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Je m'étends à la diversité de ces pensées

ŒUYUES COMPLETES DU CARDINAL DE IJEKULLE.

je me ravis de vous en ces différents usages que mon âme fait de vous-même, et je me perds en la contemplation des vérités si boutes et si grandes; car en l'honneur de la communication suprême, que vous recevez de votre Pèrci en la génération éternelle et en riionneur de la couuiiunication ineirable de votre divinité à l'humanité dans l'Incamnt on;je vous vois, je vous admire, je vous aJore, ô mon Seigneur, comme vous anéantissant, et comme vous éjiuisant vous-même, pour vous donner aux hoiiuues. Vousé|)uisez ce semble, votie divinité, la répandant en votre humanité; vous anéantissez votre humanité, la consommant incessamment en la fournaise de votre amour, et enfm la sacrifiant en l'holocauste de votre croix; vous répandez votre sang en soutirant, et mourez par cU'usion de sang, choisissant ce genre de mort pour marque de l'effusion que vous faites de vous-même; et les clous et les bourreaux ne pouvant pas tout épuiser l'ardeur de votre amour, qui dans la mort ne peut mourir, va conservant liquide dans la froideur de la mort, ce qui en reste dans le cœur et dans le corps, pour répandre jusqu'à la dernière goutte, tant il vous l)laît de faire une abondante et surabondante etfusion, et de votre sang, et de vousmême tout ensemble.

10. Que dirai-je, que ferai-je, en la vue de ces choses ! que je m'oublie moi-même, car vous vous oubliez pour moi ; que je me «lélaisse et anéantisse, car vous vous anéantissez pour moi ; que je sois vôtre, car vous êtes mien ; que je sois tout vôtre, car vous êtes tout mien; que je sois tout vôtre pour jamais; car vous êtes tout mien })Our jamais. Votre divinité comme incarnée, est ma substance et ma subsistence ; votre humanité comme divinisée, est mon salut et ma vie; votre corps est mon aliment, et votre sang est mon lavement, votre mort est ma vie, votre impuissance est ma force, votre croix est mon repos, votre souffrance est ma jouissance : ainsi je suis à vous et vous êtes à moi, et je suis à vous par vous-même, et par voie si noble et si divine, si chère et si intime, et par tant de sortes de voies qui vous donnent à moi, qui me consacrent à vous, et qui vous é|)uisent tout pour moi.

11. Mais je découvre un {)lus grand secret en votre amour et en vos mystères, et une l'ius grande grâce en la voie^que vous tenez sur moi ; car non-seulement vous êtes à moi, et je suis à vous, mais je suis en vous. J'aper(;ois qu'en vous contemplant vous-même et votre l'ère, et voyant que vous êtes en lui, que vous vivez eh lui, vous voulez former en moi une image vive de vous-même et de votre émanation divine ; et vous voulez par votre Incarnation établir une manière de grâce toute nouvelle au monde, qui me rende en l'ordre de la grâce, non-seu- 'ement existant i)ar vous, mais existant en vous. Tellement que j)ar cette manière de grâce propre à ce mystère, et émanant d'icelui, en l'honneur et en imilc'tion de votre procession éternelle; non-seulement je

suis h vous, je suis par vous, mais je suis en vous je vis en vous, je fais partie de vous, je suis os de vos os, et chair île votre chair. Que je sois donc aussi esprit de votre esprit, que je vive de votre vie, que je |)artici[>eà l'intérieur, à la grâce, à l'état, â l'esprit de vos mystères ; que je m'approjjrie à vous, que je les approprie â moi ; que je m'approprie à vos grandeurs et à vos abaissements, votre croix cl votre gloire, votre vie et votre mort.

i-2. C'est mon désir et mon es[)érance ; mais cela passe ma puissance, et aussi je l'attends de la nouvelle grâce, du nouvel homme; car elle me conjoint à lui, et me met en état, non-seulement d'opérer, mais encore de recevoir et ()Orter ses saintes et divines opérations ; même elle tend à une j)lus étroite et intime communication. Car cette nouvelle grâce étant émanée de l'Incarnation, et ressemblant à son principe et à son prototype, elle tend à ce (jue je sois en Jésus, et que Jésus soit en moi ; comme il Cbt en son Père, el son Père est en lui. Soyez donc en moi, ô Jésus, vivez en moi, opérez en moi, formez et figurez en moi vos états et vos mystères, vos actions et vos souffrances. Et comme le Père exprime el im[)rime en vous sa substance, comme en son divin caractère, imprimez en mon âme et en ma vie, votre vie intérieure et extérieure, et que je sois un vif caractère portant l'impression de votre esprit, de vos états et de vos opérations saintes et salutaires. Vous êtes limage de Dieu, que je sois l'image vive de vous-même; que je sois fait semblable à vous ; me conformant à vos mystères, comme vous avez voulu vous faire semblable à moi, vous conformant à mes misères; et que je |iorle les effets et les traits de votre grâce et de votre gloire, do votre puissance el de votre vie sur la terre. Que votre naissance me fasse renaître; que votre enfance me mette en innocence, que votre fuite en Egypte me fasse iuir le monde et le péché ; que votre .'ervilude me rende votre esclave; que vos liens me délient et me délivrent de mes péchés, de mes passions et de moi-même; que votre vie cachée et inconnue me cache au monde et à la vanité, que votre solitude m'entretienne, que vos tentations m'affermissent, que vos labeurs me soulagent, que vos douleurs me guérissent, que vos agonies me confortent, que vos langueurs me consolent, et que votre mon me fasse vivre et renaître en l'éternité.

