‹ Œuvres complètesChapitre 55 sur 540 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

l'occupation de la vierge avec JESUS EST RAVISSANTE ET PERPÉTUELLE.

I. Rapports de la liaison de Jésus à la Vierge sa Mère, à la liaison qu'il a au Père et an Saint-Esprit. La qualité de Mère de Dieu en la Vierge persévère dans le ciel. Diverses manières par lesquelles Jésus est en Marie. Il est en elle comme son Fils et son Dieu, lui donnant vie comme il reçoit vie d'elle. Il est en elle comme en son repos, comme en son paradis, comme en son ciel empyrée, comme en son temple, comme en sa Mère. Merveilles encloses en la Vierge, depuis le moment de l'incarnation. Liaison très-étroite de Jésus et de Marie. Opération et occupation de Jésus et de Marie. Heureux partage de Marie avec Jésus en cet état. Grandeurs de la dignité de Mère de Dieu. — II. Délices et bénédictions de l'heureux temps qui commence. Ce mystère fait en la terre pour la terre, est ignoré de touVe la terre et n'est connu et adoré que de la Vierge seule. Tous les sens et tout l'esprit de la Vierge sont appliqués à Jésus, dont l'esprit est /j/i(5 puissant et plus opérant dans l'esprit et le corps de la Vierge que son esprit même, ta grâce de

VIE DE JESUS. - CIlAi». XWIII, OCCl PATION DE LA VIERGE AVEC JESUS.

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la } irrqe n'est pas camme la nôtre, c'est une (jràce toute pai ticulière et propre à elle. Jrsus jtrrsctit et puissant en Marie, est opérant rn elle ruvwic en sa Mère, et file reçoit tes prémices de son opcration. La Vierye est non eti un accident, mais en nn l'tnt perpétuel de ravissement : mais saiis cette faiblesse et perte des sens t/ui se. trouvent dans les ravissements des àmea les plus saintes de la terre. l'Aie est tirée hors de la disproportion de la nature et de la (jr^ce, et elle est établie dans la force de la grâce céleste : et c'est pour(juoi il ny a point d'alfaiblissement en sa vie humaine, pour les occupations divines

1. Après que loFils de Diou s'est ainsi compmrlé vers Ùioii son Père, voyons ce qu'il est et ce (lu'il ngil en sa très-sainle Mère, car c'est rc qui lui est le plus proche et le plus conjoint par lélat de ce nouveau mystère fait en elle et par elle. Kt c'est ici le iiremier temps du séjour de Jésus en la Vinr^c, deux sujets assez grands pour ôlre consiilénés. Disons donc que, pour jiarlor absolument après les i»ersonnes divines, il n'y a point de personne h laquelle le Fils de Dieu soit plus étroitement lié qu'à la Vierge ; et même cette liaison va imitant et adorant la liaison qu'il a aux personnes divines. 11 est joint à son Père j>ar naissance et nature, et il est joint à la Vierge par nature et naissance. Il est joint au Saint-Esj)rit par origine car il est son jirincipe dans l'élernité ; et il est joint à la Vierge par production et infusion d'un esprit dans son esprit, qui est la vie de sa vie, et l'âme de son âme, et il est le principe de sa grâce, car tout ce que la Vierge a de grâce est origine de la grâce suprême et des mystères de Jésus : et par ainsi il lui est conjoint et par nature et jiar grâce. La liaison iju'il a avec les [)ersonnes divines est éternelle; celle qu'il a avec la Vierge est nouvelle et môme depuis {teu, mais elle sera pour toute éternité.

