CHAPITRE III
LA MADELEINE, ATTIRÉE INTERIEUREMENT PAU JÉ^LS, CHERCHE ET TROUVE JESUS CHEZ LE PHARISIEN, ET LUI REND SES DEVOIRS.
I. Conduite de Madeleine par l'esprit et l'amour de Jésus. — H. Jésus en un temps et en un étal où il ne parait point penser à choses grandes, opère choses infiniment grandes. Madeleine, depuis sa conversion, est inaccessible à l'esprit malin. La grâce que Madeleine reçoit aux pieds de Jésus est si grande, quelle est hors Catteinte de lafaiolesse humaine et de ta rage maligne. Madeleine est un ciel en la terre où repose Jésus, son esprit, sa grâce, son amour, en éminence,en excès, en privilèges. Le cœur de Madeleine est le trône de la pureté même : et elle est revêtue d'une pureté céleste et divine. Cette infusion céleste porte au cœur et au corps de celte pénitente une participation sainte de la pureté de Jésus. — III. Nous adorons en cette conversion les premiers hommages rendus aux pieds déifiés de Jésus, et leurs premières émanations. De la qualité, dignité tt primauté de ces pieds sacrés on ne peut attendre que des grâces émincntes et privilégiées. Il y a ici deux vives sources, toutes deux célestes, l'une de grâce, qui découle des pieds de Jésus au cœur de Madeleine ; l'autre de larmes, qui découle plus du cœur que des yeux de Madeleine aux pieds de Jésus. Car se? larmes même sont célestes, et elle les reçoit
KLKVATION SLR SAI.NTK MADII.tlMi. — CHAI'. III.
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lie Jt'mis pour Ux rendre à Jéma. — I\'. Ji/norance ilii l'hariitien en cette occasion. Transport (U Moilrlrine, la'iuelle chez le pharisien ne pense ipi'i] Jrsus, et point au pharisien. I\lrvali<>n â Jésus sur cette opération. — V. heu s hant/uets hien '/'//''rrnts, l'un que le jtharisirn fait à Jésus, l'autre (pte Jésus fait à Mmlrlcine et Madeleine à Jésus. — NI. Madeleine hautement justifiée par Jésus-Christ, tjui l'admet à sa suite, la reçoit en sa famille, l'associe à sa très-sainte Mi're, pour iaccompa(jner à la vie et à la mort, à la croix et à la yloire. — \\\. Quoiipic saint Jean soit le disciple bicn-aimé de Jrsus, il semble céder en ce point à Madeleine : et </u'(\ proprement parler, d'une même source il tire plus de lumière, et elle plus d'amour. Jésus en tous ses états di(frrcnls, laisse des martpies de ses faveurs vers cette âme sainte. Le privilège de lavrr les pieds de Jésus, et d'arroser son chef sacré de li'/ueurs précieuses, n'est octroyé i/u'à Madeleine. — VIII. L'amour de Madeleine est tendre chez le pharisien et fort à la croix. Là elle fond à ses pieds, et ici elle demeure debout : Slabal ju\la crucem Jcsu.
I. En ces pensées je regarde et révùre le cours de votre vie au milieu de la terre. Je vois que vous y faites et ferez choses grandes, dignes de vos grandeurs et humaines et divines, et créées et incréées; mais une des choses plus rares et plus grandes que vous opériez en aucune Ame particulière, est ce que vous daignez opérer maintenant. Heureux moment de votre vie, ô source de la vie et la vie mômel Heureux moment qui produit hors de vous une grâce si émir.ente et origine de tant de grAces I Comme du iiaut des cieux, où vous êtes maintenant, vous opérez ici-l>as en terre en nos Ames, quand il vous plaît, aussi du lieu où vous êtes lors, conversanlavec le pharisien et vos disci[)les, vous opérez en Madeleine retirée en son palais. Vous la considérez, vous la navrez, vous l'attirez, vous la ravissez au monde et h elle-même. En cet excès et fureur sainte d'un amour saint, je la contemple et je la suis pas à [)as, observant ses actions, admirant ses mouvements. Elle sort hors de son palais, et plus encore hors d'elle-même ; elle vous cherche en votre maison et ne vous y trouve pas; mais elle vous porte et possède en son cœur sans le connaître. Vous n'êtes pas chez vous, et vous êtes chez elle, c'est-à-dire en son cœur et en son esprit, et ce n'est pas merveille si elle ne vous connaît pas, puisque, après les années entières de votre sainie présence et conversation, vous voyant, vous parlant au sépulcre, elle ne vous connaît pas, son amour, et au commencement et à la fin, ayant plus de ferveur et sentiment que de discernenient.
