, il les a remplis et fortifiés de son l'esprit, et les a envoyés par toute la terre, pour y établir son royaume pacifique, et le régir en son nom; il veut aussi être souvent imité par ses serviteurs en ce point, et donner la perfection après eux aux ouvrages qu'ils n'auraient fait qu'ébaucher, afin qu'on n'attribue pas à leurs propres mérites ou à leur industrie ce qui dépend purement de sa volonté et de sa miséricorde.

Que si l'Aj^ôtre par ses souffrances suppléait h ce qui manque h la passion de Jésus- Christ, pour son corps mystique, qui est l'Eglise (C'o/. i, 2i), comme chacun doit faire pour soi par une fidèle coopération, et par des fruits dignes de {)énilence; nous devons aussi achever l'œuvre qui nous a été commis, car c'est l'œuvre de Dieu : Opus Domini [J Cor. xyi, 10), auquel chacun de nous doit fidèlement travailler. Ce sera par ce moyen que, vérifiant l'oracle de la sagesse : Fitius sapiens lœlifîcat Patrem [Prov. x, 1), nous rendrons la joie de notre Père parfaite et accomplie dans le ciel : Ut gavdium ejus sit plénum. {Joan. XVI, 2i.) Afin que comme noire perfection est sa joie devant Dieu, et notre sanctification sa couronne , de même sa grâce soit notre vie, et son esprit celui de notre vocation. C'est le désir de l'âme de Jésus sur les nôtres : Ut gaudium nostrum impleatur ; notre dessein doit être de l'accomplir.

Or sa voie de grâce et sa plus sainte disposition, qui a été l'origine, la base et le fondement de toutes celles qu'il a reçues de Dieu, et même du renouvellement qu'il a apporté en l'Eglise, c'est la liaison et l'appartenance singulière qu'il a eue à la personne de Jésus-Christ Notre-Seigneur en sa sainte humanité, et à sa très-sainte Mère. Appartenance telle, que toutes ses prières et ses élévations, toutes ses p-raliques et tous ses écrits do pié:é la ressentent et en répandent l'odeur; que toutes ses paroles et tous :>es conseils en étiienl parfumés, et qu'il ne faisait aucune action qui ne i)rocédâl de cet esprit. De quelque côté qu'on se tourne en la lecture de ses livres, on le trouve toujours dans cette sainte et divine passion de l'honneur et de l'amour spécial de Jésus et de Marie, et dans un zèle toujours ardent (!e l'imprimer en autrui. Cela ne se peut dire en peu de paroles, car il était tellement lié h Jésus-Christ, et dans un si grand mépris et oubli de soi-même, pour être tout à lui, que ses soins, ses pensées, ses actions et ses travau:c ne regardaient que Jésus, et que Jésus était son centre et toute sa circonférence. S'il })arlait ou écrivait, c'était de Jésus ; s'il travaillait, c'était pour Jésus ; s'il entreprenait quelque chose, c'était par la conduite de rEs|)rit de Jésus. Et tous ceux qui l'ont connu et qui ont conversé avec lui, ont vu clairement qu'il était un instrument uni à Jésus, aninié de l'Esprit de Jésus, et tellemeni en sa main qu'il n'avait autre usage que celui qu'il recevait de lui. Lorsqu'il a parlé si hautement et si divinement do Jésus, c'a été par lui, étant conduit de scin Esprit, comme la plume par la main d'un écrivain : Lingua ejus calamus scribœ velociter scrihentis '^Psal. xliv, 2); c'a été aussi pour lui et afin d'annoncer Jésus aux Chrétiens; c'a été pour imj;rimcr la* science et la connaissance de Jésus, qui est la science de salut, en leurs cœurs ; c'a été pour les introduire et les établir dans les voies de la vie éternelle, laquelle consistera connaître Dieu et Jésus-Christ son Fils, qu'il a envoyé. 11 estimait, avec l'Apôtre, toutes choses moins que la boue, afin de gagner Jésus, et pouvait dire : Omnia arbitratus sum ut stercora, ut Christum lucrifaciam [Philip, m, 8); et aussi afin de gagner les âmes à Jésus : Omnium me servum fcci, ut plures Ckristo lucrifacerem [ICor. ix, li)j; les lier à Jésus, et non à soi-même; apfdiquer les esprits et les cœurs à Jésus, et non à soi, ni aux œuvres qui étaient conduites par lui. Il a toujours été si exact et si fidèle en ce point, qu'ilpeut être, à bon droit, a[)pelé FK/e/jssen-)<.ç (]»/«///«. xxv),quifructi[ieet acquiert, non à soi, mais h son Maître, duquel les seuls intérêts lui sontchers ei considérables.

Hilà resj>r:t, la vie cl la disposition principale de notre très-lionoré Père, que Dieu

î)7 iriKFACi:, Al X l'UF.TUES DE LORATOIKE. 9îl

lut a «lonnt'*, non-îpuicmcnl pour lui, mois pour ses cnf/ints. C'est un esprit de Père, c'esi uiio ^rAcc (lo chof qu'il n reriie pour sa porsonrio ot pour son œuvre, qui e":l la coiigrt^gnlioii. Adorons les desseins de Dieu sur nous pour cela, rendons-nous dignes dV coopérer, honorons ses [)ensées, ndlu^rons aux sontiincnls (pie Jésus lui a dorn»és, entrons dans relie vie d'esprit, elierclions te trésor rntdic, c'estii-diro la gr;Ve et l'esprit de notre vfxalion, «lui consiste en relU? ufiion, liaison et apparlenanre à Jésus cl sa très-Ji;^ne Mûre; en l'Iionneur spécial, en l'anioiireten la soumission que nous leur devons, comme (-hréliens, comme prôlrc*, comme les enfanls de leur famille, et leurs plu» [letits esilaves.

Mais bien que relie appartenance et celte |)iélé vers Jrtsus soient toute notre vie et notre perfediftn, néanmoins, ainsi rpie la Ibnlaine du para. lis terrestre se divisait en quatre grands lleuves qui coulaient par loute la terre, de môme il sendjje h propos de faire dériver quatre ruisseaux de celte première source, qui sont (juaUe points importants qui composent et étal)lissenl l'esprit et l'état de la congrégation, et [uir lesJiuels, comme le chariot mystérieux d'K/échiel, elle doit porter la gloire et l'amour de Jésus au monde, avec la mainte im[)étuosilé de rKsprit (iivin.