Cette Vierge sacrée est et sera toujours Mère de Jésus. Elle aura celle qualité aussi i)ien dans le ciel que dans la terre, et il honorera élernellement celte qualité de Mère de Dieu en elle. Mais nous voyons sensiblement qu'en cet état présent, elle lui est plus proche et plus conjointe, tandis qu'il est en elle, qu'il fait comme partie d'elle, qu'elle vit pour lui, et qu'il vit par elJe, et qu'il est en un état continuel de dépendance et même d'indigence au regard d'elle. 11 est en elle en jilusieurs manières selon ses qualités diverses. Et il est doux de les considérer jtlus d'une fois. Et le temps de ce mystère nous convie à y penser ei repenser souvent; car c'est le temps oij il est et sera pour neuf mois dedans la Vierge. Il est en elle comme le fils en sa mère, tirant d'elle sa vie. Il est en elle comme son Fils et son Dieu, lui donnant vie comme il reçoit vie d'elle. 11 est en elle comme en son paradis en terre ; car tout est saint, tout est délicieux en la Vierge. L'ombre du péché même n'y est pas et n'y a jamais été. Et

Jésus trouve en elle son repos et ses délice»» et lntrs «l'ello il ne rencontrera que pérhcurs et péchés. Il est en ellecommeen un ciel, car il est vivant de la vie, de la gloire, voyant Dieu et jouissant dosa divim; essence. 11 est en elle comme on un temple où il loue et adore Dieu, oij il rend ses devoirs au Père éternel, et les rend tant pour soi que pour tuut l'être créé.

Tem|ile saint et .;acré où repose Jésus, la vraie arche de la vraie alliance. C'est le premier et lo [dus saint temple de Jésus; et le C(L'ur do la Vierge est le premier autel sur le(piel Jésus a olTert son r(eur, son rorfts son esprit on hostie do louange perpétuelle : et où Jésus olfre son [tremier sacrifice et fait la première et («erpétuelle oblation de soimême, en laquelle comme nous avons dit, nous sommes tous sanctifiés. Ainsi Jésus est en la Vierge, et il est en elle comme en son repos, comme en son paradis, conjmo en son ciel empyrée, comme en son temple, comme en sa Mère. En cet état et en ce temps-là, la \ ierge est un sanctuaire où il y a plus de merveilles qu'il n'y en avait pour lors au ciel ; un Homme-Dieu, un Verbe enfant, un enfant Dieu, un corps souifrant joint à une âme glorieuse, une vie humainement divine et divinement humaine ;] nn esprit régissant tous les corps et tous les esprits de l'univers, un ordre singulier, ordre de l'union hypostatique, ordre érainent sur tous les ordres de nature, de grâce et de gloire. Voilà les merveilles qui sont en la Vierge et ne sont point au ciel, et nous la rendent singulièrement vénérable. Pensons à elle pensons à ce qui est en elle.

Contemplons Jésus en cet état au milieu de la Vierge, comme son centre et son cœur, ou bien comme iun soleil, selon les prophètes, soleil couvert d'une nuée légère, cesi-à-dire de la très-sainle Vierge, qui le couvre encore à la terre et le couvrira neuf mois durant. Les niathémaliciens alfirment qu'il y a des étoiles à l'entour du soleil qui est leur centre, et elles tournent à l'entour de lui, comme le soleil tourne à l'entour de la terfC. Plaise à Dieu que nous soyons l'une de ces étoiles tournant à l'entour de Jésus, et non à l'entour de nous-môme comme nous faisons journellement. Mais il nous faut ici oublier nous-môme, pour ne nous souvenir que de Jésus et de la Vierge. 11 est donc un soleil, et la Vierge est une planète qui a ses mouvements à l'entour de Jésus, à l'entour de ce soleil de gloire, et ne tourne qu'à l'entour de lui. 11 est son centre et il est sa circonférence, et elle enclôt et termine ce semblesa grandeuretses influences. 11 la regarde de toutes parts et incessamment, et elle ne tend qu'à lui. 11 la tire à soi, il la ravit en soi. Et ces deux cœurs de Jésus et de Marie, si proches et si conjoints par la nature, sont encore bien plus conjoints et plus intimes par la grâce, et ils vivent l'un en l'autre.

