CHAPITRE XXVI
LÉTAT DU CORPS ET DE l'aME DE JÉSLS EN LA SAINTE VIERGE.
Regards de Dieu sur ce petit corps. Ce corps
est en état de vie végelante , sensitive et humaine par Cin fusion de rame, et en état d^élre et de vie divine par l'infusion du Verbe. Le Saint-Esprit ai/ant formé ce corps en un instant , il laisse à l'aine le soin de parfaire ce qui doit être fuit selon le cours de la nature. Cette âme naturellement occupée à donner vie de temps en temps 'plus parfaite à ce petit corps , est surnaturellement élevée en une vie de grâce et de gloire. Elle est dans un exercice tout divin, et n'y est point affaiblie par la débilité des sens ^ parce qu elle n'en dépend point. Elle agit, non par la lumière du inonde où elle n'est pas encore entrée, mais par la lumière de la grâce et de la gloire, où elle est hautement établie. Cette âme se peut appliquer ces paroles : Ego dormio et cor meuni vigilat. Ce divin enfant est agissant vers Dieu son Père et vers la Vierge sa Mère , en attendant qu'il agisse vers son précurseur.Jésus, en ce premier moment, commence à aimer Dieu son Père d'un amour infini en puissance,enmérite, endignité, et c'est le seul amour que, le Père a encore reçu vraiment digne de lui , depuis quatre mille ans. Les vues, l'oblation et les autres usages de l'âme sainte de Jésus en ce premier moment. Le premier état que Jésus accepte et exerce est celui de victime ou d'Agneau de Dieu. Exposition de ces paroles de saint Jean : Ecce Agnus Dei, etc. Exposition de ces paroles du cantique des anges : Domine Deus, Agnus Dei, Filius ?dXns. Exposition de ces paroles des Actes : Sciât domus Israël, quia in Dominum eum et Christum fecit Deus. Cette oblation de Jésus à la croix est une action permanente et un mouvement qui continue jusqu'à la fin sans interruption.
C'est la Divinité qui a donné principe et origine à ce petit corps, car elle l'attire et forme dans la Vierge. C'est la Divinité aussi qui lui donne l'être, la dignité et la sainteté infinie que nous adorons en lui. Il est bien vrai que la Divinité le regarde , le chérit et le traite comme son projire corps; que sa conduite et sa providence est toujours rare et admirable sur un sujet si digne; mais elle est différente selon les divers temps et divers desseins de Dieu sur son Fils. Et quelquefois elle est bien cachée et paraît même bien sévère; mais c'est matière d'un discours à jiart , et nous sommes à l'entrée de la vie de Jésus, et il n'est pas à propos d'interrompre le fil de ce discours. Ce corps donc divin et sacré commence à être en état dévie végétante, sensitive et humaine, par l'infusion de l'âme (pii lui est î)ropre , et il commence aussi d'être en état d'être et de vie divine, par l'infusion du Verbe qui unit sa personne à ce corps et à cette âme. Ce corps n'a eu besoin de quarante jours pour être organisé.