13. Qu'ainsi j'entre en commerce et communication avec vous, ô ma vie et mon amour I 0 mon Dieu et mon tout, qu'ainsi le cours el les moments, les périodes et les états de votre vie sur la terre me soient et appli(piés et appropriés , et qu'ainsi vos qualités et vos offices opèrent en moi, et m'inqtriment leurs efl'orts salutaires. Vous êtes la sai>ience incréée et incarnée, je veux adhérer h vos maximes, et suivre votre conduite; vous êtes le docteur de justice, je veux entrer en votre école et discipline; vous êtes le saint et le salutaire de Dieu, je veux avoir grâce et jalut en vous ; vous oies

1'. l LKVATION A l A SAINTE TRIMTr , Si H I/I.NCAUNATIO.N.

la vie, je veux vivre do vous; vous 6lcs In voie, jo veux «lier par vous ; vous 6les le Dieu (lu (.iehîUleln icrrojc veuxClrc h vous.

14. Ju sflis (lue jo suis h vous, cl par beaucoup de litres : f ar je suis h vous par vos grandeurs, vos pouvoirs, vos |irivili''ges; je SUIS h vous par vos diguilés, vos mérites, vos Meiifails; jo suis à vous par le don du rère, (|ui me donne it vous en vous donnaiil le rond de la lerre; je suis h vous par le don (jue vous lailes de vous-môme au l'ère jour moi. l'A vous cHes à moi, car le l'ère Vous donne au monde en l'excès do son amour, cl vous ôles le don du l'ùrc, vous 6ies le (Ion de Dieu, el en plusieurs sens et manières. Kl c'e.sl vous-mômo ipji vous rjua- \>\'h'1 ainsi, di.sanl h la Samarilaiiie : Si scircs (iovum Dci, ri (juis esl qui lo(/iiitur tccum. {JiKtn. IV, 10, 20.) Ainsi parliez- vous do vous-niôme h celte pauvre étrangère fjue vous rendiez lieureusemenl domesii(|ue do votre foi elde voire parole, el (pie vous daigniez si familièremenl catéchiser vous-même.

15. A[)prenant donc de votre bouche sactée cette (qualité qui vous est propre d'ôtre le don lie Dieu, je vous adore, jo vous regarde, jo vous re(;ois en celle qualité; comino parcelle où vous êtes à moi, je veux flie à vous : el il no me sudil pas d'être à vous par vous-même et par votre Père, je veux encore être à vous par moi-môme et par réiection de ma franche volonlé. Jo mo donne donc 5 vous , ô Jésus , mon Seigneur; jo me donne à vous de tout mou pouvoir, el selon l'élenduo do votre puissance cl volonlé sur moi. Je me donne à la grâce de votre mystère de l'incarnalion : grAi.o qui mo lie à vous d'une monièro toute nouvelle; grâce qui me sépare de moi-même, m'unit el m'incorpore en vous; grAco qui me rend vôtre d'une manière si noble, si iniime el si [)uissante, el me rend vôtre, comme partie de vous; grAco de vie el de mort tout ensemble, grâce d'anéantissement et d'établissement. lui la force el vertu do cette grAce qui prend .'on origine en vous et en votre nouvel élût de Dieu- Homme, jo m'anéantis en moi-n,ême pour être en vous, et jo veux porter en mon esjirit une mort salutaire à toutes choses pour vivre en vous, el je veux que mon être soil réduit à n'êlre plus qu'une pure capacité de vous, remplie de vous.

16. Selon le |)Ouvoir el refTicaco de celte grâce qui est propre à votre mystère (ie l'Incarnation, et qui est formée sur lui connue sur son exemplaire, je me donne à vous, ô Jésus mon Seigneur; je vous donne mon être, ma vie et mon amour ; je vous donne mon temps et uion éternité, je vous donne mon corjts el mon Ame, je vous donne mes sens el mes jjuissances, je mo rends l'tsdave de vos grandeurs, de votre croix el de votre amour; je mets entre vos mains la dernière heure do ma vie, décisive de mon éternité; je m'offre à vous, je m'applique à vous, je mo veux transformer en vous ; je mo perds et ai'abimo en vous. Car vuus êtes mon Dieu, et je suis votre créa-

turc; vous êtes mon soavcrain, el je suis votre vassal ; vous êtes mon Uédcmpleur, el je suis voire esclave.

17. >'oilà vos (pialités et mes devoirs, je les acrejite el m'v rends pleinement, el je vous offre mon obéissance, ma servitude el ma dépendance absolue de vous, ol vous l'offre pour jamais. Je me rends et me soumets du tout au nioiivemcnl de votre esprit cl à la (onduilo eflic.ice de votre grâce établie en la lerre el au ciel [lar le nouv(.'au mystère de votre Incarnation, et je ne veux en la terre autre repos (preii vos labeurs, ni autres délic(îs qu'en votre croix, ni autre vie (pi'cn votre mort, ni autre j(juissaiice cpien notre soufbance, comme vous voulez (pi'au ciel cl en l'i-lerriité j'aie vie en voire vie, félicité en voire félicité, (Mradis eu votie paradis, jouissance en votre jouissance, et subsislente en votre divinité. Ainsi soil-il.

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