Mais qui pourrait déclarer cette vie ; elle est décrite au ciel, et il faut attendre que ce livre nous soit ouvert pour y voir les fa-

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE DERULLE

veurs et les tendresses, les ravissements et les merveilles qui y sont rapportées. En attendant celte grâce, nous dirons en bégayant plus qu'en parlant de choses si grandes, que Jésus étant si conjoint a sa Mère, la tire et la ravit à soi incessamment. Que comme il est naissant, vivant et produisant en son Père un amour incréé qui est la troisième personne de la Trinité, aussi naissant et vivant dans sa Mèie, il produit en elle un esprit, un amour qui, à la vérité, est créé, mais après le sien n'a et n'aura jamais son pareil. Que comme la première occupation de Jésus a été vers Dieu son Père, la seconde occupation de Jésus est avec sa trèssainte Mère. Il l'a choisie, il l'a préparée h choses si grandes et si conjointes avec lui I C'est le plus digne objet de ses pensées après les personnes divines; c'est le sujet le plus capable de ses influences et opérations ; c'est le plus proche de sa sainte présence; et même il est conjoint à elle par état de dépendance, en tant qu'il est son Fils et qu'elle est sa Mère, et qu'il est lors vivant en elle et vivant par elle. Il a voulu partager avec elle le mystère de l'Incarnation, en tirant d'elle ce corps dont il est revêtu, et en voulant que, comme Mère, elle eût son action et concurrence au regard de cet œuvre, œuvre plus grand incompnrablement que la création du monde. Et il partage encore sa vie présente et couniiençante avec elle; car la vie de Jésus est indigente et mendiée de la vie de la Vierge. Et il est en cet état, et il lui fait cet heureux partage pour neuf mois durant, sans en rabattre un seul moment. Et ci-ajirès il partagera une partie de ses plus grands effets dans la terre et dans les âmes avec elle !

Grands et heureux partages de Jésus avec Marie ! Et pour maintenant il n'a et ne prend aucune occupation, ou qu'avec elle, ou qu'avec Dieu son Père. Saint Jean y aura sa part pour quelque temps, et saint Joseph après ; mais maintenant c'est le Père seul, c'est la Vierge seule qui ont part à Jésus, et avec lesquels sont ses occupations, ses délices et ses entretiens. Il fait en elle choses grandes, dignes de lui, dignes d'elle. Nous n'avons point de mesures pour cette proportion. Et nous ne sommes pas si favorisés que cet ange de VApocalypse (xxi), qui a une verge d'or en sa main pour mesurer le temple.

La Vierge est un temple plus grand et plus auguste. Il n'y a que son Fils qui ait la toise en main pour en prendre les mesures. Nous n'avons qu'à admirer et non à juger, ni à parler de choses qui surpassent si fort notre intelligence. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il est son Fils, et qu'elle est sa Mère. C'est que voici le temps où se commence de la [lart du Fils de Dieu celte filiation humaine ; et de la part de la Vierge, celte maternité divine. C'est que ce Fils est Dieu, et il la traite, il la regarde, il la chérit, il l'honore comme Mère de Dieu, comme sa Mère. C'est que cette maternité divine est une qualité si sainte, qu'elle approche de Dieu, qu'elle atteint selon les

plus grands docteurs de l'école : Proxime fines divinitalis, qu'elle donne dans l'infinité même, qu'elle est du nombre des choses incom|)réhensibles, et que nous ne {mouvons pas jiénétrer ce qui lui appartient en cette qualité. Que Jésus qui connaît cette dignité infinie, et de qui la grandeur est la cause et la source de cette infinité, honore cette maternité selon qu'elle le mérite, s'honore soi-même en honorant sa Mère, parce qu'elle est sa Mère ; et il l'honore selon l'étendue de sa sapience et de sa jiuissance, et emploie la sublimité de ses pensées et inventions célestes sur un sujet si digne et si proche de lui, et dans lequel il a si grande part et un si grand intérêt.