Le Saint-Esi)rit a fait cet œuvre en un moment; mais depuis que cette âme à qui ce COI i)s appartient, et dans lequel elle est infuse, commence à l'informer et animer, le Saint-Esprit, qui a formé ce corps, laisse
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h lolU^ ûine sninlc et divino le soin ri la puissniuo (le |i/nlViire er) co crirps inYsioiu, rc (|iii tloil ôlrc Hiit srlon le codrs cl le \)V<)- ^i('>s (](• h n.iiiiic liiini.'iiiic ; ol le conseil de iMeii sur sou Fils cl sur la N'ier^^e |iorle que telle Ame y em|iluie rcspaee de iiciii" mois, (omine niix «ulres cnfaiils ordiii/iires sur In lerre. Kl nous en dirons les rnismis ailleurs en riionneur du Fils et en l'.iv.inl.ij^e de In Mèie. Celte Ame donc sainte cl divine, (|ui anime ce jielii cor|(s, le va |ierlecliunnatil pnr degrés en In vie végétante et sensitive (]ui lu! convient. Mais nous avons h reniar- (jucr (jue, durant cet intervalle, celte Ame nalurellcmenl occupée h donner vie, et vie de lemjis en temps plus pai faite à ce jii'tit corps, est surnalurellenu'iil et ndmirahlemciit élevée en un étal singulier, en une vie de giAce et de gloire, en un exercice tout divin. l'-lle n'est point assoupie ni nllnihlie dans la déhililé des sens. File est loujnurs vovante et toujours vigilante. File agit parla lumière, non du monde où elle n"esl |ias encore entrée, mais de la grAce cl de la gloire, où elle est dès l'heure môme établie et hautement élahlie. Flic est donc dès ce moment cl pour toujours agissante, et agissante choses très-grandes. Fille iieut dire ce ce qui est dans les Cantif{ncs (v, 2) : Ego dormio , et cor ineuin viyilat. Car dans ce doux repos (juc Jésus a dans sa très-sainte Mère, je dis repos plutôt que sommeil , le cœur et l'Ame de Jésus est toujours veillant , son amour ne dort point cl ne cesse j)oint, et son esprit ne dort point aussi et est toujours saintement occupé.
Cet esprit est un soleil vivant, et comme ce soleil que nous voyons est posé au milieu des planètes, ce divin esprit de Jésus est établi au milieu de l'être créé et incréé, tenant à l'un par sa nature, et à l'autre par sa subsislence. El il répand iDaiîîtenant ses rayons vers les planètes supérieures , c'està-dire vers Dieu son Père, vers la Vierge sa Mère [h laquelle il daigne bien donner autorité sur lui, en la faisant sa Mère), en attendant qu'il les répande vers le monde qui lui est inférieur, et vers saint Jean-Ba()tiste, comme nous verrons ci-après, Jésus donc en cet élat et en cet instant agit avec Dieu son Père. 11 l'adore comme principe de sa divinité et de sa mission dans cette humanité, il l'aime d'un amour infini en puissance, en mérite, en dignité. El c'est le seul amour que le Père éternel a encore reçu vraiment digne du lui, de son être suprême et de son amour incréé depuis quatre mille ans qu'il a créé le monde.
Le Fils de Dieu, tils de l'homme vivant en cet humble étal d'enfant, reconnaît l'ordre su[)rême de la divinité, dans lequel sa per>onne lient le milieu entre le Père et le Sainl-Esprit comme f»roduit de l'un et produisant l'autre. Il reconnaît et adore l'ordre singulier de l'union hyposiati(|ue dans lequel il est établi. Il voit les grAces , faveurs et merveilles de cet ordre divin, dans lequel il est seul établi. Il voit le ciel habile des anges, cl dont il faut réparer les ruines. Il
voii la terre couverte de péchés et de pé- Hieurs, et les«juels ont besoin d'un «Jélugo de sang pour ellai i-r leurs oirens«,'s. Il voit que rr grand (euvrc lui est réservé. H re- («innait, ndore et nrcepte les desseins du Père éternel sur lui, les causes «le son envoi en la terre , les leiivres et mystères <|u il y <loit accom|)lir, l'abaissement auquel il doit vivre, In croix en laquelb; il doit mr)urir. i;i il s'olfieh l'état de victime jierpéluelle pour la gloire de s(m Père, pour I ellacemenl Au |iéché cl pour le salut des hommes.