Le premier chef qui fait un état de vie et de grâce spéciale en l'Kglise , c'est lo regard, la conlenqdation et l'adoration de Jésus-Christ Noire-Seigneur en lui-même, en sa iiers(mne et en ses états et grandeurs. Car il est en cet objet le grand sacrement de piéle, cl le sacrement primitif de la religion chrétienne.

Il faut donc remarquer que ce serviteur de Dieu et ami de l'époux regardait et adorait princii'alement la personne divine de Jésus-Christ Nolre-Scigneur, unie à notre nature, c'est-à-dire lui-mômc, considéré en son élat personnel, en son être divinement humain; non-seulement comme Dieu, ni en tant qu'homme, ou en son humanité prise séparément, mais en tant qu'Homme-Dieu, en son éiat substantiel , qui comprend ses grandeurs et ses abaissements, sa liliation divine et humaine en sa môme personne, et les propriétés de l'une et l'autre nature en la seule hy[)ostase du Verbe-Dieu.

Ce point est grand, important et très-considérable, comme étant la base et le sujet de tous les autres mystères. Car nous célébrons la naissance de l'Homme-Dieu , sa manifestation ou son épiphanie, sa présenlation au temple , et tous les autres mystères de sa vie, la passion, la résurrection et l'ascension de ce même Jésus-Christ Dieu et homme, qui en a été l'auteur et le sujet. Ces mystères ont élé passagers et se sont écoulés quant à leur action et à leur substance; mais l'auteur et le sujet de ces mystères, Jésus-Christ, qui en contient la grâce, la vie et l'esprit perpétuel, est permanent et demeure en l'éternité, comme dit l'Apôtre: Jésus Christus heri, et hodie , ipse et in sœcula. [Ilebr. xiii , S.) El selon la parole de l'ange, il est celui Qui est, qui erat et qui venturus est. {Apoc. i, 8.) Il n'est pas toujours naissant ni toujours souffrant; mais il est toujours Jésus, toujours lui-même , toujours possédant les grandeurs éternelles , môme comme subsistant en son humanité, quoiqu'il ne les ait pas par son humanité, et toujours un Dieu anéanti en notre nature. C'était donc là son objet principal , c'était sa vie, et sa vie éternelle, de connaître, d'adorer et d'aimer Jésus en lui-même, en ses états et grandeurs; c'était là toute sa plénitude, car Jésus ainsi considéré lui était toutes choses : Omnia et in omnibus Christus. {Col. ni, 11.) Et comme hors le ciel empyrée il n'y a aucun mouvement ni aucune action en la nature, de môme nous ne devons avoir aucun sentiment, ni pensée, ni opération hors Jésus: Omnia per ipsutn, et in ipso, et omnia in ipso constant {Col. i, 16): celait l'état de son âme et sa disposition continuelle. Et comme les anges du ciel voient toujours la face de Dieu dans leurs applications vers les hommes : Angeli semper vident faciem Patris, dit Notre-Seigneur [Matth. xvm, 10), aussi cet ange de la terre était en un continuel regard de Jésus et en, une dépendance de lui, de son esprit et de sa sainte humanité. Dans les plus grands emplois et occupations, même extérieures, il ne perdait jamais sa présence, et fort souvent, dans les actions et délibérations sur les affaires, on le voyait tout élevé et transporté en Dieu, s'unissant à Jésus et à ses desseins sur le suj-t duquel il devait ré.^oudre ; et après les plus importantes négociations, il retournait en sol à Jésus son unique objet, avec la même facilité et tranquillité que s'il eût été toujours en une profonde contemplation, ne s'occupant point des affaires, mais de Dieu dans les affaires, et demeurant toujours en lui , sans retour et sans réflexion sur les choses passées.

Celte grâce et cet esi)rit si puissant, celte piélé si chrétienne et si fondamentale au christianisme, ne se devait pas terminer en sa personne ; Dieu l'avait rhoisi pour la communiquer à l'Eglise, pour en élever des monuments perpétuels. Le Fils de Dieu I a envoyé devant sa face, comme Jérémie (Ca]\ i), [-our arracher ei planter, pour détruireet édifier, arracher et détruire l'amour-propre, planter et faire régner l'amour de Jésus dans les âmes; comme un nouveau saint Jean, pour montrer Jésus-Christ au doigt, pour le faire connaître au monde, et non-seulement ses mystères, ses actions, ses paroles, ses miracles et ses souffrances, mais aussi sa personne, ses états et ses grandeurs adorables; pour le faire révérer, servir, adorer et aimer, pour former en nous la vive image de sa vie : ça élé, si j'ose ainsi parler, son apostolat et sn mission.

C'est l'ancienne et primitive dévotion qui était en sa plus grande ferveur du temps des apôtres et des premiers Chrétiens, lesquels ne pensaient qu'à Jésus et ne parlaient que do lui ; et dfci>uis encore plusieurs siècle^, et pen.i nt le cours des hérésies d Arius , ûo ^es-

^ OiXYilES COMPLETES DU CARDINAL DE DEULLLE. 100

lorius u'Eulycliès et des nionothélites, élevées contre la personne divine oi contre le mystère du Vérité incarné, qui, par une opposition, allumaient i'amour des fidèles vers lui, et le faisaient davantage connaître. .,,,,.,. , . r • ,• i ^ .

Mais il faut avouer que cette piété s était depuis grandement refroidie, que les docteurs n'avaient pas la pratique si particulière d'enseigner Jésus-Christ , ni les Chrétiens le zèle de l'apiJrendré; et qu'en ces derniers jours, par une spéciale miséricorde de Dieu, elle s'est aucunement renouvelée. On a entendu les prédicateurs prêcher [>lus souvent Jésus-Christ, pour le faire aimer et adorer en sa sainte humanité, pour faire concevoir au peuple la dignité de la grOce cJjrétienne et la majesté de Jésus, qui en est l'auteur, et ([u'il n'y a rien en lui qui ne soit dédié, qui ne soit saint et sanctifiant, qui ne soit d'un prix et d'une dignité infinis, pour rendre gloire à Dieu, pour effacer nos jtéchés, et pour nous mériter sa giûce et son amour en réternilé; rien enfin o;i lui , ou procédant de lui, ou reçu en lui, qui ne soit souverainement adorable et aimable. Ces belles et divines vérités ont été proposées et soutenues par la parole , par la vie et par les écrits de celui qui est le sujet déco discours, et étant publiées parla bouche des })rédicaleurs ajiosloliqucs, ont beaucouj) servi à former Jésus-Christ dans les ûmes chrétiennes.

