‹ Œuvres complètesChapitre 52 sur 540 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

L ENTRÉE DU FILS DE DIEU EN SES ABALSSE- MENTS : ET COMME NON-SELLEMENT IL EST lUMILlÉ, MAIS C EST LUI QUI s'iIUMlLIE SOI- MEME , ET QUE SON ENTUÉE EN CETTE HU- MILIATION SE FAIT DANS LE PREMIER DE TOUS SES MYSTÈRES.

Explication de ces deux passages de saint

Paul : Eîinanivit semetipsum formata servi accipiens et humiliavit semetipsum factus obediens, etc. Ces deux textes nou$ représentent les deux pltis grands abaissements du Fils de Dieu, l'un en son Incarnation , et l'autre en sa mort : et en tous les deux c'est lui-même qui s'abaisse. Les abaissements du Fils de Dieu commencent dès sa première naissance, qui est sa 7iaissance en (a Vierge et qui se fait en Nazareth. Le Fils de Dieu en ce moment commence à avoir deux natures, l'une propre , l'autre appropriée : l'une qui est sienne par essence, et l'autre par amour. Ces deux natures sont en lui sans confusion et sans séparation; et comme il est dans toutes les propriétés de l'une et de l'autre, aussi est-il véritable qu elles sont toujours U7iies trèsintimemmt, et que la grandeur est toujours abaissée et l'abaissement toujours déifié. Le Fils de Dieu en son Incarnation est fait en l'honneur de son Père, selon cette parole : Factus est ei ex semine David secundum carnem. Le Fils de Dieu se fait homme pour les hommes et non pour les anges. Explication de ces paroles du Symbole : Qui propter nos homines et propter nostram salulem, descendit de cœlis, etc. Le mystère de l'Incarnation considéré en son fond et en sa substance, et non-seulement en sa manière passible , s'accomplit pour notre salut. La vie nouvelle du Verbe est toute nôtre; et en sa mission et en sa nature, et en sa manière mortelle pour un temps, et immortelle pour jamais. En ce corps si petit de Jésus, Dieu a inis la vie , la religion et la rédemption de l'univers.

Voilà le Père éternvil bien accru en domaine en [)cn de temps : voilà le Fils éternel bien abaissé et humilié en un moment : mais c'est lui-même qui s'humilie ainsi |)0ur la gloire de son Père. Et un de ses afiôtres et serviteurs nous l'apprend en celte parole: Exinanivit semetipsum formant servi accipiens. [Philip. II, 7.) Et ailleurs: Humiliavit semetipsum factus obediens, etc. {Ibid.,S) Ces deux textes nous représentent en deux mots, les deux plus grands sujets de l'humiliation du Fils de Dieu : celle de l'Incarnation en ces paroles: Formam servi accipiens; celle de la croix en ces termes: Factus obediens îisque ad mortem, etc. En ces deux grandes humiliations du Fils de Dieu, ce grand Ajiôtre n'oublie jias de nous apprendre comme c'est lui (lui s'est humilié soi-même. Car il dit notamment en l'un: Exinanivit semetipsum; et de l'autre ; Ilumiikivit semetipsum. Remarciuons celle vérité soigneusement remarquée [»ar l'Apùtre, et contemplons le Fils de Dieu lorsqu'il entre dans l'état de ces abaissements. Il part du ciel des cieux. Il vient en la terre, i>.on des vivants, mais des mourants. Il y vient pour y mourir lui-môme. Il |)orle la ressemblance du [."éché. II doit habiter au milieu des pécheurs. Et ce qui est intolérable, il doit porter sur soi les [léchés de tout le monde, etc. En ces abaissem^-'uts et humiliations, ado-

VIE DK JESUS. — CIIAP. X\V, ABAISSEMENTS DE JESLS.

un

rons son amour qui l'aliaisse, et ne méconnaissons pas sa grandeur dans son abaissement.

