CHAPITRE XXÏV
GKANDELRS OPÉRÉES Ali MOMENT DE CE MYSTÈRE.
Le corps de Jésus formé en un jour et en un moment. Grandeurs de ce jour auquel ce chef-d'œuvre est formé. Ce jour est le jour qui produit te soleil des temps, et qui fait luire le soleil de l'éternité, par où l'auteur donne à entendre que l'ordre des temps et tout cet univers dépendent du my-tère de l'Incarnation, le j)éché d'Adam a.\ant mérité que l'homme et tout ce qui avait été fait pour l'homme fût anéanti. La création de l'âme de Jésus, ta formation de son corps et leur utiion à la personne du Verbe, se rencontrent en un niéme instant. Cet enfant voit Dieu au même moment qu'il est formé. Cet enfant qui n'est pas accompli en l'usage de ses sins, est accompli en l'usage de son esprit, et il connaît parfaitement Dieu, le monde et soi-même. Explication de ces paroles : MuHcr v-ircum-
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dahil viriHU. Grandeurs de cet cnfunl. Il M'assujettit à la nature en ce (/k'i/ lui plall, mais il la surpasse et la dompte quand il lui plaît. Il est en la Vierf/e comme m sa Mèrr et comme rn son sanctuaire, où il est adorant et adoré. H est homme et Fils de l'homme, et il entre dans les devoirs des créatures cl des hommes , r'rst-à-dire des pécheurs, et ainsi il s'offre en holocauste pour ''univers et en état de victime pour les péchés du monde, il.rplication de ces paroles : Scrvus iiiciis es lu, o l>rci«'l, quia m le glorinbor. Jésus est seul en la terre (pli puisse être appelé Israël, c'est-à-dire roi/ant Dieu. Jésus est serviteur de Dieu par excellence. Il est Fils et serviteur de Dieu tout ensemble. Comme Fils il est l'objet sinijulier de sa complaisance , et comme serviteur il est le plus diyne sujet de sa puissance ri juridiction.
(^esl lo clirl'-d'tL'iivro (Je Nnzarelh, c'est Ij iln «lu cnlloiiuc (le l'ange avec la Vierge. C'esl léUil (lu \'ni-lje t'iernel iicjuvellemeiit vivanl el nouvelleriienl naissant en Marie. Nuus avons vu ce (pi'il est, ce qu'il fait au sein du Pure, en l'état de ses grandeurs et grandeurs dterncdies. Voyons ce qu'il est et cv qu'il lait au sein de sa Mère en lY-tat et à l'entrée do son abaissement, qui sera aussi en certaine iac^on éternelle. Jésus donc étant formé du plus pur sang de la très-sainte Vierge, par l'opération (Tu Saint-Esprit et par la vertu du Très-Haut, il est formé non dans l'espace des temps or(Jinaires, selon le cours (le la loi de la nature, mais dans les mesures prescrites el orcbjnnécs par celui qui fait cet œuvre immédiatement par-dessus )a nature, et le fait dans les mesures qu'il se donne h soi-même selon la grandeur (le l'ouvrage, et la puissance et sapience de l'ouvrier. 11 est formé donc non en (juarante jours, mais en un jour choisi de la trèssainte Trinité et révéré des anges. Il est formé au jour que le Seigneur a fait et auquel est fait le Seigneur môme. 11 est formé au jour non produit |)ar le soleil, mais (jui produit loïoleil et fait luire en nos jours et en nos nuits le soleil (lui luisait dedans l'éternité. Il est formé, selon la tradition de rKglise, le vint-cinijuième de niars, auquel se célèbre l'Annonciation do la Vierge. Car en un môme te;nps, el elle est annoncée et elle est faite Mère de Dieu au monde.
En cejourdonc,jour heureux cl admirable, un même temps, ou [)Our mieux dire, une môme sorte de (Jurée a servi à choses grandes et bien dilférentes, a servi à tirer du néant celte âme heureuse, destinée à être l'âme du Verbe, à tirer des ilancs de la trèssainle Vier.^e ce corjis autpiel doit habiter la plénitude de la divinité, à unir ce corps et colle âme ensemble. Et (ce qui est la merveille des merveilles) a servi à unir au môme instant ce corps et celle âm^ià la Divinité, en la personne du \'erbe qui donne é re, vie, subsistence, sainielé, dignité et majesté infinie à ce petit eniantenclosdedans la \ ierire. 11 n'v a aucun intervalle entre la
création de cette Ame, la formation de ce
WIV, r.RANDElKS DE JESUS A L'INCARNATION. *7S
corps et l'union f>crsonnelledu Verbeéteriu,! c'icux. (](Minne l'âme au môme instant (|u'clle esi créée (f.sl répandue dans le corps, aussi la divinité s'est conmiuniquée h ce corps aussitôt (|u'il a élé organisé, et h celle Ame au mômo instant (|u'elle a élé créée. En ce jour donc, en cetlo lieur(; et en co n)omenl, un etdant commence h ôlr(j Dieu et à voir Dieu tout ensemble. Ce sont deux états différefils et non liés nécessairement l'un h l'autre, car cet enfant est Dieu par union h la nature divine en la [(crsonne du Verbe. Et il voit Dieu par union de son àme à la lumière do gloire. Et il |>eut avoir la tOiiimunication de la divinité, sans la communication do la gloire; mais celui (pii a f(jrmé cet ujuvro a voulu en un môme instant luiir ce petit corps à la divinité ol celte âme à la gloire des bienheureux.