Mais il ne faut pas oublier que ce que j'ai dit des applications et do la dévotion à Jésus- Chri.-t regardé en lui-même , se doit aussi étendre avec la [ roporlion convenable à la même [)iété envers la très-sainte Vierge, considérée en ses états et en ses grandeurs, ou en l'état de sa maternité divine, qui comprend toutes ses autres excellences ; car en cette considération, elle est digne d'un honneur singulier et d'un culte et hommage spécial, même laissante part les ditférents états de sa vie, ses grâces , ses actions et ses souffrances, qui méritent une égale vénération , par le rapport qu'elles ont à la dignité {lersonnelle d'une Mère de Dieu.

Ainsi donc que le Fils a été toujours et inséi arablemcnt uni à sa sainte mère, ils n'ont aussi l'un et l'autre jamais été séparés en l'objet de dévotion de ce bon et fidèle serviteur. Il a renouvelé par un esprit puissant celle piété. H adorait continuellement Jésus en Marie, et la résidence, l'état, la vie etlerepo.s inetïable de Jésus en Marie étaient une de ses plus tendres dévotions, car il en concevait et disait des choses admirables. Mais il vaut mieux montrer par les effets et par les œuvres, ce que nous ne pouvons exprimer dignement de paroles. Voici le second chef qui contient ies preuves de la voie et de l'esprit de grûce, duquel il était si fort animé : c'est que pour renouveler, atfermir et répandre cette piété primitive et chrétienne, non-seulement par la force des paroles, par les sentiments et par les pratiques, mais aussi par un état ferme et permanent, il a fait trois choses, qui sont comme trois 11, arques et caractères perpétuels de celle p-iété. Premièrement, il a dédié, offert et consacré le corps de la congrégation de l'Oratoire à Jésus-Christ considéré en sa grandeur personnelle et en son état divinement humain, qui couqtrend toutes ses excellences et tontes ses autres grandeurs, ses pouvoirs sur nous, et ses bienfaits envers nous. 11 l'a appelé pour ce sujet, la congrégation des prêtres de l'Oratoire de Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui outre la dévotion commune des Chrétiens, ont une obligation si)éciale à le servir, honorer et aimer; en sorte que toute leur étude, leur science, leurs soins, leurs travaux ne îendent qu'à cela, et soient comluits par cet esfirit, et se réfèrent à celte fin. Nous en avons re[)résenié la forme et le modèle en l'esprit de notre Père, que nous devons suivre et imiter, car ce qui est dit de lui nous doit être commun; et bieii que toutes nos maisons soient dédiées chacune à quelque état, grandeur et mystère, comme à l'iiicaroation, à la résidence et au repos de Jésus en Marie; à la naissance, h l'enfance, à la vie voyagère, à la vie soullVaiite de Jésus, ou à quelque autre, néanmoins il a vouluque la congrégation en corj)S regardât Jésus-Chri.st en sa personne divine subsistante eu notre nature, qu'elle n'eût point d'autre patron titulaire, qu'elle lui fut spécialement consacrée, qu'elle entrât en une entière appartenance vers lui; et qu'outre nos autres h(mimages que nous lui devons comme Chrétiens et comme prêtres, nous lui rendissions les mêmes devoirs et honneurs, mais en une manière digne de lui, que les autres communautés rendent à leurs saints patrons -tit instituteurs.

Pour une seconde marque perpétuelle de cette piété en notre congrégation et en l'Eglise, il a établi, par le pouvoir que le Saint-Père lui en a donné, la fête de la solennité de Jésus, et en a com|iosé l'ollice, qui est approuvé; et voici à peu près ce qu'il nous en propose en l'un de ses discours.

Le dessein de celte fête est premièrement de regarder, aimer et adorer le Fils de Dieu selon ce qu'il est eu soi-même, en ses deux natures, en sa personne divine, en toutes ses grandeurs, en ses pouvoirs et ollices, en ses états, en ses bienfaits et opérations; mais principalement en ce qu'il est en lui-même, et en toutes ses gran. leurs connues et inconnues, car c'est notre grandeur et ce qui nous béatifie. Dieu a été une éternité occui)é en soi-uiême et sans se communiquer au dehors; et ses œuvres n'égalent [loint sa grandeur et sa majeslé, et bs saints l'ailoieiit efle regardent dans le ciel en lui-même. C'est en ce regard que consiste la vie éternelle, et non au regard de Dieu dans ses créatures. De même nous devons regarder et adorer Jésus-Christ en lui-même, beaucouj) {)lus qu'en ses bienfaits et en ses oiiéralions; et c'e^t aussi en ce regard cjue nous avons la vie éternelle, selon la sainte iiarule : La vie ctrrnelle estqnils vous connaissent seul vrai Dieu, et Jésus- Christ (jue vo^'s avez envnijc. [Joan. xvii, -'i.) El les bienraits et oi^érations :0.A mis eu

«\)l PRKFACK, AUX l'RKTIUS bl. l/OIlATOfUr:. |(i

n(»s iiinins cnmnu' «les niovons cl des dci^rcs |ioiir nous élovcr cl roiidiiiro h lui-niôme. Nous (lovons .'iu>si nilnrci' JÙMis-dhiisi «l.-ins l(»us les (.(jnsyils cotimis et inconnus du Pcnj élernci sur lui ; pi(jsu|'|to,M'nil coiiinic cliosc» ccil.iino, (juo no> f.nldcs pensées cl nos pcliles Juniic'ros sonl inllMiiuent éloignées de pouvoir pénélrer la prolV)ndit6 du conseil de Dieu, sur ce gr.ind el miraculeux cliel-d'ieuvre de sa puissance el de sa horilé.