C'est cette mêmeferveur qui ne lui permet pas de vous aliemlre tant soit pou, et de ditférer jusques à l'heure de votre retour, pour traiter avec vous en votre maison. Elle ne peut tarder un moment sans vous cher-
cher, sans vous trouver, et sans vous offrir ses devoirs, et vous consairer son cœur. Elle vous ( li( rrlie donc, et elle a|i[)rcnd que vous n'êtes pas chez vous, mais (liez le {iharisien , mais en un liani|iiet, mais au milieu du personnes imaii.iblus de; sa douleur, de son s('( rt't et de son amour. Il lui sullil de savoir où vous êtes pour vous aller trouver; vous lui êtes tout et tout ne lui est rien. Elle veut donc y aller, puis(|ue vous y êtes. Que faites-vcjus, 6 [lécheresse, ôlille d'.Vdam? .\dam fuit Dieu et vous le cherihcz; Adam cherche l'obscurité, et vous cherchez la lumière; Adam, voyant sa faute, se cache et couvre sous un figuier, et vous, voyant votre péché, vous voulez vous expose." au soleil de justice. One dirai-je, ô Seigneur? c'est votre amour (jui la conduit, et si je l'ose dire, qui la transporte saintement hors d'elle-même, et du péché et de la condition ordinaire des pécheurs. Elle s'en va donc, et elle entro chez lo pharisien; mais elle ne pense qu'à vous, elle ne voit que vous en cette salle, en ce banquet, et elle fond h vos pieds. Son cœur parle et non sa langue; ses œuvres el non ses paroles vous découvrent son cœur, et vous êtes en elle, ô mon Seigneur Jésus, plus qu'en cette salle, el plus qu'en ce banquet.
II. Tandis que vous prenez votre repas el votre repos, et que vous êtes te semble oiseux, vous êtes Oftérant choses grandes ; vous êtes secrètement oj)érant en celle Ame, attirant et consommant son cœur et son esprit dans votre amour, et consacrant celte nouvelle hostie à vous-même elà vos pieds. Elt cette Ame et hostie nouvelle de votre amour, immolée à vos pieds, est répandant ses larmes, et son esprit encore plus, et fail fondre son cœur en votreamour. Je m'éjouis de voir ce chef-d'œuvre de grâce et d'amour ; de voir cette Ame, [jécheresse autrefois, el maintenant pénitente ; de la voir toute sainte et céleste aux [)ieds du Saint des saints ; de la voir recevant une pureté et sainteté si grande, que dès ce moment jamais plus l'esprit immonde n'a osé l'approcher. L'esjirrt malin a autrefois habité en elle, voire |)lusieurs esprits malins ; mais ils n'osenl plus môme la regarder. A l'ombre de ces pieds divins elle reçoit grâce, pureté et amour, et en telle éminence qu'elle est hors de l'alteinle de !a faiblesse humaine, et de la race maligne. Le diable n'en a|)|)rochera désormais non plus que du ciel, dont il est banni; car cette âme est un ciel en la terre, où repose Jésus. Son esprit, sa grâce, son amour y reposent en éminence, en excès, en privilèges. Ce cœur a autrefois été souillé d'un amour profane ; mais il est maintenant pénétré d'un amour céleste, et est un trône de la pureté même. Je ne parle pas ici d'une pureté humaine et ordinaire, telle qu'elle a été en quelque dames païennes, et telle qu'elle est encore en plusieurs dames chrétiennes. La pureté que cette âme reçoit aux pieds de Jésus est une pureté nouvelle, une [tureté céleste, une pureté divine, une pnrelé urivilégiée, une pureté émanan'ede la
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ŒUVRES COMPLETES DU CAUDLNAL DE BERULLE
pureté de Jésus même, aux pieds duquel je la vois prosternée, et où elle reçoit les émanations pures, saintes et célestes que le ciel révère, que l'œil de la foi et de la piété reconnaît bien, et que l'œil de riiommequi ne connaît pas Dieu, ne peut connaître. Cette émanation sainte de Jésus, celte infusion céleste en Madeleine, porte au cœur et au corps même de cette humhle pénitente, non un effet seulement, mais une participation sainte de la pureté de Jésus et en un degré si éminent, que le diable est contraint de la révérer, et n'ose plus s'approcher de ce sanctuaire.