Sur ces pensées, sur ces dispositions et sur ces fondements, entrons en considération de celte occupation première de Jésus avec la Vierge, et de la Vierge avec Jésus. Ce sont les deux plus grandes personnes du ciel et de la terre. Le sujet qui les lie et les occupe ensemble est le plus saint, le plus divin, le plus intime et sacré qui puisse être. Et leur occu[;ation est le sujet le plus haut, le plus digne, le plus souhaitable dont nous puissions nous occuper.

II. Disons donc que comme depuis quatre mille ans il n'y a point eu d'œuvre semblable au mystère de l'Incarnation. Aussi, depuis que le monde est monde, il ny a point eu de temps jilus remarquable que"celui-ci, où le Fils de Dieu commence à être Fils de l'homme, et une Vierge devient Mère de Dieu. C'est le temps délicieux des prophètes, où le ciel envoie la rosée, où les nuées font distiller le juste, où la terre arrosée du ciel s'ouvre pour germer le Sauveur. C'est le temps de la production la ])lus grande, la plus heureuse, la plus ulile qui sera jamais. C'est le temps où le ciel et la terre concourent ensemble h faire un effort do merveilles pour donner le Saint des saints au monde qui en a si grand besoin. C'est la plénitude des temps selon les apôtres. C'est le temps du salut de l'univers et du ravissement du ciel en terre, pour y voir et adorer les merveilles qui sont en la terre et ne sont [loint au ciel. Ce temps, si heureux, si remarquable et si précieux se passe en Nazareth entre Jésus et la Vierge seule, tout le reste de la terre n'y ayant point part. Plus ils sont seuls, plus celte solitude e>t grande, ])lus elle est remarquable, et |)his le sujet de leur solitude les entretient, étant si important, et plus leur occui'ation mutuelle est l»rofonde et ravissante.

Jésus esi donc occujé on la Vierge, et en la Vierge seule |)our lors ; la ^'ierge donc est occupée en Jésus, et elle est seule en toute la terre occupée en Jésus. Alors elle est seule |)0ur toute la terre adorant le mystère de l'iniarnalion l'ail en la terre pour la terre, et ignoi é de la terre ; elle est seule adorant Jésu.-. Plus elle est seule occu-pée sur un si grand sujet, plus son occupation est grande ; elle y est appliquée de toutes ses puissances. Tous ces sensy sont portés; car c'est un mystère sensible et sensible en

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VIE DE JESUS. — CHAP. XXIX, OtCL'I'ATION DE JESUS EN L\ VIERGE.

elle. Kl lontp la sensihililô doit lionnnat;c h son Dieu fnil soiisiMe pour la imliiro liiimaine. Tutit son (*s|>ril v est nppliiiin''. Kl l'esprit (lo Jésus (jui nuîiiio co pelit («'rps (i6i!i«S .'iiiiiiie fiicore par grûco et par amour, et nar une douce et sainte intlucnce, l'esprit et le corps de la \'ierj^e.

Cet esprit do Jésus est |)lus puissant cl plus opi^raiil dans l'esprit et dans le corps de la Vierge, que resjirit iiiônie de la N'ierge. Liï grûce infuse dans la Vierge, grâce si (imiuentc et si élevée, ap|)li'|ue et absorbe t(jus les sens, toutes 1rs facultés et tout l'esprit de la Vierge m un si grainl objet, en un objet si présent, en un objet si projiortinnné à celte uu^nie grîlce. Car la grâce de la Vierge n'est pas connue la nôtre; c'est une grâce toute particulière et propre à elle; c'est une grâce tendante dès son origine au mystère do rinrarnalion comme à sa lin, h son principe et h son e\em[ilaire. C'est une grâce nouvellcnjent infuse, iKjuvcllement accrue jus- (|u'à son comble, jus(|u'à son ellet principal en la Vierge, dans l'accomplissement présent de ce mystère de l'Incarnation. C'est une grâco toute liante Jésus à la Vierge, et la Vierge 5 Jé^us, comme la grâce générale nous lie 5 Dieu, cette sorte de grâce particulière est liante. Dieu comme incarné à la Vierge, et la Vierge à Dieu incarné. Cette grâce si jiropre à ce mystère, fait un ellet propre en la Vierge, et lui donne une application si grande, si haute et si puissante à Jésus vivant en elle, que nous ne la pouvons pas exprimer.