Secontienienl, nnus devons nous rélérer au Fils de Dieu, qui o.s[ relation en sa personne, et relation h la personne du Père, auipicl il rélcre tout ce (pi'il est en ses deux essences, éternelle el nouvi'lle, et généralenienl tout ce (pii lui appartient; et se réfère, non simplement par allet tioii et par désir de le regarder cl de l'Iioiiorer, mais par la condition et I étal de sa personne divine, cpii n'est [)as seulement relative, mais la relatiofi môme : relation éternelle el nécessaire, relalioii immuaMe el invariable, relation siilisislante et personnelle. Au niovcn de ijuoi, il est vrai tie dire (pi'eii la 'rriiiilé, il y a un Dieutjui regarde \n\ Dieu, un Dieu (pii est réléré à Dieu, un Dieu tjui est en relation h Dieu, el h Dieu comme à .son l»cre el h son p.rincipe; et qui Uî regarde eu chacune de ses perfections, lesfjuelles il reçoit de lui |tar sa naissance éternelle. Kl il est cneore vrai de dire que ce môme N'erhe et cette môme personne s'élanl associée à notre nature en unité de subsistance, elle la réfère à Dieu, el est une relation bubsistanle et personnelle de celte humanité, qui csi véritablement sienne à son môme Père; mais avec celle diirérence, que le Fils unique, en celte nouvelle nalurc, le regarde ensemble el connue son Père et comme son Dieu, ce qui ne lui convient pas en sa iture nature divine. Car il le regarde cl l'ainje comme son Père, par la grandeur de sa per.scjnne; il le contemple et l'aiJore comine son Dieu el son souverain , par l'étal el la (pialité de sa nouvelle nature. Disons encore, (juc ceux (jue le i»ère a choisis el fails siens avant t(jus les siècles, et qu'il a donnés à son Fils en la plénitude des temps, selon cette parole : 7'ia' erant, el mifii eos dedisti[Jvan. xMi, V) ; ceux que le Fils,iirc tous les joursdans l'unité de sa divine personne, les liant h son humanité dédiée, et les faisant vérilableraenl ses membres; tous ceux-là ont l'honneur d'entrer en cette lelalion divine el adorable du Fils unique à son Père. Sa propre relation les rapporte h ce principe incom[)réliensible, coriunc h leur père el à leur Dieu ; chacun d'eux faisant partie de ce Fils, cl ce Fils vivant et subsistant en chacun d'eux, comme en autant de portions de cette humanité déiliée.

Fn troisième lieu, nous devons nous lier à l'humanité sainte de Jésus, ainsi qu'elle est unie h la nalurc divine, en l'unité de la personrie du Verbe , et par elle nous lier el nous unir 5 celte divine personne subsistante en elle, nous occuper de cet objet , nous y applitjucr, el recevoir Jésus pour tous les usages pour lesquels il nous est donné. F.t comme selon saint Thomas, à l'instant du premier usage de la raison, nous devons nous convertir h Dieu, aussi, à l'inslanl du premier usage de la foi, qui annonce le Médiateur, nous devons nous référer au Fils de Dieu, qui est ce Médiateur, et par lui à Dieu son Père.

Cela servira d'éclaircissement à la dévotion de celle solennité de Jésus, laquelle est d'autant plus raisonnable et plus chrétienne, que si les mystères particuliers ont chacun leur lètc, comme rincarnalion, la Nativité, el les autres, il est juste aussi d'attribuer un jour solennel à celui qui en est le principe, le sujet el la fin ; au Verbe fait chair, considéré non pas en ro(iéralion el en l'accomplissement de son mystère, mais en son état permanent el éternel d'Horame-Dicu. Je ne puis douter que cette solennité, étant bien entendue, ne soit un jour célébrée en toute l'Eglise, avec son ollioe , comme elle lest en notre congrégation, el déjà permise par le Saini-Siége à quelques diocèses 11 en faut dire autant de la solennité de la sainte Vierge, considérée en elle-même et en la dignité sujirème de. Mère de Dieu.

La troisième marque qu'il nous a laissée de cet esprit de f)iété vers Jésus-Christ Noire- Seigneur, et sa très-sainte Mère , c'est celle des vœux ou élévations iiu'il a dressés pour s'ollrir à eux en l'humble qualité de servitude el d'esclavage. Celle oblalion dit deux choses : l'une que comme elle regarde principalement la personne el l'état de Jésus, et la personne et l'élal de sa très-sainte Mère, en leurs pro|)res et personnelles grandeurs, aussi elle dédie el consacre à l'un el à l'autre le fonds, l'être el la substance de la jiersonne ; l'assujettissant à leur souveraine puissance, et la faisant leur esclave : au moyen de quoi tous les moments el les usages de sa vie leur sont référés et approi>riés. La "seconde, c'est que l'eUel de celte oblalion ne consiste pas en une dévotion el intention | assagère, mais en un état, en une condition el qualité [ crmaneiUe de servitude, queNotre- Seigneur établit en nous en l'honneur de ce qu'il ne s'est pas seulement assujetti à (juelques actions serviles, mais qu'il a pris la forme, l'état et la qualité interne de serviluue en une nature servile, en la(|uelle il s'est anéanti : Exinanivit semetipsum formam servi accipiens. {Philip, n. 7.) Mais j'aime mieux vous renvoyer à la source môme, et à ce qui en est am[)lemenl enseigné en ces œuvres, où on a sujet d'aduiirer les hautes el profondes connaissances de l'auteur.

Le troisièime chef de la piété émanée de cette union el appartenance à Jésus, et que notre Irès-honoré Père a renouvelée en l'Eglise, autant que Dieu lui en a donné le moven, c'est l'esprit de religion, le culte suprême d'adoration et de révérence dû à Dieu, à Jésus- Chrisl Noire-Seigneur, à tous ses étals el mystères, à sa vie, à ses actions el à ses souffrances. C'e^t cet esprit qu'il a désiré fortement d'établir parmi nous, celui duquel il était l'ossédé el tout transporté, celui «pii paraît en tousses écrits, e.n toutes ses prières el élé-