m. Ce sont grâces et faveurs faites à Madeleine; mais ce sont mérites et grandeurs en Jcsus, et aux pieds de Jésus. Voici les premiers hommages rendus à ces pieds saints, et source de sainteté, depuis qu'ils marchent sur la terre pour le salut de la terre et la gloire du Père. Et voici aussi les premières grâces et fkveurs émanées de ces pieds divins. En cette qualité, dignité, primauté, leur est due érainencc et privilège. Ces pieds sont sacrés et divins, sont agréables et adorables, sont subsistants en la Divinité même; et ce nonobstant ils sont employés, ils sont fatigués pour les pécheurs, et seront un jour percés pour répandre le sang qui doit laver le monde. A l'ombre de ces pieds sacrés découle maintenant une source de grâce et pureté en cette âme principale, l'une des plus éminentes en la suite et en l'amour de Jésus. Et aussi de ce cœur abaissé, ou plutôt élevé à ces pieds divins sort une source d'eau vive, qui lave la pureté même en lavant les i)ieds de Jésus. Deux sources et découlements remarquables : l'une de ces sources est aux pieds de Jésus et coule en Madeleine, l'autre est au cœur de Madeleine et coule aux pieds de Jésus ; deux sources vives et célestes, et célestes en la terre, car aussi la terre est un ciel, puisque Jésus est en la terre. Ce cœur donc de Madeleine, immonde autrefois, est maintenant un cœur pur et céleste, et de lui sort une eau vive, propre même à laver Jésus. Et aussi Jésus se [ilaît en ce lavement, comme en un bain qui lui est cher et délicieux, et en fait gloire à Madeleine, et reproche au jjharisien.
IV. Mais laissons ce pauvre et ignorant pharisien, qui ne sert en cette action qu"à n JUS faire voir son ignorance, et l'amour grand de Madeleine, laijuelle il déshonore en son cœur. Il ne connaît pas ces merveilles qui se passent chez lui et en sa présence, et il n'y a point de part; si ce n'est comme les ombres dans un tableau, pour y faire paraître les choses plus éminentes ; il ne connaît ni Jésus, ni Madeleine; il ne sait pas que Jésus est prophète, plus cpie [)rophète, et le Dieu des pro()hètes; il ne saitj)as que Madeleine n'est plus pécheresse, mais qu'elle est entrée en l'ordre de la grâce, de l'amour et de pureté de Jésus ; il ne sait pas ce que Jésus est à Madeleine, et ce que .Madeleine est à Jésus; il ne sait |)as que Jésus lave Madeleine toimue Madeleine lave Jésus; que
Jésus répand ses odeurs sur Madeleine, comme Madeleine réjiand ses odeurs sur Jésus; qu« Jésus honore Madeleine, comme xMadeleinc honore Jésus; que Jésus aime Madeleine, comme Madeleine aime Jésus.
Il ne sait pas que c'est resf)rit même de Jésus qui est dans le cœur de Madeleine, et que c'est par la conduite et ferveur de cet esprit qu'elle emjiloie envers Jésus ses yeux et ses mains, sa bouche et ses larmes," ses cheveux, et ses liqueurs, son cœur, son esprit, son amour, ce qu'elle est, ce qu'elle a pour honorer celui qui est son Dieu, son salut, son amour. C'est le mouvement sacré et divin qui la porte et transporte chez le pharisien.
Honorons cet esprit, cet amour et cette âme; honorons ses pas, ses mouvements et ses actions. Voyons comme elle entre chez le pharisien sans penser au pharisien, comme elle ne pense '{n'h Jésus, et veut fondre à ses pieds. iNe voyons-nous pas comme elle ne cherche et ne regarde que Jésus; comme elle va fondre aux pieds de Jésus; comme elle leslavedeses Iarmes,comme elle les essuiede ses cheveux, comme elle les arrose de ses parfums, comme elle les adore de ses ba'sers, et comme elle est collée à ses pieds divins, y recevant la vie de grâce et d'amour de celui qui est la vie et l'amour même. J{t vous, ô Jésus mon Seigneur, qui êtes l'objet de ces affections, le sujet de ces actions, et la cause de ces mouvements, je vous loue, vous adore et vous bénis. Je me réjouis de vous voir, ô Jésus, l'honneur du ciel et de la terre, conversant en la terre, et opérant entre les hommes choses si divines, et si dignes de votre grandeur, de votre puissance, de votre amour et de votre divinité même, cachée sous le voile de votre humanité.