Ainsi la grâce et la nature conspirent en elle à établir une disposition éminente et ravissante son cœur et son esprit en Jésus son Fils et son Dieu. Mais outre ce mouvement de nature et de grâce, mouvement très-puissant, Jésus lui-même est présent, est opérant, est attirant |)ar lui-même immédiatement son esprit et son cœur en cette occupation; il est présent en elle ; il est puissant en elle; il est opérant en elle. Elle est parfaitement disposée à recevoir ces saintes opérations, et à les recevoir selon toute leur énergie et étendue. Et c'est ici les prémices de ro|)ération de Jésus en sa Mère. Jésus donc employant ses premier.es opéralions sur la terre et ses premières influences sur la Vierge, l'attire à soi, la ravit en soi. Quelle tendresse! quel amour 1 quelles faveurs d'un tel Fils envers une telle Mère, et d'une telle Mère envers un tel Fils , et au commencement de leur amour et de leur mutuelle jouissance 1 C'est un ravissement l'crpétuel ; car auisi l'objet est toujours [)résent à la puissance attirante, agit toujours ; c'est connue au ciel où le ravissement est perpétuel; car l'objet est toujours présent ti toujours vu. En cet état aussi l'objet est imijours présent, toujours sensible, toujours opérant

El la Vierge est établie non en un accident, mais en un état de ravi.>sement per[)éluel sur un objet per[)étuel digne de ravissement. Nous ne sommes pas capables de cet étal en la terre : mais la Vierge eu est

capable, et il no nous faut pas juger d'elle |»«r nous-même. La manière ilo grâce singulière qui lui est conférée la dispose à cet étal et 5 chose plus grarule, ()uisqii'elle la dispose .'i être digne .Mère de Dieu. Sa vie est élevée et dégagée de la faiblesse des sens et do l'esprit humain au reganJ des choses saintes et célestes. Elle est tirée hors de sa disproportion de la nature et de la giâco, qui sont la cause de la faiblesse et de la perlo des sens (pii se trouve dans les ravissements des plus saintes âmes do la terre. Même ello est établie en la force el {luissance de la grâce céleste, (pii porte les jilus grands efforts sans alfaiblissemenl aucun. Et ainsi ello est vivante de la vie de la terre ; el ello est ravie des ravissements célestes; et sou ravissement est perpétuel. Et il n'y a point d'airaiblisscmenl en sa vie humaine l'Our les occupations divines.

CHAPITUE XXIX.

LES OCCUPATIONS UE Jt;SLS EN I.A VIERGE AU nEGAHD OE LA VIERGE.