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valions. Car il n'y parle que d'honorer, que d'adorer, et que de faire toutes choses en l'honneur du Fils'de Dieu, de sa vie et de ses mystères. Devoirs indispensables de l'homme vers la majesté divine et du Chrétien vers Jésus-Christ. Plusieurs se portent à Dieu par le motif de sa bonté, peu par l'adoration profonde de sa grandeur et de sa sainteté. On élève plus les âmes tendres parles douceurs de la dévolion, et dans une certaine liberté ou familiarité avec Dieu, que dans un abaissement et dans une sainte terreur devant lui. L'o;i regarde assez souvent Notre-Seigneur comme Père, comme Sauveur et comme Epoux, rarement comme notre Dieu, notre souverain et notre juge. Mais ici nous sommes enseignés à être vrais Chrétiens, à être religieux de la i)rimitive religion que nous professons au ba[)tôme, et à être du nombre de ceux qui adorent le Père et son Fils Jésus-Christ en esprit et en vérité. Nous apprenons à adorer les grandeurs et les perfections divines, les desseins, les volontés, les jugements de Dieu et les mystères de son Fils; ce qui était moins en usage auparavant, et ne saurait trop y être. Car ainsi que dans le ciel les puissances tremblent devaiU Dieu, les dominations s'inclinent, les chérubins se couvrent de leurs ailes en sa présence, les vingt-quatre vieillards mettent leur couronne à ses pieds;, et se prosternent devant son trône {Apoc. iv) ; de même en la pensée et en la vue de Notre- Seigneur et de ses redoutables mystères, nous devons nous prosterner et nous abaisser jusqu'au centre de la terre et de notre néant , pour rendre gloire, honneur et hommage à celui qui vit à tous les siècles des siècles. Voilà l'esprit duquel ce vrai adorateur de Jésus était rem[)li, et duquel il a désiré de remplir toute la terre, dans ce sentiment du Psalmisle : Omnis terra adoret f e , et psallat tibi. [Psal. lxy, 4.)

Mais la créature, qui n'est qu'un néant couvert de poussière et de péché, peut-elle être capable d'adorer son Dieu, de le reconnaître dignement, et de lui rendre la gloire due à sa majesté suprême? Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui est venu au monde pour réparer ce manquement, et pour honorer et glorifier souverainement Dieu son Père en notre nature, par une admirable invention, a institué l'ordre des prêtres en son Eglise, alin de se mettre en leurs mains et de perpétuer par leur ministère cette adoration et cette gloire infinie qui est due à Dieu infini. Ce qui se fait par le saint sacrifice de l'autel, où Jésus est présent en qualité de victime , immolée en témoignage et en reconnaissance de cette grandeur incompréhensible et toujours adorable. Or c'est oii je mets le quatrième chef de la vocation de notre Père et de son appartenance et liaison spéciale à Jésus, savoir, en ce qu'il a reçu en un haut et éminent degré, et conservé fidèlement la grâce de l'onction sacerdotale et de Timposition des mains, et qu'il a ardemment désiré de voir cet esprit renouvelé et ressuscité en l'Eglise. Entrons dans ses lumières et dans ses sentiments, pour traiter dignement ce sujet.

De toutes les qualités et grandeurs que le Fils de Dieu a acquises en notre nature, la plus haute et la plus relevée est la dignité de prêtre souverain, selon l'ordre de Melchisédec : car en celles de Sauveur, de roi, de pasteur, de juge et autres, il nous regarde, il pense à son Eglise, et il s'applique à nos âmes, pour les sauver, les régir, les nourrir, les juger. Mais en la qualité de i)rètre, il regarde Dieu son Père, il l'adore et lui rend un souverain hommage, par l'état et l'oflice de son sacerdoce éternel, môme quand ill'exerce par nous. Par ses autres titres, il s'abaisse jusqu'à nous, et il se donne à nos usages ; sa royauié lui est une humiliation, et l'amour qui l'api^lique à nous semblé porter quelque préju- (hce à sa grandeur, car nous ne sommes pas dignes de ses pensées et de ses soins. Mais par celui de sa prêtrise, il a trois regards, vers Dieu son Père pour le glorifier, vers soi-même pour se sacrifier, et vers nos âmes pour les sanctifier et les réconcilier à Dieu De sorte qu'en cette qualité il ne s'abaisse pas, mais il s'élève à Dieu, et nous élève avec lui. Trois ofiices divins et admirables, qu'il nous communique comme à ses christs, à ses oints et à ses prêtres , et qu'il exerce tous les jours par nos fondions.

Or la liaison et l'appartenance à l'état personnel de Jésus, en laquelle son fidèle serviteur a été toujours éminent, Ta aussi uni à l'onction de son souverain sacerdoce C'est ce qu'il a témoigné par ses sentiments et par les hautes pensées qu'il en a exprimées en divers Traités, par le cours de sa vie et par l'établissement d'une congrégation de ])rêtres en son Eglise, qui ont pour but principal de se rendre dignes j)rôlres de Jésus-Christ, d'adorer son sacerdoce, d'honorer et de relever la dignité de la prêtrise, et d'en faire saintement les actions.

L'onction par laquelle Jésus-Christ a été consacré souverain prêtre, c'est la Divinité môme, qui aremi)li et sanctifié, dès le moment de l'Incarnation, son humanité sacrée, ainsi que le baume ou le parfum pénètre la pâle avec laquelle il est mélangé , ou comme le feu entre dans un fer rouge et le pénètre, ou enfin comme le soleil percerait et rendrait tout éclatant de sa s[)lendeur un globe de cristal dans lequel il serait renfermé (les Pères se servent de ces exem[)les). En la même façon, et suivant le témoignage de l'Apôtre, Jti ipso inhabitat omnis plenitudo divinitalis {Col. ii, 9), la Divinité est unie à celte humanité, elle habite en elle, comme en sa demeure permanente ; elle la sanctifie, la consacre et la déifie. Tellemeni que Jésus est oint et consacré [iour demeurer prêtre éternellement {Hebr. vu) ; qu'il est le premier Christ, et ensuite, la source de la grâce et de la sainteté du sacerdoce, le seul et l'unique instituteur de la prêtrise en son Eglise ; que les prêtres sont les seconds christs et les oints du Seigneur, par la giâce de leur consécration , qui n'e^t qu'une liarlicipalion de relie de Jé^us H'Io.'î ces paroles jirophéliqu.'S du Psalmiste .

iOo l'nr.FAC.F,, AUX PniiTRF.S l)K I/0RAT()I!IK. iOG

l'nxitle Peus^ Deus tuus ulco lœliliœ iiriF purticipihus luis. {Psnl. xLiv, 8.) Comme s'il disait: () Dion Mi!>si<*, ton DuMi 1 /» oint |>.jr-«l«!Msiis U;s coini^agrioiis, (jui |)Hrlici|»eMt à la divine cl priiiiilive oiiclioii, lestiueU s/ms doulo sont Jes prClins de iésus el de la nouvelle U)i.