No séparons pas ce rnie DIpii a ronjoitit par un niysli're .si incll.ilth', par un conseil si adniirahlt', cl par un aniDur si iiio^tini.i- !>lc : au cotitrairo, adorons ol conjoiiiliMiirnl et incessannufiit la grandeur aliais>éc cl l'a- {«aissonicnt cxallé. l'A adorons cctto grandeur (\ùs son entrée en son ahaivscinenl. Or, c'est ici (juo coinincnce celle liuinilialion cl abaissement du N erhe éternel, (/est en Nazarclli et non en n(>lhlé"rn : c'est la naissam o prendére de Jésus en la Viergf, qui donne ce nouvel étal au Vcrl>e ; celle naissance d(»nl parle l'ange .'i saint Josopli, (piand il lui ilit : (Juod in eu iKtfum est. S'aissatu;e intérieure en la'pielle Jé>us naît de la ^'ierge en îa \ierge. Il naîtra dans neuf mois de la Vierge liors de la >'iergc : mais relie seconde naissance le fera voir au monde en ce nouvel étal, et ne le lui donne pas , elle le suppose, elle s'accomplit. Mais c'est la naissance de Jésus en Nazaielli (|ui le met en cet éiat : c'est elle qui établit le mystère de l'incaination : c'est elle qui lie en unité de persoiMies les deux natures si distantes aujiaravant : c'est elle qui fait que Dieu est liomnie et l'honuue est Dieu. El parlant cette première naissance en Nazareth, est comme la première issue de Dieu hors de soi même. Lors il sort conmie hors de soi par le mystère qui est accompli. 11 entre en sa créature, et en projtre j)ersonne il se joint à elle. 11 abaisse sa grandeur dans le néant de l'être créé. Il se revêt de la nature de l'homme et de l'état d'un enfant : car il est neuf mois enfant dedans la Vierge.

Et c'est ici comme son premier pas , et comme son entrée dans l'abaissement et dans le monde. En ce premier (las du Fils de Dieu, commençant son voyage du ciel en la terre, et en ce i)remier état qu'il a dedans sa .Mère, nous avons et adorons un Verbe enfant, un Enfant-Dieu, et un Dieu mortel et innnortel tout ensemble : un Dieu souffrant et impassible : un Dieu éternel et mesuré par les jours et les moments (ce que Nestorius ne ;)Ouvait comiirendre) : un Dieu iuiniense et enclos dans le sein de sa Mère, (^est un môme Dieu qui [)orte ces éiats différents. 11 a deux natures, l'une divine, l'autre humaine, l'une [)ropre, et l'autre appropriée, l'une qui lui convient de toute éternité, et l'autre depuis cet instant, l'une et l'autre siennes toutefois : mais l'une est sienne par essence, et l'autre est sienne par amour. Ces deux natures si ditférentes sont en lui et en sa i)ersonne, sans confusion, sans séparation : il nous les faut considérer sans séjiaration aussi, et ne pas regarder l'abaissement de l'une sans la grandeur de l'autre, qui la relève jusqu'au trône de la Divinité, et la déilie en la personne du Verbe, et la rend divine, salutaire et adorable au monde.

Cet enfant donc qui vient de naître en Marie 5 l'issue de ce colloque angélique, et en celte humble cellule de Nazareth , est

grand et petit tout ensemble. El il est bien plus grand cpj'il n'csl petit. Il est vivant, et est la vie même, et il a deux sortes de vie. Il c>l vivant en srjn Père, et vivant en sa .Mère. Il est vivant et nai>sant e/i son Père, car il est toujours naissant d(î lui : et il est vivant et nai^sant nouvtdlcnient en sa Mère, car il vient d'élre formé en la Vierge par l'opération du Saint-Esprit : et il est fait en riionnenr <le son Père: l-'aclm r.nt ei ex semijif Jtfirid srnindum rnrnem , dit l'Apôtre. (Roin. I, II.) () vio du \ erbe incréé d.iris le l'ère éternel ! ô vie du Verbe incarné dans la \icrge sa Mère! Parlons un langage plus bundileen I honneur de relui qui s'est tant humilié !() vie de cet Enfant en son Père éternel I 6 vie de (cl Enfuit en la > ierge sa Mère! Deux vies bien diverses, mais toutes deux divines, et toutes deux adorées des anges. En attendant que ce même Enfant nous élève au ciel, et nous y fasse voir la vie qu'il a dedans son Père, voyons la vie qu'il vient de prendre dedans sa .Mère, et l'usage admirable de celte vie.

Cette vie est toute nôtre , celte vie est toute divine. Elle est toute nôtre, et les anges n'y ont j)artque pour l'adorer. C'est pour nous et non pour eux qu'il e^t envoyé. C'est pour nous et non pour eux qu'il vient sur la terre. C'est pour nous et non pour eux qu'il vit et njeurt sur une croix, et l'Eglise le chante en son Symbole : Qui propter nos homines et propter nostram salutem descend dit de cœlis, et incarnatus est de Spiritu sanclo.