Et ainsi cet enfant est Dieu et voit Dieu tout ensemble. Cet enfant est celui qui doit porter le nom de Jésus de Nazareth, et il est encore sans nom sur la terre; mais il n'est pas sans vie, sans grâce, sans gloire et >ans divinité môme. 11 est vivant en laVierge, el il est la vie môme. 11 est saint par la grâcede l'union hy|iostatique (]ui est la grâce des grâces. Il est en la gloire par l'état de son âme, établie à l'heure môme de sa création, dans la vision de Dieu. Et il esl Dieu par la subsistence (ju'il a en la personne du Verbe. Il nous faut considérer cet enfant non simplement comme enfant, mais comme Enfant- Dieu, comme enfant accompli, non en l'usage de ses sens, mais en l'usage de son esprit, et d'un esiirit doué de sainteté infinie et de la lumière de gloire. L'âme de ce divin enfant a en un môme temps deux usages et offices bien différents. Elle anime ce petit corps comme lait l'âme de tous les enfants, et le va perfectionnant successivement jusqu'au temps ordonné par sa nature pour porter la lumière du monde. Et en ce même temps elle voit Dieu et jouit de sa divine essence. Et si elle est privée delà vue du corps, elle a la vue desanges etde lagloirequiesl dans lescieux.
A la vérité Jésus est dedans la Vierge comme un enfant dedans sa mèie. Mais il est un enfanl que le prophète a|)pclle homme accompli en sagesse et en perfection : Mulier circumdabit virum. {Jer. xxxi, -l-I.) Car cet enfant, dès ce moment, connaît Dieu , le monde et soi-même, et connaît ces objets parfaitement. Dès ce moment, il est autant accompli en sagesse, en lumière et en gloire que lorsqu'il sera non plus dans la Vierge, mais dans les cieux. Considérons et contemplons donc cet enfant en la Vierge, nonseulement selon la (letitesse à laquelle il esl réduit, mais aussi selon la grandeur et l'usage de son état et de sa grâce qui a ses privilèges. Il est le souverain de la nature : comme il s'assujettit à elle en ce qui lui plaît, il la sur|)asse et la dompte aussi en beaucoup de sujets. 11 est enfant, mais enfant d'une Vierge. 11 est enfanl, mais Enfant- Dieu, qui a Dieu |.'Our tère. 11 est en la Vierge comme en sa Mère. Mais il est aussi en eile coinme en un sanctuaire, où il est
Saint des saints, adorable et adoré des anges. Kt le sanctuaire d'Israël n'était que son ombre et sa figure. Il est en elle comme en un ()aradis où il voit Dieu et jouit de sa gloire. Il est en elle comme en un temfile où il adore Dieu son Père, et s'otlre h lui comme prenant et f)ortant la qualité d'holocauste pour l'hommage de l'univers, et de victime pour sa gloire et pour les péchés du monde.
Il a deux qualités unies à sa personne : il est le Fils de Dieu, et il est le Fils (io la Vierge. Il entre par sa nouvelle naissance dans l'ordre des créatures. Il entre aussi dans les devoirs de l'être créé, et rend à Dieu son Père pour toutes les créatures l'hommage qui est dû à cet Etre suprême. Il entre comme Fils de l'homme dedans l'éiat et la société des hommes. Il entre aussi dedans les devoirs de la nature humaine. Et comme elle est chargée d'oiïenses, il s'offre à Dieu son Père comme victime [)Our les péchés des hommes. Voilà l'usage et le premier usage de l'âme de Jésus dedans les flancs de la \ ierge, comme nous déduirons ciaprès. Voilà le premier exercice de sa vie intérieure, qui commence aussitôt qu'il entre en être et en sa vie divine : car il est comme un soleil qui répand ses rayons aussitôt qu'il est créé. C'est un soleil divin qui répand à l'heure même ses rayons vers Dieu son Père. Il le voit, il l'adore, il l'aime, il lui rend grâce et il s'offre à ses vouloirs; il est son Fils, et il se rend son serviteur. Et le Père met son (ilaisir et sa gloire en lui ; et il lui dit : Servus meus es tu, o Israël, quia in te gloriabor. {Isa. xlix, 3.) Jésus est seul IsFciël sur la terre, il est seul voyant Dieu, et il est ce serviteur signalé qui rend à Dieu le servici-que kuI ne lui j)eut rendre que lui. Un service intini en mérite et en dignité, un service digne d'ex[)ier les péchés du monde, un service digne de contenter Dieu dans l'infinité de sa grandeur et de sa gloire. El Dieu se gloritie en lui : In le gloriabor. Il est Fils et serviteur tout ensemble. Comme étant son Fils, le Père a son amour en lui, et un tel amour qu'il est digne d'être produisant avec lui une personne divine qui est le Saint-Esprit; comme étant son serviteur. Dieu le Père met la gloire de sa puissance en lui : In te gloriabor. Car il n'a point une domination plus grande, plus digne et plus relevée que celle qu'il exerce sur cet enfant Homme-Dieu. C'est le fief le plus noble de son domaine, c'est le plus beau droit de son emj)ire, c'est la j-lus belle fleur de sa couronne. Et aussi est-ce celui qui est appelé la fleur dans les projihètes et la fleur de Nazareth.