r«ilant, nolio snconioco osl uno (l('[)en(lan(;o ol une image do celui de Jc'vsus-Clirisl, et le sien 4'.st rcxeiiiidair»? .lu nuire. D'où suit (jut; connue le sacerdoce d(! Jésus a élé établi pour loujour.N, el pour rùleriiilé, non par aucun vo.'u ni par aucune proiu(!s>(', rnai> par le S(?rnienl du l'ère éternel : Jiaavit Ditminns, etc., Tu es saccrdos in wlcrnum {l'aul. cix, />); ni de recliei", par aucune a( lion du l''il>ii(! Dieu , mais par la consécration divine; ni enlin |)flr iion choix el sn volonté, mais par l'aulorilé de celui qui l'engendre et l'apitelle son Fils, connue l'ApAlre nous renseigne; : (^liristus non semclipsum clnrific<tvi(, \tt pontifcx fieret, sed qui dixit ud eum : l'ilius meus rs lu, etc. [Ilthr. v, 5,; de môme, notre sacerdoce participe à toutes ces hautes et excellentes conditions ; car c'est un étal, cl un état lernie el permanent, qui lire sa l'ùrmelé et sa stabilité de la consécration môme de Jésus-(^lirisl, cl qui adore par celte l'ernieté réternilé fie son sacerdoce. Car il impriuie en T/line un caractère qui en est la ligure et la ressemblance, ((ui ne s'eU'acera jamais, tpii iiersévérera et durera toujours, et en l'éternité, même dans les enfers. De suite (|ue la l'ernieté du sacerdoce subsiste, non point par vœu, comme celle de? religions, mais par le jcaraclùre el par la conformité au sacerdoce de Jésus. Il ne dépend pas de notre choix et de noire volonté, connue la prolession religieuse, mais de l'élection el de l'autorité divine de Jésus sur nous, h'Kiuelle il exerce par une assom|ition (pii n'atlend pas même notre consentement, mais le prévient : Domini est assumpd» ttostra. (Psal. i.xxwiii, 19.) C'est la doctrine de l'Apôlre, ([uand il dit en VI\pUre aux lléhrcux (v, 1.) : Omnis pontifex ex liominibus assinn- /)/««, etc.; el derechet" : Nec (/uisqnani suniit sibi honorein, sed qui vocatur a Deo tanquain Auron (Ucbr. v, '*); el avant lui Noire-Seigneur : Non vos me eletjistis, sed ego eleiji vos. (Joan. XV, IG.) Donc, le sacerdoce ne dépend pas de l'action de celui qui le reçoit, ainsi que l'état religieux ; mais de l'action de Jésus-(]hrist môme, el de la consécration qu'il opère. C'est pourejuoi la perfection de la vie sacerdotale, selon l'exemplaire de celle de Jésus, el h l'imitation de la vie apostolique, consiste en l'état |)lulôt qu'au vœu , el subsiste par l'acte el par l'usage, plutôt que [lar la [iromesse. Or ce que Notre-Seigiicur demande princi[)alement de nous, c'est l'acte, l'usage et l'elfel, car il dit : Qui vult venire post me, abneqet, etc., loUat, etc., sequalur, etc. , et vos qui reliquislis omnia, etc. [Matlk. XVI, 24- seq.) Derechef |)ar le mystère de rincarnation, nous sommes faits les membres de Jésus-Christ, os de ses os, chair de sa chair, ce qui s'accomplit en nous par le baptême, et se [)erfectionne par la sainte Eucharistie; mais par la consécration du sacerdoce, nous sommes revêtus de la personne même de Jésus-Christ, nous | arlons, nous opérons et consacrons comme étant lui-même; et il se fait en quehiue sorte une admirable assom|)tion de noire personne par la personne de Jésus-Chrisl, pour l'aire celte grande œuvre de la sainte Eucharistie, et produire son corps et son sang à l'autel.

Ainsi la prêtrise, par ses conditions intérieures et par ses fonctions extérieures, nous lie à Dieu et aux hommes: elle nous lie à Dieu par une société sainte avec le Père éternel, avec son Fils unique et avec leur Saint-Esprit ; elle nous lie aussi à l'Eglise, que le Fils a fondée, que le Samt-Es[irit régit en la terre, et que le Père possédera au ciel , lorsque le Fils Subjiciet ei omnia. {I Cor. xv, 28.) Et celte association du prêtre aux personnes divines est la plus haute qui puisse être, et ce qu'il y a de plus parlait dans la société que nous avons avec elles par Jésus-Christ, el (|ue saint Jean nous souliaite : Vt societas nostra sit cum Paire el Filio ejus (/ Joan. i, 3.); el sans doute aussi, cum Spirilu sanclo. Car nous offrons le Fils au Père, par la vertu el par l'opération du Saint-Es|irit ; el nous entrons en la personne du Fils, pour sacritier celle grande, uni(|ue et éternelle hostie de louange au Père [lar son Esprit. Telle est la liaison ([ue nous avons en qualité de prêtres à ces troisjdivines personnes, comme o[)érant vers elles et par elles, et à l'humanité sacrée de Jésus, comme étant le sujet de notre Ofiération. Qui pourrait dire quelles dispositions sont requises en la vie ecclésiastique, au regard de tous ces objets , quelles vertus doivent être pratiquées, quelle abstraction, quelle élévation, quelle ap[)ropriation àDieu, demandent de nous une si grande opération et un si saint ministère? Tout ce qui est de la perfection intérieure et de la communication avec Dieu, en sa plus haute éminence, est inférieur à la sainteté que demande cet état.

Mais après nous être ainsi élevés h Dieu, rabaissons-nous vers le monde, vers l'Eglise, vers les âmes ; imitant en notre élévation celle de Dieu, au regard de tcut être créé. Dieu est infiniment séparé de tout être [tar l'éminence, par l'élévation et par /a sainteté du sien , il demeure néanmoins conjoint à sa créature, il lui est intime el est appliqué à elle i)ar son opération et sa direction : Jnipso eniinvivimus,movemuret sumus. {Ad, xvii,28. ) De môme, sans sortir de cette élévation el société avec Dieu, nous devons exercer envers les âmes toutes les vertus que notre condition sufipose et tous les devoirs qu'elle exige de nous. Notre vie au regard de Dieu est une vie d'élévation et de société intérieure; au regard du prochain, une vie (le condescendance et de société extérieure, comprenant ainsi l'une el l'autre vie, la contemplative et l'active, l'intérieure ell'extérieure ; el tout ce qui sert à la perfection, quand lil est conjoint à la vie ecclésiastique, n'en est qu'un accessoire. Or, comme Dieu, en s'appliquant à nous, donne àsa créature el ne reçoit rien d'elle, aussi

OEUVRES GOMPL. DE DE BÉRl LLE k

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nous ne devons avoir aucun commerce intéressé avec les créatures, mais leur départir ce que nous avons reçu de Dieu pour leur propre utilité, sans intérêt et sans prétention aucune. Ce petit avertissement ne devait pas être omis. Pour notre exemple et pour notre consolation, mes Pères, je puis dire que le prêtre duquel nous parlons, ou plutôt qui nous parle lui-même en tout ce discours, a été parfait en ces deux points et a vécu pour ce regard comme un vrai prêtre de Jésus. Car, s'il a été en une continuelle union et société avec Dieu, il a été aussi en une ap[)licalion très-pure et très-désintéressée vers l'Eglise en général et vers les âmes en particulier.