V. Entre les lieux de la terre honorés de votre présence et de vos actions, je me réjouis de vous voir en cette salle, et vous y voir comme dans le trône de votre amour, opérant un si grand amour dans cette âme, qu'il tend à réparer l'amour même créé et perdu dans le ciel. Dans cette salle je me réjouis de vous voir en ce banquet, comme au festin de l'alliance de votre esprit à cette âme; car c'est vous qui opérez ces merveilles, et qui avez choisi ce lieu, ce moment, cette circonstance, comme pour rendre cet alliance publique et solennelle. Dans ce banquet je me réjouis de vous voir entre le pharisien et Madeleine, deux esprits et deux états différents. Le pharisien est assis avec vous, et Madeleine est à vos pieds ; mais votre esprit, votre amour et votre puissance est au cœur de Madeleine, et y fait des merveilles. 0 banquet délicieux elle plus délicieux de vos banquets 1 O spectacle heureux et trèsheureux, où ce miracle d'amour et ce chefd'œuvre de grâce est accompli ! Je vois, Seigneur, en ce banquet deux banquets dilférents ; l'un intérieur, l'autre extérieur; l'un du|)harisien qui re|)aît votre corps, l'autre de Madeleine qui repaît votre esprit; l'un qui vous donne du pain, h vous qui êtes le pain vivant et vivilianl descendu du ciel.
EI.EVATION SUR SAINTE MADELEINE. — CIIAP. lY.
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rniilro qui vous donne son cdMir cl son os- [irit n.ivré »l(? voire /iinoiir, l(^ mets le [tins délicieux «pii vous nil élé olFcil, cl U; iViiil le pins doux el le plus cxcellciil de vos labeurs.
Kl loulcfois, Sei^neiu", vous ne pensez ce secnlije cl ne [),irle/. (pi'nu pliiirisicMi, ouhlianl celle (pii osl h vos pieds, (pji pense h vous et qni m; pense (ju'à vous. Vous regardez le pharisien cl ne la regardez [)as, vous parlez au pharisien cl vous ne lui parlez pas, vous enlrcleiicz le pfiarisien (l'un long propos, cl vous ne renlrclencz pas, cl durant ce long discours, vous laissez son cœur fondre b vos pieds connue la neige au soleil; cl tandis (|u'elle esl ce sendilc en voire ouhli et dans le mépris du pharisie/i cl des assistants, elle esl saintenicnl cl in- (^cssanunenl occupée à répandre ses larmes el ses odeurs, unis plus eiu:ore 5 répamlro son cœur cl son cs|)ril, el par la lori e de l'aniour (jui l'épuisé cl la consouunc, (die se sacrille à vos pieds en holocau>le d'amour. \ra\ esl que la (in du haïKpicl el du discours témoigne assez, par après, connue vous estimez celte sainte |)énilenle, et (lue ses larmes et son amour sont en voire mémoire, el mémoire éternelle.
VI. \'ous employez votre soin, votre esprit et \os paroles à faire voir el valoir au pharisien, et en lui à tout l'univers el à tous les siècles, les saintes actions de celte heureuse pénitente. Vous les considérez si amoureusement, vous les remémorez si suavement, vous les représentez si vivement, vous les coinparez si avantageusement, que le |)harisien reçoit sa condamnation par sa |)roi)re bouche, el .Madeleine sa juslilicalion par la vôtre; et dès lors vous la liez à vous pour jaujais, vous la rendez de votre suite, vous radmellez entre vos disci[tles, vous l'adoptez en voire famille, vous l'associez à voire sainte Mère, et elle vous accompagne et accompagnera jusqu'à la croix, jusqu'à la mort, jusqu'à la vie el jusqu'à la vie de la gloire.