Ainsi Jésus, en cet élat pirmicr cl humble de sa vie, est si sainteuienl cl si divinement occupé : il ioue et adore ; il aime ( t rend giAces; il voit et acce|ile la vie, la cioix, la mort, le conseil rigoureux du Père sur lui. C'est le priMuier exercice de la vie intérieure el spirituelle de Jésus, sii6t qu'il e>t formé <)ans le ventre de sa mère ; cl entre plusieurs étals et ollices qui lui conviennent , le | remier élat (pi'il accepte, embrasse el exerce, c'e.^i l'état d'abaissement el de ligueur, l'état de victime de Dieu, ou , connue parlo saint Jean, d'Agneau de Dieu. Car ce grand projhèle et plus que prophète n a|)pelle | as Jésus .\gneau de Dieu pour les (jualiiés naturelles de l'agneau simple, doux, pAlissanl, innocent, etc. ; mais pri!ici[ialement pour la ([ualité que cet Agneau avait d'être iuimolé à Dieu solennellement pour la délivrance ou pour mémorial de la délivrance du peuple de Dieu. Aussi ajoute-t-il à cette paiole : Ecce qui tollit pcccata mundi , pour nous faire voir que sa lumière el celle qu'il voulait donner à ses disciples, sur le sujet du Fils de Dieu présent, regardait en lui sa qualité d'agneau et de victime, qui a rapport à l'efl'acement du péché du monde.
C'est la première qualité que le Fils de Dieu em|)loie, et c'est la première qualité en laquelle saint Jean se fait connaître à ses premiers disciples, qui doivent êlre les premiers disciples de Jésus. Cet enfant donc el doux Agneau de Dieu que nous voyons et adorons en la très-sainte Vierge, et non au ciel, comme saint Jean en son Apocalypse, mais plus dignement qu'au ciel, plus dignement qu'au temple, en la très-sainte Vierge, comme en un ciel et en un temple nouveau, cet enfant, dis-je, est Dieu et Agneau de Dieu tout ensemble. Il est Dieu, Fils de Dieu. Il est homme, iils de l'homme, el il est Homme-Dieu, Agneau de Dieu, pour Dieu et [lour les hommes. El nous lui devons dire parles paroles de son Eglise, achevant l'hymne angélique : Domine Deus, A;jnus J)ei, Filius Patris. Car il est notre Dieu et notre souverain -.Domine Deus, et sa domination est une de ses qualités propres, le Père l'ayant constitué en celle autor.té sur tout l'être créé. El c'est la première leçon du premier a|)ôtr« au peuple de Dieu : Sciât domus Israël quia et Dominum eum et t'firistum fccit Deus hune Jesum, etc. [Act. II, li.) Il est Dieu donc, et il est souverain. Mais nonobstant celle qualité grande, il est Agneau de Dieu aussi ; et nonob-slant cette qualité humiliante, il est Fils du Père : Aqnus
OEliVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERLLLE.
Dei, Filins Patrts. Car en lui sont conjointes des natures et des qualités liantes et basses, divines et humaines, et des qualités |)lus basses qu'humaines, puisqu'il dira un jouret avec vérité : Egovermiset non homo, opprobriumliominum,etal)jcc(ioplebis.{Psal.-s.xi,'J.) Disons-lui donc et avec les anges et avec l'Flglise : Domine Deus, Af/nus Dei, FUiiis Patris. Qualités dignes d'être connues de l'Eglise de Dieu, d'être chantées dans ses mystères, d"ôtre imprimées dans le cœur de son peuple ; mais il nous faut remarquer et dire ()lus d'une lois : que la première qualité qu'il exerce et de laquelle il fait usage, c'est celle d'agneau et de victime. Et selon celle qualité le Fils de Dion, dès le premier moment de sa vie en sa Mère, se consacre à la vie, à la croix, à la mort qui s'en ensuivra | arafirès. Et cette oblation et volonté première de Jésus est une action non passagère comme les nôtres, mais permanente comme tenant de la nature et de l'é at de l'éternité. C'e.^t une action et volonté j erpétuelle qui n'a jamais cessé ni jour ni nuit, qui n'a jamais été divertie ni interrompue par aucune autre action, qui a été toujours en son actualité dans son cœur. Comme dans le même cœur il y a un mouvement perpétuel auquel consiste la vie, aussi ce mouvement intérieur et spirituel a été perpétuel au cœur et en l'esprit de Jésus. Ce mouvement, celle oblation et celle volonté est peu remarquée de ceux qui traitent de Jésus. Et toutefois c'est une action et volonté primitive et fondamentale en la vie de Jésus et en l'œuvre de notre saint. Deux sujets a.'^sez grands pour la rendre considérable et digne d"ètre incessamujenl révérée du ciel et de la terre.