Je trouve encore à considérer dans la prêtrise de Jésus-Christ, qu'il l'a exercée sur soimême et a toujours vécu sur la terre en acte de sacrifice actif et |)a5sif. Car, dès le premier moment de sa vie et de son entrée au monde, Jngrediens mxindum, dit l'Apôtre [Hehr. x, 5), en qualité de prêtre et de souverain prêtre, il s'est offert et présenté à Dieu son Père en sa chair mortelle, comme une victime destinée à la mort. Oblation de telle eflicacité et de telle vertu, que par elle nous avons été sanctifiés, m qua voluntate sanctifxcati sumus. {Jbid., 18.) Etde[)uis ilatoujourscontinuéce sacrifice de soi-même jusqu'à la dernière con- .sommationqui s'en est faite en la croix. Celui qui a imiléaveclant de soin lesautres conditions de la prêtrise, n'a |)as manqué de se conformer à celle-ci. En effet, il a été sans cesse, à son exemple, dans l'usage de la prêtrise, sa vie a été un continuel sacrifice de Jésus et de soi-même, ot il lui était si uni en ce double (Hat de sacrifiant et de sacrifice, qu'il eût voulu toujours vivre à l'autel, comme il a demandé à Dieu et obtenu d'y mourir. C'était là qu'il se sacrifiait soi-même avec Jésus, y tenant sa personne, selon la vérité des paroles de la consécration. Jamais la maladie, ni les affaires, ni les voyages, ni aucun autre empêchement ne l'ont détourné de s'approcher tous les jours de l'autel. Et il était tellement dans la disposition d'hostie et de mort, que toutes ses actions et les travaux qu'il n entrepris pour la gloire de Dieu, ont été autant d'oblations et d'immolations de sa propre volonté ; éianl parfaitement en toutes choses mort au monde et à soi-même, et crucifiéavec Jésus-Christ. C'est f^yourquoi il se montrait toujours égal, ne paraissant ni plus triste, ni plus joyeux dans les différents succès des affaires, bien qu'il y travaillât avec affection et avec une incroyable vigueur et force d'esprit. Et quoi qu'il en arrivât, il se référait tout à Dieu avec un parfait dégagement, en cette pensée que le serviteur qui cultive le champ de son maître, n'a aucun intérêt que de travailler fidèlement, car tout le i)rofit qu'il en revient est au maître. C'est une vérité que je , lui ai entendu souvent expliquer bien au long; même il estimait plus les travaux qui avaient été sans rétribution, et n'avaient rapporté aucun fruit à ceux qui avaient travaillé, comme l'ayant tout recueilli en eux-mêmes, selon cette parole du Fils de Dieu, dite à ses apôtres : Pax vesira revertetur ad vos. {Luc. x, 5.; Il en alléguait plusieurs exemples des saints.

On ne peut exprimer en quelle haute estime et vénération il a eu toujours la prêtrise. Il avait fait résolution confirmée par vœu, de vivre et de mourir simple prêtre. La prêtrise était son vrai élément: et nous avons remarqué, qu'après que la dignité de cardinal y fut ajoutée, il ne vécut plus qu'en langueur, ce nouvel état lui étant un nouveau sujet de sacrifice. Aussi la première fois qu'il en prit l'habit, il dit que cette pourpre le faisait sourenir de trois choses : de l'amour séraphique, de la passion de Notre-Seigneur, et de l'obligation qu'il avait de mourir et de donner son sang pour lui.

Mais il fallait que cet esprit sacerdotal se répandît hors de lui et se communiquât à l'Eglise. A cela il a travaillé, en faisant connaître l'autorité et la sainteté du sacerdoce, en renouvelant les sentiments des saints Pères et en publiant les éloges dont ils l'ont honoré. Il le proposait comme un état de très-grande perfection; état saint et sacré en son institution et môme l'origine de toute la grâce, de toute la perfection et de toute la la sainteté qu' doit être en l'Eglise de Dieu. Et afin de n'y contribuer pas seulement par lui-même, il a institué la congrégation de l'Oratoire, pour adorer et rendre hommage par un état perpétuel, au souverain sacerdoce de Jésus-Christ comme seul et unique instituteur de la prêtrise, pour tendre à la perfection sacerdotale, pour en pratiquer et exercer toutes les fonctions sans exception, et encore pour former dans la piété et dans les devoirs ecclésiastiques ceux qui v aspirent et se dédient à l'Eglise pour cela. Fins auxquelles il a référé notre congrégation et que la bulle de son institution nous a |)rescrites. Il a voulu qu'elle susbsistât en cette profession sans aucun vœu, et qu'elle demeurât toujours dans l'état [)ur et primitif du sacerdoce, tel que Notre-Seigneur Jésus-Christ l'a établi en son Eglise, sans y rien ajouter ni diminuer. Cette exclusion de vœux ne marque [)as un défaut de volonté et de zèle à la perfection, mais le dessein d'honorer et d'imiter Jésus-Christ en son souverain sacerdoce par le nôtre ; lequel nous appelle et nous élève à une plus haute perfection et nous unit à Dieu par un plus fort et plus puissant lien que celui du vœu, savoir, par la consécration, ri a aussi désiré que, comme chaque famille religieuse fait-profession de quelque verluparliculière, en sorte que les possédant toutes, elle se rende éimnente et singulièreen l'exercice (le quelqu'une entre lesautres, qui de la pauvreté, (pii de la solitude, qui de l'obéissance; de même, le soin particulier d'honorer intimement et spécialement Jésus-Christ Notre-Seigneur fût comme le caractère et la différence de notre congrégation et le point auquel elle doit se rendre éminenteet singulière entre les autres saintes communautés qui la précèdent en temps, en vertu et en toute autre chose. Même il semble que depuis son commencenicni, Dieu, qui en nos jours a rétabli en plusieurs familles religieuses l'esprit et la fer-