I. Jésus en ses étals est le principe et l'objet de la vie et du ravissement de la Vierge. Si ta Vierge voit clairement la Divinité au moment de Vincarnalion, c^est un point que nous devons humblement ignorer, puisque Dieu ne nous en a rien manifesté. Mais soit que ta Vierge ait vu clairement ta Divinité, soit que non, Dieu incarné la possède d'une possession si rare, et elle lui mutuellement, qu'il n'y a ni langue ni esprit qui le puissent exprimer. — H. L'état de Jésus est le premier objet du ravissement de la Vierge; et les mouvements et actions de l'âme sainte de Jésus sont un autre objet de ce même ravissement. La Vietge est tirée hors d'elle, de son amour et de ses actions intérieures, dans l'amour et les actions intérieures de l'âme sainte de Jésus. Marie est une pure capacité de Jésus, toute remplie de Jésus. Explication de ces paroles : Maria autemconservabat omnia Verba hœc, conférons in corde suo. La Merge au jour de ses grandeurs et de son plus grand élèvement a part à la croix et aux abaissements de Jésus. La part quelle y a n'est ni par te droit du péché auquel elle n'a nulle part, ni par le droit de son Fils portant te péché {ce qui ne convient qu'à son Fils), tnais par le droit de son amour vers son Fils. La Vierge sait ce qui se passe entre le Père et le Fils et son état d'hostie; et c'est ce qui commence à navrer son cœur maternel. La Vierge devait engendrer Jésus immortel et dans la gloire, et elle l'engendre mortel; et c'est humiliation au Fils et à ta Mère. Les privilèges de Jésus et de Marie sont réservés au ciel; et la terre ne les peut porter. I. Voilà l'état du ravissement de la Vierge digne de sa grandeur et de son élévaiion ijermanente el ordinaire. L'objet de ce ravissement c'est Jésus; il en est le principe comme nous venons de dire, car c'est lui qui le fait ; mais il en est l'objet aussi. Fautil des démonstrations pour persuader aux

Chrétiens cette vérité? Ne suffit-iJ pas de Vexposer aux hmes bien nées pour la leur persuader? Jésus nouvellement vivant en la Vierge et par la Vierge, n'est- il |)as un objet digne et raisonnable de la Vierge; el en ce saint teraps où ii commence à prendre vie d'elle et en elle? Jésus donc en ce temps favorable occupe et entretient la Vierge, et l'entretient sur lui-même, et la ravit en soi. Mais comme ii y a en Jésus plusieurs sujets dignes de ravir en lui sa très-sainte Mère, ee qui l'occupe et ravit maintenant h mon avis, c'est le nouvel œuvre opéré en la terre et en elle ; c'est le mystère de l'Incarnation ; c'est l'état naturel ou surnaturel ])lutôt de son Fils en elle.

Voilà le premier objet de ce premier ravissement que Jésus fait en la terre et au cœur de la Vierge. 0 comme elle a reconnu cet état ! ô comme elle a pénétré ce mystère 1 ô comme était-elle vivante et abîmée d.ansicelui! C'était sa vie, et elle |)er(lait en certaine manière sa vie propre et sa subsislence en soi-même pour vivre en celui qui est la vie et sa.vie tout ensemble ; mais cette sorte de vie et de ravissement de la Vierge en s^:n Fils nous est presque aussi cachée que la vie du Verbe en cette même humanité. Nous n'avons que des ténèbres et non des lumières au regard de choses si grandes. Quelques-uns pensent que lors la Vierge lut élevée à la vision claire de la divine essence et de la personne du Verbe incarné en elle. Et certes, si cette grâce en la terre Rivait été conlérée à quelques autres (comme il y a des docteurs qui l'attribuent à Moïse et à saint Paul), il n'y aurait point de doute de la donner à la Vierge, et de lui donner encore en cet heureux moment où Dieu s'abaisse en elle et l'élève en lui , et la conjoint è lui si intimement par un si granil mystère. Et quand même cette grâce n'aurait point été concédée ni à Moïse ni h saint Paul, la Vierge a bien assez de privilèges qui ne sont que pour elle.