Voilà de grandes paroles, et trop [eu remartjuées. C'est pour nous qu'il descend des cieux, ce dit l'Eglise en ses mystères ; c'est pour nous qu'il est incarné. Ne perdons pas nos privilèges ; ne diminuons pas les faveurs divines pour des raisons humaines. Ne nous privons j)as si légèrement du plus grand témoignage, du plus grand aniour qui sera jamais de Dieu envers l'homme. Ne nous conlentons [)as de distinctions inventées par quelques-uns de l'école, et non fondées dans la parole de Dieu, dans les écrits des saints Pères, ni dans la voix et le sentiment de l'Eglise. Au contraire, elle prononce hautement en ses conciles et en ses mystères que c'est pour nous qu'il descend des cieux ; que c'est pour nous qu'il vient et qu'il est envoyé. Or sa mission de son Père et sa descente des cieux précède la manière avec laquelle il choisit d'être et vivre sur la terre, et suivant ces paroles, c'est ()Our nous qu'il est envoyé, c'est pour nous tpi'il est incarné ; c'est pour nous donc absolument qu'il descend : ce n'est pas donc seulement pour nous qu il descend en une telle ou en une telle manière.

Sembiablement c'est pour nous qu'il est incarné : c'est pour nous donc que le fond et la substance du mystère est accom[)li, et non-seulement la manière de ce mystère : In carne paxsibili aut impassibîli. Ceux qui sont versés en ces matières , m'entendeut assez, et je ne veux embrouiller les autres en des questions qui ont plus de curiosité

CTXVRES COMPLETES DU CARDINAL DE DERl'LLE.

que d'édihcation. Ecoulons et suivons la voix (le l'Eb'lise; i)arlons son langage, il est trèsutile et très-assuré. Elle nous a|»(irend que ie Fils de Dieu est Fils de riiouime pour les hommes. Uecevons-le , embrassons-le, et l'aimons comme tout nôtre. Car cette vie qu'il prend aujourd'hui est toute nôtre; et en son origine , c'est-à-dire en sa mission ; et en sa substance, c'est-à-dire en la nature qu'il épouse ; et en sa manière, c'est-à-dire en la condition passible pour un temps sur la terre, et impassible pour jamais sur les cieux-.

Comme celte vie nouvelle du Verbe éternel est toute nôtre, elle est aussi toute divine. Elle e.^t divine en cet enfant : car ce divin enfant étant com[iosé de deux natures, la nature et la personne du Verbe font comme [)artie de l'être et de l'état de ce divin enfant , enfant et Dieu tout ensemble. Elle est divine encore en son humanité même : car l'humanité de cet enfant, c'està-dire et son corps et son âme n'ont point d'auire être et subsislence que celle de la divinité. La divinité environne ce corps et cette âme, les soutient, les pénètre jusqu'au plus intime de leur substance. Gomme donc l'être et la vie de ce petit enfant est divine, aussi l'être de ce petit corps est tout saint, tout divin, tout adorable, et dès lors tout adoré des anges.

Que de grandeur! que de puissance! que de merveilles en un moment et en un corps si petit et si grand tout ensemble ! Cor[)S si petit, selon les dimensions de sa quantité, et si grand, selon les mesures de la vertu, de la dignité , de la sainteté et de la puissance. Dieu est en ce petit cor[)S , et la plénitude de la divinité y habite corporelleiiient, et c'est le corps de Dieu même, et en ce corps jjrécieux et sacré, et sacré par l'onction de la divinité. Dieu a mis la vie, la religion et la rédemption de l'univers.

Ce corps à la vérité tient encore bien peu de place en l'univers , et ne fait aucune marque que dans la Vierge, et en elle encore il n'occupe pas plus de place et n'est plus sensible et remarquable que les enfants des autres mères au bout des quarante jours de leur conception. Mais ce corps si petit au monde et en la Vierge, est en sa petitesse surpassant la grandeur de tous les autres corps ensemble et du ciel empyrée. Le ciel a été fait [)Our loger les anges ; mais ce corps est formé pour loger une âme qui régit tous les anges, et qui porte en ce même corpb une gloire plus haute que celle de tous les hommes et des anges ensemble.

rse nous conduisons pas [lar les sens , mais parla foi. Contemplons et révérons ce i)elit cor()s, comme le corps de Dieu même, formé de 'la main de Dieu i)Our Dieu, lorsque Dieu par amour a voulu avoir un corj»s à soi, lequel il n'uvait point par sa propre essence.

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