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v«Mir (le leur premiùro inslilulion, n voulu déparlir une senibKible grâce à l'état de la prêtrise qui est le premier, le plus cssenlicl cl le plus uécessairo h son Eglise, et renouveler en plusieurs lo zùle de In perfection (jiii lui convient selon son ancien usage. Nous avons vu et nous vovons encore nombre de personnes il»,' condiiidn (•ml)rns>('r le sacerdoce (i.ir une sainte vocation, avec un grand mépris des choses du monde; quanlil/' do hons ouvriers s'al)andf)nncranssiùla visitedes hAf»i;aux,auservicedesprtroisseselanx missions; plusieurs enliii, par inspiration divine, comjioser des sociétés, des communautés et des institutions ecclusiastiijue';. ou des séminaires, tant pourtour propre avancement (pie [»our former et donnt^r de nouveaux ouvriers à l'Kglise. Tous lesrpiels emplois ne sont pas moins convenables ^ la congrégation (ju'à .Tiicune antre lommunaulé, et |».'u tic. ilièrcmenlces institutions qui sont comme des écoles ilc piété ou ilcs noviciats pour le sacerdoce, et elles'otfre volontiers h tous les prélats pour y travailler sous leur autorité.

Mais ces fruits et ces bons eiïets ne sont encore que des fleurs et des espérances d'un plus grand et d'un plus universel renouvellement de tout le clergé; car l'Eglise dit parla sagesse : Flores tnei, fnictus. [Eccli. x\iv, -l'.i.)

Dieu en avait déjà jeté des s(Mner>nes en plusieurs personnes et en divers lieux ; et il me souvient d'avoir souvent oui dire h notre très-bonoré Père, queç'avait été le seul dessein du P. Jean de Avila, [»rédicateur apostolique ; ajoutent môme que, s'il eût été en nos jours, il se fût allé jeter à ses jtieds, et l'eût pris pour maître et (tour directeur de cette œuvre , car il lavait en une singulière vénération. Mais Dieu accom()lit ses conseils par les voies qui lui sont connues, et y emploie ceux qu'il lui i)lait de choisir et de prévenir de ses gr.lces.

Cet homme selon son cœur, qu'il nous adonné pour cela, n'a jamais rien tant souhaité que d'être humilié pour la gloire de Jésus, ayant toujours eu ce sentiment du saint Précurseur imprimé dans son âme : lUum oportet crescere, me autem minui. {Joan. m, 30.) Mais celui qui relève les humbles lui a donné grflce pour commencer la congrégation; la élevé à une haute dignité en son Eglise, et l'a appliqué à des enifdois les plus imfiortants du royaume. Quanta nous qui devons honorer ses j)ensées, et adhérer à ses sentiments , notre dessein n'est point, publiant maintenant ses écrits, et en peu de temps sa Vie, de lé manifester et de le faire beaucoup connaître au monde. Nous laissons cela à Jésus-Christ, pour l'amour duquel il s'est toujours (^aché , même dans les actions les plus publiques ; mais plutôt de manifester Jésus, de le faire connaître et adorer par des moyens si puissants.

II est temps, mes Irès-chers Pères, de nous recueillir et de faire une dernière réflexion sur nous-mêmes ; considérant que, si nous sommes les enfants d'un tel Père et les disciples d'un tel maître, nous devons profiter de ses instructions, rendre témoignage par nos actions à la vérité de ses paroles, être le livre parlant de sa vie, le faire revivre en nous sur la terre, nous revêtir de son esprit, ou plutôt de l'esprit de Jésus-Christ Notre-Seigneur qui était en lui ; et enfin nous montrer tels que l'Apôtre veut que nous soyons, quand il dit : Sic nos existimel homo, ut ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dci {I Cor. IV, 2) , c'est-à-dire les vrais ministres et les coopéraieurs de Jésus en l'œuvre du salut des âmes, et les fidèles dispensateurs de ses trésors ; les prêtres de Jésus, pour le sacri-t fier au Père éternel; les vrais adorateurs de Jésus, qui l'adorent en esprit et en vérité; les esclaves de Jésus, de sa sainte humanité et de ses grandeurs suprêmes; les sujets du royaume de Jésus; les hosties vivantes de Jésus , immolées à sa gloire et à son amojir; les organes de jon esprit; les instruments de sa grâce ; les prédicateurs de Jésus , pour publier ses vérités, célébrer ses grandeurs et annoncer ses volontés aux peuples, selon cette parole, qui contient les deux principales fonctions de notre vie : Psallite Domino qui habitat inSion, annuntiate inpopulis studia ejus. iPsul. ix, 12.) En toutes lesquelles qualités, nous sommes obliges d'avoir en éminence ce que nous devons déjiartir à autrui , savoir, un grand amour de Jésus, qui est l'unique objet de la complaisance de Dieu son Père; une grande union de notre es[)rit au sien, pour vivre par lui en l'intérieur, et opérer par lui à l'extérieur, 5» spiritu vivimus, spiritu et ambulemns {Galat. v, 25); un grand zèle de son honneur, qui uoit être le but de notre vie; une abnégation de nousmêmes et du monde, qui est la croix qu'il nous faut porter pour sa gloire; une imitation parfaite de sa vie et de ses mœurs; une assidue coopération à ses œuvres et à ses desseins; un profond respect pour son épouse, qui est l'Eglise, et un grand désir de la servir; un zèle rie l'établissement et de la propagation de son Etat et de son royaume en la terre ; bref, défaire en sorte que nous ayons une plénitude de lui, et un éloignement de tout le reste , et qu'il nous soit tout en tous dès à présent par la grâce , comme il sera éternellement tout en tous par la gloire. Ce sont les avis que nous donne ici notre trèshonoré Père, et que nous devons recevoir comme ses dernières volontés ; et ce sont aussi les sujets pour lesquels je lève tous les jours les mains au ciel, avec la même affeciion que je suis en Notre-Seigneur Jésus-Christ et en sa très-sainte Mère , Mes très-chers et révérends Pères ,

Votre très-humbk», très-obligé et très-afl'ectionné serviteur,

François Boirgoing, prêtre de l'Oratoire de Jésus. De la maison de l'Oratoire de Paris, ce 1" de mars 16H.

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