SOI
concerne une clioso si grnndo, comme la vie cl le Irait»'» du Fi4s n\L'v. le Père, et du Père avec le Fils incarné au monde pour la gloire de son l'ùro. La > ierge donc entre en connai-ssance do ses .secrets, i»uis(]u'ils 80 passent rn elle, et (|u'elle est le cahinel vivant où h; Fils traite en secret avec le Père éternel. Kl elle sort lieureusenuMit do fces propres pensées, de sa vie intérieure et fc|)irituelle, pour entrer dans le?» pensées de Jésus, dans la vie intérieure de Jé>us; elle entre dans l'annuir et l'adoration <pie Jésus rend h Dieu son l'ùro ; elle entre dans les obligations et a( ti(»ns tie Jésus; elle perd Fusage do sa vie propre et intérieure dans l'abîme delà vie inléricure et nouvelle de son Fils.
Jusqu'à présent In vio spirituelle do la Viorgu a été merveilleusement grande, et lo Sainl-Ks[)rit l'a élevée en une houno école; mais maintenant c'est chose l)ien dilTérente. lilhj entre en une nouvelle école, et le Fils de Dieu la lire en soi-môme, et en la connaissance do ses actions vers Dieu son Père, et elle porte l'impression et la comumnication de ses actions divines. Elle e^t uon en sa lumière ni en son amour, mais eji la lumière, en l'amour et en l'opération de Jésus qui la tire en unité avec lui et la tire aussi hors d'elle-même cl de ses actions intérieures, pour être vivante en lui et |iorlant ses opérations saintes par une sorte d'impression douce, élevée, puissante et Mvissanlft la Mère en son Fils, la Vierge en Jésus. Ainsi Jésus est vivant en la Vierge et c'est la première âme en laquelle il a établi sa vie. Et le propre de la Vierge est d'être attentive à la vie intérieure et spirituelle de son Fils, et d'être une [)ure capacité de Jésus remplie de Jésus.
Que si la Vierge était si soigneuse, comme l'évangélisle nous rajiprend en deux endroits, de recueillir les actions et paroles même d'aulrui sur son Fils et les conserver en son cœur, sans laisser tomber à terre uno seule parole qui concerne chose si
fande : Maria autetn conservabat omnia : omnia, dit-il), verba hœc confcrens in corde iuo {Luc. II, 19); combien à pi us forte raison aura-t-elle été attentive aux actions intérieures et divines de son Fils, que le monde ne peut voir, mais que sa lumière ne pouvait ignorer, et qui sont d'autant plus excellentes, (qu'elles ont un fond plus digne et ne peuvent être imprimées que dans le cœur sacré et dans l'csiiril déilié de Jésus ? La Vierge donc est ravie de Jésus, et doublement ravie en lui, ravie dis-je, sur son état en elle, et sur les exercices intérieurs de son esprit tandis qu'il est vivant en elle, c'est-h-dirc sur le jilus digne objet qui soit a[>rès la Divinité même.
Mais faut-il que parmi ces grandeurs je trouve de l'abaissement; parmi ces douceurs, de l'amertume? je ferais toc t à l'auteur de ces mystères et à la vérité de cette histoire, si je ne la représentais telle qu'elle est, et si je ne décrivais au vrai ce qui se passe, soit en l'état du Fils, soit en l'état de la très-
sainte Mère. Jo ne dois donc pas omettre (pie, dans ces grandeurs où la Vierge est élevée, dans ces ravissements où elle est établie, j'v Irouve croix et abaissement, car nos mvsieres sont de croix et d'abaissement à Dieu même; il est raisonnable que ces deux (jualités (|ui sont appropriées au Créateur , soient attribuées h la créature, et soient répandues par tous les étals de sa vie sur la terre. La Vierge donc a sa part h la croix et h l'abaissement. Kl ce qui est très-remarquable, ello v a part même au jour de ses grandeurs ctdeson plus graml élévemenl. Kt comme elle est la première qui a i^art avec Jé^us, elle est aussi la première qui a part h la croix et h l'abaissement de Jé>us. Kt sa part est singulière et ne peut convenir (ju'à elle, comme nous verrons ci-après. I^ part que la très-sainte Vierge a à cette croix et abaissemeni, ce n'est pas [«ar le droit de |iéché comme nous, ni |iarle «Iroit de son Fils portant nos péchés, car il est seul portant ce fardeau ; mais [«ar le droit d'amour et de liaison à son Fils, car c'est un des elfcls (le l'amour, que celle mutuelle communication des qualités de l'un à l'autre.
Or la Vierge est trop conjointe à son Fils l)Our n'être pas conforme et semblable à lui, elle lui est trojj proche et trop familière pour ignoier son état et ses secrets. Elle sait ce qui se passe enire son Père et lui; elle sait la qualité d'hostie en laquelle il e^t entré, et dont il porte déjà des marques et des elfcls en elle. Par celle (lualilé, Jésus porte un étal humiliant dans un état divin, et cette humiliation perce le cœur de la Mère et l'humilie aussi. El ensuite de cet étal de son Fils, elle |)orte semblablemenl une sorte d'abaissement et d'humiliation dans l'éiat même de sa maternité divine. Jésus étant le Fils de Dieu, est traité comme Fils de l'homme, voire et comme la victime de Dieu pour les hommes. Il est conçu, et il naîtra et il vivra selon cette qualité humble et exposée à la soulfrance. Comme donc le Fils de Dieu est humilié dans cet état de sa Uliation nouvelle et humaine ; aussi la Vierge porte une condition humiliante dans l'état sublime de la maternité divine.
Les |)riviléges dus et au Fils et à la Mère sont réservés au ciel, la terre n'est i)as digne de les i)orter : elle le devrait engendrer immortel , elle l'engendre mortel. 11 devait naître d'elle comme il est né du sépuk-re, plein de gloire et de splendeur, et elle l'engencire exposé 5 nos bassesses et misères. F:ile le devrait engendrer dans le paradis, dans le ciel, dans le sein du Père, car il est son Fils, et il sera un jour élevé au tr(ine à la droite et au sein de la Divinité {Marc, xvi, 19), et elle l'engendre en un Nazareth, et l'enfantera en un Bethléem, en une élable, sur le foin et la iiaille. Elle reconnaît les grandeurs du Fils et les siennes encore par relation au Fils. Elle sait le dessein du Pèrti à humilier son Fils, et du Fils à s'humilier soi-même. Elle entre dans ces desseins et elle acce[)te d'être Mère humiliée duFils humilié.
Or voici le lieu et le temi'S auquel elle
ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLEi
entre en connaissance de ces vérités , et qu'elle commence à accepter l'abaissement ordonné sur son Fils et sur elle, sur la filiation humaine de son Fils, et sur sa maternité divine. Car c'est en Nazareth, en cette naissance de Jésus en elle, en cet instant que ces choses sont faites. Et elles sont connues d'elle, elles sont portées d'elles et elles sont ressenties d'elle, selon la grandeur de sa connaissance, selon la force de son amour et selon la vigueur de son sentiment dans les choses divines, dans les choses de son Fils et de son Dieu.