El le temps de ce nouveau mystère en mérite bien de si grands, si particuliers et si nouveaux, que l'on peut bien donner à la Vierge ce qui n'est donné 5 personne. Et on peut donner à ce temps de la Vierge, ce qui n'est donnée pas un autre temps de sa vie sur la terre. Nos pensées peuvent aller jusque-là avec fondement : mais de passer plus outre, et de savoir si ces faveurs et })riviléges ont été jusqu'à la jouissance de la divinité, c'est un secret de la conduite de Jésus avec sa très-sainte Mère, qui ne nous èst pas révélé; que j'aime mieux révérer que pénétrer, et que je dois plutôt ignorer qu'aftirmcr. Ignorant donc humblement cette particularité; nous pouvons dire que, soit qu'elle ait vu, soit qu'elle n'ait i)as vu la personne du Verbe incarné en elle, cette j)ersonne divine [)Ossède la Vierge, et la Vierge possède cette personne divine incarnée en elle, d'une possession si rare, si particulière et si propre à elle, que nous n'ayons ni plume pour l'écrire, ni langue pour le dire, ni cœur pour le sentir, ni esprit

pour l'entendre. Ce nous est trop de grâce d'y oser penser et de le révérer.

C'est une possession si grande et si parfaite , c'est une comnmnication si puissante et si inti.me, c'est une jouissance si haute et si élevée dans l'ordre même delà grâce miraculeuse et toute particulière, que si elle ne passe plus avant et ne fait voir à la Vierge cette personne divine qui vient s'incarner en elle, elle fait au moins un comble et un excès dans son âme, et tient un rang si haut dans les opérations divines, et porte un privilège si rare dans les faveurs du Verbe incarné, qu'il n'y a jamais eu el n'y aura jamais rien de semblable. C'est ce que nous pouvons dire, non en parlant mais en bégayant, de choses qui sur[)asseRt tant l'esprit ' de l'homme et de l'ange même. Voilà les premières pensées du Verbe incarné, voilà le premier entretien de Jésus en la Vierge, voilà la première occupation de la Vierge ou pour mieux dire, voilà le premier ravissement de la Vierge sur le Fils de Dieu, fait Fils de l'homme en elle.

II. Mais elle a encore en ce même instant un autre sujet d'être occupée, d'être ravie en Jésus vivant et opérant en elle. C'est le jiremier usage de la vie intérieure de Jésus avec Dieu son Père. Cet objet est diftéreiit de celui que nous venons de représenter. Et cette occupation est diflercnte de celle en laquelle b A'ierge était occupée sur l'état de Jésus en lui-même, et sur .le fond du mystère de l'Incarnation : car ici elle est ravie et occu|)ée, non sur l'état mais sur les actions de Jésus même, et sur les premières actions intérieures et spirituelles de l'âme de Jésus traitant avec Dieu son Père. Car ce divin enfant , qui est sans nom encore, n'est pas sans action : il n'est pas oiseux, il n'est pas empêché d'agir intérieurement par son enfance. Elle lie son cor|)s, mais elle ne lie pas et n'arrête pas son esprit. Il est voyant, vigilant et opérant, et c'est la vie intérieure et spirituelle de Jésus : et cette vie est digne de ravir le ciel et la terre : et maintenant elle ravit la Vierge saintement occupée sur son Fils et sur les états et exercices de son Fils. Et la vie de son Fils est sa vie. Et l'occupation de Jésus est son occupation primitive et principale.

Car si la Vierge n'a point eu la lumière divine qui manifeste la divine essence, au moins elle a eu la lumière angélique, qui lui manifeste l'âme de Jésus et les occupations sacrées de cette âme. Et c'était sa lumière, sa grandeur et sa béalitude en la terre ; c'était un de ses principaux exercices, et elle commence ici à entrer en une si sainte connaissance et si haute occupation. Elle contemple donc la vie et l'occupation de Jésus en elle. C'est le livre de la \ ierge que son Fils lui ouvre, comme il l'ouvre au ciel, selon l'Apocalypse (v) : dans ce livre elle voit le traité de Jésus avec Dieu son Père; elle voit les louanges, les adorations, les donations, les oblations qu'il fait do soi à Dieu son Père, et tout ce (jul

vu: I»E JESUS. - cil M'. XXIX, OCCUPATION DE JESt'S EN LA VIERGE.

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