VII. De ce nombre heureuxde vos suivants et disciples (auquel elle entre dès à présent) j'en VOIS plusieurs éminents en plusieurs grâces: mais entre eux sainlJean est seul qui porte le nom de votre bien-aimé, et touleî'ois il ne se lit jtas que vous lui ayez [lermis autre faveur (}ue de reposer une fois el en un lieu retiré sur votre sacrée poitrine. Si nous savons bien recueillir et remarquer les traits de voire grâce marqués dans l'Kvangile, nous trouverons à mon avis que les privilèges d'amour conférés à Madeleine sont plus grands, sont plus fréquents el sont plus évidents et publics , et ( si je ne me trompe dans le discernement de voire esprit et de vos grâces), il me semble que ce disciple bien-aimé a tiré de vous plus de lumière, et Madeleine plus d'amour; et luimôme nous apprend aussi qu'elle est plus aliachée à vous et à voire sépulcre que non pas lui, et que c'estd'elle que lui cl les autres a|)ôtres ont appris les premières nouvelles de votre gloire; l'excès de votre amour vous
ayant [>orlé .'i apparaître h elle avant que d(î paraître ni 'i lui ni h tous les autres ensemijie. (iouMui; si vous vouliez en chacun de vos états diirércnls, laisser des marques de vos f.ivcurs envers celle âme sainte en la vie, en la croix, en la mort, après la mort cl en létal môme de votre gloire, et par tout rendre cette bien-aimée disciple émincnle et signalée entre tous vos disciples. Je vois bien (pi'au dernier souftcr faisant la i'âtpjo avec vos ajiôlres, par un abaisstmenl adorable vous leur avez voulu laver les [deds ; mais vous ne leur avez pas [leiinis de laver les vôtres, el vous le [lermellez h .Madeleine, et diverses fois, l'une chez le pharisien, où elle lave vos pieds do ses larmes, l'autre en IJélhanie chez Simon le lé|)rcux, six jours avant votre mort, où elle lave vos pieds encore, non [dus de ses larmes, car l'amour les a toutes épuisées, mais de ses eaux de senteur cl liqueurs précieuses. D gnilé renianjuablel t^ar au lieu que le ciel arrose la terre, ici la terre arrose le ciel, puisque vous ôtes un ciel, ô Jésus mon Seigneur, el un ciel bien [)lus pur et plus élevé que le ciel em|iyrée. Et toutefois celle âme sainle reçoit cette dignité, et de toute la terre c'est elle seule qui est choisie pour, en la face de tous les assistants et de tous les apôtres, répandre une rosée céleste sur vous el couvrir de ses parfums ces [)ieds sacrés et ce chef qui régil les cieux, chef adorable et adoré des anges. Mais c'est ainsi que vous aimez, que vous favorisez , que vous privilégiez Madeleine en votre amour.
Recueillons tlonc en ['Cu de paroles vos faveurs et iiriviléges envers celte humble et sainte pénitente. C'est à elle, et à elle seule, ô Jésus mon Seigneur, que vous avez permis de rendre t.mt de témoignages d'amour el d'un amour si tendre, si fort et si particulier. C'est elle seule qui est si souvent à vos pieds ; c'est elle seule qui les baigne de ses larmes ; c'est elle seule qui les arrose de ses liqueurs précieuses, et plusieurs fois; c'est elle seule qui les essuyé de ses cheveux ; c'est elle seule qui couvre votr(; chef de ses parfums, et qui rou3()t le vase précieux pour verser sur vous celte rare liqueur jusqu'à la dernière goutte, el remj)lil votre demeure d'une odeur admirable. .Mais, ô Seigneur, son cœur était beaucoup plus brisé de votre am »ur, que ce vase i|u'elle brise pour mieux répandre sur vous celle sienne liqueur , et elle fait à vos jneds une plus grande eti'usion de son cœur et de son esprit, que de ce baume précieux; et l'odeur de son amour est plus grand en votre Eglise et de plus longue durée que l'odeur de ses parfums qui ont remjtli tout le lieu où vous habitiez en la terre, car la divine odeur {lesonamourrem[)lit et la terre et le ciel, et y est permanente à toute éternité.
VIII Voilà les traits de l'amour de celle âme vers vous et de vous vers celle âme, ô Jésus mon Seigneur. Car si c'est elle qui fait ces choses, c'est votre esprit qui les fait en elle, et qui ne les fait qu'en elle par un privilège d'amour réservé à Marie-Madeleine.
œUVRES COMPLETES DU CARDIiNAL DE BERULLE.
Mais suivons pas à pas le progrès de celle âme en cet amour, et prenons plaisir à remarquer cet amour réciproque et mutuel de vous en elle et vers elle, et d'elle en vous et vers vous. Nous verrons que si l'amour de Madeleine a été tendre vers vous chez le pharisien, et la fait fondre à vos pieds par ses larmes, son amour sera fort à la croix et au Calvaire, et lui donnera vigueur et subsistence , pour être ferme et debout durant vos douleurs et tourments', et demeurer constante et Gdèle en votre amour. Vous allez à la croix, ô Jésus mon Seigneur, et vos apôlres tremblent à cette simple parole; mais Madeleine ne tremblera pas à l'effet même, et elle sera au pied de la croix sans égard aux Juifs, aux soldats, aux tourments, et sans penser à autre chose qu'à vous qui êtes sa vie, son amour et son tout.